Vient de paraître

Alberto Manguel, La Perle d’Estrémadure: une histoire de l’île de Ré, traduit de l’espagnol (Argentine) par P. Drouet, avec les photographies de Thierry Girard, Atlantique & L’Escampette, coll. « Dépaysement », 2021, 128 p. ISBN 978-2-35608-113-1.

Les images de Thierry Girard en attestent : l’océan est là. Il nous regarde, il nous fait face. Il nous laisse penser que l’île est un refuge, un havre pour le repos et l’oubli. Mais c’est un refuge incertain, éphémère, d’où sans doute il faudra repartir, pour un voyage dans le temps comme dans l’espace. Quel est donc cet animal sur la grève ? Qui suppose-t-il et qu’on ne voit pas ? Et quelle est donc cette perle, apparemment égarée sur un tel rivage, loin de ses origines ? Pour le savoir, pour dénouer l’énigme à plusieurs tiroirs, il faut suivre Alberto Manguel dans cet étrange itinéraire qui mène, croit-on, de l’île de Ré à l’Estrémadure, du nouvel an 2020 à la guerre d’Espagne… Un conte, en somme, avec ses sortilèges – et ses violences.

Et Antioche, dans tout cela ? Disparition, réapparition, expiation… Oui, Antioche pourrait bien être la clef de ce jeu de piste, d’une arène à l’autre, un jeu de piste en quête de soi-même, pour se retrouver après s’être perdu. Quand Antioche réapparaîtra, alors sous l’eau Ré s’enfoncera, dit un proverbe local.

« L’histoire de La Perle d’Estrémadure est un exemple limpide de ce paradoxe. Nous savons qu’il y eut un passé – la guerre d’Espagne avec ses centaines de milliers de morts, la jeunesse du grand-père Palmiro avec ses matinées et ses après-midi semblables, la somnolente île de Ré (en poitevin, île de Rét) des années trente et ses mythologies en noir et blanc – et qu’il y eut (appelons-la ainsi) une représentation de ce passé. Pour la mener à bien, le décor a été planté dans le tout petit village d’Antioche et dans la ville peuplée de Badajoz, ainsi que dans cette zone insulaire de la côte du sud-ouest de la France que les géographes appellent l’archipel charentais.

Il y eut sans doute d’autres décors et d’autres personnages, mais ce qu’ils disent est sans importance. Ce qui importe, c’est l’histoire elle-même, non ses gloses, l’histoire comme une sorte d’emblème de ce qui arrive quand un homme ment et qu’un pays accepte ce mensonge, qu’il s’agisse d’un homme quasiment anonyme ou d’une figure politique starifiée. Il arrive alors que la mémoire devienne mémoire de quelque chose de vrai incarné dans quelque chose de faux, d’une fable imposée comme réalité quotidienne et valable. Dans ce cas, la seule certitude, c’est le mensonge. C’est lui qui impose ses règles. »

 

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