Qui est (vraiment) Christian Harbulot ?

L’ouvrage de Giuseppe Gagliano sur la pensée de Christian Harbulot (VA Press, collection indiscipliné) est trois fois heureux.

Heureux, tout d’abord, parce qu’il consacre l’œuvre d’une personnalité qui a su faire école en défrichant un sujet aussi complexe qu’essentiel – la guerre économique – et en offrant, à qui voulait bien sortir de l’aveuglement communiste et de la cécité néo-libérale, une grille de lecture géoéconomique s’appuyant sur l’analyse comparée des cultures de la stratégie et l’idée d’intérêt de puissance. Une lecture du monde plus pertinente que jamais…

Heureux également alors que l’Ecole de Guerre Economique, fondée et dirigée par Christian Harbulot, fête ses vingt ans d’existence. En s’appuyant sur cette expérience collective originale, Giuseppe Gagliano propose un manuel de survie intellectuelle dans un monde économique conflictuel qui ne dit pas toujours son nom et nécessite des éclairages et même des décryptages.

Heureux, enfin, parce que cette reconnaissance n’émane pas d’un des nombreux disciples français du maître (au sens des arts martiaux) mais d’un universitaire italien engagé dans la préservation des intérêts de puissance de son pays à travers le Cestudec.

Mais avant de  découvrir cette pensée à travers les analyses de Giuseppe Gagliano et, bien entendu, dans les écrits (et nombreuses interventions) de Christian Harbulot, lui-même, il est important de proposer quelques clés de lecture en retraçant le parcours d’un homme dont la vie romanesque pourrait inspirer bien des auteurs de fiction. Alors, qui est (vraiment) Christian Harbulot ?

Christian Harbulot est né le 19 décembre 1952 à Verdun. Tout un symbole. Plus que beaucoup d’autres régions, la Lorraine a été fortement marquée par les deux conflits mondiaux. La « victoire de Verdun » est vite effacée par le désastre de juin 40 et une armée qui ne se bat pas réellement. La présence des bases américaines et canadiennes apporte une modernité (appareils ménagers, radio et télé US) en décalage avec une ville bourgeoise IIIème République, ce qui n’est pas pour déplaire à la jeunesse locale. Nous sommes dans la « douce France » chantée par Charles Trenet. Mais derrière cette apparente insouciance se cachent des blessures d’orgueil plus profondes qui ne vont pas tarder à se révéler à travers une question douloureuse : Où est la France ? D’un point de vue personnel, le jeune Christian Harbulot va très vite comprendre ce que le rapport du faible au fort signifie. A Lagny, il est devenu le « boche de l’est » et certains instituteurs communistes ne ménagent pas ce fils de directeur d’agence bancaire. A Châlons-sur-Marne, la vie est centrée sur le lycée et oscille entre l’ennui d’une jeunesse qui vit en circuit fermé et les couvre-feux instaurés à cause des batailles qui opposent « bidasses » et « blousons noirs ». Une véritable cocotte minute qui n’attend plus que mai 68 pour exploser. Entre-temps, le retrait d’Algérie fait voler en éclat le mythe d’une armée française qui s’était tant bien que mal reconstruite après la seconde guerre mondiale. Le jeune  homme qui voulait être « officier para » se sent, comme beaucoup d’autres, orphelin d’une patrie. Une situation qui expliquera bientôt son parcours particulier mais plus globalement la vigueur des mouvements extrémistes. A chacun sa « jeunesse française ». Intéressé depuis toujours par les médias, dévoreur de livres et de revues mais surtout passionné par les relations internationales, Christian Harbulot choisit la voie royale des sciences politiques. En année préparatoire à Nancy (où il aura d’ailleurs pour condisciple une certaine Ségolène Royale), sa route croise celle du maoïsme. Isolé, à la recherche d’une famille et de rapports guerriers, le jeune Christian Harbulot entre dans la plus activiste des branches : la gauche prolétarienne. Sans doute y trouve-t-il l’esprit de la résistance qui l’a toujours attiré ainsi qu’une culture populaire qu’il ne retrouve pas chez les trotskistes. De plus, contrairement à la vision internationaliste et élitiste de ces derniers, le maoïsme ne dissocie pas révolution et patrie. Une clé de lecture essentielle pour comprendre l’actuel directeur de l’Ecole de Guerre Economique et notamment ses liens avec de nombreux militaires. Une idée que l’on retrouve dans le portrait réalisé en 2003 par Erwan Seznec dans le quotidien économique La Tribune et intitulé : « Christian Harbulot, Patriote en col Mao ».

Un idéaliste révolté

En 1975, diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, section politique économique et sociale, notre jeune provincial de bonne famille aurait pu alors fort logiquement suivre les traces de son père et entrer dans la banque. Oui mais voilà. Le jeune homme est un idéaliste révolté, « un Julien Sorel » qui considère que la société capitaliste de l’époque doit être renversée. Associant l’action à la réflexion, il est vite repéré par les Renseignements Généraux et fiché sous le nom de code « Crocodile » en raison de son caractère imprévisible (le crocodile attaque quand on ne l’attend pas). Amusant lorsque l’on sait que Christian Harbulot est un adepte du Kendo, l’escrime japonaise. En 1976, il fait une licence d’histoire à l’université Paris-VII. Pendant toute cette période, il a un rôle prépondérant dans les actions clandestines de son groupe politique, la manipulation et la propagande devenant ses spécialités. Ce n’est donc pas un hasard si de longues années après on le retrouvera à enseigner aux entreprises françaises l’art du combat dans la société de la connaissance. Début mars 1977, sa vie bascule. La police retrouve les papiers d’identité d’un certain Harbulot Christian dans une voiture devant le domicile de Jean-Antoine Tramoni à Alfortville. Tramoni, ancien vigile des usines Renault, avait tué le jeune maoïste Pierre Overney lors d’une manifestation trois années auparavant. Mais pour ce crime, il n’avait écopé que d’une courte peine de prison. Une injustice difficilement supportable pour les maoïstes. Le 23 mars 1977, deux motards abattent donc Tramoni devant son domicile. Œil pour œil, dent pour dent ! L’attentat est revendiqué par les Noyaux Armés Pour l’Autonomie Populaire (NAPAP). Le 26 mars, le portrait de Christian Harbulot est en première page de Nord-Matin comme ennemi public numéro un. Le 27 mars, il fait la « Une » de France-Soir. Une cavale de plusieurs mois s’ensuit, jusqu’à ce que la police appréhende le suspect le 3 décembre 1977 dans un café du troisième arrondissement de Paris. Dans son ouvrage de référence sur « Les maoïstes » (Plon, 1999), Christophe Bourseiller conclut : « L’arrestation de Christian Harbulot marque la quasi-disparition du maoïsme militaire en France… ». Après 10 mois de détention préventive, il est jugé et obtient deux non-lieux. L’avocat qui le défend s’appelle Roland Dumas (futur ministre des Affaires Etrangères) et le jeune homme reçoit de nombreux soutiens. Pour avoir été un militant actif, Christian Harbulot n’a donc pour autant jamais commis de crime au nom de ses idéaux. Une précision importante qu’oubliera bizarrement il y a quelques années un article du magazine Télérama. Mauvaise mère, la France serait-elle bonne fille ? Un mois après sa sortie de Fleury-Mérogis, Christian Harbulot effectue son service national au 503ème Régiment de Chars de Combat de Mourmelon. Une manière de rentrer dans le rang ? Ou plutôt de rejoindre les rangs d’une institution qu’il affectionne et qu’il rejoindra d’ailleurs trente ans plus tard au titre de la réserve.

Analyse comparée des cultures du renseignement

Passionné d’histoire, Christian Harbulot passe en 1980 un DEA d’analyse comparée des systèmes politiques sous la direction de Maurice Duverger. Ses recherches portent sur la comparaison des régimes semi-présidentiels pour ce qui concerne les pouvoirs de défense. Contrairement ce qu’on pourrait imaginer, le jeune Harbulot n’est pas un lecteur chevronné du petit livre rouge mais plutôt d’ouvrages sur la politique de défense et notamment la doctrine militaire. Côté méthode, ce goût pour l’analyse comparée sera l’une des bases du rapport Martre. Après ses études, Christian Harbulot dirige le journal « Gueule hebdo » et travaille pour « Antenne » (magazine sur la télévision édité par la Ligue de l’enseignement). En 1982 et jusqu’en 1986, il est professeur à l’école alsacienne (Paris), un établissement expérimental où règne une véritable liberté d’innovation dans une optique humaniste. Et un établissement où il va rencontrer des militaires du renseignement et notamment le Général Alain Gaigneron de Marolles, un ancien renommé du service Action du SDECE (ancêtre de la DGSE), devenu consultant en géostratégie et ami d’un père d’élève, lui-même Contrôleur Général des Armées. Le monde n’est-il pas un village ? Un respect mutuel s’installe d’emblée et une complicité intellectuelle se développe même entre l’ancien militant de la gauche prolétarienne et celui qui avait reconstruit la culture subversive du service Action – laminé après la guerre d’Algérie et le putsch des généraux – en puisant en partie dans ses observations des modes d’action dans un rapport du faible au fort. Mais, malgré cette complicité culturelle, Christian Harbulot déclinera l’offre du Général de Marolles – avec qui il restera lié – de co-écrire un ouvrage sur la culture subversive, estimant que leurs conceptions étaient trop différentes voire même divergentes. Ne jamais risquer l’imposture et être fidèle à ce qu’on est restera toujours le fil conducteur de la vie de celui qui va bientôt repasser de l’ombre à la lumière. Car parallèlement, le journaliste André Bercoff lui présente Bernard Nadoulek avec qui il va pratiquer le karaté mais aussi et surtout mener des études et des missions de conseil sur l’analyse comparée des cultures (notamment pour l’entreprise Apple). Toujours poussé par André Bercoff, Christian Harbulot coécrit son premier ouvrage : « Il nous faut des espions » (Robert Laffont, 1988). Avec son coauteur, Laurent Nodinot, il va voir l’amiral Lacoste qui lui conseille de prendre un pseudonyme en raison de son manque de légitimité : ce sera Marc Elhias. Dans ce livre qui traite de la crise du renseignement occidental est pointé du doigt le rôle désormais prédominant de l’économie. Mais surtout, c’est le premier ouvrage à oser parler ouvertement de « culture du renseignement ». Au début des années 90, Christian Harbulot va rejoindre l’Aditech, l’ancêtre de l’Adit, pour devenir directeur des relations avec les entreprises. À la même époque, il rencontre Édith Cresson et réalise une étude intitulée « Techniques offensives et guerre économique » (1990) qui sera publiée sous le titre désormais célèbre « La machine de guerre économique » (Economica, 1992). L’ouvrage est préfacé par Jean-Louis Levet. Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rencontres… et celles-ci se succèdent.

La belle aventure d’Intelco

Un jour, Philippe Baumard, un jeune universitaire auteur d’un ouvrage fondateur sur la surveillance des environnements concurrentiels lui communique un article paru dans la Revue de Défense Nationale sur la culture du renseignement et qui s’appuyait sur l’ouvrage« Il nous faut des espions ». La force de l’écrit. Christian Harbulot prend alors contact avec son auteur, le général Jean Pichot-Duclos qui, après avoir dirigé l’école interarmées du renseignement et des études linguistiques, vient d’être recruté par le général Mermet (ancien directeur de la DGSE) dans la société Stratco au sein Groupe Défense Conseil International (DCI). De cette rencontre improbable naît un département d’intelligence économique – Intelco. Leurs parcours trouvent finalement des points de convergence forts et notamment une haute idée de la France et de la noblesse du renseignement. Lecteurs de « La Mètis des grecs » ou de « L’Art de la Guerre », adeptes du jeu de Go plutôt que des Echecs, hommes de lettres et d’action, ils vont réussir à lancer une véritable dynamique collective. Pendant 5 ans, la petite équipe d’Intelco, protégée par le groupe DCI (une Société Anonyme sous tutelle des ministères de la Défense et de l’Economie) va ainsi donner ses lettres de noblesses à l’intelligence économique : formations et sensibilisations à travers la France, études innovantes sur l’intelligence économique appliquée aux PME ou aux scientifiques, la guerre de l’information, l’influence linguistique. Intelco mène également des missions de conseil pour des grands groupes comme EDF ou des administrations comme la Direction Générale de l’Alimentation. Omniprésente, l’équipe d’Intelco occupe le terrain médiatique, attirant dans ses locaux la visite de tous ceux qui croient en l’intelligence économique. Et à l’époque, ce n’est pas évident ! Sous la houlette de ses deux responsables, la jeune équipe (Laurent Hassid, Pascal Jacques-Gustave, Nicolas Moinet et quelques appelés du contingent dont un certain Pascal Frion qui créera par la suite Acrie – Notons que Bruno Delamotte participera à la création d’Intelco mais partira assez vite pour créer son propre cabinet avec le succès que l’on sait) défrichent le terrain, initiant et participant ici à une opération pilote au profit de PME, là au lancement de formations (le premier Master en intelligence économique au sein de l’Université de Poitiers grâce à deux universitaires poitevins, Pierre Fayard et Guy Massé ; et un an plus tard la création à Paris de l’Ecole de Guerre Economique). En 1998, devant la nécessité de passer la vitesse supérieure, l’équipe se redéploie. Baroud d’honneur ? Christian Harbulot et Jean Pichot-Duclos publieront l’année suivante « La France doit dire non » (Plon, 1999) qui, sans doute en raison du titre choisi par l’éditeur mais aussi d’un contexte pas encore mûr, ne connaîtra pas le succès escompté.

Mais revenons en 1993. Au moment de la naissance d’Intelco, un rapport est en gestation : « Intelligence économique et stratégie des entreprises » dit « Rapport Martre » (du nom du Président du groupe de travail, Henri Martre, ancien PDG de l’Aérospatiale). Un exemple d’intelligence collective. Une année durant, le Commissariat Général du Plan fait en effet travailler ensemble des cadres supérieurs du privé, des haut-fonctionnaires, des professionnels du renseignement, des universitaires. Christian Harbulot, conseiller spécial du Président Martre joue un rôle central. Parmi les autres acteurs essentiels, citons notamment Jean-Louis Levet, Philippe Baumard ou Philippe Clerc. Autant de personnages du petit monde de l’intelligence économique.  Ce rapport constitua la véritable entrée de l’Etat dans l’arène. Une entrée en fanfare : l’expression « intelligence économique » (plutôt que « renseignement concurrentiel ») y fut adoptée, avec une définition précise qui prenait soin de marquer la distinction avec l’espionnage. Des professionnels décortiquèrent les pratiques en entreprises et les systèmes nationaux de plusieurs pays amis et néanmoins concurrents. Des recommandations furent faites pour encourager les entreprises, développer la formation… France 3 consacrera même une émission de « La Marche du Siècle » à ce rapport. Une belle opération médiatique comme le directeur de l’Ecole de Guerre Economique a toujours su en mener, culture et réseaux maoïstes obligent !

L’Ecole de Guerre Economique

1997 est une année clé pour Christian Harbulot qui crée avec le général Pichot-Duclos l’Ecole de Guerre Economique (www.ege.fr). Un vieux projet qui se concrétise au sein d’une école de commerce parisienne : l’ESLSCA. Le directeur, Alain Joseph, prend le risque de (dé)marquer son école en affichant une notion polémique et pas toujours bien comprise. Car selon Christian Harbulot, la notion de guerre économique ne renvoie pas simplement au durcissement de la compétition économique mais relève plutôt d’une logique de rapports de force et d’intérêts de puissance où l’information joue un rôle central tant pour se renseigner que pour attaquer et influencer (« La guerre cognitive », Lavauzelle, 2002). Il s’agit dès lors de proposer une grille de lecture géoéconomique qui s’appuie sur l’analyse comparée des cultures de la stratégie et l’idée d’intérêt de puissance. L’idée de guerre économique ne renvoie donc pas à un « war game » néolibéral où les chômeurs remplaceraient les soldats tués mais plutôt à une réalité historique selon laquelle l’économie ne peut être comprise indépendamment des rapports de force entre nations (« La main invisibles des puissances », Ellipses, 2005). S’intéressant aux logiques d’influence, aux questions de renseignement, de désinformation ou de manipulation de la connaissance, les travaux de l’EGE intriguent, inquiètent ou attirent… de plus en plus de candidats. Forte de sa notoriété et de plus d’un millier d’anciens, l’EGE forme aujourd’hui de véritables bataillons : 100 diplômés par an si l’on comptabilise les sessions en formation continue. Dès lors, cette école qui pouvait apparaître au départ comme une provocation est désormais entrée aujourd’hui dans le paysage. N’est-elle pas en tête du classement des meilleurs masters SMBG Eduniversal? En 2005, Christian Harbulot remporte même le trophée du meilleur directeur de 3ème cycle. Une réussite individuelle et collective due à la qualité du corps enseignant de l’EGE ainsi qu’au dynamisme de la petite équipe qui entoure le directeur. Par ordre d’arrivée :

– Didier Lucas, Directeur des Etudes de l’EGE, ancien analyste du SGDN ; passionné d’épistémologie et toujours au fait des dernières théories, c’est un homme de réseau très bien informé qui quittera l’EGE en 2008 pour devenir Directeur Général de l’Institut Choiseul ;

– Charles Pahlawan, aujourd’hui Directeur adjoint, ce Saint-Cyrien, ancien officier des troupes de Marine puis diplômé de l’EGE a dirigé plusieurs sociétés avant de devenir le « business man » de l’équipe et désormais le Grand Manitou de la stratégie-réseau ;

– Bartol Zivkovic, Directeur chargé de la communication et du multimédia de l’EGE, également diplômé de l’école (formation professionnelle), il exerçait auparavant des fonctions d’architecte multimédia au sein de plusieurs organismes privés et institutionnels et notamment celle de directeur de projets pendant 6 ans à l’Unesco en charge de la communication autour du patrimoine immatériel culturel de l’humanité.

Notons que le compagnon de route Philippe Baumard aura également été recruté comme directeur de la recherche de l’ESLSCA. D’autre part, durant la dernière décennie, l’EGE multiplie les projets et les alliances internationales : Maroc, Algérie, Allemagne et Japon. A la suite d’Intelco, une nouvelle aventure collective a vu le jour.

Patriote en col Mao

Auteur ou coauteur pour l’heure d’une quinzaine d’ouvrages, de six études et de plus de soixante articles dans des revues professionnelles ou académiques (liste détaillée en annexe de cet ouvrage), Christian Harbulot est conférencier dans des organismes aussi renommés et prestigieux que l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, le Collège Interarmées de Défense et de grandes écoles comme l’ESSEC ou l’Ecole des Mines de Paris. Enfin reconnu au plus haut niveau de l’État, il a été membre du groupe de travail sur le référentiel de l’intelligence économique réuni par Alain Juillet en 2004 au sein du Secrétariat Général de la Défense Nationale puis d’un autre, plus discret, sur la manipulation de l’information. Juste la rue à traverser puisque l’EGE se situe entre l’Ecole Militaire et l’Hôtel des Invalides, tout un symbole. Connu et reconnu au plus haut niveau, le député Bernard Carayon, auteur de rapports parlementaires importants sur l’intelligence économique et la nécessité pour la France de lutter à armes égales dans la guerre économique, va logiquement s’appuyer sur l’EGE et son directeur pour promouvoir ses travaux et l’idée de patriotisme économique.

En mars 2008 paraissent au Journal Officiel de la République Française quelques lignes qui montrent bien le chemin parcouru : « Par arrêté du ministre de la défense en date du 12 mars 2008, M. Harbulot (Christian, Philippe) est nommé au grade de lieutenant-colonel de réserve, en qualité de spécialiste, afin d’occuper un emploi de chef de cours en intelligence économique au profit de l’état-major de l’armée de terre. » Et les fonctions vont s’enchaîner : membre du conseil scientifique du Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégique (Le CSFRS, situé à l’Ecole Militaire et présidé par l’influent Alain Bauer), vice-président de l’Institut International d’Intelligence Economique et Stratégique (qui a organisé en 2016 les premières assises africaines de l’IE à Casablanca) et porte-parole depuis 2015 de l’Initiative pour la Défense de l’Economie Européenne (IDEE). Un positionnement original qui s’explique par une expertise unique sur la guerre de l’information et une dynamique de production de connaissance collective dans un monde académique trop souvent marqué par l’individualisme. Résultat : une pensée qui n’a pas peur de son ombre et propose dès lors des réflexions qui sortent des sentiers battus ainsi qu’en témoignent les titres de ses récentes publications : Sabordage, comment la France détruit sa puissance (François Bourin, 2014) ou Fabricants d’intox, la guerre mondialisée des propagandes (Lemieux éditeur, 2016).

On retrouve chez Christian Harbulot cette idée que la différence se fera par la culture écrite. Et si dans ce domaine il y a bien une œuvre dont il est particulièrement fier, c’est celle collective et personnelle du Manuel de l’IE paru aux Presses Universitaires de France : collective car fort d’une trentaine de contributeurs,  personnelle car ce manuel n’aurait pu voir le jour sans le travail de sa femme Cécile, qui avait exercé le métier d’éditrice scientifique pendant plus de dix ans. Résultat : la première édition (2012) est un succès et une deuxième édition est rapidement diffusée (2015). Désormais, Christian Harbulot n’a plus besoin de démontrer que la guerre économique existe mais de répondre à la question que lui posent les nombreux décideurs qu’il rencontre : comment y faire face intelligemment ?

Très sollicité donc, notre homme est néanmoins soucieux de ne pas s’éloigner du terrain. Il suit donc de très près les nombreux travaux de l’EGE et est directeur associé du cabinet de conseil Spin Partners (www.spinpartners.fr ) qu’il a créé en 2000 avec des anciens de l’EGE. Mais la véritable force de Christian Harbulot est dans sa capacité à attirer les jeunes talents et à les aider à faire leurs premières armes. En cela, il est proche des Maîtres d’arts martiaux qui permettent à leurs élèves de trouver leur voie (Tao). Aux antipodes de ces gourous qui clonent leur pensée pour mieux se rassurer, Christian Harbulot aime la confrontation des idées. Dans la société du spectacle, cette attitude ne peut évidemment pas lui faire que des amis ! Mais la liberté est à ce prix.

N.M.

Pour en savoir plus

Related posts:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *