Années de crise (années 1970s et années 2010s)

La Journée d’étude « Le Royaume-Uni à l’épreuve de la crise, 1970-1979), tenu le 21 octobre 2016 à l’Unversité François Rabelais, Tours et organisé par Stéphane Porion, MCF en études anglophones, a réuni des spécialistes français de plusieurs aspects de ce pan d’histoire de la Grande Bretagne qui n’ont pas manqué de faire de comparaisons avec les années de crise que nous traversons actuellement et de soulever des questions d’actualité polarisation contre consensus, continuité ou rupture, sortir de crise, services publics, violences urbaines.

LONDON July 1978 pic77

London, 1978, Greek Street (Flickr, Creative Commons)

L’invité d’honneur, Professeur Lord Kenneth Morgan, historien, universitaire, président d’université, qui siège à la Chambre des Lords, a dressé un tableau synthétique de la période, évoquant l’ensemble des aspects – économiques, sociaux et politiques de la période – émaillé d’anecdotes personnelles sur les acteurs politiques principaux, Harold Wilson et James Callaghan, et d’autre membres éminents du parti travailliste, qu’il a connus et dont, pour certains, il a écrit la biographie (Callaghan, Foot).

Jenkins, Thatcher,Callaghan, Wilson in June 1976

D’après Lord Morgan, la idées et la pratique politique de ce qui serait New Labour aurait émergé à cette époque, sous le gouvernement pragmatiste de Callaghan, et de son ‘équipe’ : Shirley Williams, Roy Jenkins, Roy Hattersley, et John Smith, que Callaghan considérait comme ses successeurs potentiels. L’on sait que les deux premiers ont quitté le parti travailliste pour former le parti social-démocrate au début des années 80, que Hattersley, est resté travailliste traditionnel, et que John Smith, prit comme députés Tony Blair et Gordon Brown, qui le succèdèrent lorsqu’il fut terrassé par une crise cardiaque après seulement un an à la tête du parti, en 1995.

De l’autre côté de l’échiquier politique, Stéphane Porion (Université François Rabelais, Tours) a évoqué la place, marginale, mais importante, d’Enoch Powell, dans le parti conservateur des années 1970. Ce faisant, il a analysé l’évolution du parti conservateur à travers la décennie, et conclut que le Powellism est l’hérault du Thatchérisme.

Marc Lenormand (Université Paul Valéry, Montpellier) analysa la place et le rôle des syndicats britanniques, leurs relations avec le parti travailliste et la responsabilité de leurs directions, pour les grèves qui paralysèrent le pays à plusieurs reprises dans les années 1970. Nés de la période de guerre, le consensus, la paix sociale, acquis par l’intégration des syndicats dans les institutions gouvernementaux (ministres, comités paritaires, négotiations tripartites – employeurs-syndicats-gouvernement concernant les conditions de travail) ont continué pendant les trentes glorieuses britanniques. La dissatisfaction des ouvriers de base, des branches locales syndicales, a dépassé les leaders syndicaux et contribué à briser le consensus autour de l’état providence de l’après-guerre.

Wingrove and Rogers Ltd Strike, 1974 (TUC Collections Library, London Metropolitan Library)

Susan Finding (Université de Poitiers) et Imelda Elliott (Université de Boulogne) ont toutes les deux porté leur regard sur le débats autour de l’éducation. En temps de crise, la place et le rôle de l’éducation, dans la marche d’un pays sont d’autant plus mis en question.La première s’est demandée si on peut parler d’amélioration visible, d’oppportunités meilleures, ou de mécontentement et de frustrations progressifs. Selon elle, le champ de l’éducation reflète les tensions et les thématiques générales de la période : la place et le rôle du gouvernement central, le pouvoir des syndicats (le National Union of Teachers ayant un rôle important), le côut des services publics dans une période de turbulence économique, et la critique du consensus de l’état providence. Mme le Professeur Elliott a expliqué l’architecture de l’enseignement en s’appuyant sur l’évolution historique du système, et a illustré le débat sur la forme de l’enseignement secondaire – lycées sélectives ou collège unique – (grammar schools/comprehensives) par des extraits d’interviews télévisés des deux Ministres de l’éducation les plus en vue dans les années 70, Margaret Thatcher et Shirley Williams.

Duncan Thom (Paris Sud) poursuivit la visualisation de la période en montrant des dessins humoristiques couvrant l’ensemble de la période. Autour des dessins consacrés au service de sante, les commentaires et les caractérisations des personnalités politiques illustrent à la fois une réaction désinvolte, mais aussi le désespoir du pubic quant aux différentes politiques mises en place et les réactions, notamments des employés publics en grève.

Philippe Cauvet (Université de Poitiers) analysa la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, du gouvernement britannique de résoudre la crise qui éclaté en Irlande du nord, en se demandant pourquoi les accords de Sunningdale (1973) ne purent en venir à bout, alors que les accords de Belfast (1998) – contenant sensiblement les mêmes propositions – y ont réussi. La responsabilité, selon lui, tient dans le fait que le gouvernement britannique des années 70 se rangea clairement du côté des unionistes.

Edwige Camp-Piétrain (Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis) examina l’histoire du réferendum de 1979 sur la dévolution des pouvoirs en Ecosse, en expliquant la position du gouvernement travailliste comme réaction à l’émergeance du parti national écossais, qui perça aux élections nationales en 1974. Des similitudes sont à noter entre les raisons du référendum de 1979 et celles de 2014 sur l’indépendance de l’Ecosse. 

Pour clôre les présentations, Elizabeth Gibson-Morgan (Université François Rabelais de Tours) parla également de réferendum, celui de 1975 concernant la Communauté économique européenne (CEE) en le comparnant à celui de 2016. En 1975, le peuple britannique confirma la décision de l’éxécutif, approuvé en 1972 par un vote au parlement, concernant l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe économique. En 2016, le peuple britannique exigea la sortie du Royaume-Uni de l’Europe politique, sans vote parlementaire.

 

Si les aspects culturels notamment furent absent de cette journée – faute de temps –  elle a permis de faire le tour d’un certain nombre de thèmatiques à travers l’exemple offert par les cas d’étude. Toute au long de la journée les comparaisons sur les périodes de crise – années 70 – années 2010 – furent inévitables et pleins d’enseignements. La leçon à retenir semble  claire : éclairer les événements du présent à la lumière des périodes passées similaires, et vice versa, est un exercice enrichissant qui permet de mieux comprendre à la fois notre présent et notre passé.

Brexit fever – aux lendemains du référendum, le Royaume-pas-si-uni

Les retombées du résultat du référendum britannique ne sont pas encore claires – à part la décision de quitter l’Union européen qui devrait être entérinée, procédure qui pose elle-même de nombreuses interrogations – quand ? comment ? – mais l’impact sur l’économie et la politique interne sera multiple.

L’avenir politique deux leaders des deux parties principales est déjà compromis. Après avoir été désavoué par l’électorat, David Cameron a logiquement annoncé son départ, à la fois comme premier ministre et comme leader de son parti. Le nouveau leader du parti conservateur, le parti majoritaire à la Chambre des communes, sera appelé à diriger le pays comme le prévoient l’usage. Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste, est actuellement le sujet de vives critiques quant à son soutien mitigé à la campagne en faveur de la décision de rester dans l’Union européenne.

Mais, au-delà de l’avenir individuel des hommes et femmes politiques, l’avenir même des deux partis est en jeu. La question européenne a toujours divisé les deux partis au pouvoir depuis 1945. La droite du parti conservateur désapprouve ce qu’ils estiment être l’emprise de Bruxelles et souligne la perte de souveraineté nationale – malgré la non-appartenance du pay à l’espace Schengen – , tandis que la gauche du parti travailliste désapprouve les orientations capitalistes de l’Union européenne – et ce malgré le virage social que le Royaume-Uni a entamé depuis vingt ans.

Le référendum témoigne, une fois de plus, de la profonde désaffection d’un grand nombre d’électeurs pour ces deux partis. Les signes avant-coureurs étaient pourtant visibles – l’émergence des nationalismes, le refuge des électeurs rejetant la politique des deux partis de droite et de gauche classiques, ayant été un constant depuis une dizaine d’années – le SNP en Ecosse, le Plaid Cymru au pays de Galles, sans parler du Sinn Fein, réadmis dans l’arène politique depuis le cessez-le-feu en Irlande du Nord ; mais aussi UKIP, mené par Nigel Farage – qui, au lendemain du vote, déclara le 23 juin Independence Day – ainsi que des partis régionalistes anglais tels que Yorkshire First.

La géographie et la sociologie politiques montrent un pays écartelé : les jeunes, les zones de prospérité et des employés des secteurs en poupe (secteur bancaire, assurances, technologie, internet), en Angleterre, ayant voté Rester, mais aussi, et à l’inverse, l’Ecosse et l’Irlande du nord, pour qui l’économie de marché, la politique d’austérité menées par le gouvernement Conservateur, étaient néfastes, alors que les subventions et le soutien de l’Europe leur ont fait le plus grand bien.

Ceux qui ont voté contre l’Europe sont ceux qui participent le moins à l’économie des services : les villes industrielles touchés par le ralentissement économique, les zones peuplés de retraités, les comtés agricoles (malgré les subventions de la Politique agricole commune), les laissés pour compte qui ont souffert de la restriction des aides sociales imposées comme remède à la crise financière par le gouvernement de droite. Ceux-ci cherchent des bouc-émissaires – l’immigrant, la Commission européenne, et mettent les pro-européens des partis au pouvoir, le gouvernement et l’opposition, dans le même sac.

Pourtant, il paraîtrait que les électeurs et les politiques ne croyaient pas à une victoire possible du camp Leave, comme le prouvent, lu lendemain du résultat, les déclarations et les mines déconfites des deux tenors du Leave, Boris Johnson et Michael Gove. Les accusations de campagne mensongère ont contribué à discréditer le résultat : la hauteur et l’utilisation qui sera faite de la contribution du Royaume-Uni à l’UE en cas de sortie, la possibilité de mieux contrôler l’immigration des sans papiers extra-européens – des allégations et conclusions que leurs principaux promoteurs ont admis, au lendemain du vote, être « exaggérées » et « hâteuses » .

Face à la déception que le résultat du vote semble avoir laissée – une pétition réclamant une règle sur la participation nécessaire (75 %) pour accepter une telle vote a déjà rassemblé plus de 2 million et demi de signatures en deux jours – le résultat semble sinon remis en question, du moins discutable.

Le parti libéral-democrate, seul parti politique clairement pro-européen, qui a su et pu représenter des électeurs en Angleterre, au pays de Galles et en Ecosse, a déclaré qu’il représentait le seul recours et fera de la question du maintien du Royaume-Uni, ou du moins sa demande de rentrer, dans l’Union européen, son cheval de bataille lors des prochaines élections. Mais celles-ci ne sont pas prévues avant 2020 car la durée d’une législature est de 5 ans maximum. Le parti majoritaire – les conservateurs – a la possibilité de changer de leader et de premier ministre sans en appeler au pays – ce qui s’est passé dans les transitions Thatcher-Major en 1990 et, Blair-Brown en 2010. Une bataille interne pour le leadership s’ouvre donc. Ce n’est pas sûr que ce soit Boris Johnson qui en sorte vainqueur, car le parti pourrait se choisir un leader plus consensuel, moins compromis, tel que Theresa May, actuel Ministre de l’Intérieur.

Le Royaume-Uni risque également de se disloquer. Le référendum écossais en 2014 montrait la montée des tendances indépendantistes. Nicola Sturgeon, leader du parti nationaliste écossais, premier ministre de l’Ecosse, a annoncé l’ouverture de négociations pour que l’Ecosse reste dans l’UE. Cela ne peut se faire sans doute sans se séparer du Royaume-Uni. L’Ecosse décidera donc bien de l’avenir du Royaume-Uni. D’autre part, le Sinn Fein a déclaré que le gouvernement britannique avait perdu sa légitimité pour gouverner l’Irlande du nord, qui a voté majoritairement comme l’Ecosse, pour le maintien, arguant qu’un référendum pour l’union avec la République d’Irlande est justifié par le résultat et parle d’un « rideau de fer » qui coupera l’île d’Irlande en deux si la frontière redevient une barrière.

Nombreux sont ceux qui prédisent des années difficiles, non seulement en raison du ralentissement abrupte des indicateurs économiques causé par le vote. Il s’agira autant de concilier les deux camps – divisés de façon à peu près égale – mais aussi de retrouver confiance dans les partis politiques, et présider à la destinée d’un Royaume de moins en moins uni –  la prédiction de Tom Nairn  dans son livre The Break-Up of Britain (1977).

L’état de l’Irlande (1640 – 1830) – exposition virtuelle

L’Etat de l’Irlande 1640-1830 (cliquez pour visiter l’exposition)

Dans les quelque neuf cents ouvrages en anglais du Service du Livre ancien de l’Université de Poitiers, cent soixante-deux traitent de l’Irlande. Ils ont été publiés entre 1643 et 1800. Une cinquantaine de ces ouvrages ont été sélectionnés pour l’exposition « L’état de l’Irlande 1640-1830 ». Ils traitent de sujets touchant à la politique économique et à l’économie politique et abordent des sujets variés, qui vont des décisions régulant l’imposition et la taxation au moment de la guerre civile en Angleterre entre parlementaires et royalistes (1643) à un traité sur les considérations sur l’état de l’Irlande au moment de l’incorporation politique (1801).

L’Irlande dans le Fonds Dubois

Les auteurs

Parmi les auteurs des ouvrages on peut dénombrer des hommes politiques (William PITT, Edmund BURKE), des satiristes (Jonathan SWIFT), des « mathématiciens politiques » (William PETTY) et des agronomes (Lord SHEFFIELD, Arthur YOUNG). Certaines œuvres sont anonymes, sans nom d’auteur ou avec des pseudonymes codés : Hiberno Britannus – l’Irlandais britannique (Hibernia : mot latin pour l’Irlande), A Gentleman – Un Gentilhomme, Philopatriae – le patriote.

Les thématiques

Les sujets abordés incluent les principales occupations commerciales et manufacturières, la régulation de l’économie irlandaise par statut, l’exportation du blé et de la laine, la production du lin, les tisserands (pour certains de ces pamphlets politiques Jonathan SWIFT adopta le pseudonyme du Drapier), la dette nationale, la monnaie, les impôts, la propriété terrienne, l’amélioration de l’agriculture, l’industrie du fer, la condition ouvrière, le protectionnisme, les tarifs douaniers et la réglementation des exportations irlandaises. Sont aussi évoqués des problèmes plus politiques tels que la démocratie, la religion, l’exclusion politique des catholiques, la domination anglaise et l’union politique de 1801.

Les problématiques

Pendant plus d’un siècle, à partir de l’annexion de l’île de l’Irlande par l’Angleterre et l’implantation des colons, les questions économiques et politiques furent posées et débattues dans ces pamphlets et ouvrages. Comment administrer l’île ? Comment encourager l’agriculture et l’industrie pour que l’Irlande et ses habitants ne constituent pas un gouffre financier ? Comment accorder une voix aux Irlandais dans la gestion de leurs affaires ? La solution trouvée en 1801 – par les Anglais – fut l’Union des deux parlements.

Crédits

Philippe Cauvet, Pascale Drouet, Susan Finding, Elodie Peyrol-Kleiber, enseignants chercheurs du département d’études anglophones de l’UFR Lettres et Langues de l’Université de Poitiers, membres du MIMMOC (EA 3812) et du FORELL (EA 3816)

Anne-Sophie Traineau-Durozoy et l’équipe du Service du Livre ancien du SCD de l’Université de Poitiers (Jérôme Bonneau, Stéphanie Daude, David Denaud, Marie-Agnès Godefroy, Sandrine Painsard)

Romain Ménard, d’I-Médias

Les étudiants du Master 2 esDoc promotion 2015

La Grande Famine en Irlande 1846-1851 : échos et répercussions (le Royaume-Uni, l’Empire, l’Europe)

famineNous annonçons la publication en ligne du numéro 12 de Mémoire(s), Identité(s) et Marginalité(s) dans le monde occidental contemporain, dédié à La Grande Famine en Irlande 1846-1851 : échos et répercussions, dirigé par Philippe Cauvet, Susan Finding et Moya Jones.

Nouveau cocktail surprise? Les législatifs britanniques 2015

A cent jours de l’élection, en janvier 2015, le think-tank British Future sonde l’opinion.

En attendant le 7 mai 2015, et des analyses sur la situation aujourd’hui, il y a quatre ans, dans ce blog, j’ai publié le billet qui suit. Je le republie aujourd’hui car l’analyse tient toujours à la lumière des années de gouvernement par la coalition ‘ConDem’. Il va sans dire que la nouvelle donne que représente aujourd’hui UKIP ajoute une difficulté supplémentaire à la prédiction des résultats.

Un cocktail détonnant :– les résultats de l’élection 2010 – nouvelle donne mais pas sans précédent

Le gouvernement de coalition au Royaume-Uni, formé, avec difficulté, après les élections législatives du 6 mai 2010, a été salué comme un retour à un ultra-conservatisme rehaussé d’une pointe de modernisme, avec la nomination de membres à la droite du parti conservateur assortis d’une demi-douzaine de ministres issus du parti libéral-démocrate.

L’absence prévisible de majorité claire – le scénario d’un ‘parlement suspendu’ fut évoqué plusieurs mois avant que la date de l’élection ne soit connu – et l’absence de règles constitutionnels fixes, ou de pratiques anciennes pouvant servir de modèle, était connues.

Malgré cela, il a fallu quatre jours de tractations prolongées entre les conseillers de chacun des trois partis sortis des urnes avec un nombre de sièges suffisants pour figurer dans les négociations pour se résoudre à refuser l’offre des uns (parti libéral démocrate – parti travailliste) et accepter les conditions des autres (parti conservateur – parti libéral démocrate).

Néanmoins, le 12 mai, lors de la conférence de presse dans les jardins de la résidence officielle du premier ministre au 10, Downing Street, les journalistes, sceptiques, se demandant combien de temps cela pourrait durer (The Economist, 16 mai), ont comparé David Cameron, premier ministre, et Nick Clegg, vice-premier ministre, à un couple de jeunes mariés heureux, se chamaillant dans une évidente bonne humeur, sans doute la conséquence de l’euphorie de la victoire et du succès électoral enfin confirmé.

Un mois après ces événements de mai qui ont tenu les britanniques en haleine pendant une bonne semaine, et alors que la ‘lune de miel’ du nouveau couple semble assombrie par les questions d’argent – l’annonce de coupes sombres dans le budget prévu pour le 22 juin ne va rien arranger – que pouvons-nous en conclure ?

Indubitablement 2010 verra le paysage politique britannique changer autant qu’en 1997. Il y a plusieurs similitudes entre les deux élections de 2010 et de 1997. Elles ont toutes les deux amené au pouvoir une nouvelle génération de politiciens, jeunes (la quarantaine) et sans grande expérience ministérielle. Elles ont également toutes les deux été accueilli par une certaine liesse, liesse engendrée par la lassitude qui s’était installée quant aux précédents occupants des lieux.

Tony Blair est parti au moment où sa popularité pâtissait de l’engagement britannique en Irak et en Afghanistan. Son morne successeur était respecté pour sa gestion des affaires, mais sans charisme. Le jour où, sur le perron de 10, Downing Street, Gordon Brown a déclaré qu’il renonçait à former un gouvernement, il a, pour la première fois en une telle occasion, démontré son côté ‘humain’ et souriant, en tenant ses deux jeunes garçons par la main, comme si le fardeau de l’état venait de tomber de ses épaules, et annonçait qu’il quittait le deuxième poste le plus important de sa vie et qu’il chérissait encore plus le premier, celui de mari et de père.

Les deux élections de 1997 et 2010 se ressemblent également par la mise en œuvre immédiate de réformes profondes et attendues. L’effet d’annonce qu’opèrent les premières réformes indiquent clairement le cap que souhaite garder un nouveau gouvernement. En 1997, ce furent les domaines de l’éducation et de la réforme constitutionnelle qui comprenait l’autonomie des nations galloise et écossaise –devolution– qui ont été actés dès juillet annonçant tout un champ de réformes sociales et politiques. En 2010, ce sera le budget d’austérité qui primera.

Les commentateurs britanniques s’étonnent de l’aisance avec laquelle ce gouvernement de coalition fonctionne. Les comités, les ‘jumelages’ de postes, les visites en duo – Nick Clegg accompagna le ministre des affaires étrangères William Hague en visite officielle en Allemagne –, la présence de documents, et plus important, de politiques libéral-démocrates, sur les bureaux de ministres conservateurs. Les contraintes viendront de la façon dont David Cameron réussit à tenir ses troupes, à convaincre le parti conservateur, les députés plus âgés, les députés plus à droite du parti, à renouveler leurs pratiques, à accepter des compromis.

La donne est en effet nouvelle mais n’est pas sans précédent.

Avant 1997 le gouvernement britannique à Westminster fonctionnait selon le système politique traditionnel, avec des élections uninominales à un tour, produisant un gouvernement et une opposition officielle consacrée et un bipartisme fonctionnel. Depuis 1997, la mise en place des assemblées et d’un gouvernement ‘dévolu’ avec une autonomie relative quant aux affaires non-réservées au parlement de Westminster, avec un système électoral composé d’un mélange de vote uninominal à un tour et de représentation proportionnel ont changé la donne.

Les commentateurs rappelaient que le dernier parlement sans majorité nette remonte à 1974, lorsqu’il a fallu deux élections législatives en un an (février et octobre) pour asseoir le gouvernement travailliste de Harold Wilson. Ils se souvenaient aussi de l’alliance entre les travaillistes et les libéraux de 1978, destinée à maintenir au pouvoir le gouvernement travailliste en perdition de James Callaghan.

Les analystes du paysage politique britannique ont omis de considérer l’impact de cette nouvelle configuration. Nick Clegg a récemment déclaré qu’il fallait s’inspirer du succès des modèles européens de gouvernements de coalition. Venant du plus européen des leaders politiques britanniques, il n’est pas surprenant de le voir faire de telles comparaisons. Mais il en oublie de regarder les pratiques nouvelles à domicile, au sein du Royaume-Uni.

Les gouvernements de coalition ne sont pas étrangers à l’électorat
britannique
.

« 2007 a ouvert une nouvelle phase dans le jeu politique de la gouvernance territoriale à l’échelle britannique. En Écosse, le SNP (Scottish National Party) a remporté un succès historique, mettant un terme à la domination exercé depuis 8 ans par la coalition Lib/Lab, parvenant à former un gouvernement – certes minoritaire – pour la première fois de son existence. Au même moment, le pays de Galles passait d’une situation politique dominée exclusivement par les travaillistes à une coalition entre ces derniers et les nationalistes. En Irlande du Nord, après cinq ans d’interruption, le gouvernement décentralisé a été rétabli et une coalition politique formée de quatre partis s’est mise en place »[1], obligeant des frères ennemis, Ian Paisley (parti unioniste) et Martin McGuinness (Sinn Fein), à travailler ensemble à la tête de l’exécutif.

L’autonomie accordée à l’Écosse, au pays de Galles et à l’Irlande du nord, a donné l’occasion de s’habituer pendant une douzaine d’années à plusieurs composants politiques nouveaux : des scrutins proportionnels (les élections européennes sont une autre occasion, mais restent très marginales et distantes pour les électeurs); un gouvernement sans majorité ; la pratique du pouvoir consensuel, en coalition, parfois multiple, et non dans le schéma classique du bipartisme. Le prochain test électoral des ce nouveau cocktail se tiendra le 5 mai 2011 lors des élections aux législatifs dévolus en Écosse, au pays de Galles et en Irlande du Nord.  En ce sens, les élections législatives britanniques de 2010 sont non pas un retour en arrière, mais un pas de plus dans la reconfiguration du paysage politique au Royaume-Uni.

[1] Philippe Cauvet, Susan Finding, « La territorialisation et la gouvernance des identités minoritaires », Introduction, dans Susan Finding, Moya Jones, Philippe Cauvet, ‘Unfinished Business’. Governance and the four nations : devolution in
the UK.,
Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2010,  p.29.

La résurgence du pacifisme : les études historiques et la politique contemporaine

La publication ou la réédition de deux livres et d’un article en anglais sur la question du « désarmement moral » de l’entre-deux-guerres[1],  ainsi que la teneur des comptes rendus publiés à leur propos[2], l’émission radiophonique sur France Culture[3] sur le pacifisme « à la française » ainsi qu’un article sur l’enseignement de l’histoire en France dans Histoire@Politique[4], montrent à quel point l’actualité façonne l’intérêt pour certains sujets. Les leçons de l’histoire du pacifisme sont-elles plus présentes et plus pressantes  depuis quelques années, alors que des troupes françaises et britanniques participent à des combats à l’étranger? Les chefs des dictatures du Moyen Orient – Saddam Hussein, Mouammar Khadafi, Bashar al Assad – sont parfois assimilés à Hitler par les interventionnistes. Quant aux mouvements de protestation contre la guerre en Irak, en Afghanistan et les interventions de l’OTAN en Libye, ils cherchent un soutien moral, une caution intellectuelle à leur combat. Les historiens eux-mêmes sont-ils plus sensibles à ces questions ? Ou bien, seraient-ce les lecteurs et les éditeurs qui prêtent plus d’attention à la publication d’ouvrages sur l’histoire du pacifisme dans de telles circonstances? Ainsi, Deborah Buffton, dans son compte rendu de l’ouvrage de Mona Siegel, met en exergue « Les leçons d’aujourd’hui, la paix est patriotique » (The Lessons for Today : Peace is Patriotic)[5].

Durant la période de l’entre-deux-guerres, la démilitarisation des esprits qui accompagna la démilitarisation de la vie de la nation contribua à une redéfinition des concepts de patriotisme et de pacifisme en Angleterre et en France. L’apaisement, synonyme pour certains d’un manque de fermeté face à des tyrans, comme le pacifisme, une philosophie autant qu’une attitude, furent opposés au nationalisme et au patriotisme. La révision de la version belliciste de l’histoire et la présence de pacifistes engagés dans les rangs du corps primaire en France est le sujet de l’ouvrage de Mona Siegel, réédité en version brochée, par les Presses universitaires de Cambridge.

Au-delà de l’histoire des manuels[6], de celle des instituteurs et des institutrices courageux qui bravèrent leur autorité hiérarchique et la ligne  «  officielle » , l’ouvrage approfondit les travaux d’historiens de l’enseignement et de la profession d’enseignant, tels ceux de Jacques Ozouf, Antoine Prost, Paul Gerbod, André Bianconi et Jacques Girault[7]. Les travaux qui concernent ce volet, celui du pacifisme des instituteurs, débute véritablement en 1977 avec la publication d’un article au titre provocateur : « From Patriots to Pacifists: the French Primary School Teachers 1880-1940 », car l’article en lui-même traite essentiellement de la période d’avant 1914[8].  L’ouvrage de Mona Siegel a le mérite de constituer un récit des questions relatives au pacifisme enseignant entre 1914 et 1940, auquel un seul de ses prédécesseurs avait consacré un ouvrage[9].  Le point de départ de Mona Seigel se situe dans l’analyse faite par Marc Bloch de la débâcle de 1940[10] – bien que celui-ci examine l’instruction et la culture militaires plus que la société en général – et le procès que les historiens – essentiellement américains – qui écrivirent dans les années 1970[11] avaient plus ou moins explicitement fait de l’école, pour avoir sacrifié la fibre patriotique sur l’autel de l’internationalisme et pour avoir ainsi contribué à faire perdre son âme à la nation et l’entraînant dans le déshonneur. Mona Seigel énonce clairement au départ ses conclusions générales : les instituteurs ne sont pas au banc des accusés. Ils ont fortement contribué à développer la démocratie, la liberté et le patriotisme (p. 9-10). Six chapitres sont consacrés au patriotisme et au pacifisme à l’école pendant la Première Guerre mondiale[12], à la mémoire de la guerre à l’école, à l’internationalisme socialiste et au pacifisme féministe, aux manuels scolaires, à l’enseignement patriotique et à l’école face aux développements internationaux de 1933 à 1940. Ses travaux l’ont conduite dans les Archives départementales de la Somme, du Nord, de l’Yonne et de la Dordogne, départements où l’histoire de l’institution scolaire entre les deux guerres était restée en friche. Elle a consulté la presse pédagogique et syndicale, et sa bibliographie est fournie.

Le livre de Mona Seigel peut, cependant, sembler superficiel et anecdotique, par moments, comparé aux travaux qui ont été consacrés à des périodes plus restreintes ou à des approches qui approfondissent ce que les linguistes appellent la « situation d’énonciation » des instituteurs. Le contexte d’avant 1914 est éludé, alors que les instituteurs avaient déjà été accusés d’avoir contribué à une « crise du patriotisme », dès 1904-1905, au moment de la Séparation de l’Église et de l’État. La formation dans les Écoles Normales avant 1914 distilla un patriotisme humaniste dont Ferdinand Buisson fut le chantre, et dont laïcité, républicanisme et patriotisme pacifique furent les maîtres mots. Pour se convaincre de la nécessité d’examiner cette période en prélude, il suffit de se rappeler la motion votée au congrès de Lille de la Fédération des Amicales d’Instituteurs en 1905 : « Les instituteurs français sont passionnément attachés à la paix, ils ont pour devise: Guerre à la guerre: mais ils n’en seraient que plus résolus pour la défense de leur pays le jour où il serait l’objet d’une agression brutale[13] » . Ou encore, la motion adoptée à la Chambre des Députés en décembre 1912, pendant l’affaire du ‘sou du soldat’, « fermement convaincue d’ailleurs du patriotisme des instituteurs et résolue à défendre contre toute attaque notre enseignement primaire national, qui doit être dominé par le culte de la Patrie…[14] »

Les caractéristiques éminemment politiques de l’exercice du métier d’instituteur pendant la période paraissent peu présentes dans l’analyse que fait Mona Seigel. L’instituteur et, à un moindre degré, l’institutrice, fonctionnaires de l’État, étaient les porte-parole du gouvernement dans les villages et les quartiers auprès de la population qui n’avait que peu de contact avec d’autres représentants de l’autorité. Profondément laïques, souvent radicaux ou socialistes, défenseurs d’une certaine idée de l’égalité, dont ils étaient eux-mêmes la preuve vivante, ils étaient les défenseurs de la République sur le terrain, dans une France encore régie dans les communes par des notables, de gauche et de droite, où l’Église catholique restait puissante.

De même, est absente la distinction entre les pacifistes féministes et/ou socialistes, très minoritaires, et les patriotes qui pouvaient, comme Voltaire, être en désaccord avec le fond de l’argument mais défendre leur droit d’expression. D’où une confusion entre pacifistes –  antimilitaristes, militants –  et internationalistes wilsoniens.  Louis Bouët d’un côté, leader syndicaliste de la très minoritaire Fédération de l’Enseignement –  environ 3000 membres en 1913[15] – et, de l’autre, Emile Glay et André Delmas, secrétaires généraux de la Fédération des amicales, devenu Syndicat national des instituteurs – largement majoritaire avec 90.000 membres à la même date[16]. Or, qu’avaient-ils donc en commun?

Le manque de discernement entre les différentes tendances dans la presse professionnelle est également à regretter. Citer l’article de Marie-Louise Cavalier et de René Vivès, paru en 1933 dans L’Ecole libératrice, – organe officiel du Syndicat national – , au début de la conclusion (p. 221), article dans lequel ils expliquent vouloir  « chasser les germes de la haine de l’esprit humain », sans avoir au préalable donné une idée du lectorat particulier à l’hebdomadaire, ni même avoir différencié cette publication du Manuel général et de L’Ecole et la Vie, cités ni l’un ni l’autre, alors qu’ils bénéficiaient d’une large diffusion, revient à attribuer à l’expression d’un pacifisme militant une audience bien plus grande que ce courant n’en réunissait réellement.

L’évolution de l’opinion au sein du corps enseignant revêt un aspect dynamique qui ne peut faire l’économie d’une interrogation de la place des instituteurs dans la société et dans l’échiquier politique de l’époque. Les quelques pages que Mona Siegel consacre à la féminisation du métier ne suffisent pas à combler cette lacune. Le  « désarmement moral » de la France, que le Maréchal Pétain, chef du gouvernement de Vichy, et Marc Bloch, prisonnier de guerre en Allemagne, accusèrent différemment les instituteurs d’avoir pratiqué, ne peut pas être étudié sans l’apport des travaux sur les nombreux et divers mouvements d’anciens combattants, sur les courants pédagogiques et leur évolution (également absents de ces pages) ainsi que sur le pacifisme ambiant entretenu par les politiques eux-mêmes. Pour contextualiser les travaux de Mona Siegel, l’étudiant du pacifisme et du monde enseignant de l’entre-deux-guerres se référera utilement aux ouvrages d’Olivier Lourbes[17], d’Yves Santamaria[18] et de Norman Ingram[19].

De ce fait, le glissement du soutien du corps enseignant au patriotisme pendant la première guerre, aux wilsonisme de l’immédiate après-guerre, puis progressivement à l’antibellicisme, à l’antimilitarisme de la fin des années 1920, et au pacifisme engagé des années 1930, n’est pas expliqué, malgré le titre de l’ouvrage et le souhait de vouloir contribuer à la redéfinition des concepts, redéfinition attribuée aux enseignants. Selon l’auteur, le fait le plus remarquable qui ressort de l’étude de l’enseignement primaire à la fin des années 1920 et pendant les années 1930 est que la guerre semble ne pas être présente et ne refait surface que très occasionnellement (p. 153). De même, soupçonnés d’avoir (mal) influencé des milliers de futurs appelés, les instituteurs sont décrits comme détachés et distants de ces préoccupations. Mona Seigel disculpe donc les enseignants des charges qui avaient été portées contre eux. Le titre de l’ouvrage laisse  planer plus qu’un doute.  Sans doute la publication du livre en 2004, en pleine période de réflexion sur l’intervention des armées américaines et de leurs alliés en Irak et sur le refus de la France, à l’ONU, le 14 février 2003, d’accepter la guerre, a-t-elle influencé ce choix ? Le soupçon de lâcheté dont la France est accusée est difficile à laver et le lien entre politique et histoire est toujours par trop visible.


[1] Daniel Hucker, Public Opinion and the End of Appeasement in Britain and France, Ashgate, 2011,  304 pages ; Mona L. Siegel, The Moral Disarmament of France. Education, Pacifism, and Patriotism, 1914-1940. Cambridge, Cambridge University Press, 2004, (édition broché 2011) 317 pages ; Robert Boyce, « The Persistence of Anglo-Saxonism in Britain and the origins of Britain’s appeasement policy towards Germany », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 15, septembre-décembre 2011.

[2] Sandi E. Cooper ; The Moral Disarmament of France: Education, Pacifism, and Patriotism, 1914-1940 by Mona L. Siegel, Cambridge University Press, Cambridge, UK, 2004, Peace & Change, 31, 2, 253-276; John S. Hill, « The Moral Disarmament of France: Education, Pacifism, and Patriotism, 1914-1940 », (Book review),  Canadian Journal of History, Spring-Summer 2007; Antoine Prost, « Compte rendu de Mona L. Siegel, The Moral Disarmament of France. Education, Pacifism, and Patriotism, 1914-1940, 2004 », Le Mouvement Social, http://mouvement-social.univ-paris1.fr/document.php?id=1120, consulté le 20 décembre 2011 ; ou encore John Hellman, « The Moral Disarmament of France: Education, Pacifism, and Patriotism, 1914-1940 », (Book review), The Historian, March 2007.

[3] France Culture, « La fabrique de l’Histoire : Sur les chemins du pacifisme à la française », 1/4, 28.05.2007.

[5] Deborah D. Buffton, Review of Siegel, Mona L., The Moral Disarmament of France: Education, Pacifism, and Patriotism, 1914-1940, , H-Women, H-Net Reviews, September, 2005, http://www.h-net.org/reviews/showrev.php?id=10882, consulté le 20 décembre 2011.

[6] Christian Amalvi, « La guerre des manuels autour de l’école primaire en France 1899-1914 », Revue historique, 1979, oct-déc., 532, 359-398.

[7] Jacques Ozouf, Nous les maîtres d’école, Julliard, 1967 ; Jacques Ozouf, Mona Ozouf, La République des Instituteurs,  EHESS, 1992; Antoine Prost, Histoire de l’enseignement en France 1800-1967, Colin, 1968 ; André Bianconi, L’Idéologie du Syndicat national des instituteurs de 1920 à 1939, IEP Toulouse, 1984 ;  Paul Gerbod, Les enseignants et la politique, PUF, 1976 ; Jacques Girault, Instituteurs, professeurs: Une culture syndicale dans la société frandçaise (fin XIXe-XXe siècle), Presses de la Sorbonne, 1996.

[8] Journal of Contemporary History, 12 (1977), 413-434.

[9] Olivier Lourbes, L’école et la patrie. Histoire d’un désenchantement 1914-1940, Paris, Belin, 2001.

[10] Marc Bloch, L’étrange défaite, Société des Éditions Franc-Tireur, Paris, 1946.

[11] Stanley Hoffman, « Le désastre de 1940 », L’Histoire, 10, mars 1979, réédité dans L’Histoire, Études sur la France de 1939 à nos jours, Seuil, 1985 ; Eugen Weber, The Hollow Years : France in the 1930s, Norton, 1994 ; Barnett Singer, « From Patriots to Pacifists: The French Primary School Teachers, 1880-1940 », Journal of Contemporary History, 12, 1977, 413-434.

[12] Voir à ce titre, Susan Trouvé-Finding, « French State Primary Teachers during the First World War and the 1920s: Their Evolving Role in the Third Republic », Thèse de doctorat (Ph.D.), Université de Sussex, 1987, 464 pages ; Stéphane Audouin-Rouzeau, La guerre des enfants. 1914-1918. Essai d’histoire culturelle, Paris, Armand Colin, 1993.

[13] Cité dans François Bernard, Louis Bouët, Maurice Dommanget, Gilbert Serret, Le Syndicalisme dans l’Enseignement. Histoire de la Fédération de l’Enseignement des Origines à l’Unification de 1935, Grenoble, IEP, 1966 [1938], vol.1, p.18-19, p.23.

[14] Journal officiel, 13 décembre 1912.

[15] François Bernard, Louis Bouët, Maurice Dommanget, Gilbert Serret, Le Syndicalisme dans l’Enseignement. Histoire de la Fédération de l’Enseignement des Origines à l’Unification de 1935, Grenoble, IEP, 1966 [1938], vol.1, p.189.

[16] Annuaire de la Fédération des Amicales, Bulletin général de la Fédération des Amicales, 3, mars 1913.

[17] Olivier Lourbes, « À contre-histoire. Gaston Clémendot, instituteur pacifiste (1904-1952) », Histoire@Politique, no.3, novembre-décembre 2007; « L’école et les deux corps de la nation en France (1900-1940)  », Histoire de l’éducation 2010/2 (n° 126).

[18] Yves Santamaria, Le pacifisme, une passion française, Paris, Colin, 2005, 352 pages.

[19] Norman Ingram, The Politics of Dissent, Pacifism in France 1919-1939, Oxford, Clarendon, 1991.

Auguste Dubois rare books collection (Fonds Auguste Dubois)

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La journée d’étude du 27 mars 2012 Fonds Dubois organisée par les laboratoires MIMMOC-CRIHAM et le Service commun de documentation (SCD) de l’Université Poitiers à la MSHS de Poitiers et à la Bibliothèque Universitaire Droit-Lettres, a réuni des universitaires anglicistes (11e section), des historiens (22e section), et un conservateur, une bibliothécaire et un ingénieur d’étude des universités de Poitiers, Paris VIII, Paris-Diderot, Montpellier, Metz, Bordeaux 3 et Yale (Etats-Unis) spécialistes de l’histoire de l’Angleterre et du Royaume-Uni des 17e et 18e siècles.

La présentation du Fonds Dubois par Mme Traineau-Durozoy, Conservateur, responsable du Fonds ancien du Service commun de documentation (SCD)de l’Université de Poitiers,celle de la Bibliothèque virtuelle Premiers socialismes (BVPS) par Mme Nathalie Bremand, bibliothécaire, mis en ligne sur le site du SCD de l’Université, et de la plateforme des ressources numériques de la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société (MSHS-CNRS) de Poitiers et de la plateforme Omeka par Eric Planchon, Ingénieur d’études, responsable de ce service, a permis de prendre la mesure à la fois de l’importance du fonds, des moyens existants et des possibilités d’exploitation déjà expérimentées sur place.

L’historique du projet est rappelé par Susan Finding. L’idée d’associer deux projets de valorisation du patrimoine de l’Université de Poitiers a pris forme progressivement. Depuis le dernier plan quadriennal du MIMMOC soumis en 2006, il avait été question d’exploiter le Fonds Valière, recueil de bandes magnétiques, enregistrements anthropologiques de patrimoine oral du Poitou – chansons, coutumes, contes – en lien avec des collègues de la Francophonie acadienne et cajun. L’existence d’ouvrages anglais dans le Fonds Dubois était connue, mais ce n’est que lorsqu’un catalogue spécifique a été produit par le Service Commun de Documentation en avril 2008 que l’importance de la collection est devenue évidente. La valorisation de ce fonds unique semblait avoir une importance non seulement pour l’Université de Poitiers, mais aussi pour la communauté scientifique internationale.

Grâce au travail préliminaire fourni par Steven Pincus, Professeur d’histoire à l’Université de Yale (Etats-Unis) d’une part et par Karim Ghorbal (Paris VIII) qui  d’autre part, il a déjà été établi que certains ouvrages sont uniques et ne paraissent dans aucune collection d’archives existante connue. D’autres sont des premières éditions (ex. Adam Smith). Qui plus est, la mise en parallèle du Fonds Dubois et du Fonds d’Argenson, également déposé dans le Fonds ancien de l’Université de Poitiers, apporte une réelle avancée dans la connaissance des transferts intellectuels, de la circulation des savoirs et des connaissances mutuelles entre le Royaume-Uni, la France et les colonies américaines du 18e siècle. Une biographie d’Auguste Dubois, Professeur de doctrines politiques et économiques à l’Université de Poitiers à partir de 1899 et co-fondateur de la Revue d’histoire économique et sociale,  et un travail sur la composition de sa collection éclaireront l’histoire intellectuelle, l’histoire de l’université, mais aussi l’histoire et l’enseignement de l’économie en France.

Steven Pincus a montré comment les débats sur la place et le rôle du commerce, des banques, de la création des richesses, des colonies, des conséquences de l’unification du Royaume-Uni sur l’économie, dont témoignent les collections du Fonds Dubois et du Fonds d’Argenson, sont d’autant plus importants que les nouveaux paradigmes de ce début du XXIe siècle sont très proches de ceux-ci : la globalisation, les marchés orientaux, la dette publique, les banques et la mise en cause de l’unification britannique sont de nouveaux au centre des préoccupations. Le contenu des deux Fonds sur les débats de l’époque, les choix envisagés et les politiques suivies sont donc non seulement importants pour une meilleure compréhension du 18e siècle, mais aussi riches en enseignements pour la mise en perspective des débats contemporains.

La caution apportée de l’intérêt du Fonds Dubois par les universitaires français et américain présents est de bonne augure et permet d’espérer que le projet est non seulement prometteur au niveau de la communauté scientifique française mais aussi au niveau international.

« Rethinking revolutions »

Steven Pincus, Bradford Durfee Professor of History, Yale University, invité par le laboratoire MIMMOC, donnera une conférence intitulé « Rethinking Revolutions » le jeudi 29 mars 2012, 14h-16h, dans l’Amphi 2, à l’UFR Lettres & Langues, de l’Université de Poitiers. Professeur Pincus est l’auteur de 1688 The First Modern Revolution (Yale, 2009) et de Protestantism and patriotism: Ideologies and the Making of. English Foreign Policy, 1650~1668 (Cambridge, 1996).

Lien vers la conférence en ligne sur UPTV

et

Prof. Steven Pincus: \ »1688: The First Modern Revolution\ » – YouTube

Le parti libéral au Royaume-Uni hier et aujourd’hui : aux marges ou au centre?

Les Cahiers du MIMMOC, No. 7 Etudes réunies et présentées par Susan Finding et Trevor Harris Publiées en ligne le 01 septembre 2011

 Des membres du parti libéral appartiennent au gouvernement britannique à nouveau depuis mai 2010 après en avoir été écartés depuis quatre-vingt cinq ans. Le parti libéral, majoritaire en 1906, devient minoritaire à partir de 1910. Le gouvernement est néanmoins resté aux mains de libéraux, au moins partiellement, jusqu’en 1924. De même, membre de la coalition gouvernementale en 2010, le parti libéral n’a pas été sans influence sous les gouvernements précédents. L’histoire se répète-t-elle? 

Les articles présentés ici ont été majoritairement présentés à une journée d’études tenue le 18 mars 2011 à la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société de l’Université de Poitiers, organisée par les groupes de recherche MIMMOC (EA 3812) et GRAAT (EA 2113).  Les communications peuvent être vues en ligne sur UPtv, la chaine internet de l’Université de Poitiers. 

Un cocktail détonnant – les résultats de l’élection 2010 – nouvelle donne mais pas sans précédent

Le gouvernement de coalition au Royaume-Uni, formé, avec difficulté, après les élections législatives du 6 mai 2010, a été salué comme un retour à un ultra-conservatisme rehaussé d’une pointe de modernisme, avec la nomination de membres à la droite du parti conservateur assortis d’une demi-douzaine de ministres issus du parti libéral-démocrate.

L’absence prévisible de majorité claire – le scénario d’un ‘parlement suspendu’ fut évoqué plusieurs mois avant que la date de l’élection ne soit connu – et l’absence de règles constitutionnels fixes, ou de pratiques anciennes pouvant servir de modèle, était connues.

Malgré cela, il a fallu quatre jours de tractations prolongées entre les conseillers de chacun des trois partis sortis des urnes avec un nombre de sièges suffisants pour figurer dans les négociations pour se résoudre à refuser l’offre des uns (parti libéral démocrate – parti travailliste) et accepter les conditions des autres (parti conservateur – parti libéral démocrate).

Néanmoins, le 12 mai, lors de la conférence de presse dans les jardins de la résidence officielle du premier ministre au 10, Downing Street, les journalistes, sceptiques, se demandant combien de temps cela pourrait durer (The Economist, 16 mai), ont comparé David Cameron, premier ministre, et Nick Clegg, vice-premier ministre, à un couple de jeunes mariés heureux, se chamaillant dans une évidente bonne humeur, sans doute la conséquence de l’euphorie de la victoire et du succès électoral enfin confirmé.

Un mois après ces événements de mai qui ont tenu les britanniques en haleine pendant une bonne semaine, et alors que la ‘lune de miel’ du nouveau couple semble assombrie par les questions d’argent – l’annonce de coupes sombres dans le budget prévu pour le 22 juin ne va rien arranger – que pouvons-nous en conclure ?

Indubitablement 2010 verra le paysage politique britannique changer autant qu’en 1997. Il y a plusieurs similitudes entre les deux élections de 2010 et de 1997. Elles ont toutes les deux amené au pouvoir une nouvelle génération de politiciens, jeunes (la quarantaine) et sans grande expérience ministérielle. Elles ont également toutes les deux été accueilli par une certaine liesse, liesse engendrée par la lassitude qui s’était installée quant aux précédents occupants des lieux.

Tony Blair est parti au moment où sa popularité pâtissait de l’engagement britannique en Irak et en Afghanistan. Son morne successeur était respecté pour sa gestion des affaires, mais sans charisme. Le jour où, sur le perron de 10, Downing Street, Gordon Brown a déclaré qu’il renonçait à former un gouvernement, il a, pour la première fois en une telle occasion, démontré son côté ‘humain’ et souriant, en tenant ses deux jeunes garçons par la main, comme si le fardeau de l’état venait de tomber de ses épaules, et annonçait qu’il quittait le deuxième poste le plus important de sa vie et qu’il chérissait encore plus le premier, celui de mari et de père.

Les deux élections de 1997 et 2010 se ressemblent également par la mise en œuvre immédiate de réformes profondes et attendues. L’effet d’annonce qu’opèrent les premières réformes indiquent clairement le cap que souhaite garder un nouveau gouvernement. En 1997, ce furent les domaines de l’éducation et de la réforme constitutionnelle qui comprenait l’autonomie des nations galloise et écossaise –devolution– qui ont été actés dès juillet annonçant tout un champ de réformes sociales et politiques. En 2010, ce sera le budget d’austérité qui primera.

Les commentateurs britanniques s’étonnent de l’aisance avec laquelle ce gouvernement de coalition fonctionne. Les comités, les ‘jumelages’ de postes, les visites en duo – Nick Clegg accompagna le ministre des affaires étrangères William Hague en visite officielle en Allemagne –, la présence de documents, et plus important, de politiques libéral-démocrates, sur les bureaux de ministres conservateurs. Les contraintes viendront de la façon dont David Cameron réussit à tenir ses troupes, à convaincre le parti conservateur, les députés plus âgés, les députés plus à droite du parti, à renouveler leurs pratiques, à accepter des compromis.

La donne est en effet nouvelle mais n’est pas sans précédent.

Avant 1997 le gouvernement britannique à Westminster fonctionnait selon le système politique traditionnel, avec des élections uninominales à un tour, produisant un gouvernement et une opposition officielle consacrée et un bipartisme fonctionnel. Depuis 1997, la mise en place des assemblées et d’un gouvernement ‘dévolu’ avec une autonomie relative quant aux affaires non-réservées au parlement de Westminster, avec un système électoral composé d’un mélange de vote uninominal à un tour et de représentation proportionnel ont changé la donne.

Les commentateurs rappelaient que le dernier parlement sans majorité nette remonte à 1974, lorsqu’il a fallu deux élections législatives en un an (février et octobre) pour asseoir le gouvernement travailliste de Harold Wilson. Ils se souvenaient aussi de l’alliance entre les travaillistes et les libéraux de 1978, destinée à maintenir au pouvoir le gouvernement travailliste en perdition de James Callaghan.

Les analystes du paysage politique britannique ont omis de considérer l’impact de cette nouvelle configuration. Nick Clegg a récemment déclaré qu’il fallait s’inspirer du succès des modèles européens de gouvernements de coalition. Venant du plus européen des leaders politiques britanniques, il n’est pas surprenant de le voir faire de telles comparaisons. Mais il en oublie de regarder les pratiques nouvelles à domicile, au sein du Royaume-Uni.

Les gouvernements de coalition ne sont pas étrangers à l’électorat
britannique
.

« 2007 a ouvert une nouvelle phase dans le jeu politique de la gouvernance territoriale à l’échelle britannique. En Écosse, le SNP (Scottish National Party) a remporté un succès historique, mettant un terme à la domination exercé depuis 8 ans par la coalition Lib/Lab, parvenant à former un gouvernement – certes minoritaire – pour la première fois de son existence. Au même moment, le pays de Galles passait d’une situation politique dominée exclusivement par les travaillistes à une coalition entre ces derniers et les nationalistes. En Irlande du Nord, après cinq ans d’interruption, le gouvernement décentralisé a été rétabli et une coalition politique formée de quatre partis s’est mise en place »[1], obligeant des frères ennemis, Ian Paisley (parti unioniste) et Martin McGuinness (Sinn Fein), à travailler ensemble à la tête de l’exécutif.

L’autonomie accordée à l’Écosse, au pays de Galles et à l’Irlande du nord, a donné l’occasion de s’habituer pendant une douzaine d’années à plusieurs composants politiques nouveaux : des scrutins proportionnels (les élections européennes sont une autre occasion, mais restent très marginales et distantes pour les électeurs); un gouvernement sans majorité ; la pratique du pouvoir consensuel, en coalition, parfois multiple, et non dans le schéma classique du bipartisme. Le prochain test électoral des ce nouveau cocktail se tiendra le 5 mai 2011 lors des élections aux législatifs dévolus en Écosse, au pays de Galles et en Irlande du Nord.  En ce sens, les élections législatives britanniques de 2010 sont non pas un retour en arrière, mais un pas de plus dans la reconfiguration du paysage politique au Royaume-Uni.


[1] Philippe Cauvet, Susan Finding, « La territorialisation et la gouvernance des identités minoritaires », Introduction, dans Susan Finding, Moya Jones, Philippe Cauvet, ‘Unfinished Business’. Governance and the four nations : devolution in
the UK.,
Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2010,  p.29.