La tragédie élisabéthaine et jacobéenne s’invite au château d’Oiron

P1010002La construction du château d’Oiron dans les Deux Sèvres remonte, on le savait, à l’époque de la Renaissance. Pourtant ce château n’est ni comme « un morceau d’histoire figée », ni « pétrifié dans une sorte de congélation qui défierait le temps », selon les termes de Jean-Hubert Martin. Il offre au visiteur curieux une collection contemporaine constituée sur le modèle d’un cabinet de curiosités… mais pouvait-on s’attendre à y trouver un trône pour le Roi Lear et une table pour le Docteur Faust?

La Salle des Figures Géométriques (Wall Drawing #752, 1994), qui est l’oeuvre de l’artiste américain, dit minimaliste et conceptuel, Sol LeWitt (1928-2007), accueille désormais, depuis 2012, deux objets au graphisme insolite, ceux du dramaturge Bob Wilson qui travaillait régulièrement avec Sol LeWitt pour ses mises en scène: King Lear Chair (1990) et Dr Faustus Table and Chair (1989).

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Le trône du Roi Lear a été créé en 1990 pour la production King Lear au Schauspielhaus de Francfort; la table et la chaise du Docteur Faust ont été réalisées pour la Scala de Milan en 1989. On ne peut s’empêcher d’imaginer comment le jeune Thomas Jolly, l’époustouflant metteur en scène des trois parties d’Henry VI de Shakespeare, pourrait redonner vie à ces magnifiques accessoires sur la scène du TAP.

Vient de paraître: nouvelle pièce de Barker en traduction

Couverture de Je me suis vueI SAW MYSELF, pièce du dramaturge britannique Howard Barker écrite en 2008, vient de paraître en traduction française sous le titre Je me suis vue. De quoi s’agit-il?

Dans l’Europe du XIIIe siècle, une suzeraine, Sleev, et ses servantes sont à l’œuvre sur une tapisserie. Mais Sleev n’est pas Pénélope attendant sagement le retour d’un Ulysse, qui d’ailleurs, en son cas, mourra à la guerre. Ne repoussant pas les avances de ses prétendants, elle les sollicite sans réserve ni pudeur. D’une intelligence vive et d’un caractère affirmé, sa déloyauté maritale lui est l’occasion de s’interroger sur sa condition, comme sur celle d’Ève à l’égard d’Adam.

Aussi, d’une représentation traditionnelle censée louer le valeureux guerrier, la tapisserie en vient à raconter la vie dissolue de Sleev, sa découverte hors mariage de l’extase sexuelle. Sa trame tisse désormais les liens d’une vie, davantage que ceux des exploits héroïques ; à l’historiographie, vécue comme égarante et fallacieuse, elle substitue un tout autre motif, plus intime, plus sensuel aussi : celui d’une existence nue, livrée à elle-même autant qu’à elle seule, soustraite à l’Histoire.

Image troublante, voire choquante, de l’âme humaine, sa réalisation devient pour Sleev l’occasion de se confronter à ce qu’elle est, de se voir sans fard, de descendre en elle, mais aussi de s’affirmer et finalement d’expier… à en perdre la vue. Entraînera-t-elle ses tapissières avec elle ? La guerre, qui n’en finit pas d’approcher, menacera-t-elle la postérité de l’œuvre d’art ? Et la tapisserie sera-t-elle finalement œuvre d’art ou simple tissu d’obscénités ? Tel est l’abîme de questions auquel cette pièce tragique en trois actes de Barker nous confronte.

Le texte original a paru dans Howard Barker, Plays Four (I Saw Myself. The Dying of Today. Found in the Ground. The Road, the House, the Road), London, Oberon Books, [2008] 2011. La traduction en français (2014) est disponible aux Éditions Théâtrales: http://www.editionstheatrales.fr/livres/innocence-je-me-suis-vue-1191.html

Vient de paraître

Couverture LLLReprésentée pour la première fois dans l’Angleterre élisabéthaine de 1594-1595, la comédie festive du jeune William Shakespeare est, comme le dit l’un de ses personnages, un grand festin de langues : « a great feast of languages » (5.1.32). Si le langage dans ses innombrables registres et variations tient le devant de la scène pour notre plus grand plaisir, Love’s Labour’s Lost n’en demeure pas moins une pièce éminemment théâtrale, riche de procédés de mise en abyme mémorables qui contribuent pleinement à sa saveur comique. Or ce qui distingue cette pièce de l’ensemble du corpus shakespearien et lui confère sa singularité, c’est la part belle qui est faite aux personnages féminins. Alors même qu’elles ne bougent pas un pied, la princesse de France et ses dames mènent allègrement la danse, non sans délicieusement se moquer au passage de leurs soupirants immatures. Ainsi cette comédie de jeunesse est-elle considérée à juste titre comme la pièce la plus féministe de Shakespeare.

 Le présent ouvrage s’attache, en premier lieu, à donner à ses lecteurs quelques repères utiles afin de situer Love’s Labour’s Lost dans le parcours du dramaturge et sur la scène littéraire et culturelle de son temps. Cette première partie (Repères) devrait permettre de répondre à la question : comment Shakespeare en est-il venu à écrire une comédie de cette facture ?

En deuxième lieu, cet ouvrage propose de conduire une analyse détaillée de la pièce selon quatre entrées : la guerre des sexes (exclure et déréaliser ; répliquer et éprouver), la langue dans tous ses états (parader, s’écouter ; imiter, mettre en scène ; dupliquer, détourner ; confondre, faire sens), le spectacle mis en abyme (jouer, déjouer, décontenancer), et nature et contre-nature (dénaturer et rééquilibrer). Cette deuxième partie qui constitue le cœur de l’ouvrage (Analyses) a pour vocation d’aider les lecteurs à cerner précisément le sujet et les enjeux de la pièce, autrement dit à comprendre de quoi il s’agit et selon quelle mise en œuvre.

Cet ouvrage s’intéresse, en troisième lieu, à la contemporanéité de la pièce, c’est-à-dire à la façon dont elle est portée à la scène et à l’écran à l’aube du XXIe siècle, dans des perspectives pouvant être radicalement opposées. En ouvrant des lignes de fuite vers l’époque qui est la nôtre et en proposant un support visuel à un texte de la fin du seizième siècle, cette troisième partie (Adaptations) vise à susciter un sentiment de proximité et à restituer à la comédie de Shakespeare sa qualité de divertissement jubilatoire.

Quant aux dernières pages  (Annexes), elles espèrent guider les lecteurs parmi les formes poétiques, les genres dramatiques, les procédés littéraires et les figures de style qui font aussi la richesse foisonnante, subtile et complexe, de Love’s Labour’s Lost.

Pièce d’Howard Barker: Lecture publique au Conservatoire de Poitiers

Invitation Lecture publique

L’argument de la pièce:

Dans l’Europe du XIIIe siècle, une suzeraine, Sleev, et ses servantes sont à l’œuvre sur une tapisserie. Mais Sleev n’est pas Pénélope attendant sagement le retour d’un Ulysse, qui d’ailleurs, en son cas, mourra à la guerre. Ne repoussant pas les avances de ses prétendants, elle les sollicite sans réserve ni pudeur. D’une intelligence vive et d’un caractère affirmé, sa déloyauté maritale lui est l’occasion de s’interroger sur sa condition, comme sur celle d’Ève à l’égard d’Adam.

Aussi, d’une représentation traditionnelle censée louer le valeureux guerrier, la tapisserie en vient à raconter la vie dissolue de Sleev, sa découverte hors mariage de l’extase sexuelle. Sa trame tisse désormais les liens d’une vie, davantage que ceux des exploits héroïques ; à l’historiographie, vécue comme égarante et fallacieuse, elle substitue un tout autre motif, plus intime, plus sensuel aussi : celui d’une existence nue, livrée à elle-même autant qu’à elle seule, soustraite à l’Histoire.

Image troublante, voire choquante, de l’âme humaine, sa réalisation devient pour Sleev l’occasion de se confronter à ce qu’elle est, de se voir sans fard, de descendre en elle, mais aussi de s’affirmer et finalement d’expier… à en perdre la vue. Entraînera-t-elle ses tapissières avec elle ? La guerre, qui n’en finit pas d’approcher, menacera-t-elle la postérité de l’œuvre d’art ? Et la tapisserie sera-t-elle finalement œuvre d’art ou simple tissu d’obscénités ? Tel est l’abîme de questions auquel cette pièce tragique en trois actes de Barker nous confronte.

Les lectrices et lecteurs:

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Succès du Conte d’hiver à la MDE

Affiche DEFCette année, la jeune Association Thisbé (Théâtre Improvisation Spectacle élisaBéthain Et après) a présenté une nouvelle adaptation d’une pièce de Shakespeare, toujours dans le cadre de Campus en Festival: The Winter’s Tale.

L’équipe de la MDE (Maison Des Étudiants), qui organise tous les ans Campus en Festival, a été d’un soutien logistique impeccable, depuis le début des répétitions jusqu’au jour de la représentation. Qu’elle soit ici chaleureusement remerciée. C’est un véritable plaisir, dans ces conditions, de pouvoir travailler bénévolement et d’amener les étudiants à donner le meilleur d’eux-mêmes.

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Thisbé 2013-2014Le metteur en scène Graeme Watson (ci-contre, avec une cravate bleue) a accompli un travail remarquable, conduisant chacun, aussi bien des étudiants de deuxième année en études anglophones que des enseignants-chercheurs, d’anciens étudiants, des lecteurs, des amoureux de Shakespeare sans formation théâtrale spécifique, à développer au mieux son potentiel.

Programme LIVRET WT assemblé

Ahmed Aabkari n’a pu résisté au plaisir de nous concocter à nouveau une petite vidéo. Il aime le théâtre, il aime Shakespeare, il nous aime, et ça se sent! Merci de tout coeur . Aussi, pour ceux qui voudraient avoir un aperçu de notre spectacle en quelques minutes seulement:

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Enfin, l’équipe d’I-Média s’est jointe à nous pour filmer l’intégralité du spectacle et en proposer un montage, un travail de longue haleine qui mérite d’être salué et vivement remercié. Accrochez-vous, c’est dans la langue de Shakespeare: http://uptv.univ-poitiers.fr/program/the-winter-s-tale/video/4184/the-winter-s-tale-by-william-shakespeare/index.html

Quelques photos autour du spectacle: 

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RENDEZ-VOUS

L’AN PROCHAIN    

                                    

POUR

UNE NOUVELLE ADAPTATION…

Lekston revisite le Falstaff de Shakespeare

P1020156Février 2014. Lors des rencontres littéraires organisées par l’Université de Poitiers, « Bruits de langues », Annabelle Beaudry accueillait Edouard Lekston qui a présenté ses dernières translations graphiques extraites de son recueil à venir Harry & Jack.

Le goût d’Edouard Lekston pour les pièces du dramaturge britannique ne se dément pas: après HamletLear et Macbeth (premier recueil de sérigraphies intitulé Mon ami William), après Richard II (Le Basculement) et Richard III (Family Gathering), Edouard Lekston se penche sur les deux partie d’Henry IV, avec un intérêt particulier pour la relation qui se noue et se dénoue entre le futur roi Henry V, le jeune prince Hal (Harry), et l’irresponsable Falstaff (Jack, pour les intimes). Ces deux là, que l’échelle sociale situe aux antipodes l’un de l’autre, se croisent dans la taverne peu fréquentable de la Tête du Sanglier, le temps d’un peu d’école buissonnière en partage. La couronne de Harry sera d’or; celle de Jack ne sera que de fer et se tiendra renversée. Mais tant qu’Harry n’a pas encore été couronné, ces deux-là partagent filouteries, joutes verbales jubilatoires et nuits d’ivresse.

Alors quand arrive la guerre, il n’est pas étonnant que Falstaff n’ait plus d’armure, nous ditP1020157 Edouard Lekston: il a dû la miser au jeu ou la vendre en échange de quelques douceurs pour lesquelles il n’avait plus le sou. Qu’à cela ne tienne, la cuisine de Mme Vitement sera le lieu où il pourra montrer l’étendue de ses ressources en se confectionnant une nouvelle armure à base d’ustensiles de cuisine.

Mais Harry, c’est aussi celui l’homme-poisson qui joue de l’orgue de barbarie et fait passer les pauvres hères dans son hachoir. La guerre nous révèle sa face sombre: il se fait de l’argent sur le dos des pauvres qu’il prend au piège de ses supercheries grâce à une lampe magique.

P1020160Quel rapport Edouard Lekston peut-il bien avoir avec Falstaff? se demande et lui demande Annabelle Beaudry. Il n’y aurait pu avoir question plus pertinente. Pour Edouard, Falstaff, c’est un grand enfant qui n’aurait pas grandi, un symbole de liberté donc. Mais un symbole très humain, avec toutes les faiblesses qui vont avec, trop humain peut-être. Ce qui le touche chez ce personnage, c’est qu’il a toutes ces faiblesses qu’on tente généralement d’étouffer – il les a mais, naturellement, il ne les assume pas. Falstaff, c’est aussi le symbole du monde populaire. Il est traversé par cette relation rare entre le haut et le bas, entre la royauté et le bas monde. Et, il peut vous donner votre horoscope, l’horoscope des tavernes, si vous venez le retrouver à Eastcheap.

Création radiophonique: Barker is back!

BARKER (1ère de couverture)En octobre 2011, Fanny Mentré avait créé, avec les comédiens de la troupe du TNS (Théâtre National de Strasbourg), la pièce d’Howard Barker: Ce qui évolue, ce qui demeure (The Moving and the Still). Remarquable mise en scène qui relevait le défi de porter à la scène une création radiophonique à l’origine.

Dimanche 9 février 2014, à 21h sur les ondes de France Culture, nous pourrons découvrir la réalisation radiophonique inédite de Michel Sidoroff pour l’émission de Blandine Masson « Fictions: Théâtre et Cie ». A votre antenne!

http://www.franceculture.fr/emission-fictions-theatre-et-cie-ce-qui-evolue-ce-qui-demeure-2014-02-09

Vient de paraître

De la filouterie

De la filouterie dans l’Angleterre de la Renaissance. Etudes sur Shakespeare et ses contemporains.

De l’opuscule populaire à la scène de théâtre, les études ici réunies proposent une promenade à travers l’Angleterre interlope des XVIe et XVIIe siècles, à la rencontre de l’Autolycus et du Falstaff de Shakespeare, de son Pompey, des forains truculents de Ben Jonson, des insouciants parasites de Richard Brome, des petits truands de Robert Greene et des faux mendiants de Thomas Harman et de Thomas Dekker.

En nous plongeant dans l’espace toujours mouvant de la filouterie, ces études poursuivent trois objets : voir comment mauvais garnements et ingénieux détrousseurs opèrent et se livrent à des jeux de mauvaise société ; interroger la variété du traitement auctorial en explorant les ruses de récit à l’œuvre dans les typologies et brochures contre les plume-pigeons ; comprendre en quoi le théâtre, et lui seul, par jeux de contrastes et effets de miroir, donne à voir une représentation nuancée de la filouterie.

Pour commander: http://w3.pum.univ-tlse2.fr/~De-la-filouterie-dans-l-Angleterre~.html