Années de crise (années 1970s et années 2010s)

La Journée d’étude « Le Royaume-Uni à l’épreuve de la crise, 1970-1979), tenu le 21 octobre 2016 à l’Unversité François Rabelais, Tours et organisé par Stéphane Porion, MCF en études anglophones, a réuni des spécialistes français de plusieurs aspects de ce pan d’histoire de la Grande Bretagne qui n’ont pas manqué de faire de comparaisons avec les années de crise que nous traversons actuellement et de soulever des questions d’actualité polarisation contre consensus, continuité ou rupture, sortir de crise, services publics, violences urbaines.

LONDON July 1978 pic77

London, 1978, Greek Street (Flickr, Creative Commons)

L’invité d’honneur, Professeur Lord Kenneth Morgan, historien, universitaire, président d’université, qui siège à la Chambre des Lords, a dressé un tableau synthétique de la période, évoquant l’ensemble des aspects – économiques, sociaux et politiques de la période – émaillé d’anecdotes personnelles sur les acteurs politiques principaux, Harold Wilson et James Callaghan, et d’autre membres éminents du parti travailliste, qu’il a connus et dont, pour certains, il a écrit la biographie (Callaghan, Foot).

Jenkins, Thatcher,Callaghan, Wilson in June 1976

D’après Lord Morgan, la idées et la pratique politique de ce qui serait New Labour aurait émergé à cette époque, sous le gouvernement pragmatiste de Callaghan, et de son ‘équipe’ : Shirley Williams, Roy Jenkins, Roy Hattersley, et John Smith, que Callaghan considérait comme ses successeurs potentiels. L’on sait que les deux premiers ont quitté le parti travailliste pour former le parti social-démocrate au début des années 80, que Hattersley, est resté travailliste traditionnel, et que John Smith, prit comme députés Tony Blair et Gordon Brown, qui le succèdèrent lorsqu’il fut terrassé par une crise cardiaque après seulement un an à la tête du parti, en 1995.

De l’autre côté de l’échiquier politique, Stéphane Porion (Université François Rabelais, Tours) a évoqué la place, marginale, mais importante, d’Enoch Powell, dans le parti conservateur des années 1970. Ce faisant, il a analysé l’évolution du parti conservateur à travers la décennie, et conclut que le Powellism est l’hérault du Thatchérisme.

Marc Lenormand (Université Paul Valéry, Montpellier) analysa la place et le rôle des syndicats britanniques, leurs relations avec le parti travailliste et la responsabilité de leurs directions, pour les grèves qui paralysèrent le pays à plusieurs reprises dans les années 1970. Nés de la période de guerre, le consensus, la paix sociale, acquis par l’intégration des syndicats dans les institutions gouvernementaux (ministres, comités paritaires, négotiations tripartites – employeurs-syndicats-gouvernement concernant les conditions de travail) ont continué pendant les trentes glorieuses britanniques. La dissatisfaction des ouvriers de base, des branches locales syndicales, a dépassé les leaders syndicaux et contribué à briser le consensus autour de l’état providence de l’après-guerre.

Wingrove and Rogers Ltd Strike, 1974 (TUC Collections Library, London Metropolitan Library)

Susan Finding (Université de Poitiers) et Imelda Elliott (Université de Boulogne) ont toutes les deux porté leur regard sur le débats autour de l’éducation. En temps de crise, la place et le rôle de l’éducation, dans la marche d’un pays sont d’autant plus mis en question.La première s’est demandée si on peut parler d’amélioration visible, d’oppportunités meilleures, ou de mécontentement et de frustrations progressifs. Selon elle, le champ de l’éducation reflète les tensions et les thématiques générales de la période : la place et le rôle du gouvernement central, le pouvoir des syndicats (le National Union of Teachers ayant un rôle important), le côut des services publics dans une période de turbulence économique, et la critique du consensus de l’état providence. Mme le Professeur Elliott a expliqué l’architecture de l’enseignement en s’appuyant sur l’évolution historique du système, et a illustré le débat sur la forme de l’enseignement secondaire – lycées sélectives ou collège unique – (grammar schools/comprehensives) par des extraits d’interviews télévisés des deux Ministres de l’éducation les plus en vue dans les années 70, Margaret Thatcher et Shirley Williams.

Duncan Thom (Paris Sud) poursuivit la visualisation de la période en montrant des dessins humoristiques couvrant l’ensemble de la période. Autour des dessins consacrés au service de sante, les commentaires et les caractérisations des personnalités politiques illustrent à la fois une réaction désinvolte, mais aussi le désespoir du pubic quant aux différentes politiques mises en place et les réactions, notamments des employés publics en grève.

Philippe Cauvet (Université de Poitiers) analysa la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, du gouvernement britannique de résoudre la crise qui éclaté en Irlande du nord, en se demandant pourquoi les accords de Sunningdale (1973) ne purent en venir à bout, alors que les accords de Belfast (1998) – contenant sensiblement les mêmes propositions – y ont réussi. La responsabilité, selon lui, tient dans le fait que le gouvernement britannique des années 70 se rangea clairement du côté des unionistes.

Edwige Camp-Piétrain (Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis) examina l’histoire du réferendum de 1979 sur la dévolution des pouvoirs en Ecosse, en expliquant la position du gouvernement travailliste comme réaction à l’émergeance du parti national écossais, qui perça aux élections nationales en 1974. Des similitudes sont à noter entre les raisons du référendum de 1979 et celles de 2014 sur l’indépendance de l’Ecosse. 

Pour clôre les présentations, Elizabeth Gibson-Morgan (Université François Rabelais de Tours) parla également de réferendum, celui de 1975 concernant la Communauté économique européenne (CEE) en le comparnant à celui de 2016. En 1975, le peuple britannique confirma la décision de l’éxécutif, approuvé en 1972 par un vote au parlement, concernant l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe économique. En 2016, le peuple britannique exigea la sortie du Royaume-Uni de l’Europe politique, sans vote parlementaire.

 

Si les aspects culturels notamment furent absent de cette journée – faute de temps –  elle a permis de faire le tour d’un certain nombre de thèmatiques à travers l’exemple offert par les cas d’étude. Toute au long de la journée les comparaisons sur les périodes de crise – années 70 – années 2010 – furent inévitables et pleins d’enseignements. La leçon à retenir semble  claire : éclairer les événements du présent à la lumière des périodes passées similaires, et vice versa, est un exercice enrichissant qui permet de mieux comprendre à la fois notre présent et notre passé.