L’Allemagne a du mal à reproduire « le modèle allemand »…

Document intéressant de Jacqueline Hénard, mis en ligne par La Fabrique de l’Industrie (Think Tank créé il y a quelques temps par Louis Gallois), intitulé « L’Allemagne : un modèle, mais pour qui? ». Il ne s’agit pas d’une nouvelle analyse, mais d’une synthèse de travaux récents, avec des sources côté français et côté allemand. Neuf chapitres courts, bien documentés.

Jacqueline Hénard rappelle notamment qu’il y a un peu plus de dix ans, l’Allemagne était considérée comme « l’homme malade de l’Europe »… Qu’il n’y a pas de « modèle allemand », mais des réussites à l’échelle des Lander et des entreprises plus qu’à l’échelle du pays dans son ensemble. Que s’il y a un pays qui a du mal à reproduire le prétendu modèle allemand, c’est… l’Allemagne (dans l’ex-RDA). Que les caractéristiques du système économique allemand s’inscrivent dans l’histoire longue, parfois très longue pour certaines d’entre elles.

Conclusion forte, à laquelle je souscris totalement : quoique l’on pense de l’Allemagne, ce pays n’a pas procédé par imitation d’un modèle quelconque, mais plutôt par analyse de ses forces/faiblesses intrinsèques et mise en oeuvre ensuite de politiques jugées adaptées par les différents gouvernements.

Synthèse pas inutile, donc. Si on veut monter en généralité, on pourrait dire que ce document illustre l’intérêt des analyses en termes de diversité des capitalismes, qui rend stérile toute démarche procédant par tentative d’identification puis de reproduction d’un modèle prétendument supérieur. Il invite plutôt à un travail d’introspection ou, dit autrement, de prise en compte du contexte dans lequel s’inscrit le pays dont on souhaite la transformation : quels sont nos atouts? nos faiblesses? quelles solutions peut-on mettre en oeuvre? Quel est le coût économique ou social de ces solutions? etc.

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7 commentaires sur “L’Allemagne a du mal à reproduire « le modèle allemand »…

  1. L’Allemagne reste très impressionnante pour ses succès à l’export. Bien des PME industrielles françaises pourraient s’inspirer de ce que font les Allemands à ce niveau. Vous parlez des « réussites à l’échelle des Lander », c’est peut-être ce qui inspire Nicole Bricq qui veut mettre fin au leadership d’ Ubifrance et des chambres de commerce pour mener la mobilisation des PME à l’export et qui veut donner le rôle central aux régions.

  2. Ce billet fait écho aux idées reçues actuelles sur l’Allemagne; idées qu’on qualifie de « modèle allemand » – les exportations allemandes sont les importations des autres; l’excédent allemand c’est le déficit des autres; et le remède serait que les allemands consomment plus et « inflatent » pour compenser le manque de consommation et la « déflation » des autres…. Ces idées passent à côté d’autre chose de plus important à mon sens; c’est que l’organisation de la société allemande est beaucoup plus consensuelle que chez nous. Je passe sur les origines historiques comparées des corps sociaux allemands et français, y compris la période nazie… Je pense que la cause fondamentale du « mal » français c’est l’État. Un État hyper interventionniste dans tous les domaines de l’organisation économique et sociale; un État dont le périmètre est trop important en emplois, en dépenses et en prélèvements sur les ressources et les productions; un État qui pompe une grande partie des meilleurs talents du pays pour fonctionner; un État qui pour justifier son action, s’allie avec dee syndicats et des corps sociaux organisés comme les écologistes, qui ne représentent qu’une partie minoritaire du corps social étendu; lesquels veulent imposer leur vision « totalitaire » à tous.
    Je suggère de lire cet article d’André Gauron qui tire de son analyse de la société allemande, cette leçon « Préparer l’avenir de l’industrie : une question de méthode ».

    http://bit.ly/PiGurN

    Cordialement

  3. l’Allemagne est un modèle de réussite au sens strictement capitaliste tel que Marx l’analysait : c’est une machine à générer de la plus value. Si les entreprises exportatrices allemandes réussissent c’est au prix de l’appauvrissement progressif du pays. Les salaires baissent. Un nombre croissant de salariés allemands gagnent moins que le SMIC français alors que le niveau de vie y est plus élevé. Pire, encore le pays est incapable de former les ingénieurs dont il a besoin, tant son système éducatif est étriqué et peu moderne. pour mémoire, la précarité est reine dans l’enseignement supérieur allemand. Les institutions culturelles y sont laminées par une rigueur nettement plus forte qu’en France. Les dépenses sociales sont en chute libre avec une part croissante de retraités ayant des retraites minorées. Est ce vraiment cela que l’on désire ?
    Quand au rôle de l’état, tout bon économiste sait que les plus grandes périodes de prospérité en France comme aux Etats Unis ont toujours été liées à un très fort interventionnisme étatique : l’état est bien, en France depuis Napoléon III (lire les textes de D Harvey sur la reconstruction de Paris), en passant par De Gaulle, le premier facteur de richesse, il est d’ailleurs curieux que son dépérissement actuel corresponde à une période de stagnation économique persistante.

  4. « Il invite plutôt à un travail d’introspection ou, dit autrement, de prise en compte du contexte dans lequel s’inscrit le pays dont on souhaite la transformation : quels sont nos atouts? nos faiblesses? quelles solutions peut-on mettre en oeuvre? »

    Faudrait enseigner le SWOT à Science-Po et à l’ENA afin que cela devienne une méthode répandue dans les ministères 20 ans plus tard 🙂

  5. Ping : Internationalisation, performance des entreprises et emploi | Olivier Bouba-Olga

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