Une curiosité, un ouvrage dédié à la carotte

Du 2 au 31 octobre 2017, dans le hall de la BU Lettres, le Livre ancien du mois est consacré à un ouvrage d’Ami-Félix Bridault, le Traité sur la carotte, et recueil d’observations sur l’usage et les effets salutaires de cette plante, dans les maladies externes et internes. Il est habituellement conservé au Fonds ancien.

Frontispice du Traité sur la carotte d’Ami-Félix Bridault (La Rochelle : Jean-Frédéric Hospitel de Lhomandie, [1802])
Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, MED 2446

 

Itinéraire d’un médecin charentais

Né en 1739 à La Rochelle, Ami-Félix Bridault partit étudier la médecine à Montpellier en novembre 1756. En 1759, pour son baccalauréat, il soutenait la première thèse française consacrée à la médecine chinoise dans son ensemble. La même année, il passa, comme il était de coutume à l’époque, sa licence et son doctorat. Il les obtint.

Ami-Félix Bridault fut nommé médecin à l’hôpital militaire de l’île de Ré (25 décembre 1761), puis d’Oléron (7 août 1765). À partir de 1769, il exerça à La Rochelle, à l’hôpital de la Charité (jusqu’en décembre 1775), à l’Hôpital général (à compter de 1784) et comme médecin de ville. Il fut très impliqué dans les affaires sanitaires de la région (épidémies, question de l’eau). Il connut une ascension en tant que notable, accéda à la noblesse de robe en 1776.

Il s’illustra surtout par son Traité sur la carotte, rédigé en prison sous la Terreur et probablement publié en 1802. Ses détracteurs l’appelaient d’ailleurs « le médecin aux carottes ». Il s’éteignit dans sa ville natale le 13 juillet 1807.

« Un médicament : la carotte »

Dès 1766, Ami-Félix Bridault prescrivit cette plante. En externe, sous forme de décoction, suc, pulpe râpée, il la préconisait contre les tumeurs inflammatoires, cancers ulcérés, plaies, dartres et autres maladies dermatologiques. En interne (décoction, infusion, suc, sirop, extrait), il l’indiquait contre la jaunisse, les problèmes d’estomac. Il l’associait éventuellement à des saignées, purgatifs, régimes, au mercure (substance alors utilisée contre la syphilis), etc.

L’usage de la carotte en médecine est ancien, rappelle-t-il dans la première partie de son traité. Il évoque notamment les Commentaires de Pierre-André Matthiole (1500-1577) sur les Six livres de la matière médicale de Dioscoride (1er siècle après J.-C.). Sauvages ou cultivés, les panais, carottes y étaient conseillés pour « mondifier les ulcères corrosifs » (livre III, chapitre LII) ; leurs feuilles étaient broyées et appliquées avec du miel.

Ami-Félix Bridault s’inspira de l’exemple de Soultzer, son contemporain, médecin du duc de Saxe-Gotha. Il tenta de remettre à l’honneur la carotte, remède simple et peu coûteux, et ce malgré le scepticisme de certains de ses collègues et même des malades, du moins au début. Il préférait la variété cultivée, à racine rouge, jugée plus efficace.

Une étude de cas

Si l’ouvrage s’ouvre par des considérations générales sur la carotte, ses différentes préparations, les affections qu’elle peut soigner, la plus grande partie consiste en un compte-rendu détaillé des traitements expérimentés. Cent-soixante guérisons sont recensées, ainsi que dix échecs, imputés à l’incurabilité du mal, une prise en charge trop tardive ou l’inconstance des patients.

Pour chacun est donné le nom, le prénom, l’âge, le domicile, les circonstances de la maladie, voire les antécédents médicaux, la cure suivie, « précautions… absolument nécessaires pour écarter tout soupçon, et confondre l’incrédulité ». Défilent ainsi de nombreuses femmes atteintes au sein, qui voient parfois même révélé l’âge auquel elles ont été réglées. Seule l’identité des individus touchés aux organes génitaux a été tue, à leur demande expresse. (Le serment d’Hippocrate recommandait le secret médical, celui-ci ne devint toutefois une obligation en France qu’en 1810 avec le Code pénal promulgué par Napoléon Bonaparte, article 378.)

Ce livre est dédié « aux pauvres et aux habitans des campagnes », qui constituent la majorité des patients mentionnés et dont Ami-Félix Bridault semble particulièrement se soucier. Il les soignait gratuitement.

Une impression locale

Selon la préface, l’ouvrage devait initialement être imprimé à Paris. Il Ie fut à La Rochelle afin de faciliter, hâter sa diffusion dans les campagnes environnantes. Jean-Frédéric Hospitel de Lhomandie‎ (1771-1837) le proposa par souscription. Oratorien, sécularisé à la Révolution, il imprima dans la cité rochelaise dès 1794. Imprimeur-libraire pour la Société d’agriculture, l’évêque et le clergé de La Rochelle à partir de 1802, il fut nommé principal du collège de la ville fin 1807. Il se défit de son imprimerie en faveur de ce poste.

En frontispice, le traité d’Ami-Félix Bridault arbore une planche gravée sur cuivre. Elle est signée Sanier, du nom d’une famille de graveurs rochelais.

L’exemplaire du Fonds ancien

Verso du titre du Traité sur la carotte d’Ami-Félix Bridault (La Rochelle : Jean-Frédéric Hospitel de Lhomandie, [1802])
Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, MED 2446

Il porte la signature de l’auteur attestant qu’il ne s’agit pas d’une contrefaçon.

Au titre, figure l’estampille de la bibliothèque de l’École de médecine de Poitiers, confiée à la bibliothèque universitaire dans la première moitié du XXe siècle.

Estampille de la bibliothèque de l’École de médecine de Poitiers au titre du Traité sur la carotte d’Ami-Félix Bridault (La Rochelle : Jean-Frédéric Hospitel de Lhomandie, [1802])
Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, MED 2446

L’ouvrage n’affiche aucune autre marque de possession, pour autant que permettent d’en juger les deux feuillets rouges collés sur les gardes.

La reliure semble d’époque, avec au dos des fleurons de style Empire.

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