Compte rendu TICE Déj n°9 : ebooks et livres électroniques

Une quarantaine de personnes ont poursuivi la discussion  et manipulé liseuses et tablettes,  ce jeudi 12 mai, après les présentations de Anne-Sophie Pascal, conservatrice, Louise Béraud et Anne Guégan, bibliothécaires au service commun de documentation de l’Université de Poitiers, sur les différents aspects du livre électronique.

1/ Le livre électronique en tant qu’objet – Anne-Sophie Pascal

Anne-Sophie Pascal commence par définir ce qu’est un ebook. En effet, derrière ce terme, se cache souvent à la fois le support (la liseuse) et le document.
Selon une enquête d’IPSOS de mars 2010, sur les 47 % de Français qui ont déjà entendu parler du livre électronique, plus d’1/3 d’entre eux (36%) pensaient qu’il s’agissait de l’objet permettant de lire un fichier numérique (CNL_Publics_livre_numerique).
La confusion règne donc entre l’objet, la fonction, le fichier, etc.

Si l’on considère l’ebook au sens d’objet, il s’agit de tout support fait pour lire un livre électronique. Le premier support auquel on pense est alors l’ordinateur. En effet, l’ordinateur a de nombreuses fonctions dont celle de pouvoir lire un livre électronique. Cependant, d’après l’enquête IPSOS, parmi les Français ayant entendu parler du livre électronique, seulement 5% d’entre eux déclarent avoir lu entièrement ou en partie un livre numérique. Ce chiffre est sans doute très en dessous de la réalité dans la mesure où, souvent, on lit un livre électronique sur internet sans même s’en rendre compte.

D’après Anne-Sophie Pascal, on peut l’expliquer de différentes façons.

Tout d’abord, l’ordinateur n’est pas le média le plus adapté à la lecture : il est plus souvent associé aux activités de travail que de loisirs, il est gourmand en énergie et ne dispose pas d’une autonomie illimitée. De plus, il propose trop de fonctions et d’attraits en tous genres pour permettre la concentration dans la durée. Enfin, on n’est jamais installé devant son ordinateur dans une position de confort comme pour la lecture d’un livre papier, et le rétro-éclairage provoque de la fatigue visuelle.

En bref, bien que nous lisions des livres entièrement ou en partie sur ordinateur, nous n’avons pas l’impression d’en lire, ni que le support y soit adapté. En effet, le mode de lecture sur internet est discontinu. Il tient plus du butinage ou du feuilletage que de la lecture continue. Cela explique pourquoi nous sommes plus favorables à lire la presse sur internet plutôt qu’un livre. La presse ne souffre pas de cette lecture en discontinu où l’on peut passer d’un sujet à l’autre.

Pour pallier tous ces défauts, sont apparus des appareils dédiés à la lecture électronique : les liseuses.

 

Les liseuses modernes utilisent des technologies d'encre électronique et offrent un confort de lecture très proche de celui du véritable papier

Les liseuses reproduisent la lecture papier en éliminant les défauts de l’ordinateur (pas de rétro-éclairage et donc de fatigue visuelle mais en contrepartie, on ne peut pas lire dans le noir), et utilisent la technologie de « l’encre électronique » (en savoir plus …).

Les liseuses n’offrent pas de possibilité de distraction, et ont une grande capacité de stockage (il s’agit de l’argument majeur de ces outils). En outre, elles permettent de prendre des notes et de corner des pages à l’image du livre papier, le tout sans altérer le support. Les liseuses sont apparues dès 1999, mais le marché n’a pas pris.

Elles ont été relancées en 2007 (avec le Kindle d’Amazon entre autres) et l’usage s’est développé avec l’utilisation massive des assistants personnels  (PDA) sur lesquels on a pris l’habitude de lire des documents. Aujourd’hui, les PDA sont devenus des smartphones (en France, 1/4 des mobiles vendus sont des smartphones) et même si la taille de l’écran et le rétro-éclairage sont souvent incriminés pour la lecture d’un livre, ils restent des modes de consultation assez utilisés pour la lecture de livres électroniques.  Au Japon, un marché très particulier s’est même développé : la lecture de mangas adaptés aux smartphones.

Les tablettes multi-usages sont un autre support de consultation très utilisé pour les livres électroniques. Même si elles s’apparentent à des ordinateurs « light » et donc souffrent des mêmes défauts : rétro-éclairage, possibilité de distraction, etc., une étude américaine de mars 2011 montre que 46% des possesseurs d’Ipad l’utilisent pour lire des livres électroniques.

On peut aujourd’hui se demander si les liseuses utilisant les technologies d’encre électronique résisteront face aux smartphones et aux tablettes multi-usages.

Anne-Sophie Pascal termine son intervention en précisant que l’on peut regretter aujourd’hui que le média de consultation conditionne autant l’offre de livres électroniques. En effet, à chaque support est attachée une librairie de livres électroniques spécifique. Certaines liseuses permettent le partage des livres sur d’autres liseuses d’une marque différente et d’autres non.

Enfin, elle nous signale un tableau très intéressant qui compare toutes les liseuses du marché et les limites que celles-ci imposent en terme d’accès aux livres électroniques, de partage, de lecture de format, etc. http://socialcompare.com/fr/w/comparison-of-e-book-readers

Pour une approche historique de l’e-book, on peut consulter le document “Une courte histoire de l’e-book” écrit par Marie Lebert en 2009: http://www.etudes-francaises.net/dossiers/ebookFR.pdf.

2/ L’offre numérique en France – Louise Béraud

Louise Béraud va s’intéresser aux contenus et nous exposer les contours de l’offre numérique en France.

En introduction, elle précise que l’on parle de « livres électroniques » ou « d’ebooks », mais qu’il s’agit de termes très restrictifs dans le sens où ils désignent un support particulier de l’écrit.

Le terme est restrictif car le livre désigne un support particulier de l’écrit qui est advenu à un moment donné dans l’histoire ; il est restrictif de parler de livre, là où tous les supports de l’écrit, du son et de l’image sont convoqués. (…)
Le terme est inopportun car la juxtaposition des deux mots, « livre » et « électronique » apparaît, à première vue, comme antithétique : le livre désigne d’abord le support physique de l’écrit (…)

Jean-Gabriel Ganascia, http://www-apa.lip6.fr/GIS.COGNITION/livr1.html

En France, la vente de livres électroniques représente 1,8% du chiffre d’affaires total de ventes de livres (49 milliards d’euros pour 2009-2010). Pour plus d’informations, consultez : l’Economie du livre – le secteur du livre : chiffres clés 2009-2010

Le livre électronique par Martin Vidberg

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un livre électronique ? Il en existe beaucoup de définitions. L’une d’elles précise qu’il s’agit « d’un livre reproduisant pour l’essentiel la même information que dans le livre papier, tout en admettant certains enrichissements tels que le moteur de recherche ». Cette définition dite du  » livre homothétique » fait débat. Pour beaucoup, un livre électronique ce n’est pas « juste » une copie numérique du livre papier avec l’ajout de quelques gadgets. Voir sur ce sujet l’excellent billet de François Bon :  » le livre sera homothétique ou ne sera pas  » ainsi que cet article sur « le livre homothétique n’existe pas« .

Louise Béraud nous présente ensuite les offres éditeurs du marché français.

D’une manière générale, il existe deux façons d’aborder les livres électroniques : en lisant directement en ligne (en « streaming » comme pour la vidéo) ou en téléchargeant le livre.

Les livres de genre qui ont depuis toujours des publics actifs sont très bien représentés dans l’offre numérique : l’Héroïc fantasy, les polars, la BD, la collection Harlequin par exemple. En effet, les lecteurs des genres cités ci-dessus sont généralement de gros consommateurs de livres et sont donc passés assez naturellement du papier au numérique.

Concernant le contexte académique, les éditeurs scientifiques ont pris très tôt le virage vers le numérique, donc l’offre dans ce domaine est aujourd’hui plutôt intéressante.

Quelques exemples de librairies en ligne :

 

ePagine propose une offre diversifiée de livres électroniques.

Izneo est une librairie en ligne consacrée à la BD.

 

 

 

 

 

Trois géants s’imposent également sur le marché français :

Fnac.com : le pendant électronique des célèbres magasins propose des liseuses et des livres électroniques pour ses propres liseuses mais également pour d’autres supports.

Amazon.com : l’entreprise américaine de commerce électronique a fondé son succès en vendant des livres sur le principe de la longue traîne (« long tail » en anglais) : il s’agit de vendre beaucoup de produits mais en petites quantités (livres rares, épuisés, etc.). Même si aujourd’hui Amazon propose de nombreux autres contenus (musique, équipement informatique), le secteur librairie en ligne continue de se développer avec, entre autres, la commercialisation depuis 2007 du Kindle, sa propre tablette électronique. Les fichiers numériques disponibles sur Amazon ne s’adressent qu’aux possesseurs de Kindle.

Googlebooks : positionné depuis longtemps sur le marché, Googlebooks propose aujourd’hui une bibliothèque virtuelle de plus de 7 millions de livres.

Quelques éditeurs se sont positionnés directement en supprimant les intermédiaires comme par exemple les éditions Eyrolles : http://izibook.eyrolles.com/ et les éditions l’Harmattan : http://www.harmatheque.com/

L’offre gratuite :

Concernant l’offre gratuite, il faut d’abord signaler le pionner de l’ebook : « le projet Gutenberg« . Dès 1971, le projet Gutenberg vise à proposer des versions numériques des livres papier libres de droit avec l’aide de très nombreux bénévoles et un financement assuré par des donations. Pour les 40 ans du projet, on dénombre 40 000 ebooks gratuits.

On peut également citer Gallica : la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France. Plus d’un million de documents sont disponibles.

A l’Université de Poitiers, il existe des projets de numérisation d’ouvrages et de mise à disposition des textes sous forme de bibliothèques virtuelles.

La bibliothèque virtuelle des premiers socialismes réunit des documents du XIXe siècle produits par les saints-simoniens, les fouriéristes, Cabet et les communistes icariens, Pierre Joseph Proudhon…, et conservés au Fonds ancien du Service Commun de la Documentation de l’Université de Poitiers. A ce jour, 153 ouvrages numérisés sont accessibles en ligne.

L’Institut d’Histoire du droit de l’Université de Poitiers propose également une bibliothèque virtuelle sur le droit coutumier en Poitou-Charentes.

Enfin, l’Université de Poitiers propose une bibliothèque virtuelle de consultation des thèses soutenues à l’Université depuis le 1er janvier 2008.

L’offre électronique proposée à l’Université de Poitiers :

Aujourd’hui, outre les encyclopédies et dictionnaires (Universalis, Dalloz, etc.) disponibles en ligne, le SCD fait régulièrement l’acquisition de bouquets d’ebooks. La collection « Que sais-je ? » est, par exemple, entièrement disponible en ligne sur la plateforme Cairn. Votre compte SEL vous permettra d’accéder depuis chez vous à certaines ressources achetées pour l’Université de Poitiers. Retrouvez l’ensemble de l’offre de documentation électronique du scd sur : http://scd.univ-poitiers.fr/ rubrique documentation électronique/ en un clin d’oeil.

De plus, le SCD proposera très prochainement dans son catalogue des ebooks qui peuvent être lus en ligne ou téléchargés (pour une durée limitée) grâce à la plateforme Dawsonera.

L’offre illégale :

Quand les DRM poussent au piratage...

En parallèle de l’offre légale (gratuite et payante) il existe une offre illégale conséquente (cf. étude réalisée par le MOTif : http://www.lemotif.fr/fichier/motif_fichier/241/fichier_fichier_ebookz.2.pdf). Outre l’acte de défi pour les pirates, elle est sans doute suscitée par un réel besoin qui traduit les lacunes de l’offre existante (prix, DRM, etc.). Il existe donc un certain nombre de bookwarez (le terme « warez » désigne une pratique illégale sur le web visant la diffusion de contenus numériques protégés par les droits d’auteurs). Selon une enquête IPSOS, 1 Français sur 6 déclare télécharger du contenu illégalement. Les livres n’échappent donc pas à la règle. Il existe deux façons de pirater des livres électroniques : soit en les téléchargeant illégalement, soit en faisant sauter les verrous numériques (DRM). La plupart du temps, les livres téléchargés illégalement sont ceux qui  n’existent pas au format électronique. Les domaines des sciences et techniques et de la médecine sont particulièrement touchés car les livres y sont très chers. Les livres les plus lus, et de manière générale, la BD, l’Héroïc Fantasy et les mangas forment une grande partie de l’offre illégale existante.

Louise Béraud conclut que, pour faire face au piratage des livres électroniques, certains ont pris le parti de jouer sur la valeur ajoutée au contenu numérique. C’est le cas de smartnovel qui propose des ebooks spécialement adaptés aux smartphones.

La souris qui raconte tente de donner aux enfants non lecteurs l’envie de lire par l’utilisation d’un autre support que le livre.

 

Dans ces deux cas, il y a un véritable travail éditorial pour adapter la lecture au format et au support électronique.

Enfin, le prix semble être aussi un frein important qui fait largement progresser l’offre illégale. Une proposition de loi sur le prix unique du livre numérique a été adoptée à l’Assemblée nationale le 15 février dernier. Le texte prévoit d’appliquer aux livres numériques la loi Lang de 1981 qui permet aux éditeurs de fixer un prix unique de vente au public. Les éditeurs et distributeurs de livres numériques non établis en France (Amazon par exemple) ne sont pas concernés par cette loi. Elle est actuellement très contestée.

3/ 18 mois avec une liseuse – retour d’expérience – Anne Guégan

Anne Guéguan termine le TICE Déj en nous faisant partager son expérience d’utilisatrice de liseuse électronique. Equipée depuis 2 ans, à l’occasion d’un cadeau de départ et grosse lectrice de livres papier,  elle s’est demandé si elle était prête pour l’expérience de la lecture électronique. En effet, elle se sentait à l’antithèse de l’utilisateur type des liseuses (jeune, homme, parisien, de CSP ++).

Elle nous explique que sa liseuse ne dispose pas de couleurs et se cantonne au son et à l’image. Il n’existe pas de possibilité de naviguer sur internet. L’écran n’est pas tactile. Plus gênant, ce modèle déjà un peu ancien ne dispose pas de la possibilité d’annoter les textes ou de la fonctionnalité de recherche. Malgré cela, elle trouve la lecture sur l’écran confortable. Elle ajoute qu’il s’agit d’un objet personnel et qu’il lui arrive très rarement de le prêter.

Le prix des ebooks constitue un réel frein selon elle. Elle déclare qu’elle n’est pas prête à acheter un livre électronique qui coûterait plus de 10 euros. D’ailleurs, elle n’a finalement acheté que deux livres en 2 ans d’expérience : un guide de voyage à 5 euros et un roman à 2 euros. La plupart des livres qu’elle a lus sur sa liseuse ont été téléchargés gratuitement (sur feedbooks par exemple).

Après 18 mois d’utilisation, son bilan est assez mitigé : elle trouve la lecture sur l’écran agréable et dans certaines situations, la liseuse s’avère très pratique (lecture dans le train par exemple) car elle permet de se consacrer à la lecture linéaire sans problème. Mais elle s’en sert plutôt pour un usage professionnel et a continué à acheter de nombreux livres papier. Le pas vers la lecture entièrement numérique n’est donc pas complètement sauté pour sa part.

Autres témoignages

Pour conclure cette session, certains nous font part de leurs expériences avec les livres électroniques.

L’un d’eux confirme ne prendre aucun plaisir à lire sur ordinateur. Il s’est équipé d’une tablette multifonctions (type ipad) il y a peu. Consommateur depuis longtemps de Gallica, il trouve pratique de pouvoir consulter des fonds anciens à n’importe quelle heure et depuis n’importe où. Il regrette cependant que les tablettes multifonctions ne gardent pas en mémoire la dernière page consultée contrairement aux liseuses dédiées.

Un autre trouve la lecture sur tablette assez commode dans n’importe quelle situation dès lors que l’on peut régler la luminosité. Habitué à remplir les marges des livres papier, il trouve cependant assez pénible la prise de notes sur ces types d’outils. Il estime également très regrettables les limitations en termes de transfert. Il redoute le changement de support de peur de perdre ses livres.

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