Axes

Dans la 11e section CNU Etudes anglophones, ma spécialité est celle de la civilisation, l’aire géopolitique, celui du Royaume-Uni et l’époque contemporaine (19e-21e siècles). Les grands axes thématiques et les problématiques abordés sont décrits dans la présentation de mon dossier d’habilitation à diriger les recherches.

Histoire et politique(s) sociales : Gouvernance, identité et cohésion sociales, Institutions, acteurs et modèles sociaux au Royaume-Uni au XXe siècle.

Dossier d’habilitation à diriger les recherches, soutenu à l’Université Michel de Montaigne, Bordeaux III, en décembre 2006.

RÉSUMÉ

British Museum rotonda

« Histoire et politique(s) sociales », titre de ce dossier, annonce le cadre général des champs de recherche explorés. Ce titre explicatif dénote aussi l’importance des trois disciplines évoquées – l’histoire, la sociologie et les sciences politiques – pour le cadre méthodologique et son ancrage théorique. L’assise conceptuelle de l’intitulé général de ce dossier « Histoire et politique(s) sociales » fut nourrie par les débats et les développements dans la discipline à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, et par l’émergence de la nouvelle histoire.

 Les thèmes majeurs de notre recherche sont le rôle social et politique des enseignants, d’une part, et, d’autre part, des champs privilégiés de l’action sociale que sont l’éducation et la famille. De ces thèmes se dégagent les problématiques transversales qui sont la gouvernance, l’identité, et la cohésion sociale. Ces problématiques se situent à l’intersection des disciplines de l’histoire, de la sociologie, et des sciences politiques, et des méthodologies croisées. Deux axes épistémologiques, issus de ces croisements, ont inspiré l’ensemble des travaux. En premier lieu, l’étude des acteurs et des institutions de l’histoire sociale (enseignants, éducation, famille) et des évolutions structurelles de ces acteurs, de ces institutions, et, en deuxième lieu, l’étude des politiques et de leurs courroies de transmission. Un troisième volet évoque l’évolution des politiques et de leur mise en œuvre en rapport avec ces évolutions structurelles, ainsi que les choix de société qui sous-tendent l’ensemble. Ces trois composantes : acteurs, institutions, modèles forment l’architecture de base du volet thématique et expliquent le sous-titre de ce dossier.

Point de départ de mes recherches, ma thèse (Ph.D.) fut consacrée au rôle social et politique de l’instituteur français pendant et après la Première Guerre mondiale. Les problématiques dégagées et la méthodologie utilisée sont sensiblement les mêmes que celles que je continue d’explorer et d’employer vingt ans plus tard. Il s’agissait déjà, d’une part, des questions de cohésion nationale, d’identité professionnelle, d’exclusion politique et d’inclusion sociale, et, d’autre part,  du discours et de la rhétorique officiels, de l’exclusion et de l’inclusion. De même, les sources privilégiées et la méthodologie adoptée sont restées les mêmes : le traitement quantitatif et qualitatif de sources variées dans une perspective historique alliant les approches de la sociologie et celle des sciences politiques.

L’évolution de ma recherche se traduit par quatre fléchissements progressifs, qui permettent le classement thématique  adopté dans le dossier de synthèse, c’est-à-dire le corps enseignant, l’enseignement, la famille, les modèles sociaux. En même temps se dessinaient les problématiques qui allaient éclairer ces thèmes : l’identité sociale – la définition les valeurs partagées, des ressemblances et dissemblances d’un groupe social à partir d’une analyse de la carte d’identité d’une profession ; la cohésion sociale – but affiché des politiques sociales ; la gouvernance – la méthode de mise en œuvre des politiques sociales.

Entre les quatre grands thèmes, l’enchaînement est aisé à percevoir. S’intéresser aux problématiques de la gouvernance, de l’adhésion du corps enseignant aux représentations idéologiques, de l’identité des enseignants et de leur rôle dans la cohésion nationale et sociale, mène naturellement à étudier la place et le rôle de l’éducation dans des perspectives politiques, sociales et idéologiques. Examiner la place des enseignants, et, en particulier, des enseignants du primaire, conduit naturellement, à analyser l’impact dès la composition de ce corps, et de la féminisation du métier. Prendre intérêt à l’histoire politique et sociale d’une profession demande une analyse du contexte politique et de l’environnement social. Vouloir analyser l’histoire sociale d’une profession conduit à l’examen plus large du champ d’action de celle-ci. S’intéresser aux enseignants oblige à s’intéresser au cadre institutionnel et social, à l’enseignement britannique, avec des études concernant les politiques éducatives et leur impact social. S’interroger sur les institutions et la structure de l’enseignement fait apparaître des constats et des hypothèses. Constat et interrogation, l’absence d’un enseignement maternel débouche sur les travaux concernant la politique familiale. Tenter d’expliquer ces traits de l’institution scolaire et de la société britanniques, au moment même où la convergence de nombreuses pressions (économiques, démographiques, et sociales) venait contribuer à l’émergence d’une nouvelle politique sociale, confiait une position privilégiée qui permettait d’observer et de comparer les choix et les méthodes de sa mise en place, d’étudier la stratégie et les notions qui s’imposaient, en un mot, la gouvernance et les modèles sociaux. L’examen des politiques d’éducation et de la famille amène une réflexion sur les politiques sociales et permet de les situer dans des modèles d’intervention sociale.

À leur tour, ces analyses conduisent au constat qu’une contextualisation globale devait être effectuée, permettant d’examiner l’ancrage d’une politique sociale spécifique dans une perspective historique et philosophique, ainsi que dans une perspective synchronique et sociale. Le quatrième volet thématique de ce dossier – les politiques sociales – correspond à cet élargissement vers l’examen des modèles sociaux et vers une approche comparatiste.

Les notions de la gouvernance, de l’identité sociale et de la cohésion sociale sont étroitement liées à l’émergence de l’histoire sociale et politique et aux interrogations des sciences sociales. Elles se situent au carrefour de l’histoire, de la sociologie et des sciences politiques. La gouvernance, ou l’art et la manière de gouverner, est une notion qui recouvre les rapports entre le pouvoir politique et la société civile. Cette notion se distingue aujourd’hui de celle de gouvernement – l’action de gouverner, d’administrer – par un souci plus poussé de l’adhésion des acteurs politiques au sens large. On pourrait gloser par « l’art d’accompagner les transformations des sociétés ».

Le deuxième pivot de ce dossier, la notion d’identité, est emprunté à la sociologie. Parmi les déclinaisons de ce concept, on retiendra celles de l’identité du groupe social, de l’identité professionnelle, et des représentations fluctuantes de l’identité nationale. Cette notion exige une étude des valeurs partagées de chaque sous-groupe et de la place de ces derniers dans l’ensemble. Le lien entre la notion de gouvernance et celle de l’identité se situe à cette intersection. La notion d’identité permet d’étudier les stratégies adoptées par les institutions et les acteurs considérés ici dans la construction d’une appartenance communautaire.

La thématique transversale de la cohésion sociale comprend les travaux sur le rôle des institutions (école et famille, parents, enseignants, élèves, et leurs représentants) dans ces processus d’exclusion et d’intégration. On pourrait définir la cohésion sociale comme le souci de renforcer la société civile, de combattre les forces centrifuges qui écartent et séparent les groupes – les inégalités, les disparités, les divisions. Cette cohésion sociale est à la fois l’outil et le résultat d’une volonté d’œuvrer afin de trouver un consensus, consensus à la base de l’État-providence britannique à ses débuts, de mettre en place des valeurs partagées et de poursuivre des politiques sociales, instruments de cohésion sociale, permettant à tous de bénéficier de conditions de vie décentes, et de participation politique et sociale, caractéristiques du modèle social de l’ État-providence. Le lien social et le sentiment d’appartenance à une société solidaire seraient renforcés par les systèmes de protection et de prévoyance publiques. La gouvernance serait la méthode de cette volonté.

Les difficultés rencontrées dans ces travaux relèvent de deux catégories. En premier lieu, il est malaisé de répondre catégoriquement aux interrogations et aux hypothèses émises. Les études sur le corps enseignant, l’éducation et la famille, procèdent tous du même constat, celui des enjeux de la démocratisation, de l’accès à un bien ou à un service social, et de la massification.  L’éducation et la couverture sociale se sont progressivement ouvertes, vers le haut et vers le bas, elles ont inclus un public plus large, et les enfants les plus jeunes. Un fil conducteur commun aux quatre volets thématiques – l’adéquation entre la demande et l’offre, entre l’élargissement des prestations et le maintien d’une qualité face aux pressions exercées, pose un certain nombre de problèmes. La dégradation des conditions de travail, de prestation, de service, d’accueil est-elle une conséquence inévitable de la démocratisation? L’écart entre la démocratisation et la dégradation se creuse-t-il indéfiniment ? Y a-t-il un point de non-retour pour le réajustement des forces en rapport, avant la rupture du consensus – qui se traduit par le rejet démocratique d’une politique, par un changement de gouvernement, par la contestation sociale, par la formation de groupes de pression, par la création de solutions alternatives. Cette difficulté à répondre aux interrogations tient autant de la nature même de ces travaux, que de la méthodologie choisie. Il s’agit, en partie, de questions philosophiques et rhétoriques, devant lesquelles les réponses politiques et sociales se sont également révélées mal appropriées ou inadéquates.

En deuxième lieu, distinguer clairement entre les fonctions des problématiques identifiées est une entreprise délicate. Les quatre axes transversaux qui forment la trame de ce dossier constituent le canevas sur lequel les quatre axes thématiques sont tissés et auquel ils apportent des couleurs et des reflets variés. Ils forment la structure de ce dossier de recherche et lui apportent une cohérence. Mais les axes transversaux servent aussi de cadre méthodologique. Il est difficile de délimiter les contours de chaque intitulé. Le cadre de la gouvernance est aussi un outil. Les stratégies identitaires sont également des moyens. Les moyens utilisés, les politiques sociales, tendent vers l’objectif de cohésion, qui relève d’un choix de société et renvoie à nouveau au cadre idéologique et pratique et aux modèles sociaux.

Les orientations futures des recherches ici décrites sont multiples. Les ressemblances entre la mise en place et les conséquences de plusieurs volets des politiques sociales étudiées réclament une réflexion d’ensemble dans le cadre de la théorisation des pratiques empiriques. Allier la perspective comparatiste et les interrogations sur la pertinence de certaines politiques sociales sera l’objectif des travaux à venir. Pour cela, il faut néanmoins poursuivre l’examen détaillé de l’impact et de l’évolution de politiques spécifiques, prolonger et approfondir les interrogations et pousser plus loin les analyses déjà effectuées.

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