Compter, interroger, juger, évaluer

Twitter statistics, par Andy Ciordia. Flickr.com. CC BY-NC-ND 2.0.

Twitter statistics, par Andy Ciordia. Flickr.com. CC BY-NC-ND 2.0.

L’évaluation fait aujourd’hui l’objet d’un double mouvement. Elle est perçue comme un outil objectif et indispensable à une bonne gestion, notamment politique : on réclame fréquemment que le travail des hommes politiques, des experts, des médecins, des ingénieurs, des fonctionnaires, des banquiers, des enseignants, des informaticiens…soit contrôlé plus fréquemment ou plus précisément, afin d’être certains de la validité des décisions prises et des actions menées. Cependant, cette certitude semble toujours échapper, et ce « culte de l’évaluation » est également l’objet de vives critiques l’accusant de s’entretenir elle-même pour des résultats concrets dérisoires, mais toujours plus de stress au travail et de dépenses inutiles. Comment cette dualité s’exprime-t-elle dans nos collections?

La BU Droit-Lettres (et les autres BU) sont riches en méthodes et manuels pour effectuer la meilleure évaluation possible. On trouvera par exemple en salle de Droit: Évaluation du personnel: quels objectifs ? quelles méthodes ? ; Le guide des techniques d’évaluation: performances, compétences, connaissances ; en salle de Lettres: Le bilan de compétences ; L’évaluation des psychothérapies et de la psychanalyse: fondements et enjeux ; Les modèles de l’évaluation: textes fondateurs avec commentaires (en sciences de l’éducation) ; à l’IUT de Poitiers Comment évaluer, améliorer, valoriser l’enseignement supérieur ? ; à la BU Médecine L’évaluation en santé: de la pratique aux résultats.

En ligne, un numéro de la Revue française d’administration publique (avril 2013) tente de dresser un panorama objectif de l’évaluation des politiques publiques, entre état de l’art et controverses. Un article de la revue Santé publique (janvier 2007) propose un historique de la démarche d’évaluation des pratiques professionnelles des médecins. Un ebook (janvier 2011) fait le point sur L’évaluation dans les établissements scolaires.

Mais nos collections reflètent aussi l’abondante littérature qui conteste la légitimité de l’évaluation.

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Couverture Evaluez-moi ! Source : Decitre.fr

Dans Évaluez-moi ! : évaluation au travail: les ressorts d’une fascination, Bénédicte Vidaillet dépeint férocement les travers d’une évaluation qui se transforme en compétition entre les salariés pour éviter toute contestation collective, qui pousse les chercheurs à travailler sur des sujets « vendeurs » ou les responsables des services d’urgences hospitalières à « faire sortir » les patients, quitte à les voir revenir, pour obtenir de meilleures évaluations.
L’ouvrage Évaluation: trappe ou tremplin pointe les dangers de l’évaluation au travail, qui peut être vécue comme un piège par le salarié. Ce risque se retrouve aussi dans l’éducation, comme on le voit avec l’ouvrage L’évaluation : une menace?
On retrouve cette dénonciation dans la bibliothèque du Pôle Universitaire de Niort avec La Tyrannie de l’évaluation, d’Angélique Del Rey.

Face à cette « agression » de l’évaluation, les sujets observés peuvent se rebeller : c’est ce que décrit l’article « Les conséquences de la résistance organisationnelle à l’institutionnalisation de l’évaluation sur les pratiques des acteurs : analyse à partir de la mise en place de l’évaluation individuelle à l’université française » (publié dans la revue @GRH).
L’instrumentalisation de l’évaluation par le pouvoir politique est pointée dans l’article « L’évaluation sous tension : l’exemple des effets sur l’emploi des 35 heures » (Revue de l’IRES, 2013).
En science de l’éducation, la Revue internationale d’éducation de Sèvres pose la question dans son numéro de septembre 2008 « L’école et son contrôle » : le recueil de données précises et chiffrés sert-il « à esquiver la réflexion sur les finalités et les objectifs de l’école obligatoire? »
Enfin l’article « Évaluation : l’ère du temps? » (Le Journal des psychologues, avril 2013) dénonce le « mythe de la performance » qui accompagne l’idéologie de l’évaluation, mais propose une piste d’espoir en resituant les outils de l’évaluation dans une « dynamique éthique ».

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