Quelques réflexions personnelles sur les OGM

Le débat sur les OGM a refait surface ces dernières semaines avec plusieurs évènements qui ont plus ou moins animés la sphère médiatique et les réseaux sociaux.

Flash info

A commencer, une petite victoire des « pro-OGM » par un cinglant repenti d’un ancien écologiste qui ne mâche pas ses mots sur ce qu’il considère désormais comme une position antiscientifique et dangereuse pour l’avenir de l’humanité. Un ami m’a ensuite signalé tout un dossier dans le dernier journal du CNRS qui, je l’espérais, devait donner une vision un peu plus intéressante que celle que l’on trouve dans les médias classiques. En vain! Je vais tenter de revenir sur certains propos émis dans ce dossier. Ensuite, cette semaine, un nouveau show médiatique du Criigen a été orchestré par Gilles-Éric Séralini et Corinne Lepage, aboyant férocement (ie. par voie judiciaire) contre tout ce qui va à l’encontre de leurs croyances. J’invite les lecteurs à lire la réaction du journaliste de Marianne inculpé en justice par le Criigen. Pour finir, l’EFSA joue enfin la carte de la transparence en divulguant l’ensemble des données qui servent à ses évaluations.

Mais revenons sur le journal du CNRS.  Le dernier numéro nous donne une vision politiquement correcte sur les OGM, « politiquement correcte » ne rimant malheureusement pas toujours avec scientifiquement correcte. C’est un syndrome assez français, finalement, que de vouloir faire la part des choses quand on aborde un sujet polémique; le juste milieu en quelque sorte, qui n’est pourtant pas toujours aussi juste qu’on pourrait le supposer. Parcourons ensemble ce que nous propose les rédacteurs du CNRS.

Controverse ou…controverse?

Controversy

Le résumé commence par le terme « controverse »[ref] »Une controverse sur la toxicité d’un maïs transgénique a fait irruption sur la scène scientifique et médiatique fin septembre. »[/ref] à propos du maïs NK603 de Séralini. Pour un journal scientifique censé nous informer, cela commence mal. Le terme controverse est bien évidemment trompeur ici. Controverse dans quel sens? Controverse scientifique? Controverse politique? sociale? Scientifiquement, sur l’étude de Séralini, il n’y a aucune controverse. Tout le monde est d’accord et par « tout le monde » j’entends la très grande majorité des spécialistes qui se sont penchés sur cette étude. Aucun argument scientifique n’est venu à la rescousse de Séralini et de son équipe. Par contre, on peut parler de controverse concernant la réglementation, les peurs liées à la manipulation génétique, les problèmes politiques ou économiques que peuvent engendrer les OGM.

Une controverse scientifique se règle à coup d’arguments et d’expériences scientifiques[ref]On pourra lire à ce propos l’excellent petit texte sur le blog skeptic américain.[/ref]. J’irai même plus loin en soutenant que, dans le cas du problème sanitaire des OGM, c’est le consensus qui prime tout comme le problème du réchauffement climatique. Les OGM commercialisés sont sains et peuvent être consommés en toute tranquillité et ils sont d’ailleurs certainement plus sains que la plupart des aliments que nous mangeons aujourd’hui étant donné les multiples tests auxquels ils sont soumis[ref]Certaines études tendent à montrer que certains maïs OGM, de type Bt, sont moins attaqués par des mycotoxines et donc potentiellement moins dangereux pour la santé. La protection conférée par le caractère Bt diminue le nombre de morsures des insectes qui, en retour, diminue les attaques de champignons tels que les mycotoxines.[/ref]. Je le rappelle, les hybrides et les plantes issues de mutagenèse, sans parler d’autres techniques manipulant le génome[ref]Vous pouvez lire par exemple mes articles à propos des OGM et des différentes méthodes utilisées dans l’agriculture pour améliorer les plantes.[/ref], ne font pas l’objet de régulations et personne (ou presque) ne s’en inquiète.

Consensus?

Qu’est-ce qui me permet d’affirmer que le consensus (scientifique) règne concernant l’impact sanitaire des OGM? Principalement le fait que l’ensemble des agences sanitaires dans le monde semble unanime, que ce soit l’OMS, la FAO, FDA (USA), les agences françaises (HCB, ANSES), européenne (EFSA), etc. Ces agences utilisent les données que fournissent non seulement les industriels mais aussi les recherches financées publiquement pour mettre à jour leurs évaluations. Ces dernières sont menées par des scientifiques de disciplines différentes qui sont tenus de déclarer d’éventuels conflits d’intérêts. Je connais, par exemple, des personnes travaillant pour l’ANSES; ce sont des scientifiques comme les autres, leur travail pour ces agences n’est que faiblement rémunéré et peu pris en compte dans leur éventuelle évolution de carrière.

Notons aussi que des groupes indépendants travaillent à créer des bases de données concernant l’ensemble des publications sur les OGM. Le projet Genera se propose de recenser toutes les études disponibles dans la littérature scientifique concernant l’aspect sanitaire des OGM, qualité nutritionnelle et dangerosité éventuelle. Plus de 500 articles y sont recensés dont une centaine financée indépendamment des industries. Prenons aussi en compte cette banque de données qui recense toutes les publications dans le domaine des OGM et comptait déjà 30000 publications en 2011. Bien sûr, le nombre de publications ne veut rien dire mais soyez assuré que si un nombre conséquent de ces publications montrait un effet délétère significatif, vous en auriez entendu parler dans les médias.

Cuicui les petits oiseaux?

Évidemment, ce tableau idyllique pourrait paraître un peu naïf. Peut-on vraiment faire confiance aux industriels? Les scientifiques ne sont-ils pas corrompus? les politiciens vendus? Les enjeux financiers étant astronomiques, il n’est pas étonnant qu’une grande méfiance règne dans les esprits. L’exemple de l’industrie du tabac est d’ailleurs régulièrement mis en avant, bien que j’aie déjà expliqué en quoi il me semble que cet exemple est mal choisi. Le problème de la transparence est assez difficile à traiter car cela nous emmène rapidement dans la sphère politique. Est-ce une avancée que l’EFSA facilite l’accès aux données? Je répondrais que c’est en est une socialement mais scientifiquement cela ne change pas grand chose: si cela rassure la population, concrètement, peu de personnes pourront vraiment comprendre ce que sont ces données et ce qu’il faut en faire.

Cette méfiance vis-à-vis des institutions est un problème qui mériterait une analyse détaillée. Je voudrais ici rapidement développer au moins un des aspects du problème, celui de la sphère publique/privée. Si je suis le premier à ne pas faire confiance à la sphère privée, ce n’est pas parce que Monsanto est le monstre que les anti-OGM dépeignent mais principalement parce que l’intérêt d’un groupe privé réside à mon avis avant tout dans la réalisation de profits. Parfois ce profit peut néanmoins rejoindre l’intérêt public: si Monsanto commercialise un OGM qui s’avère réellement dangereux pour la santé, la banqueroute est assurée. Pourtant, ce constat ne garantit pas une sécurité absolue: l’exemple de l’industrie du tabac – cette fois pertinent – ou encore de certains produits pharmaceutiques, nous rappelle que le profit passe souvent avant la santé humaine – sans parler des mesures d’économies dans les industries qui conduisent parfois à des catastrophes sanitaires ou écologiques. Il existe à mon sens deux alternatives possibles à ce problème – qui ne s’opposent d’ailleurs pas nécessairement. La première serait la régulation, le contrôle de l’état et la transparence, un service public qui ne serait pas démantelé peu à peu; la deuxième est le renversement drastique des règles économiques et sociales, c’est-à-dire du fonctionnement de notre système capitaliste.

Désinformation?

Mais revenons à nouveau sur le dossier du journal du CNRS. Dans le premier article, on peut lire: « l’obligation d’étiquetage ne vise pas les produits (lait, œufs, viande) issus d’animaux nourris avec des OGM. Malgré eux, les consommateurs peuvent donc manger des OGM. »  Le CNRS cherche-t-il à nous dire que les animaux qui mangent des OGM deviennent à leur tour des OGM? C’est-à-dire que leur génome change significativement du fait de leur alimentation?

informed consumer

Rassurez-vous, si tel était le cas, l’absorption de n’importe quelle nourriture serait dangereuse pour notre survie. Les aliments, OGM ou non, sont dégradés dans le corps humain et les composantes utiles, comme les protéines, servent au bon fonctionnement de l’organisme. Les lecteurs biologistes de ce blog pourront peut-être donner plus de précisions. Les étiquettes « nourris sans OGM », qui fleurissent dans les supermarchés, ne sont donc qu’un argument commercial et certainement pas une réponse à une préoccupation sanitaire. Bien sûr, la qualité de la nourriture absorbée et éventuellement les conditions de vies influencent la constitution des produits du genre œufs, laits, ou même viande. Mais cela n’a rien à voir avec OGM/non OGM où la qualité nutritionnelle est équivalente.

Par ailleurs, je ne peux m’empêcher de signaler l’interview de Pierre Henri Gouyon qui joue de sa posture de scientifique réputé et reconnu (accordons-lui cela) pour colporter des ragots en tout genre et en toute impunité à propos des OGM: le cas d’Arpad Pusztai et celui de l’agriculteur Percy Schmeiser. Ces deux exemples sont un peu la tarte à la crème des anti-OGM. Arpad Pusztai est un chercheur qui s’est empressé d’aller voir les médias avant même de publier ses résultats qui, pensait-il, montraient des effets délétères d’une pomme de terre OGM. L’affaire a fait grand bruit et il s’est avéré que les résultats obtenus ne justifiaient finalement pas les accusations péremptoires de Pusztai à propos de cet OGM. Son institution a alors décidé de l’exclure de son poste; il est devenu depuis l’idôle des anti-OGM, présenté comme une victime des industriels et la preuve de leur toute puissance.

Quant à Percy Schmeiser, l’affaire est encore plus ironique. Il est présenté par les anti-OGM comme le petit paysan qui a vu ses cultures se transformer en cultures OGM à cause de la « contamination » par les champs OGM de ses voisins agriculteurs. Monsanto, en bon big Brother qui sait tout, a alors attaqué cet agriculteur pour utilisation frauduleuse de semences OGM ce qui en a fait sa célébrité. Néanmoins, le fin mot de l’histoire est un peu moins connu. Le tribunal a montré que les champs de Percy n’avaient pas été transformé par les miracles de la nature mais par une sélection de longue haleine par Percy lui-même. Pour être plus clair, Percy avait volontairement planté des OGM sur son champ.

De mon côté, comme je l’ai déjà dit dans ce blog, je suis opposé au principe du brevetage, OGM ou non. Alors, au fond, Percy, c’est un peu mon héros 😉

Conclusion

Dans son éditorial, Brigitte Perucca, directrice de la communication du CNRS, souligne: « Il ne s’agit pas de prendre position mais bien d’éclairer ce sujet qui trouble les relations entre science et société. » Je pense malheureusement que le CNRS n’aurait pas pu mieux s’y prendre pour brouiller encore plus les cartes. Pour moi, les techniques de modification génétique à la base des OGM sont avant tout un outil, bien plus efficace que ceux utilisés jusqu’à présent. L’utilisation de cet outil est une affaire politique. C’est là que le débat doit avoir lieu. Quelle agriculture voulons-nous? Faut-il encore chercher à augmenter la productivité? A quel prix (risque/bénéfice)? Plus précisément, quel prix attache-t-on à l’impact sur l’environnement par rapport aux bénéfices potentiels? Quelles sont les impacts de nos choix agricoles notamment sur les pays pauvres?

Je voudrais aussi finir cet article par le seul argument qui, jusqu’à présent, m’a semblé intéressant dans ce vrai-faux débat sur les OGM. Les OGM ne sont-ils pas une solution mise en avant pour mieux en cacher d’autres? Le problème de la faim dans le monde, par exemple, avancé parfois par les pro-OGM, est d’abord un problème politique pour le moment du moins. Le manque de terres cultivables, un véritable problème à long terme, ne me semble pas un problème fondamental aujourd’hui sachant qu’un grand nombre d’agriculteurs dans le monde utilisent des techniques et des semences complètement dépassées aujourd’hui.

Nous reviendrons certainement sur toutes ces questions dans d’autres contributions!

 

10 réflexions sur « Quelques réflexions personnelles sur les OGM »

  1. ConradMayhew

    J’ai suivi votre lien vers le Journal du CNRS 270, et j’ai été carrément choqué:
    – Tribune ouverte à Pierre-Henri Guyon, fervent défenseur de Séralini (cf la pétition qu’il a initiée), sans prendre la penne de présenter en contrepoint une tribune ouverte d’un critique de Séralini
    – Niveau scientifique proche du zéro absolu: « En effet, l’obligation d’étiquetage
    ne vise pas les produits (lait, oeufs, viande) issus d’animaux nourris avec des OGM [snip]. Malgré eux, les consommateurs peuvent donc manger des OGM. »
    – Discours maintenant classique sur « les experts », « les agences », « les lobbys » sans mettre en contrepoint la question du dénialisme scientifique, notamment au sein des mouvements écologistes (discuté notamment par l’ancien anti-OGM Mark Lynas, comme vous l’avez rappelé en introduction).
    C’est cela le CNRS aujourd’hui? Effarant…

  2. sham Auteur de l’article

    je n’ai pas trop insisté sur le dernier article du dossier mais la rengaine habituelle « lobbys » vs experts « citoyens » qui s’avèrent pas si indépendants que cela est assez déprimant.

  3. Ariane

    Décidément, j’aime beaucoup ce blog! 😉 Je ne peux donc m’empêcher de réagir, même un peu sur le tard, à cet article, que je trouve très bon, au demeurant.

    Mais, concernant le passage sur la nécessité de tout changer dans le capitalisme, là, je dois avouer que je suis un peu perplexe. Le fait que les entreprises existent avant tout pour faire du profit ne me paraît pas le plus problématique ici. Après tout, fonder une entreprise et la diriger constitue simplement une autre manière de gagner sa vie. De plus, les profits sont, pour une bonne part, ré-injectés dans l’entreprise, afin de lui permettre de progresser et de se perpétuer dans un environnement économique qui peut beaucoup et brutalement changer suivant le domaine d’activité.

    Là où les choses commencent à déraper, c’est lorsque dans certains cas, l’entreprise fait passer ses intérêts, soit sa survie, avant d’autres considérations pourtant essentielles à sa raison d’être, à savoir le bien de ses clients et consommateurs, notamment en cherchant à leur cacher sciemment les dangers d’un produit ou d’une activité. Mais, ce n’est pas l’apanage du capitalisme. On a eu des scandales similaires dans lesquels des intérêts d’états, soit de l’institution publique, étaient aussi mis en balance avec le bien des citoyens. On le voit notamment dans les dictatures (ou démocratures), mais on a aussi eu des cas dans nos pays démocratiques.

    De fait, les réponses à apporter à ce genre de phénomène, lorsque les intérêts d’une minorité, souvent en position de force ou de pouvoir, sont supplantés à ceux de la majorité, qu’elle est même généralement supposée servir ou dont elle dépend, sont multiples. Dans le cas de la pharmaceutique, de la médecine ou de l’agriculture, elles passent notamment par un accroissement des fonds à la recherche publique et l’imposition de procédures de vérification indépendantes. Si pour les secondes, il me semble que beaucoup de progrès ont été faits ces dernières décennies (tout n’est pas parfait, c’est vrai, mais c’est beaucoup, beaucoup plus stricte et fiable que dans les années 50-60), pour ce qui est des premiers, je dirais qu’on régresse continuellement depuis 40 ans, et j’ai l’impression que c’est ainsi partout en Europe. En effet, avec le gâteau des revenus d’état qui n’arrête pas de se rapetisser et les dépenses dans certains domaines, notamment la santé et le social, qui ont explosé, et vu le niveau actuel d’endettement de plusieurs pays, l’horizon n’est pas vraiment glorieux. En fait, avec les partenariats privés-publics qui se multiplient et qui sont considérés comme une véritable panacée, les états se retirent toujours plus du financement de nombreux projets, tout en permettant à l’industrie d’occuper une part croissante du terrain. Je ne pense pas que cela soit forcément mauvais. Certains PPP sont très bien ficelés, pour éviter justement des instrumentalisations abusives. Mais, du coup, il devient effectivement presque impossible de trouver des experts vierges de toute relation avec l’industrie. De là à dire qu’ils seraient tous vendus à celle-ci, il y a un très grand saut que je refuse de faire (mais que certains n’hésitent pas à bondir). Cependant, il faut bien reconnaître que les financements privés sont de plus en plus importants et il n’y a aucune raison d’exiger d’entreprises qu’elles s’impliquent juste par bonté de cœur. Leurs dirigeants ont aussi des responsabilités vis-à-vis des employés et des investisseurs, et on ne peut simplement s’asseoir sur eux, sous prétexte d’une sacralisation de la recherche.

    De fait, si le grand public n’a aucune confiance dans la recherche privée ou (partiellement) financée par le privé, il va falloir qu’il se décide à mettre sérieusement la main au porte-monnaie. Parce que pour augmenter les fonds publics à la recherche, il ne suffira pas de piocher dans les autres secteurs, lesquels sont déjà souvent rationalisés jusqu’à la corde, quand ils ne dépendent pas déjà d’emprunts astronomiques, ni d’augmenter les impôts des plus riches, qui, avec les entreprises, fournissent déjà 80% du budget de l’état. Ce sera la classe moyenne qui verra ses impôts augmenter, soit vous et moi. Et apparemment, ce n’est pas très politiquement correct, de parler d’augmentation des impôts sur la classe moyenne…. 😉

  4. Ping : Gazette AFIA #6

  5. Wackes Seppi

    « Je le rappelle, les hybrides et les plantes issues de mutagenèse, sans parler d’autres techniques manipulant le génome 4, ne font pas l’objet de régulations et personne (ou presque) ne s’en inquiète. »

    Il y a des exemples de variétés obtenues par des schémas de création classiques (croisement(s) suivis de sélection) qui ont été à l’origine de problèmes sanitaires.

    Vous revenez sur l’« exemple du tabac ». Fallacieux. Le tabac n’est pas un produit courant. C’est une drogue (légale), source de revenus pour les États. Le méchant lobby du tabac (bien sûr constitué de méchantes multinationales) qui a empêché les pauvres États impuissants de prendre des mesures de lutte contre le tabagisme, c’est un peu court comme explication. On peut du reste faire un raisonnement similaire pour l’amiante : dans les manipulations médiatiques d’aujourd’hui, on occulte systématiquement le fait que l’amiante a aussi un intérêt, et que la notion de coût-bénéfice a joué un rôle par le passé.

    Arpad Puzstai, victime des industriels ? Ce sont ses pairs qui l’ont éjecté.

    Percy Schmeiser ? Il n’y a pas eu « sélection de longue haleine » de sa part. Selon la dernière version de ses explications, il a traité une bande en bord de route et des placettes sous des pylônes électriques au glyphosate et récolté les plantes qui ont résisté… séparément. Mon oeil ! Ça tient aussi bien la route que ses explications précédentes de pollinisation par les champs voisins ou de graines qui se seraient envolées des camions. Il suffit de se demander comment le méchant Monsatan pour le repérer…

    « …les techniques de modification génétique à la base des OGM sont avant tout un outil, bien plus efficace que ceux utilisés jusqu’à présent » ? Un outil oui. Quant à son efficacité, ça dépend des objectifs de sélection. Et la transgénèse sera quasiment toujours suivie par les schémas classiques de croisements suivis de sélection.

    « Les OGM ne sont-ils pas une solution mise en avant pour mieux en cacher d’autres? » Vous succombez à l’homme de paille des anti-OGM. Aucun pro-OGM – à part l’éventuel idiot de service – ne prétend que les OGM sont « la » solution pour vaincre la faim dans le monde. Ils ont une contribution à apporter. Une petite, ou une grande, selon le cas.

    Pour les anti-OGM, le truc est :
    1.  Les pro-OGM disent que…
    2.  C’est évidemment faux…
    3.  Donc les OGM ne servent à rien.

  6. sham Auteur de l’article

    Je ne comprends pas très bien vos remarques Wackes Seppi. Concernant Schmeiser et Putzai, je ne dis pas autre chose que vous il me semble. Idem pour l’exemple du tabac que, je souligne dans le texte, n’est pas une bonne comparaison. Je le signale dans un autre paragraphe mais dans un autre contexte. Vous avez raison en ce qui concerne les solutions techniques mais il ne me semble pas avoir dit ou laissé entendre les conclusions que vous tirez. Par contre, j’aurai du être plus clair: il n’y pas de dichotomie, ce n’est pas: soit cette solution soit l’autre. A vrai dire je pensais discuter de cela plus en détail dans d’autres posts. Pour aller dans votre sens, cet article aussi traite de ce problème mais sur le cas particulier de l’apport des vitamines A via le riz doré ou non: http://www.project-syndicate.org/commentary/the-costs-of-opposing-gm-foods-by-bj-rn-lomborg

    @bob merci pour le lien, très intéressant.
    @ariane il y aurait tellement de choses à dire et qui nous éloigneraient du sujet initial que j’ai préféré ne pas te répondre. on aura peut-être d’autres occasions d’en rediscuter 🙂

  7. Wackes Seppi

    Nous sommes bien sur la même longueur d’onde pour Arpad Pusztai. C’est bien son institution qui a décidé de l’exclure de son poste. Et c’est par une belle manipulation médiatique que M. Pusztai est présenté comme une victime des industriels. La gluante et sournoise main invisible, ça impressionne toujours plus que la solide rationalité de collègues qui n’ont pas du tout apprécié l’irrationalité de M. Pusztai.

    Quant à M. Schmeiser, non, nous ne sommes pas d’accord. Il n’y a pas eu «  une sélection de longue haleine par Percy lui-même » comme vous l’avez écrit.

    Voici ce que dit la Cour suprême :

    « 59  Les conclusions de fait du juge de première instance reposent essentiellement sur l’historique non contesté suivant [1].

    « 60  Monsieur Schmeiser pratique l’agriculture traditionnelle non biologique. Pendant de nombreuses années, il a pris l’habitude de conserver et de cultiver ses propres semences. On peut constater la présence des semences visées par la plainte de Monsanto dans un champ de 370 acres, appelé le champ no 1, où M. Schmeiser a cultivé du canola en 1996 [2]. En 1996, cinq autres producteurs de canola de la même région que M. Schmeiser ont planté du canola Roundup Ready [3].

    « 61  Au printemps 1997, M. Schmeiser a semé les graines du champ no 1, qu’il avait conservées. Des plantes ont poussé. Il a pulvérisé du Roundup sur une parcelle de trois acres située en bordure de la route et a constaté qu’environ 60 pour 100 des plantes avaient survécu, ce qui indique que ces plantes contenaient le gène et la cellule brevetés de Monsanto [4].

    « 62  À l’automne 1997, M. Schmeiser a récolté le canola Roundup Ready se trouvant sur la parcelle de trois acres qu’il avait pulvérisée de Roundup. Il ne l’a pas vendu. Il a préféré le conserver séparément et l’a entreposé pour l’hiver à l’arrière d’une camionnette recouverte d’une bâche. [5]

    « 63  En 1997, un enquêteur de Monsanto a prélevé des échantillons de canola dans les réserves routières contiguës à deux champs de M. Schmeiser. Des tests ont révélé qu’ils contenaient tous du canola Roundup Ready. En mars 1998, Monsanto a rendu visite à M. Schmeiser et l’a avisé qu’elle croyait qu’il avait cultivé sans licence du canola Roundup Ready. Monsieur Schmeiser a néanmoins apporté les graines entreposées dans sa camionnette à une usine de traitement des semences, où elles ont été traitées afin de servir à l’ensemencement, ce qui les rendait inaptes à tout autre usage. Monsieur Schmeiser a ensuite semé les graines traitées dans neuf champs d’une superficie totale d’environ 1 000 acres [6]. »

    « 64  […] Une série de tests indépendants effectués par divers experts a démontré que 95 à 98 pour 100 du canola planté et cultivé par M. Schmeiser en 1998 était résistant au Roundup. […]. [7]

    « 65  Monsieur Downey a témoigné que le taux de survie élevé des plantes ayant germé après avoir été traitées au Roundup, qui avait été constaté lors des tests effectués sur les échantillons de 1997, « ne s’expliquait que par la présence, dans le champ no 2, de canola cultivé à partir de semences commerciales résistantes au Roundup » (jugement de première instance, par. 112). […]

    « 66  Restait à savoir ce qui expliquait la présence d’une concentration aussi élevée de canola Roundup Ready sur les terres des appelants en 1998. Le juge de première instance a écarté l’idée que cette concentration résultait de la dissémination, soit par le vent soit par inadvertance, de graines sur les terres en question (par. 118) :

    […]

    « 67  Il a tiré la conclusion suivante (par. 120) :

    Je conclus que, en 1998, M. Schmeiser a planté des graines de canola qu’il avait gardées de sa récolte de 1997 dans son champ no 2 alors qu’il savait ou aurait dû savoir que ces graines étaient résistantes au Roundup. Je conclus également qu’il s’est principalement servi de ces graines pour ensemencer la totalité de ses neuf champs de canola en 1998.

    « 68  En résumé, il ressort des conclusions du juge de première instance que les appelants ont conservé, semé, récolté et vendu des graines provenant de plantes contenant le gène et la cellule brevetés de Monsanto. La question est de savoir si, en agissant ainsi, ils ont « exploité » l’invention de Monsanto, c’est‑à‑dire le gène et la cellule résistant au glyphosate. »

    Et je repose ma question : comment Monsatan a-t-il fait pour lui tomber dessus ?

    ______________

    [1]  À prendre au premier degré : les avocats de Monsanto se sont contenté de cette « explication » qui, au fond les arrangeait : M. Schmeiser a délibérément sélectionné des plantes GM.

    [2]  Aucune explication sur la présence alléguée de plantes GM.

    [3]  Il suffit de quelques notions de base de biologie agricole et d’amélioration des plantes pour comprendre que ce fait n’a quasiment aucune incidence sur l’évolution génétique de la culture dans le champ voisin. Le colza est une plante essentiellement autogame.

    [4]  Pourquoi aurait-il « pulvérisé du Roundup sur une parcelle de trois acres » (plus d’un hectare) ? En toute logique, ce ne pouvait être que pour détruire toute sa culture, puisqu’il n’était pas censé savoir qu’il y avait du colza GM. Ou peut-être pour monter un bobard.

    En tout cas, un agriculteur qui récolterait sa semence d’une parcelle en bord de route, ne peut pas prétendre être un bon agriculteur. Ce serait un argument qui… ne tien pas la route.

    [5]  Traduire : il a (prétendument) récolté et conservé séparément. Et quelle idée de stocker à l’arrière d’une camionnette !

    [6]  Traduction : M. Schmeiser a délibérément semé quelques 250 hectares avec du colza qu’il savait GM.

    [7]  Un tel taux n’est guère compatible avec une « contamination » par le pollen. Et les graines qui auraient « volé » depuis les camions ne parcourent pas de grandes distances. C’est ce qu’indique implicitement le témoignage suivant, retenu par le juge de première instance.

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