Rythme, perception et apprentissage

Quelles sources ? L’accès au savoir.

Sur un sujet comme l’accès au rythme se pose la question de l’accès au savoir. Il y a globalement deux écoles d’apprentissage : l’accès à la connaissance par voie écrite ou par le verbal. Le passage à l’écrit nécessite une codification de la matière dont découle nécessairement une simplification du propos, du moins dans le début de l’apprentissage.

Un enfant peut par exemple battre des rythmes plus ou moins complexes de son propre chef, mais dès qu’on lui apprend les rudiments du solfège puis qu’on lui met sous les yeux une partition comprenant même simplement deux croches et une noire, la réalisation sera beaucoup moins bonne que tous les rythmes qu’il aura pu improviser auparavant et cela va lui demander plusieurs années de travail pour maîtriser cet accès écrit au rythme. La difficulté principale semble être une intellectualisation du propos et cette phase d’acquisition est longue. Elle peut être comparée à l’apprentissage de la lecture par un jeune enfant. Et de même qu’un enfant peut rencontrer des problèmes de dyslexie quand il est en phase d’acquisition de la lecture, de dyscalculie avec l’apprentissage du calcul, il peut très bien rencontrer des problèmes de dysrythmie voire d’arythmie, voire encore d’amusie, beaucoup moins connue, qui peut être mélodique (ne pas distinguer une phrase musicale de sons épars) mais aussi rythmique (là où l’arythmie concerne surtout la réalisation, l’amusie de rythme porte plutôt sur l’incapacité de perception du caractère rythmique d’une séquence de sons). Ces processus sont complexes car ce sont les consequences de circuits cérébraux particuliers.
Le grand point de différence entre l’accès écrit ou verbal au rythme est le renversement de l’ordre des priorités d’apprentissage entre le rythme et la pulsation. L’apprentissage écrit rend prioritaire le rythme sur la pulsation : l’enfant doit répondre à la demande du professeur qui est de reproduire deux croches suivies d’une noire. Le résultat sera bien souvent une grande inégalité dans la mesure temporelle, et donc par conséquent une pulsation non stable.

L’apprentissage verbal se déroule autrement : l’acquisition première est celle de la pulsation. Or la pulsation n’est pas quelque chose d’intellectuel, mais de physique. C’est le battement du coeur, le rythme de la marche, la régularité de l’inspiration suivie de l’expiration. Le circuit d’apprentissage se décharge donc ici d’un élément d’apprentissage : l’intellect. L’arythmie cardiaque est un grave problème de santé. Et une marche irrégulière est provoquée par des problèmes de santé, tels décalage du bassin, différence de longueur entre les jambes, problèmes d’articulations ou de voûte plantaire. La régularité du rythme est donc ici plus du domaine du ‘normal’, de l’acquis vital, que du domaine de l’exception, considérés dans les cas cités comme pathologiques voire mortels.

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Rhythm Is It! (2004) est un documentaire allemand montrant le projet de Simon Rattle et son orchestre, le Berliner Philharmonic Orchestra, et du chorographe Royston Maldoom de populariser la musique classique en mettant sur scène le sacre du Printemps d’Igor Stravinsky dansé par 250 enfants tous issus d’écoles publiques. Le dénominateur, la base d’accès et l’ancrage principal vont être le rythme puissant qui caractérise cette partition.

La pulsation une fois intériorisée, par la répétition du geste, on peut la ‘remplir’ en la subdivisant à l’infini (sans risque de ‘perdre le rythme’ car la hiérarchie pulsation-interpulsation sera ‘instinctivement’ respectée. La mise en évidence de ce point est très claire quand on fait correspondre la pulsation au mouvement de la marche et que l’on ‘rempli’ le temps entre chaque pas par une arborescence rythmique diverse) ou en la rendant irrégulière à loisir (voir certains pas de danse d’Amérique latine).

La transmission se fait ici sans le vecteur de l’écriture et donc sans la boucle longue engageant l’intellect comme élément initial moteur de la création du rythme.
On peut ainsi assister à une diversification et à une virtuosité rythmique bien plus développée dans les musiques ‘verbales’ que dans les musiques ‘écrites’.
On est donc sur une question du passage entre écrit et oral qui correspondrait à une simplification du discours dans les deux cas ; en effet, un rythme complexe est basé sur une pulsation simple. Un rythme simplifié car ‘encodé’ pour être passé à l’écrit autorise une mobilité de pulsation plus grande (Voir Chailley, la musique et le signe).

Laure

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