Comme un zadiste sans ZAD

Standing Rock, Dakota, manifestation contre le Dakota Access Pipeline. Source : https://www.facebook.com/events/1136540643060285/

À la veille de l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, Camille s’interroge sur son avenir : partir vers d’autres cieux, d’autres luttes ou inaugurer sur ces terres à la propriété incertaine un nouveau modèle économique et sociétal ? Las, l’expérience de ses aînés ne lui sera pas d’un grand secours tant est récent le phénomène de la ZAD, dont le Petit Larousse donne la définition suivante :

n.f. (acronyme de zone à défendre). Espace, le plus souvent rural, occupé par des militants s’opposant à un projet d’aménagement qu’ils estiment inutile, coûteux et susceptible de porter atteinte à l’environnement et à l’intérêt des populations locales. (Cet emploi du terme constitue un détournement de sens de l’acronyme ZAD [zone d’aménagement différé].)

Le Petit Robert, qui ne saurait négliger un tel sujet, définit quant à lui le zadiste comme un « militant qui occupe une ZAD », une zone à défendre, « pour s’opposer à un projet d’aménagement qui porterait préjudice à l’environnement ».

On l’aura compris, pour obtenir ses lettres de noblesse, une ZAD doit concerner un territoire, une cause altermondialiste et des occupants. Si l’on enlève un seul ingrédient on obtient au pire une guerre, au moins un squat ou une manifestation.

Mais alors, quid des zadistes sans la ZAD ?

Pour organiser au mieux sa reconversion, Camille pourra s’inspirer de l’entretien avec Christian Roqueirol paru dans la revue Mouvements «Toutes les luttes mènent au Larzac» ou du documentaire de Christian Rouaud «Tous au Larzac». Y sont notamment évoqués les dispositifs juridiques qui ont permis à la Société civile des terres du Larzac d’obtenir la gestion des terres achetées par l’État et d’y installer des néo-paysans.

Ce qui l’amènera tout naturellement à se pencher sur le Code de l’urbanisme ou celui de l’expropriation pour cause d’utilité publique. Et quand Camille aura dévoré Expropriation et préemption, que les termes de PLU, SCOT ou Bail emphytéotique lui seront devenus limpides, trouvant que les termes juridiques recèlent une certaine forme de poésie, elle ou il n’aura de cesse de trouver les sources de la ZAD.

Taslu bibliothèque de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (source https://zad.nadir.org/)

Dans sa bibliothèque préférée figurent sûrement en bonne place No easy walk to freedom de Nelson Mandela, le Mahatma Gandhi de Romain Rolland et La désobéissance civile, par Henry David Thoreau. Peut-être même peut-on y emprunter le Discours de la servitude volontaire écrit au XVIe siècle par un certain Etienne de la Boétie âgé alors de 18 ans !

 

Mais que Camille se rassure : les projets nuisibles à l’environnement font florès de par le monde et le modèle français de la ZAD n’est pas unique. Il suffit pour s’en convaincre de se rendre sur le site de Mediapart qui héberge une carte interactive des « grands projets jugés inutiles et imposés ».

Dakota pipeline access

Dakota Pipeline Access. Source : http://www.collective-evolution.com/

Pour n’en citer qu’un seul, aux États-Unis, Ron his horse is thunder, (organisateur de la chevauchée dépeinte dans le documentaire The Ride) et les siens se battent contre l’implantation du pipeline Dakota Access. Long de 1 885 kilomètres, l’oléoduc doit transporter du pétrole des grandes plaines du nord du pays jusqu’à l’Illinois, en passant près de la réserve sioux de Standing Rock, menaçant à la fois les réserves d’eau et les terres sacrées des Sioux.

Aussi, si Camille n’a aucune vocation pour l’agriculture, soit-elle bio, durable et éthique,  il ou elle pourra encore et toujours faire sien le slogan « Zad partout !».

 

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