L’histoire institutionnelle des études de ‘civilisation britannique’ en France

Lors de la Journée d’études ‘Théories et épistémologie de la civilisation’,organisé à la MSHS, à Poitiers, le 5 avril 2019, par la FE2C (Fédération pour l’étude des civilisations contemporaines) réunissant des enseignants-chercheurs des universités de Poitiers, La Rochelle, Limoges et Orléans, j’ai présenté « L’histoire institutionnelle des études de ‘civilisation britannique’ en France ».

La présente contribution est une approche institutionnelle des études de civilisation dans le domaine des études anglophones en France fondées par Monica Charlot, professeur à Paris III. Agrégée d’anglais dès 1959, elle enseignait à l’Institut d’études politiques, où son mari, Jean Charlot fut un éminent politologue. La notice qui lui est consacrée dans Le Monde à son décès en 2006, « pionnière, en France, des études de civilisation, surmontant les murs qui séparent les domaines du savoir en sciences humaines (histoire, philosophie, sciences politiques, économie). Elle est ainsi la première à soutenir une thèse de civilisation à proprement parler. » Sa thèse, La Démocratie à l’anglaise, publié en 1972, dans le droit fil des études sur la spécificité du Royaume-Uni, reprend ainsi le flambeau des auteurs français qui cherchait à comprendre les institutions et l’idéologie du monde anglo-saxonne, à commencer par De Tocqueville, André Maurois, et, plus récemment, les historiens Roland Marx et François Bédarida.

Sous l’impulsion de Monica Charlot, la ‘civilisation’ devient une sous-discipline des études anglaises en France, notamment dans les concours et dans les formations universitaires[1], différenciée des deux autres sous-disciplines reconnues : la littérature et la linguistique. Elle est à l’origine, en 1973, de la création du CRECIB, association membre de la Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (SAES). Le CRECIB tient deux réunions annuelles, à l’automne à la Sorbonne, et au printemps, lors du Congrès de la SAES. Il organise des ateliers lors de ce dernier, et subventionne des manifestations organisées par les collègues dès lors que le nombre de participants membres du CRECIB est majoritaire[2]. Impulsant l’entrée de la civilisation comme option dans l’Agrégation à partir de 1977, l’approche lie l’étude des faits historiques et politiques à l’analyse du discours sur les corpus écrits et iconographiques de ces domaines, voire des œuvres de fiction qui ont eu un retentissement sur le monde des idées : par exemple le roman utopique Nouvelles de nulle part de William Morris.

La Revue française de civilisation britannique, créée par le CRECIB au début des années 1980, témoigne de l’approche qui a été adoptée dès l’origine : études politiques contemporaines et historiques, étude des institutions, études socio-culturelles… Elle devint la revue de référence des études de civilisation britannique en France. Dans la lignée des orientations prises lors de la création de cette sous-discipline, sont régulièrement étudiés :

  • le domaine politique : les élections législatives, les référendums, l’action et la philosophie des gouvernements (Thatcher, Blair), les syndicats, la presse, les élites, la monarchie, la citoyenneté, l’État providence, le système éducatif[3];
  • l’histoire et l’évolution de la vie sociale, économique et culturelle : les femmes, les minorités, la jeunesse, la pauvreté, l’emploi, la ville ;
  • des pans de la culture sous une approche historique: la religion, l’art, la musique, le cinéma, le sport, les loisirs ;
  • des moments clés : les Guerres 14-18 et 39-45, la Grande Famine en Irlande, la révolution industrielle ;
  • et les relations étrangères : l’Europe, la décolonisation en Afrique, la ‘Relation spéciale’ avec les États-Unis[4].

Depuis le volume XX (2015), la RFCB est publiée en ligne (open édition) et numérise les anciens numéros. Les directeurs des numéros, présidents et membres du CRECIB, constituent un Who’s Who, une liste des personnes qui ont façonné les études britanniques (Paul Brennan, Jean-Claude Sergeant, Jacques Carré, François Poirier, Michael Parsons…) et qui aujourd’hui continuent d’orienter les études de civilisation britannique en France. Son dernier numéro rejoint les préoccupations de la présente journée sur l’épistémologie des études de civilisation[5].

Un essaimage de sociétés d’études d’aires spécifiques dans les îles britanniques s’est produit par la suite : la SOFEIR (Société française d’études irlandaises) fondée en 1981, publie la revue Études irlandaises[6] ; la Société française d’études écossaises (SFEE) est lancée en 2000[7], alors qu’une revue annuelle, Études écossaises, existe depuis 1992[8].

L’Observatoire de la société britannique est à l’origine un réseau établi par un groupe de collègues tenant un colloque tous les deux ans à tour de rôle. La présentation du réseau par son président, Gilles Leydier, explique l’orientation donnée :  fondé à la fin des « années 80, et regroupant des civilisationnistes des universités du Sud-Est de la France, originellement Grenoble, Clermont-Ferrand, Lyon, et Chambéry puis Aix et Toulon. Les travaux de ce groupe ont porté pour l’essentiel sur les questions sociales. En pleine période de transition entre la société industrielle et la version néolibérale du « post fordisme », il était en quelque sorte naturel que les chercheurs anglicistes français se concentrent sur la thématique de la pauvreté au Royaume Uni. L’Observatoire consacra également beaucoup d’efforts à la réflexion méthodologique sur la discipline, incité par une double sollicitation. D’une part, la civilisation, reconnue comme une des trois composantes des études anglophones depuis son intégration à l’agrégation d’Anglais en 1977, méritait ce regard, et devait notamment penser son rapport avec les Cultural Studies, auxquelles la France est restée relativement imperméable, et avec les sollicitations comparatives. D’autre part les politiques publiques en matière de recherche universitaire suivies pendant les « années Mitterrand », avaient fait accéder la recherche en Sciences de l’Homme et de la Société à l’étape du travail collectif, transition douloureuse car impliquant une rupture avec la tradition littéraire, et le splendide isolement du penseur enfermé dans sa tour d’ivoire. L’isolement du thésard devant son pavé virtuel, l’indifférence de l’intellectuel face aux problématiques issues de la demande sociétale devaient appartenir au passé…[9] »

Le réseau s’est ainsi différencié du CRECIB, par son approche plus axée sur le sociétale et le contemporain – l’objet d’étude étant la ‘société britannique’ plutôt que la ‘civilisation britannique’. Le réseau a commencé à publier la revue OSB, par les soins de l’Université de Toulon, en version papier, en 2006. Elle est passée très rapidement à une version électronique, (Open édition) paraissant un an après la version papier. La revue a permis de doubler l’espace de débat public en France autour des questions de civilisation britannique. Les sujets qu’elle aborde sont des questions d’actualité en France autant qu’en Grande-Bretagne : gouvernance, genre, diversité, signes religieux, services publics et mobilisations de la société civile[10]. Signe d’une certaine convergence actuelle dans les études britanniques, la RFCB publie des numéros thématiques sur des sujets similaires (activisme, citoyenneté, intégration sociale, environnement) et deux promoteurs de l’Observatoire de la société britannique, Gilles Leydier et Jean-Paul Revauger, ont assuré la fonction de Président du CRECIB lors des deux derniers mandats.

Pour conclure, les études de civilisation britannique en France ont été longtemps influencé par leurs origines et leur fondatrice. Son emprunt perdure, et le politique, au sens large, l’emporte. Reste à savoir si les études culturelles et des études à la marge actuellement en civilisation britannique (notamment, la culture et l’anthropologie) seront plus présentes à l’avenir.

Annexe 1

Liste des parutions de la Revue française de civilisation britannique

Volume I, n° 1 AUX SOURCES DE L’ÈRE VICTORIENNE

Volume I, n° 2 RADICALISME ET LIBÉRALISME – ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

Volume I, n° 3 (épuisé)LA PRESSE Dir. B. Cassen et B. d’Hellencourt

Volume I, n° 4WELFARE STATE – ESTHÉTIQUE ET PAYSAGE AU XVIIIe SIÈCLE Dir. M. Charlot

Volume II, n° 1 MALTHUS – L’IMMIGRATION Dir. R. Palacin

Volume II, n° 2 LES ÉLITES EN Grande-Bretagne Dir. P. Brennan

Volume II, n° 3 (épuisé) GOUVERNEMENT CENTRAL ET GOUVERNEMENT LOCAL AU Royaume-Uni Dir. R. Palacin

Volume II, n° 4 EMPLOI ET CHÔMAGE EN GRANDE-BRETAGNE, 1979–1983 Dir. M. Babaz, C. Guichard et M. Quéré

Volume III, n° 1 LA VIE POLITIQUE BRITANNIQUE DEPUIS 1945 Dir. M. Charlot et S. Baudemont

Volume III, n° 2 LA GRANDE-BRETAGNE DE L’ENTRE-DEUX-GUERRES FACE À LA MONTÉE DES PÉRILS EXTÉRIEURS Dir. S. Baudemont

Volume III, n° 3 ESTHÉTIQUE ET SOCIÉTÉ Dir. M. Baridon et C. Comanzo

Volume III, n° 4 L’ESTABLISHMENT Dir. M. Charlot

Volume IV, n° 1 INTELLECTUELS ET POLITIQUE EN Grande-Bretagne Dir. B. d’Hellencourt et R. Sibley

Volume IV, n° 2 (épuisé) LA GRANDE-BRETAGNE ET L’EUROPE, 1945–1986 Dir. R. Marx

Volume IV, n° 3 ATTITUDES FACE À LA CRISE EN Grande-Bretagne Dir. J.-P. Ravier et F. Poirier

Volume IV, n° 4 LE SYNDICALISME EN Grande-Bretagne Dir. R. Sibley

Volume V, n° 1 LE CORPS : ÉVOLUTION DES ATTITUDES EN Grande-Bretagne Dir. S. Baudemont

Volume V, n° 2 L’IRLANDE DU NORD Dir. P. Brennan

Volume V, n° 3 (automne 1989) LONDRES Dir. M. Curcurù et J. Carré

Volume V, n° 4 (printemps 1990) LES MÉDIAS EN GRANDE-BRETAGNE : LE QUATRIÈME POUVOIR DEPUIS 1855 Dir. B. d’Hellencourt et J-C.Sergeant

Volume VI, n° 1 (automne 1990) L’ÉDUCATION EN Grande-Bretagne Dir. M. Lemosse

Volume VI, n° 2 (printemps 1991) PAUVRETÉ ET ASSISTANCE EN GRANDE-BRETAGNE AU XIXe SIÈCLE Dir. J. Carré

Volume VI, n° 3 (automne 1991) RELIGION, POLITIQUE ET SOCIÉTÉ EN Grande-Bretagne Dir. S. Dayras et C. D’Haussy

Volume VI, n° 4 (printemps 1991) LE THATCHÉRISME Dir. M. Charlot et F. Poirier En ligne ici

Volume VII, n° 1 (automne 1992) LES ÉLECTIONS DE 1992 EN Grande-Bretagne Dir. M. Charlot

Volume VII, n° 2 (printemps 1993) LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE EN GRANDE-BRETAGNE (1760–1830) Dir. R. Marx

Volume VII, n° 3 (automne 1993) L’IMMIGRATION Dir. B. d’Hellencourt

Volume VII, n° 4 (printemps 1994) LA MONARCHIE BRITANNIQUE Dir. M. Charlot

Volume VIII, n° 1 (automne 1994) LES ÉLITES FONCIÈRES (1750–1846) – LES INNER CITIES DEPUIS 1960 Dir. J. Carré et J-P. Révauger En ligne ici

Volume VIII, n° 2 (printemps 1995) ASPECTS DU XIXe SIÈCLE – ENJEUX CONTEMPORAINS Dir. J.-C. Sergeant En ligne ici

Volume VIII, n° 3 (automne 1995) LA CONQUÊTE DU SUFFRAGE UNIVERSEL (1832–1928) Dir. G. Bonifas En ligne ici

Volume VIII, n° 4 (printemps 1996) LE VOYAGE Dir. G. Guilcher

Volume IX, n° 1 (automne 1996) LA SOCIÉTÉ anglaise EN GUERRE (1939–1945) Dir. A. Capet

Volume IX, n° 2 (printemps 1997) L’ÉCOSSE CONTEMPORAINE Dir. J. Leruez et C. Civardi

Volume IX, n° 3 (automne 1997) LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE 1997 EN Grande-Bretagne Dir. M. Charlot

Volume IX, n° 4 (printemps 1998) L’ÉTAT-PROVIDENCE Dir. M. Lemosse, A. Kober-Smith, T. Whitton

Volume X, n° 1 (automne 1998) LES ANNÉES WILSON Dir. M. Lemosse

Volume X, n° 2 (printemps 1999) En ligne ici LA NATIONAL LOTTERY Dir. M. Charlot et M. Lemosse

Volume X, n° 3 (automne 1999) L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR EN Grande-Bretagne Dir. M. Lemosse

Volume X, n° 4 (printemps 2000) SPORT ET ENJEUX IDENTITAIRES DANS LES ÎLES BRITANNIQUES Dir. R. Sibley et E. Roudaut

Volume XI, n° 1 (automne 2000) PAUVRETÉ ET INÉGALITÉS EN Grande-Bretagne, 1942-1990 Dir. J.-P. Révauger En ligne ici

Hors série n° 1 (mars 2001) MÉLANGES EN L’HONNEUR DE ROLAND MARX Dir. M. Charlot et R. Sibley

Volume XI, n° 2 (printemps 2001) LE CINÉMA BRITANNIQUE Dir. A.Shepherd

Volume XI, n° 3 (février 2002) TONY BLAIR ET LA RÉFORME DES INSTITUTIONS Dir. J.-Cl. Sergeant *Disponible sur OpenEdition

Volume XI, n° 4 (octobre 2002) LES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES DE 2001 AU Royaume-Uni Dir. M. Charlot

Volume XII, n° 1 (décembre 2002) LA « RELATION SPÉCIALE » Royaume-Uni / États-Unis ENTRE MYTHE ET RÉALITÉ, 1945-1990 Dir. J.-Cl. Sergeant En ligne ici

Volume XII, n° 2 (printemps 2003) LA SITUATION ET LES POLITIQUES DE L’EMPLOI EN FRANCE ET EN Grande-Bretagne, 1990-2000 Dir. M. Lemosse

Volume XII, n° 3 (automne 2003) LA VILLE VICTORIENNE Dir. J. Carré *Disponible sur OpenEdition

Volume XII, n° 4 (printemps 2004) CONSTANTES ET ÉVOLUTIONS DE LA SOCIÉTÉ BRITANNIQUE, XIXe-XXIe SIÈCLES : MÉLANGES EN HOMMAGE À MONICA CHARLOT Dir. A. Capet

Volume XIII, n° 1 (automne 2004) WILLIAM MORRIS Dir. M. Faraut et G. Bonifas

Volume XIII, n° 2 (printemps 2005) DÉCENTRALISATION ET PARTICIPATION CITOYENNE : UNE NOUVELLE RÉPARTITION DES POUVOIRS EN ANGLETERRE ? Dir. A. Kober-Smith, S. Nail et D. Fée

Volume XIII, n° 3 (automne 2005) LES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES DE 2005 AU Royaume-Uni Dir. B. d’Hellencourt et G. Leydier

Volume XIII, n° 4 (printemps 2006) ART ET NATION Dir. S. Halimi

Volume XIV, n° 1 (automne 2006) LA DÉVOLUTION DES POUVOIRS À L’ÉCOSSE ET AU PAYS DE GALLES Dir. C. Civardi et M. Jones *Disponible sur OpenEdition

Volume XIV, n° 2 (printemps 2007) LES USAGES DU TEMPS LIBRE Dir. E. Roudaut En ligne ici

Volume XIV, n° 3 (automne 2007) LE DÉFI MULTICULTUREL Dir. G. Millat

Volume XIV, n° 4 (printemps 2008) L’HISTOIRE SOCIALE EN MUTATION Dir. F. Bensimon

Volume XV, n° 1 (automne 2008) (épuisé) ASPECTS DU DÉBAT SUR L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE EN GRANDE-BRETAGNE 1787-1840 Dir. L. Germain et S. Halimi En ligne ici

Volume XV, n° 2 (printemps 2009) LES SYNDICATS BRITANNIQUES : DÉCLIN OU RENOUVEAU ? Dir. Anne-Marie Motard *Disponible sur OpenEdition

Hors série n° 2 (mai 2009)LA PRATIQUE RÉFÉRENDAIRE DANS LES ÎLES BRITANNIQUES Dir. Bernard d’Hellencourt et Pauline Schnapper

Volume XV, n° 3 (automne 2009) REGARD SUR LA JEUNESSE BRITANNIQUE Dir. Jean-Philippe FONS En ligne ici

Volume XV, n° 4 (printemps 2010) PRÉSENTATIONS ? RE PRÉSENTATIONS, RE- PRÉSENTATIONS Dir. Antoine CAPET

Volume XVI, n° 1 (printemps 2011) LES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES DE 2010 AU Royaume-Uni Dir. Emmanuelle AVRIL et Pauline SCHNAPPER

Volume XVI, n° 2 (automne 2011) LE PARTI LIBÉRAL EN GRANDE-BRETAGNE 1906-1924 Dir. Antoine CAPET et Martine MONACELLI-FARAUT

Volume XVII, n° 1 (printemps 2012) LE POUVOIR ET SA REPRÉSENTATION AU Royaume-Uni Dir. Gilles LEYDIER

Volume XVII, n° 2, 2012 (septembre 2012) Hommage à Lucienne Germain MINORITÉS, INTÉGRATION EN GRANDE-BRETAGNE ET DANS LES PAYS DU COMMONWEALTH Dir. Suzy HALIMI et Didier LASSALLE *Disponible sur OpenEdition

Volume XVII, n° 3, 2012 (octobre 2012) Hommage à François Poirier REGARDS CROISÉS SUR LA GRANDE-BRETAGNE. HISTOIRE SOCIALE Dir. Michael PARSONS et Fabrice BENSIMON

Volume XVII, n° 4 (décembre 2012) MUSIQUE, NATION ET IDENTITÉ : LA RENAISSANCE DE LA MUSIQUE ANGLAISE, FORMES ET CONDITIONS Dir. Gilles COUDERC et Jean-Philippe HEBERLÉ En ligne ici

Volume XVIII, n° 1 (mars 2013) Hommage à Christiane d’Haussy ORTHODOXIE ET HÉRÉSIE DANS LES ÎLES BRITANNIQUES Dir. Yannick DESCHAMPS et Suzy HALIMI

Volume XVIII, n° 2 (automne 2013) LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE BRITANNIQUE EN AFRIQUE DEPUIS 1957 : ACTEURS, PRINCIPES, PRATIQUES Dir. Mélanie TORRENT et Michael PARSONS En ligne ici

Volume XIX, n° 1 (printemps 2014) LAbelling the Deviant : Othering and Exclusion in Britain from Past to Present Dir. Emma BELL et Gilles CHRISTOPH En ligne ici

Volume XIX N° 2 2014 THE GREAT FAMINE IN IRELAND, 1845-1851Dir. Anne-Catherine DE BOUVIER and Christophe GILLISSEN *Disponible sur OpenEdition

Volume XIX N° 3  LES MOUVEMENTS BRITANNIQUES POUR LA REFORME MORALE : ENTRE PROGRESSISME ET REACTION Dir. Emmanuel Roudaut En ligne ici

Volume XX N° 1 | 2015REVISITING THE GREAT WAR Dir John MULLEN et Florence BINARD *Disponible sur OpenEdition

Volume XX N°2| 2015THE SCOTTISH INDEPENDENCE REFERENDUM OF   Dir Nathalie DUCLOS *Disponible sur OpenEdition

Volume XX N°3 2015 LES ELECTIONS LEGISLATIVES AU ROYAUME UNI EN MAI 2015 Dir David FEE et Romain GARBAYE *Disponible sur OpenEdition

Vol XXI N° 1 2016 CITIZENSHIP IN THE UNITED KINGDOMDir Nathalie DUCLOS ET Vincent LATOUR *Disponible sur OpenEdition

Vol XXI N° 2 2016  ECONOMIC CRISIS IN THE UNITED KINGDOM TODAY/ CAUSES AND CONSEQUENCES Dir Stéphane GUY et Catherine MARSHALL *Disponible sur OpenEdition

Vol XXII N° 1 2017THE BOOK OF COMMON PRAYER : STUDIES IN RELIGIOUS TRANSFER Dir Rémy BETHMONT et Aude MEZERAC-ZANETTI *Disponible sur OpenEdition

Vol XXII N° 2 2017 THE BREXIT REFERENDUM OF 23 JUNE 2016 Dir Karine TOURNIER-SOL *Disponible sur OpenEdition

Vol XXII N° 3 2017 FORMS OF ACTIVISM IN THE UNITED KINGDOM  Dir Laurent CURELLY et John MULLEN *Disponible sur OpenEdition

XXII-4 | 2017 THE MAY 2016 DEVOLVED ELECTIONS IN SCOTLAND, WALES, NORTHERN IRELAND AND LONDON: CONVERGENCES AND DIVERGENCES Sous la direction de Stéphanie BORY et Timothy WHITTON *Disponible sur OpenEdition

Volume XXII- Hors série | 2017 THE UNITED KINGDOM AND THE CRISIS IN THE 1970S Sous la direction de Gilles LEYDIER et John MULLEN *Disponible sur OpenEdition

 


 

RFCB Uniquement en version électronique :

XXIV-1 | 2019 British Civilisation Studies and Interdisciplinarity

XXIII-3 | 2018 A Long Awakening? Environmental Concerns in the United Kingdom Since the Nineteenth Century

XXIII-2 | 2018 Moving Toward Brexit: the UK 2017 General Election

XXIII-1 | 2018 Women in Britain since 1900: Evolution, Revolution or ‘Plus ça change…’ ?

XXII- Hors série | 2017The United Kingdom and the Crisis in the 1970s

XXII-4 | 2017 The May 2016 Devolved Elections in Scotland, Wales, Northern Ireland and London: Convergences and Divergences

XXII-3 | 2017 Forms of Activism in the United Kingdom (Grassroots Activism, Culture, Media)

XXII-1 | 2017 The Book of Common Prayer : Studies in Religious Transfer

XXII-2 | 2017 The Brexit Referendum of 23 June 2016

XXI-2 | 2016 Economic Crisis in the United Kingdom Today: Causes and Consequences

XXI-1 | 2016 Citizenship in the United Kingdom

XX-3 | 2015 The 2015 General Election in the United Kingdom

XX-2 | 2015 The Scottish Independence Referendum of September 2014

XX-1 | 2015 Revisiting the Great War

XIX-2 | 2014 The Great Famine in Ireland, 1845-1851

XVII-2 | 2012 Minorities and Integration in Britain and the Commonwealth

XV-2 | 2009 British Trade Unions: Decline or Renewal?

XIV-1 | 2006 La dévolution des pouvoirs à l’Écosse et au Pays de Galles 1966-1999

XIII-4 | 2006 Art and the Nation in Britain in the 18th Century

XII-3 | 2003 The Victorian City

XI-3 | 2002 Tony Blair et la réforme des institutions

 

 

 

Annexe 2 Numéros parus de l’Observatoire de la société britannique

23 | 2018 La société civile mobilisée aux 20ème et 21ème siècles. Perspectives britanniques, irlandaises et internationales

22 | 2018 L’Irlande du bNord dans un Royaume en turbulences

21 | 2018 The United Kingdom of Theresa May, Le Royaume-Uni de Theresa May

20 | 2018 Le Royaume-Uni et le monde, Leadership Politics in the United Kingdom’s Local Government

19 | 2017 Les services publics au Royaume-Uni et en France face aux politiques d’austérité

18 | 2016 L’engagement en Ecosse autour de l’enjeu de l’indépendance

17 | 2015 L’héritage du thatchérisme

16 | 2014 La gouvernance des politiques publiques au Royaume-Uni depuis 1997

15 | 2014 Le Royaume-Uni à l’heure de la coalition

14 | 2013 Politiques familiales et politiques d’emploi « genrées » au Royaume-Uni et en Europe

13 | 2012 Les signes religieux dans l’espace public

12 | 2012 La nouvelle donne politique en Grande-Bretagne (2010-2012)

11 | 2011 Londres : capitale internationale, multiculturelle et olympique

10 | 2011 Les politiques économiques des années Brown 1997-2010

9 | 2010 La Grande-Bretagne de l’Après-Blair Transitions et recompositions politiques

8 | 2010 Nouvelle gestion publique et réforme des services publics sous le New Labour

7 | 2009 Les années John Major 1990-1997

6 | 2008 Les coulisses du pouvoir

5 | 2008 Le New Labour et l’identité britannique

4 | 2007 Le Parti conservateur britannique aujourd’hui

3 | 2007 Les années Blair

2 | 2006 Les politiques de retour à l’emploi en Grande-Bretagne et en France

1 | 2006 La Grande-Bretagne entre modèle américain et social-libéralisme

 

[1] https://www.cairn.info/revue-etudes-anglaises-2005-2-page-255.htm; Le Monde, 26 mai 2006.

[2] Ce fut le cas par exemple de la journée d’études sur le Brexit organisé en novembre 2018 à Poitiers.

[3] Ma première contribution à la RFCB remonte à 1999 dans un numéro sur l’enseignement supérieur en Grande-Bretagne.

[4] Voir la liste complète des numéros : https://journals.openedition.org/rfcb/216.

[5] Revue française de civilisation britannique, XXIV-1 | 2019 Les Enjeux de l’interdisciplinarité en civilisation britannique – voir notamment les contributions de Cornelius Crowley et l’entretien avec Jean-Paul Revauger en ce qui concerne le contexte institutionnel universitaire en France et les questions que se posent sur la portée de la recherche en ‘civilisation’ britannique.

[6] https://www.sofeir.fr/sofeir/presentation/.

[7] https://sfee.univ-tours.fr/  .

[8] https://journals.openedition.org/etudesecossaises/?lang=en .

[9] https://journals.openedition.org/osb/1060.

[10] Observatoire de la Société britannique, numéros parus et en ligne, https://journals.openedition.org/osb/67 .

 

L’histoire en marche: Brexit, la frontière en Irlande, le parlement britannique

Deux collègues de Poitiers et de Tours ont fait des interventions dans l’émission de Jean Lebrun, L’histoire en marche, sur France Inter ces dernières semaines, en lien avec les débats autour du départ du Royaume-Uni de l’Union européenne : Philippe Cauvet (Poitiers, MIMMOC) sur L’Irlande et sa frontière, et Elizabeth Gibson-Morgan (Tours) sur Le parlement britannique. Vous trouverez les podcasts en cliquant sur les liens.

Reconciling British & Irish democratic rights

Nous avons participé à la journée d’étude organisée à Toulouse 1 Capitole  les 31 janvier et 1er février 2019 sur la question du Home Rule :

Reconciling British and Irish Democratic Rights – Union, Empire and the Challenge of Irish Home Rule (1870-1914)

Organisers : Marie-Violaine Louvet – Bairbre Ní Chiosáin – Charlotte Rault : Université Toulouse 1 Capitole (CAS, EA 801)
Philippe Cauvet – Susan Finding : Université de Poitiers (MIMMOC, EA 3812)

On trouvera les enregistrements vidéo en suivant ce lien.

On behalf of Philippe Cauvet & myself, members of the MIMMOC research group at Poitiers University, we would like to renew our thanks to the distinguished speakers who accepted our invitation to come to Toulouse, to our colleagues here at Toulouse 1 Capitole & the CAS research team, to the Société française d’études irlandaises (SOFEIR) and to colleagues & graduate students present.

Although this topic echoes in part questions about « the break-up of Britain » predicted in 1977 by Tom Nairn[1], or, from a different angle, « the survival of the United Kingdom » analyzed by Alvin Jackson thirty years later, in 2007[2], which have also featured on the Agrégation syllabus as « devolution » and which we were also involved in organizing a day conference for together[3], little did we realize as the idea of organizing this conference was discussed, that the subject, indeed the title, Reconciling British & Irish Democratic Rights, would raise so many parallels with the debates of the days prior to the conference, in the UK House of Commons in December and January 2019 :

  • The indivisibility of sovereignty
  • Self-government better or worse
  • A project that was rejected by both pro- and anti- independence supporters be they nationalists or unionists, Brexiteers or remainers.

Speakers :

Eugenio Biagini (Sidney Sussex College, Cambridge)[4] « Home Rule, Democracy and the United Kingdom 1885-1914 ».

Pauline Collombier-Lakeman[7] (Strasbourg) «  the Irish Home Rule controversy as « a harbinger of dreams and nightmares » « .

Professor Alvin Jackson[9] (Edinburgh)  « Opposing Home Rule in Ireland and Britain Unionism 1885-1914 ».

Nathlie Duclos[11] (Toulouse Jean Jaurès)  « Scottish Home Rulers and the Irish Home Rule debate ».

Simon Deschamps[12] (Toulouse Jean Jaurès) : « From Irish Home Rule to Indian Swaraj : The Empire Strikes Back, 1870-1914 ».

Anne-Catherine de Bouvier[13] (Caen) « Violence and Constitutionalism »

Matthew Staunton, « What Ireland Sees : Redmonite Home Rule in Sinn Féin’s editorial cartoons »

Matthew Kelly[14] (Northumbria) « Home Rule’s Nationalist & Republican Opposition before 1914 »

[1] Tom Nairn, The Break-up of Britain: Crisis and Neonationalism, London: New Left Books, 1977.

2 Alvin Jackson, The Two Unions. Ireland, Scotland, and the Survival of the United Kingdom, 1707-2007, OUP, 2008. Professor Jackson is also author of Home Rule: An Irish History, 1800-2000, Oxford, OUP, 2003 ; The Ulster Party: Irish Unionists in the House of Commons, 1884-1911 (OUP), Colonel Edward Saunderson: Land and Loyalty in Victorian Ireland (OUP).

[3] See the proceedings of that conference: S. Finding, M. Jones, P. Cauvet, (dir.),  Unfinished business : Devolution in the UK,  Bordeaux : Presses universitaires de Bordeaux, 2011.

[4] British Democracy and Irish Nationalism, 1876-1906, Cambridge, Cambridge University Press, 2007 ; The Shaping of Modern Ireland (co-ed.) Dublin, Irish Academic Press, 2016; The Cambridge Social History of Ireland since 1740 (co-ed.), Cambridge, Cambridge University press, 2016.

[5] James Belich, Replenishing the Earth. The Settler Revolution and the Rise of the Angloworld, Oxford, OUP, 2011.

[6] See Peter Cain, « British Free Trade, 1850-1914: Economics and Policy », REFRESH, 29, Autumn 1999.

[7] Pauline Collombier-Lakeman, The Home Rule Question (1870-1914), Paris, Belin, 2018.

[8] Reviewed by Alvin Jackson in Irish Historical Studies, 26, 103, May 1989, pp.232-324. https://doi.org/10.1017/S0021121400010051.

[9] Jackson, A. (2018) Judging Redmond and Carson. Royal Irish Academy ; Jackson, A. (2012) The Two Unions: Ireland, Scotland, and the Survival of the United Kingdom, 1707-2007. Oxford University Press ; Jackson, A. (2010) Ireland, 1798-1998: war, peace and beyond. Chichester, West Sussex, U.K: Wiley-Blackwell ; Jackson, A. (2003) Home rule: an Irish history, 1800-2000. London: Weidenfeld & Nicolson.

[10] Pieter M. Judson, The Habsburg Empire: A New History, Harvard University Press, 2016.

[11] Nathalie Duclos, La dévolution des pouvoirs à l’Ecosse et au Pays de Galles 1966-1999, Paris, Editions du Temps, 2007.

[12]Simon Deschamps et Cécile Révauger, Sociabilité maçonnique et pouvoir colonial dans l’Inde britannique (1730-1921), Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2019.

[13] Co-directrice, La Grande Famine en Irlande, 1845-1851 (avec Christophe Gillissen), numéro thématique de la Revue Française de Civilisation Britannique, XIX-2 | 2014.

[14] The Fenian Ideal and Irish Nationalism, 1882-1916 (Boydell and Brewer: Woodbridge, 2006, 2008) ; ‘Radical nationalisms, 1882-1916’ in Tom Bartlett (ed.), The New Cambridge History of Ireland (forthcoming: 2017) ; ‘Political autobiography. From Wolfe Tone to Ernie O’Malley’ in Liam Harte (ed), The Cambridge History of Irish Autobiography (forthcoming: 2017) ; ‘Irish nationalisms’ in Richard Bourke & Ian McBride (eds), The Princeton Guide to Irish History (Princeton, 2015) ; ‘Home Rule and its Enemies, 1870-1916’ in Alvin Jackson (ed.) Oxford Handbook of Modern Irish History, 1600-2000 (Oxford, 2014).

Festival of Britain 1951 Journée d’études Bordeaux 8 novembre 2018

Il est des fois que l’actualité rejoint la programmation scientifique. Fin septembre, le Premier ministre, Theresa May, annonçait un Festival qui mettrait en avant les atouts du Royaume-Uni de l’après-Brexit, faisant référence à la Grande Exposition de 1851 et le Festival of Britain de 1951. Or, depuis près d’un an, des collègues de l’Université Bordeaux-Montaigne prépare une journée d’étude réunissant des collègues historiens et anglicistes autour du Festival de 1951.

Londres et le « Festival of Britain »  1951, le jeudi 8 novembre 2018, a l’ Université Bordeaux-Montaigne (9h30-12h30 : salle G 101; 14h30-16h30 : amphi Cirot), organisée par Moya Jones (Dept. d’Anglais) et Philippe Chassaigne (Dept. d’Histoire) avec le soutien de l’EA 2958, CEMMC.
Festival of Britain (pdf du programme).
Les communications feront l’objet d’une publication en 2019 dans un prochain numéro des Cahiers du MIMMOC (revue open.édition).

La « Glorieuse » Révolution d’Angleterre 1688

La Glorieuse Révolution d’Angleterre

EXPOSITION / CULTURE  Exposition à la BU Lettres (A2) organisée en partenariat avec l’UFR Lettres et langues et le MIMMOC (EA 3812).

Les riches collections d’Auguste Dubois, léguées à la bibliothèque en 1935, permettent d’illustrer les dimensions politiques et économiques de la Glorieuse Révolution, qui vit l’accession au pouvoir de Marie II et de son époux Guillaume III d’Orange.
L’image contient peut-être : personnes assises et intérieur
Exposition réalisée en partenariat avec l’UFR Lettres et langues de l’Université de Poitiers.

Ouvrages choisis et panneaux explicatifs rédigés par Susan Finding, Professeur de civilisation britannique.

Deux visites guidées seront organisées lundi 06/02/2017 à 18h et mardi 14/02/2017 à 11h. Inscription préalable auprès d’Anne-Sophie Traineau-Durozoy.

Date Du 06/02/2017 au 01/04/2017
Lieu Poitiers – Campus
BU Lettres, bâtiment A2, 1 allée Jeanne Chauvin, Poitiers campus

Vous trouverez ici une sélection d’images montrant l’exposition dans le hall de la bibliothèque universitaire, ainsi que des illustrations figurant dans les ouvrages exposés:

England's improvement by sea and land / Andrew Yarranton -- Londres : R. Everingham, T. Parkhurst et N. Simmons, 1677-1698 Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 2255

England’s improvement by sea and land / Andrew Yarranton — Londres : R. Everingham, T. Parkhurst et N. Simmons, 1677-1698 Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 2255

L’image contient peut-être : dessin

Années de crise (années 1970s et années 2010s)

La Journée d’étude « Le Royaume-Uni à l’épreuve de la crise, 1970-1979), tenu le 21 octobre 2016 à l’Unversité François Rabelais, Tours et organisé par Stéphane Porion, MCF en études anglophones, a réuni des spécialistes français de plusieurs aspects de ce pan d’histoire de la Grande Bretagne qui n’ont pas manqué de faire de comparaisons avec les années de crise que nous traversons actuellement et de soulever des questions d’actualité polarisation contre consensus, continuité ou rupture, sortir de crise, services publics, violences urbaines.

LONDON July 1978 pic77

London, 1978, Greek Street (Flickr, Creative Commons)

L’invité d’honneur, Professeur Lord Kenneth Morgan, historien, universitaire, président d’université, qui siège à la Chambre des Lords, a dressé un tableau synthétique de la période, évoquant l’ensemble des aspects – économiques, sociaux et politiques de la période – émaillé d’anecdotes personnelles sur les acteurs politiques principaux, Harold Wilson et James Callaghan, et d’autre membres éminents du parti travailliste, qu’il a connus et dont, pour certains, il a écrit la biographie (Callaghan, Foot).

Jenkins, Thatcher,Callaghan, Wilson in June 1976

D’après Lord Morgan, la idées et la pratique politique de ce qui serait New Labour aurait émergé à cette époque, sous le gouvernement pragmatiste de Callaghan, et de son ‘équipe’ : Shirley Williams, Roy Jenkins, Roy Hattersley, et John Smith, que Callaghan considérait comme ses successeurs potentiels. L’on sait que les deux premiers ont quitté le parti travailliste pour former le parti social-démocrate au début des années 80, que Hattersley, est resté travailliste traditionnel, et que John Smith, prit comme députés Tony Blair et Gordon Brown, qui le succèdèrent lorsqu’il fut terrassé par une crise cardiaque après seulement un an à la tête du parti, en 1995.

De l’autre côté de l’échiquier politique, Stéphane Porion (Université François Rabelais, Tours) a évoqué la place, marginale, mais importante, d’Enoch Powell, dans le parti conservateur des années 1970. Il a également souligné la rivalité entre Heath et Powell et son pouvoir de nuisance envers le leadership de Heath. Ce faisant, il a analysé l’évolution du parti conservateur à travers la décennie, et conclut que le Powellism est l’hérault du Thatchérisme.

Marc Lenormand (Université Paul Valéry, Montpellier) analysa la place et le rôle des syndicats britanniques, leurs relations avec le parti travailliste et la responsabilité de leurs directions, pour les grèves qui paralysèrent le pays à plusieurs reprises dans les années 1970. Nés de la période de guerre, le consensus, la paix sociale, acquis par l’intégration des syndicats dans les institutions gouvernementaux (ministres, comités paritaires, négotiations tripartites – employeurs-syndicats-gouvernement concernant les conditions de travail) ont continué pendant les trentes glorieuses britanniques. La dissatisfaction des ouvriers de base, des branches locales syndicales, a dépassé les leaders syndicaux et contribué à briser le consensus autour de l’état providence de l’après-guerre.

Wingrove and Rogers Ltd Strike, 1974 (TUC Collections Library, London Metropolitan Library)

Susan Finding (Université de Poitiers) et Imelda Elliott (Université de Boulogne) ont toutes les deux porté leur regard sur le débats autour de l’éducation. En temps de crise, la place et le rôle de l’éducation, dans la marche d’un pays sont d’autant plus mis en question.La première s’est demandée si on peut parler d’amélioration visible, d’oppportunités meilleures, ou de mécontentement et de frustrations progressifs. Selon elle, le champ de l’éducation reflète les tensions et les thématiques générales de la période : la place et le rôle du gouvernement central, le pouvoir des syndicats (le National Union of Teachers ayant un rôle important), le côut des services publics dans une période de turbulence économique, et la critique du consensus de l’état providence. Mme le Professeur Elliott a expliqué l’architecture de l’enseignement en s’appuyant sur l’évolution historique du système, et a illustré le débat sur la forme de l’enseignement secondaire – lycées sélectives ou collège unique – (grammar schools/comprehensives) par des extraits d’interviews télévisés des deux Ministres de l’éducation les plus en vue dans les années 70, Margaret Thatcher et Shirley Williams.

Duncan Thom (Paris Sud) poursuivit la visualisation de la période en montrant des dessins humoristiques couvrant l’ensemble de la période. Autour des dessins consacrés au service de sante, les commentaires et les caractérisations des personnalités politiques illustrent à la fois une réaction désinvolte, mais aussi le désespoir du pubic quant aux différentes politiques mises en place et les réactions, notamments des employés publics en grève.

Philippe Cauvet (Université de Poitiers) analysa la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, du gouvernement britannique de résoudre la crise qui éclaté en Irlande du nord, en se demandant pourquoi les accords de Sunningdale (1973) ne purent en venir à bout, alors que les accords de Belfast (1998) – contenant sensiblement les mêmes propositions – y ont réussi. La responsabilité, selon lui, tient dans le fait que le gouvernement britannique des années 70 se rangea clairement du côté des unionistes.

Edwige Camp-Piétrain (Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis) examina l’histoire du réferendum de 1979 sur la dévolution des pouvoirs en Ecosse, en expliquant la position du gouvernement travailliste comme réaction à l’émergeance du parti national écossais, qui perça aux élections nationales en 1974. Des similitudes sont à noter entre les raisons du référendum de 1979 et celles de 2014 sur l’indépendance de l’Ecosse. 

Pour clôre les présentations, Elizabeth Gibson-Morgan (Université François Rabelais de Tours) parla également de réferendum, celui de 1975 concernant la Communauté économique européenne (CEE) en le comparnant à celui de 2016. En 1975, le peuple britannique confirma la décision de l’éxécutif, approuvé en 1972 par un vote au parlement, concernant l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe économique. En 2016, le peuple britannique exigea la sortie du Royaume-Uni de l’Europe politique, sans vote parlementaire.

 

Si les aspects culturels notamment furent absent de cette journée – faute de temps –  elle a permis de faire le tour d’un certain nombre de thèmatiques à travers l’exemple offert par les cas d’étude. Toute au long de la journée les comparaisons sur les périodes de crise – années 70 – années 2010 – furent inévitables et pleines d’enseignements. La leçon à retenir semble  claire : éclairer les événements du présent à la lumière des périodes passées similaires, et vice versa, est un exercice enrichissant qui permet de mieux comprendre à la fois notre présent et notre passé.

Brexit fever – aux lendemains du référendum, le Royaume-pas-si-uni

Les retombées du résultat du référendum britannique ne sont pas encore claires – à part la décision de quitter l’Union européen qui devrait être entérinée, procédure qui pose elle-même de nombreuses interrogations – quand ? comment ? – mais l’impact sur l’économie et la politique interne sera multiple.

L’avenir politique deux leaders des deux parties principales est déjà compromis. Après avoir été désavoué par l’électorat, David Cameron a logiquement annoncé son départ, à la fois comme premier ministre et comme leader de son parti. Le nouveau leader du parti conservateur, le parti majoritaire à la Chambre des communes, sera appelé à diriger le pays comme le prévoient l’usage. Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste, est actuellement le sujet de vives critiques quant à son soutien mitigé à la campagne en faveur de la décision de rester dans l’Union européenne.

Mais, au-delà de l’avenir individuel des hommes et femmes politiques, l’avenir même des deux partis est en jeu. La question européenne a toujours divisé les deux partis au pouvoir depuis 1945. La droite du parti conservateur désapprouve ce qu’ils estiment être l’emprise de Bruxelles et souligne la perte de souveraineté nationale – malgré la non-appartenance du pay à l’espace Schengen – , tandis que la gauche du parti travailliste désapprouve les orientations capitalistes de l’Union européenne – et ce malgré le virage social que le Royaume-Uni a entamé depuis vingt ans.

Le référendum témoigne, une fois de plus, de la profonde désaffection d’un grand nombre d’électeurs pour ces deux partis. Les signes avant-coureurs étaient pourtant visibles – l’émergence des nationalismes, le refuge des électeurs rejetant la politique des deux partis de droite et de gauche classiques, ayant été un constant depuis une dizaine d’années – le SNP en Ecosse, le Plaid Cymru au pays de Galles, sans parler du Sinn Fein, réadmis dans l’arène politique depuis le cessez-le-feu en Irlande du Nord ; mais aussi UKIP, mené par Nigel Farage – qui, au lendemain du vote, déclara le 23 juin Independence Day – ainsi que des partis régionalistes anglais tels que Yorkshire First.

La géographie et la sociologie politiques montrent un pays écartelé : les jeunes, les zones de prospérité et des employés des secteurs en poupe (secteur bancaire, assurances, technologie, internet), en Angleterre, ayant voté Rester, mais aussi, et à l’inverse, l’Ecosse et l’Irlande du nord, pour qui l’économie de marché, la politique d’austérité menées par le gouvernement Conservateur, étaient néfastes, alors que les subventions et le soutien de l’Europe leur ont fait le plus grand bien.

Ceux qui ont voté contre l’Europe sont ceux qui participent le moins à l’économie des services : les villes industrielles touchés par le ralentissement économique, les zones peuplés de retraités, les comtés agricoles (malgré les subventions de la Politique agricole commune), les laissés pour compte qui ont souffert de la restriction des aides sociales imposées comme remède à la crise financière par le gouvernement de droite. Ceux-ci cherchent des bouc-émissaires – l’immigrant, la Commission européenne, et mettent les pro-européens des partis au pouvoir, le gouvernement et l’opposition, dans le même sac.

Pourtant, il paraîtrait que les électeurs et les politiques ne croyaient pas à une victoire possible du camp Leave, comme le prouvent, lu lendemain du résultat, les déclarations et les mines déconfites des deux tenors du Leave, Boris Johnson et Michael Gove. Les accusations de campagne mensongère ont contribué à discréditer le résultat : la hauteur et l’utilisation qui sera faite de la contribution du Royaume-Uni à l’UE en cas de sortie, la possibilité de mieux contrôler l’immigration des sans papiers extra-européens – des allégations et conclusions que leurs principaux promoteurs ont admis, au lendemain du vote, être « exaggérées » et « hâteuses » .

Face à la déception que le résultat du vote semble avoir laissée – une pétition réclamant une règle sur la participation nécessaire (75 %) pour accepter une telle vote a déjà rassemblé plus de 2 million et demi de signatures en deux jours – le résultat semble sinon remis en question, du moins discutable.

Le parti libéral-democrate, seul parti politique clairement pro-européen, qui a su et pu représenter des électeurs en Angleterre, au pays de Galles et en Ecosse, a déclaré qu’il représentait le seul recours et fera de la question du maintien du Royaume-Uni, ou du moins sa demande de rentrer, dans l’Union européen, son cheval de bataille lors des prochaines élections. Mais celles-ci ne sont pas prévues avant 2020 car la durée d’une législature est de 5 ans maximum. Le parti majoritaire – les conservateurs – a la possibilité de changer de leader et de premier ministre sans en appeler au pays – ce qui s’est passé dans les transitions Thatcher-Major en 1990 et, Blair-Brown en 2010. Une bataille interne pour le leadership s’ouvre donc. Ce n’est pas sûr que ce soit Boris Johnson qui en sorte vainqueur, car le parti pourrait se choisir un leader plus consensuel, moins compromis, tel que Theresa May, actuel Ministre de l’Intérieur.

Le Royaume-Uni risque également de se disloquer. Le référendum écossais en 2014 montrait la montée des tendances indépendantistes. Nicola Sturgeon, leader du parti nationaliste écossais, premier ministre de l’Ecosse, a annoncé l’ouverture de négociations pour que l’Ecosse reste dans l’UE. Cela ne peut se faire sans doute sans se séparer du Royaume-Uni. L’Ecosse décidera donc bien de l’avenir du Royaume-Uni. D’autre part, le Sinn Fein a déclaré que le gouvernement britannique avait perdu sa légitimité pour gouverner l’Irlande du nord, qui a voté majoritairement comme l’Ecosse, pour le maintien, arguant qu’un référendum pour l’union avec la République d’Irlande est justifié par le résultat et parle d’un « rideau de fer » qui coupera l’île d’Irlande en deux si la frontière redevient une barrière.

Nombreux sont ceux qui prédisent des années difficiles, non seulement en raison du ralentissement abrupte des indicateurs économiques causé par le vote. Il s’agira autant de concilier les deux camps – divisés de façon à peu près égale – mais aussi de retrouver confiance dans les partis politiques, et présider à la destinée d’un Royaume de moins en moins uni –  la prédiction de Tom Nairn  dans son livre The Break-Up of Britain (1977).

L’état de l’Irlande (1640 – 1830) – exposition virtuelle

L’Etat de l’Irlande 1640-1830 (cliquez pour visiter l’exposition)

Dans les quelque neuf cents ouvrages en anglais du Service du Livre ancien de l’Université de Poitiers, cent soixante-deux traitent de l’Irlande. Ils ont été publiés entre 1643 et 1800. Une cinquantaine de ces ouvrages ont été sélectionnés pour l’exposition « L’état de l’Irlande 1640-1830 ». Ils traitent de sujets touchant à la politique économique et à l’économie politique et abordent des sujets variés, qui vont des décisions régulant l’imposition et la taxation au moment de la guerre civile en Angleterre entre parlementaires et royalistes (1643) à un traité sur les considérations sur l’état de l’Irlande au moment de l’incorporation politique (1801).

L’Irlande dans le Fonds Dubois

Les auteurs

Parmi les auteurs des ouvrages on peut dénombrer des hommes politiques (William PITT, Edmund BURKE), des satiristes (Jonathan SWIFT), des « mathématiciens politiques » (William PETTY) et des agronomes (Lord SHEFFIELD, Arthur YOUNG). Certaines œuvres sont anonymes, sans nom d’auteur ou avec des pseudonymes codés : Hiberno Britannus – l’Irlandais britannique (Hibernia : mot latin pour l’Irlande), A Gentleman – Un Gentilhomme, Philopatriae – le patriote.

Les thématiques

Les sujets abordés incluent les principales occupations commerciales et manufacturières, la régulation de l’économie irlandaise par statut, l’exportation du blé et de la laine, la production du lin, les tisserands (pour certains de ces pamphlets politiques Jonathan SWIFT adopta le pseudonyme du Drapier), la dette nationale, la monnaie, les impôts, la propriété terrienne, l’amélioration de l’agriculture, l’industrie du fer, la condition ouvrière, le protectionnisme, les tarifs douaniers et la réglementation des exportations irlandaises. Sont aussi évoqués des problèmes plus politiques tels que la démocratie, la religion, l’exclusion politique des catholiques, la domination anglaise et l’union politique de 1801.

Les problématiques

Pendant plus d’un siècle, à partir de l’annexion de l’île de l’Irlande par l’Angleterre et l’implantation des colons, les questions économiques et politiques furent posées et débattues dans ces pamphlets et ouvrages. Comment administrer l’île ? Comment encourager l’agriculture et l’industrie pour que l’Irlande et ses habitants ne constituent pas un gouffre financier ? Comment accorder une voix aux Irlandais dans la gestion de leurs affaires ? La solution trouvée en 1801 – par les Anglais – fut l’Union des deux parlements.

Crédits

Philippe Cauvet, Pascale Drouet, Susan Finding, Elodie Peyrol-Kleiber, enseignants chercheurs du département d’études anglophones de l’UFR Lettres et Langues de l’Université de Poitiers, membres du MIMMOC (EA 3812) et du FORELL (EA 3816)

Anne-Sophie Traineau-Durozoy et l’équipe du Service du Livre ancien du SCD de l’Université de Poitiers (Jérôme Bonneau, Stéphanie Daude, David Denaud, Marie-Agnès Godefroy, Sandrine Painsard)

Romain Ménard, d’I-Médias

Les étudiants du Master 2 esDoc promotion 2015

La Grande Famine en Irlande 1846-1851 : échos et répercussions (le Royaume-Uni, l’Empire, l’Europe)

famineNous annonçons la publication en ligne du numéro 12 de Mémoire(s), Identité(s) et Marginalité(s) dans le monde occidental contemporain, dédié à La Grande Famine en Irlande 1846-1851 : échos et répercussions, dirigé par Philippe Cauvet, Susan Finding et Moya Jones.

Nouveau cocktail surprise? Les législatifs britanniques 2015

A cent jours de l’élection, en janvier 2015, le think-tank British Future sonde l’opinion.

En attendant le 7 mai 2015, et des analyses sur la situation aujourd’hui, il y a quatre ans, dans ce blog, j’ai publié le billet qui suit. Je le republie aujourd’hui car l’analyse tient toujours à la lumière des années de gouvernement par la coalition ‘ConDem’. Il va sans dire que la nouvelle donne que représente aujourd’hui UKIP ajoute une difficulté supplémentaire à la prédiction des résultats.

Un cocktail détonnant :– les résultats de l’élection 2010 – nouvelle donne mais pas sans précédent

Le gouvernement de coalition au Royaume-Uni, formé, avec difficulté, après les élections législatives du 6 mai 2010, a été salué comme un retour à un ultra-conservatisme rehaussé d’une pointe de modernisme, avec la nomination de membres à la droite du parti conservateur assortis d’une demi-douzaine de ministres issus du parti libéral-démocrate.

L’absence prévisible de majorité claire – le scénario d’un ‘parlement suspendu’ fut évoqué plusieurs mois avant que la date de l’élection ne soit connu – et l’absence de règles constitutionnels fixes, ou de pratiques anciennes pouvant servir de modèle, était connues.

Malgré cela, il a fallu quatre jours de tractations prolongées entre les conseillers de chacun des trois partis sortis des urnes avec un nombre de sièges suffisants pour figurer dans les négociations pour se résoudre à refuser l’offre des uns (parti libéral démocrate – parti travailliste) et accepter les conditions des autres (parti conservateur – parti libéral démocrate).

Néanmoins, le 12 mai, lors de la conférence de presse dans les jardins de la résidence officielle du premier ministre au 10, Downing Street, les journalistes, sceptiques, se demandant combien de temps cela pourrait durer (The Economist, 16 mai), ont comparé David Cameron, premier ministre, et Nick Clegg, vice-premier ministre, à un couple de jeunes mariés heureux, se chamaillant dans une évidente bonne humeur, sans doute la conséquence de l’euphorie de la victoire et du succès électoral enfin confirmé.

Un mois après ces événements de mai qui ont tenu les britanniques en haleine pendant une bonne semaine, et alors que la ‘lune de miel’ du nouveau couple semble assombrie par les questions d’argent – l’annonce de coupes sombres dans le budget prévu pour le 22 juin ne va rien arranger – que pouvons-nous en conclure ?

Indubitablement 2010 verra le paysage politique britannique changer autant qu’en 1997. Il y a plusieurs similitudes entre les deux élections de 2010 et de 1997. Elles ont toutes les deux amené au pouvoir une nouvelle génération de politiciens, jeunes (la quarantaine) et sans grande expérience ministérielle. Elles ont également toutes les deux été accueilli par une certaine liesse, liesse engendrée par la lassitude qui s’était installée quant aux précédents occupants des lieux.

Tony Blair est parti au moment où sa popularité pâtissait de l’engagement britannique en Irak et en Afghanistan. Son morne successeur était respecté pour sa gestion des affaires, mais sans charisme. Le jour où, sur le perron de 10, Downing Street, Gordon Brown a déclaré qu’il renonçait à former un gouvernement, il a, pour la première fois en une telle occasion, démontré son côté ‘humain’ et souriant, en tenant ses deux jeunes garçons par la main, comme si le fardeau de l’état venait de tomber de ses épaules, et annonçait qu’il quittait le deuxième poste le plus important de sa vie et qu’il chérissait encore plus le premier, celui de mari et de père.

Les deux élections de 1997 et 2010 se ressemblent également par la mise en œuvre immédiate de réformes profondes et attendues. L’effet d’annonce qu’opèrent les premières réformes indiquent clairement le cap que souhaite garder un nouveau gouvernement. En 1997, ce furent les domaines de l’éducation et de la réforme constitutionnelle qui comprenait l’autonomie des nations galloise et écossaise –devolution– qui ont été actés dès juillet annonçant tout un champ de réformes sociales et politiques. En 2010, ce sera le budget d’austérité qui primera.

Les commentateurs britanniques s’étonnent de l’aisance avec laquelle ce gouvernement de coalition fonctionne. Les comités, les ‘jumelages’ de postes, les visites en duo – Nick Clegg accompagna le ministre des affaires étrangères William Hague en visite officielle en Allemagne –, la présence de documents, et plus important, de politiques libéral-démocrates, sur les bureaux de ministres conservateurs. Les contraintes viendront de la façon dont David Cameron réussit à tenir ses troupes, à convaincre le parti conservateur, les députés plus âgés, les députés plus à droite du parti, à renouveler leurs pratiques, à accepter des compromis.

La donne est en effet nouvelle mais n’est pas sans précédent.

Avant 1997 le gouvernement britannique à Westminster fonctionnait selon le système politique traditionnel, avec des élections uninominales à un tour, produisant un gouvernement et une opposition officielle consacrée et un bipartisme fonctionnel. Depuis 1997, la mise en place des assemblées et d’un gouvernement ‘dévolu’ avec une autonomie relative quant aux affaires non-réservées au parlement de Westminster, avec un système électoral composé d’un mélange de vote uninominal à un tour et de représentation proportionnel ont changé la donne.

Les commentateurs rappelaient que le dernier parlement sans majorité nette remonte à 1974, lorsqu’il a fallu deux élections législatives en un an (février et octobre) pour asseoir le gouvernement travailliste de Harold Wilson. Ils se souvenaient aussi de l’alliance entre les travaillistes et les libéraux de 1978, destinée à maintenir au pouvoir le gouvernement travailliste en perdition de James Callaghan.

Les analystes du paysage politique britannique ont omis de considérer l’impact de cette nouvelle configuration. Nick Clegg a récemment déclaré qu’il fallait s’inspirer du succès des modèles européens de gouvernements de coalition. Venant du plus européen des leaders politiques britanniques, il n’est pas surprenant de le voir faire de telles comparaisons. Mais il en oublie de regarder les pratiques nouvelles à domicile, au sein du Royaume-Uni.

Les gouvernements de coalition ne sont pas étrangers à l’électorat
britannique
.

« 2007 a ouvert une nouvelle phase dans le jeu politique de la gouvernance territoriale à l’échelle britannique. En Écosse, le SNP (Scottish National Party) a remporté un succès historique, mettant un terme à la domination exercé depuis 8 ans par la coalition Lib/Lab, parvenant à former un gouvernement – certes minoritaire – pour la première fois de son existence. Au même moment, le pays de Galles passait d’une situation politique dominée exclusivement par les travaillistes à une coalition entre ces derniers et les nationalistes. En Irlande du Nord, après cinq ans d’interruption, le gouvernement décentralisé a été rétabli et une coalition politique formée de quatre partis s’est mise en place »[1], obligeant des frères ennemis, Ian Paisley (parti unioniste) et Martin McGuinness (Sinn Fein), à travailler ensemble à la tête de l’exécutif.

L’autonomie accordée à l’Écosse, au pays de Galles et à l’Irlande du nord, a donné l’occasion de s’habituer pendant une douzaine d’années à plusieurs composants politiques nouveaux : des scrutins proportionnels (les élections européennes sont une autre occasion, mais restent très marginales et distantes pour les électeurs); un gouvernement sans majorité ; la pratique du pouvoir consensuel, en coalition, parfois multiple, et non dans le schéma classique du bipartisme. Le prochain test électoral des ce nouveau cocktail se tiendra le 5 mai 2011 lors des élections aux législatifs dévolus en Écosse, au pays de Galles et en Irlande du Nord.  En ce sens, les élections législatives britanniques de 2010 sont non pas un retour en arrière, mais un pas de plus dans la reconfiguration du paysage politique au Royaume-Uni.

[1] Philippe Cauvet, Susan Finding, « La territorialisation et la gouvernance des identités minoritaires », Introduction, dans Susan Finding, Moya Jones, Philippe Cauvet, ‘Unfinished Business’. Governance and the four nations : devolution in
the UK.,
Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2010,  p.29.