« Opening Night » (1977) de John Cassavetes : le théâtre comme libération

Opening night (1977) https://www.flickr.com

John Cassavetes, comme Bergman, avait le don d’impressionner le spectateur en saisissant la vérité des visages, filmés dans une facture toute amoureuse, caressés de près jusqu’au flou. Il lui fallait pour cela non seulement serrer de près ses personnages en donnant presque l’impression de les faire sortir de l’écran mais aussi s’entourer d’acteurs hors-pairs, tels Ben Gazzara ou Gena Rowlands dont on peut savourer au moindre plan la densité et la suggestivité des expressions.

Par cette sorte d’éloquence muette des visages, Cassavetes a pu composer un drame existentiel bouleversant dont le thème essentiel est la perte irrémédiable de la jeunesse. Cet abandon sans appel est éprouvé par une comédienne de théâtre, Myrtle Gordon (Gena Rowlands), comme un ébranlement proche de la folie. La grande réussite d’ « Opening night » est d’avoir su imbriquer la vie quotidienne et la représentation théâtrale en un jeu de miroirs : leur frontière s’évanouit ici tant par l’aisance naturelle des acteurs sur scène que par l’obsession pathétique de Myrtle qui est de refuser d’avoir perdu sa jeunesse tout en étant engagée à jouer sur scène une femme mûre.

Dans cette pièce de théâtre intitulée « The Second Woman » (une femme à l’aube de la vieillesse), Myrtle, malgré les succès, malgré l’amour du public pour ses prestations, avoue que son personnage, Virginia, n’est rien, n’existe plus, n’a plus sa place. Son être est tourmenté par la vision d’une jeune admiratrice, Nancy, tuée accidentellement à la sortie d’une des représentations. Les plus belles scènes du film font ainsi côtoyer Myrtle et le fantôme de Nancy, première et seconde femmes dont la relation va virer au duel : décidée à tuer définitivement sa jeunesse (donc sa folie), Myrtle devra, dans ses illusions, anéantir ce spectre obsédant en parvenant à jouer « The Second Woman ». C’est là, peut-être, que réside la leçon de Cassavetes. À travers la vie d’une troupe de théâtre, et plus particulièrement celle d’une star (Myrtle est seule, incomprise, réclamant un amour que ses amants de passage lui font miroiter), le cinéaste fait du théâtre un lieu d’identification et de libération.

Le DVD d’ « Opening night » est disponible à la Ruche (Bât. A2) à la cote 791.6 CASS 3 OP

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