Flore médicale

Du 1er au 22 juin 2018, dans le hall de la BU Lettres, le Livre ancien du mois est consacré à la Flore médicale, écrite par Chaumeton, Poiret et Chamberet. L’ouvrage est habituellement conservé au Fonds ancien.

Flore médicale / décrite par MM. Chaumeton, Poiret, Chamberet ; peinte par Mme E. P. et par J. Turpin. – Paris : C. L. F. Panckoucke, 1828-1832 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, MED 573-01)

 

La Flore médicale est la flore du Dictionnaire des sciences médicales, ouvrage en soixante tomes, publié de 1812 à 1822 par le même éditeur, Charles-Louis-Fleury Joseph Panckoucke. Elle traite de chacune des 350 plantes qui font l’objet d’une entrée dans le Dictionnaire, dont elle adopte le classement alphabétique. Avec ses planches et sa description botanique plus développée, elle complète le Dictionnaire qui insiste davantage sur les aspects thérapeutiques des plantes, également abordés dans la Flore. Les souscripteurs du Dictionnaire bénéficiaient d’un tarif préférentiel pour l’acquisition de la Flore dont la première édition parut sous forme de livraisons de 1814 à 1820. Les deux titres connurent un très grand succès.

Les auteurs du texte

François-Pierre Chaumeton (1775-1819), médecin et botaniste, participa activement au Dictionnaire des sciences médicales, auquel il fournit de nombreux articles, et en dirigea même un temps la rédaction. Mais sa passion véritable était la botanique, cette « science aimable » selon ses termes. Il fut l’initiateur et la figure principale de la Flore, dont il signa le « Discours préliminaire ». Elle constitue son œuvre majeure.

Un naturaliste et botaniste, Jean-Louis-Marie Poiret (1755-1834), et un médecin militaire, Joseph Tyrbas de Chamberet (1779-1870), se joignirent à la rédaction de l’ouvrage à partir du troisième tome, suite aux problèmes de santé rencontrés par Chaumeton.

Le texte

En regard des planches, sont d’abord données les diverses dénominations de la plante, dans un grand nombre de langues, la plupart européennes mais aussi parfois plus insolites, tels le chinois, l’hindou, le malais, etc. Viennent ensuite une description botanique détaillée, les qualités physiques et les propriétés médicinales, plus éventuellement l’évocation d’usages autres que médicaux. Enfin le texte se termine par d’utiles références bibliographiques, et les explications et légendes de la planche.

Flore médicale / décrite par MM. Chaumeton, Poiret, Chamberet ; peinte par Mme E. P. et par J. Turpin. – Paris : C. L. F. Panckoucke, 1828-1832 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, MED 573-01)

 

Au cœur des fleurs et des fruits

À partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’illustration botanique, suivant la classification linnéenne des végétaux d’après leurs caractéristiques sexuelles, s’attacha à mettre en évidence les organes reproducteurs des plantes. Ainsi les planches de la Flore médicale montrent systématiquement, au bas d’une représentation d’ensemble ou partielle (avec feuillage, fleurs, éventuellement racines), la morphologie intime de la plante avec le détail des étamines, pistils et ovaires. Les fruits sont également disséqués pour faire apparaître, en coupe, les graines.

 

 

 

 

La couleur des fleurs

Les planches ont été réalisées selon une technique particulière, mise au point en Angleterre dans le dernier quart du XVIIIe siècle et particulièrement utilisée au début du XIXe siècle pour l’illustration des ouvrages de botanique, la gravure au pointillé (stipple engraving).

La gravure au pointillé était spécialement adaptée à l’impression en couleur, après encrage à la poupée. Ce minuscule tampon permettait d’appliquer chaque couleur sur les zones correspondantes de la plaque, imprimée en un unique passage sous presse.

Chacune des planches a ensuite été minutieusement colorée à la main pour restituer tous les détails nécessaires à l’identification botanique. Même s’il n’atteint pas la perfection des Roses de Pierre-Joseph Redouté, réalisées selon la même technique, le résultat est remarquable tant pour ses qualités scientifiques que pour son aspect esthétique. L’ouvrage, aussi utile qu’agréable, fut d’ailleurs jugé digne de figurer dans les bibliothèques de Louis XVIII et de l’empereur d’Autriche, pour lesquelles deux impressions sur vélin furent acquises.

Flore médicale / décrite par MM. Chaumeton, Poiret, Chamberet ; peinte par Mme E. P. et par J. Turpin. – Paris : C. L. F. Panckoucke, 1828-1832 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, MED 573-05)

Les dessinateurs des planches

Deux talentueux illustrateurs, tant sur le plan artistique que botanique, sont à l’origine du dessin des planches.

Ernestine Panckoucke (1784-1860), épouse de l’éditeur de la Flore, fut l’élève du grand peintre de fleurs Gérard Van Spaendonck et surtout de Pierre-Joseph Redouté. Peintre de fleurs, avec une prédilection pour l’aquarelle, elle exerce ici son talent en dessin botanique.

Cependant sa participation fut très modeste (une petite vingtaine de planches sur plus de 350) puisque la presque totalité des illustrations sont de la main de Pierre-Jean-François‎ Turpin (1775-1840), botaniste et remarquable dessinateur à l’origine de nombreuses illustrations botaniques, parmi lesquelles celles d’une Flore parisienne.

 

Une reliure d’époque

La demi-reliure de l’un des exemplaires du Fonds ancien, contemporaine de la parution du livre, est de style néo-gothique, style qui fit son apparition dans la reliure à partir de 1820. Elle est dite « à la cathédrale », en raison des motifs architecturaux gothiques ornant le dos, réalisés par estampage à froid au moyen de plaques gravées.Les plats sont recouverts de papier caillouté « œil de chat », employé également dans les années 1820-1840.

Flore médicale / décrite par MM. Chaumeton, Poiret, Chamberet ; peinte par Mme E. P. et par J. Turpin. – Paris : C. L. F. Panckoucke, 1828-1832 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, MED 573-05)

Bibliographie

L’illustration botanique du XVIIe au XIXe siècle à travers les collections de la Bibliothèque / recueil publié par Michel Schlup ; textes de Thierry Dubois-Cosandier, Claire-Aline Nussbaum et Michel Schlup.- Neuchâtel : Bibliothèque publique et universitaire, 2009.- (Patrimoine de la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel ; 10)

Voyage au cœur des fleurs : modèles botaniques et flores d’Europe au XIXe siècle / Anne-Marie Bogaert-Damin. – Namur : Presses universitaires de Namur, 2007

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