Détention d’armes à feu et homicides

Petit billet d’actualité suite à la tuerie du Colorado, qui ne va pas manquer de relancer le débat sur le lien entre port d’armes à feu et taux d’homicide. Je suis donc allé traîner du côté de Google Scholar pour recherche quelques articles sur le sujet.

J’ai trouvé cet article de M. Killias qui teste la corrélation entre taux d’équipement des ménages en armes à feu et taux d’homicide et de suicide par armes, sur la base d’une enquête réalisée auprès de 14 pays (11 pays européens, Australie, Canada, Etats-Unis). Résultat : corrélation positive entre taux d’équipement et taux d’homicide/suicide. Il montre également qu’il n’y a pas de corrélation négative entre taux d’équipement en armes et taux d’homicide et de suicide par d’autres moyens que les armes, résultat complémentaire important qui signifie que les autres moyens mobilisables pour tuer (ou se tuer) ne viennent pas compenser le sous-équipement.

J’ai également trouvé un article de W. Cukier qui se focalise sur la comparaison Etats-Unis/Canada :

3,5 fois plus d’armes à feu aux Etats-Unis, 3,6 fois plus de décès par armes à feu. Le lien semble donc très fort.

Une nuance cependant, les ratios diffèrent selon les type de décès : 3,5 fois plus d’armes à feu aux Etats-Unis, donc, mais « seulement » 2,3 fois plus de suicide par armes à feu et, en revanche, 12 fois plus d’homicides par armes à feu.

Conclusion : le plus fort taux d’équipement en armes semble bien conduire à plus d’homicides par armes à feu, mais il n’explique pas tout.

N’hésitez pas à poster en commentaire des liens vers d’autres articles, je n’ai fait qu’une petite recherche rapide.

T’espère vivre longtemps en bonne santé? Evite l’Allemagne…

update : chiffres de l’Insee surprenants, me disent plusieurs lecteurs. Je souscris. Jeu concours, donc : comment expliquer les évolutions constatées? Question subsidiaire : pourquoi l’Insee n’en parle pas sur son site?

Je découvre via @phil_waechter ce document de l’Insee sur l’espérance de vie en bonne santé des hommes et des femmes, sur la période 1995-2009.

Sur cette période, l’espérance de vie en bonne santé des hommes allemands passe de 60 ans à 56,7 ans. Pour les femmes? De 64,3 à 57,7 ans. Ça vous fait rêver?

Pour les hommes français, sur la même période, on passe de 60 ans à 62,5 ans. Pour les femmes françaises, de 62,4 à 63,2 ans. Faut vite imiter le modèle allemand…

Vous pourrez vérifier aussi qu’en Suède, pays qui prélève des impôts comme c’est pas permis, n’oubliez pas, l’espérance de vie des hommes est passé de 63,1 ans en 2000 à 70,5 ans en 2009. Pour les femmes, de 61,9 ans à 69,5 ans.

Je sais pas vous, mais moi, je vote pour le modèle suédois…

Les comparaisons France-Allemagne me fatiguent…

Les comparaisons France-Allemagne me fatiguent. Hier, un tweet d’un journaliste des Echos, m’a propulsé vers cet article, qui présente ce magnifique graphique :

Le Unit Labor Cost, c’est le coût unitaire du travail. Le rapport entre le coût du travail et la productivité du travail. Un bon indicateur de compétitivité-coût. Entre 2002 et 2011, croissance plus forte en France qu’en Allemagne. L’auteur (un certain James Bond, ça ne s’invente pas), déduit de son puissant graphique que « France’s firms and workers are no longer competitive compared to their peers, in particular Germany ». La France n’est plus compétitive, mon bon Monsieur, il faut qu’elle fasse des réformes lourdes, qu’elle réduise les rigidités du marché du travail, qu’elle réduise les dépenses publiques, tout ça, tout ça (je vous assure, il en déduit tout ça, James Bond).

Cette analyse est-elle crédible ? Pour en juger, je suis allé chercher les données sur le site de l’OCDE (j’ai pris les données annuelles plutôt que trimestrielles, ça ne change rien sur le fond). J’ai construit le même graphique que James Bond (j’aime bien imiter James Bond), mais pour la France, l’Allemagne, les pays de l’OCDE, hors Europe et OCDE total, et j’obtiens ça :

Conclusion : James Bond raconte n’importe quoi quand il affirme que la France a décroché en termes de compétitivité par rapport aux autres pays. Elle n’a décroché que vis-à-vis de l’Allemagne. Comme tous les autres pays de l’OCDE. Ce n’est pas la France qui est atypique, c’est l’Allemagne. Comment expliquer l’évolution allemande? Je vous renvoie à cet autre billet, où je déplorais déjà ce type de comparaison…

Plus on est riche, moins on a de morale, c’est prouvé… ou l’inverse

Article intéressant du Monde, titré « Plus on est riche, moins on a de morale, c’est prouvé ». Extraits :

L’équipe américano-canadienne menée par Paul Piff (université de Californie à Berkeley) a quelques arguments. Les chercheurs ont mené pas moins de sept protocoles expérimentaux différents, qui concluent tous dans le même sens.

Le premier est simple : il s’est simplement agi de se poster à un carrefour et d’observer les véhicules pris en flagrant délit de refus de priorité. La deuxième expérience, très semblable, a quant à elle consisté à relever les situations dans lesquelles un piéton engagé sur un passage ad hoc se fait couper la route par une voiture. Dans les deux cas, les chercheurs ont classé les véhicules en cinq catégories, des épaves roulantes (groupe 1) aux berlines de luxe (groupe 5). Résultat : près de 30 % des véhicules du groupe 5 forcent le passage aux voitures prioritaires, un taux quatre fois supérieur aux groupes 1 et 2, et trois fois supérieur aux groupes 3 et 4. Corrélation quasi identique pour le respect dû aux piétons…

Mais, direz-vous, ce n’est pas parce qu’on a une belle voiture qu’on est nécessairement riche. Ce qui n’est pas faux. Aussi, les chercheurs ont complété ces deux expériences par d’autres, menées en laboratoire. A chaque fois, une centaine d’individus ont été invités à prendre connaissance de divers scénarios ou situations : atteinte d’un objectif au prix d’une entorse à la morale, captation d’un bien de manière indue au détriment d’un tiers, mensonge au cours d’une négociation, caution d’une faute dans le cadre professionnel. Puis les participants ont rempli un questionnaire répondant à la question de savoir dans quelle mesure ils seraient prêts à reproduire ces comportements. A chaque fois, une corrélation entre le statut social des participants et leur capacité à enfreindre l’éthique est mise en évidence.

Une dernière expérience a consisté à placer près de 200 personnes devant un jeu informatique de lancer de dés : une somme d’argent leur était promise si le score atteint après cinq lancers était élevé. Mais, bien sûr, le jeu était pipé et le score ne pouvait excéder 12 points. Ceux qui ont rapporté des scores supérieurs aux expérimentateurs ont donc triché. Même en tenant compte de nombreux paramètres comme l’ethnie, le sexe, l’âge, la religiosité, l’orientation politique, il n’y a rien à faire, « la classe sociale prédit positivement le fait de tricher ».

 Est-ce parce qu’ils sont riches que ces gens ont moins de morale? On est très vite tenté d’inverser la causalité : c’est plutôt parce qu’ils n’ont pas de morale que ces gens sont riches. C’est en tout cas la conclusion de Stephen Levitt dans Freakonomics. Voir ici par exemple :

On nous raconte la sympathique histoire du dénommé Feldman, qui a fait fortune en faisant la tournée des entreprises dans la région de Washington, avec ses bagels au fromage (p. 67 s.). Il déposait les savoureux en-cas dans les cafétérias, accompagnés d’un petit panier destiné à recueillir les paiements, et en indiquant le prix sur un petit écriteau. En faisant ainsi confiance à ses clients pour être spontanément honnêtes et jouer le jeu, il n’avait pas à rester à côté des produits pour les surveiller, et pouvait continuer son circuit. L’homme tenant une comptabilité tatillonne dans de gros cahiers indéfiniment conservés, il est possible de retrouver un historique du « taux de recouvrement » par entreprise et par date.

L’expérience de l’entrepreneur l’a conduit à considérer un taux supérieur à 90% comme l’indicateur d’une entreprise « honnête » ; un taux entre 80 et 90% comme « contrariant mais acceptable » ; un taux inférieur à 80% l’amène à taper du poing sur la table. Qu’apprend-on, en étudiant ces statistiques ? (…)

Dans certaines entreprises, les catégories de personnel sont séparées en différents étages, les employés de base étant situés en-dessous de l’étage des cadres, eux-mêmes situés en-dessous des dirigeants, avec des cafétérias distinctes. Le « test du bagel » tendrait à démontrer que les petits employés sont plus honnêtes que les cadres et les dirigeants – alors qu’ils sont évidemment plus pauvres. Les auteurs de Freakonomics avancent cette hypothèse, sans que l’on sache s’il s’agit d’une boutade : « leur aptitude à tricher est peut-être précisément ce qui leur a valu leur place de cadre » (p. 74).

Bref, j’insiste : ce n’est pas parce qu’on est riche qu’on a moins de morale, c’est parce qu’on a moins de morale qu’on est riche. Attention : il ne s’agit que d’une hypothèse réfutable.

Heureusement, ai-je envie d’ajouter, nous n’avons rien à craindre de ce côté là : nous sommes dirigés par des gens modestes. La preuve ici.

Expérience de délocalisation

Voilà, c’est ici que je suis désormais installé. Ça change de mon ancienne localisation, n’est-ce pas? WorPress me semble plutôt pas mal, je ne fais que commencer à l’utiliser, plutôt envie de profiter de cette délocalisation pour innover (la délocalisation comme moteur d’innovation, joli sujet, tiens…). N’hésitez pas à poster des suggestions. Merci à l’équipe de l’Université de Poitiers pour l’accompagnement!

Etes-vous riche ou pauvre? Episode 2

Résultat de mon mini-sondage,
réalisé entre le 6 et le 26 novembre 2011 auprès d’un échantillon représentatif de la population mondiale (selon la méthode des quotas) : 9 des répondants se pensaient plus bas dans la hiérarchie
des salaires, 4 se pensaient plus haut, 8 se situaient à la bonne place. Sur les 8 se situant à la bonne place, 4 sont économistes ou familiers du sujet, avouent-ils (les fourbes).

Mon hypothèse était que les gens avaient tendance à se situer plus bas dans la hiérarchie des salaires. En commentaire, Julien renvoie
vers un billet qui montre que mon hypothèse n’était pas la bonne : la perception de
notre place dépend de notre place effective. Pour le dire autrement et plus précisément : les riches se pensent plus bas qu’ils ne le sont, les pauvres se pensent plus haut qu’ils ne le sont.
Bref, tout le monde se pense dans la moyenne. Preuve en image :


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En grisé le décile de revenu perçu, en blanc cerclé de noir, le décile effectif.

C’est grave docteur? Plutôt, oui. Comme le
montrent les auteurs
de l’étude cité dans ce billet, le fait que les gens se situent dans la moyenne les rends plutôt réticents à toute politique de redistribution. Lorsqu’ils sont informés
de leur situation effective, ils y sont plus favorables.

Attention, il s’agit d’une étude sur données argentines. Je serais curieux de voir ce que ça donne pour la France. Appel à Laurent Denant-Boemont, donc : vous ne pourriez-pas mener une petite expérience similaire?

Le modèle Allemand

15,6% des femmes allemandes sont obèses (Indice de Masse Corporelle supérieur à 30) contre 12,7% des femmes françaises. Pour les
hommes, les chiffres sont respectivement de 16,1% et 11,7%. Pas top le modèle allemand. Bon, le modèle britannique est pire : 23,9% pour les femmes, 22,1% pour les hommes.

La même étude
montre que l’obésité augmente avec l’âge et diminue quand le niveau d’éducation augmente.

Bon, je vais me refaire un sandwich au foie gras…

êtes-vous riche ou pauvre?

Animation sympathique de l’Observatoire des Inégalités pour se situer
dans l’échelle des salaires en France. Il suffit de cliquer sur l’image ci-dessous, d’indiquer votre salaire mensuel net, puis de valider. Vous découvrirez la part des salariés qui gagnent moins
que vous.

Mon hypothèse : la plupart des salariés pensent être plus bas dans la hiérarchie des salaires. Petite exercice pour valider/invalider
cette hypothèse : postez si vous le voulez bien un commentaire en indiquant seulement « plus bas »/ »plus haut »/ »bonne place » selon que vous pensiez être plus bas dans la hiérarchie, plus haut, ou à
la bonne place. Jeu sans obligation d’achat.


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