Niort, première métropole de Nouvelle-Aquitaine

Je suis en train de brasser des statistiques Insee sur la géographie des fonctions d’emploi en France métropolitaine, sur la période 1982-2014, dans le cadre de la préparation d’un article dont le titre sera « les fonctions métropolitaines sont-elles de plus en plus métropolitaines ? ».

Vu les résultats obtenus, je tue dès maintenant le suspense : la réponse est non. Mais laissons cela pour un prochain billet. Aujourd’hui, je voulais juste vous faire part d’un résultat rigolo : la 1ère métropole de Nouvelle-Aquitaine, ce n’est pas Bordeaux, c’est Niort.

Si l’on regarde la taille des villes (des aires urbaines, plus précisément, c’est le découpage que j’ai retenu) en nombre d’emplois, Bordeaux est certes en pôle position, avec 517 351 emplois au recensement 2014, contre 71 324 pour Niort, soit 7 fois moins environ. Mais bon, à ce compte-là, Pékin, Bombay et São Polo sont plus métropoles que New-York, Londres et Paris.

Une autre façon de mesurer la « métropolisation » consiste à regarder ce que pèsent les fonctions d’emploi dites métropolitaines, ou bien, au sein de ces fonctions d’emploi, le sous-ensemble des cadres des fonctions métropolitaines, censés assurer des fonctions de « commandement » (je laisse ouverte la question de la qualité dudit commandement).

Qu’est-ce qu’une fonction métropolitaine, me direz-vous ? C’est une notion forgée par l’Insee, à partir d’une agrégation des 486 professions en 15 fonctions d’emploi. 5 de ces 15 fonctions sont dites métropolitaines (conception-recherche, commerce interentreprises, gestion, culture-loisir et prestations intellectuelles), sur la base d’une analyse de leur géographie : les fonctions métropolitaines sont les fonctions surreprésentées dans le haut de la hiérarchie urbaine. Définition tautologique s’il en est, qui mériterait pas mal de discussion, mais bon, c’est une façon de mesurer le phénomène et son évolution.

Sur la base des données disponibles, on peut donc calculer pour chaque aire urbaine ce que pèsent, dans l’ensemble des emplois, les emplois des fonctions métropolitaines, ainsi que le poids de l’ensemble des cadres des fonctions métropolitaines.

Sur l’ensemble des 771 aires urbaines, la part moyenne des fonctions métropolitaines est de 27,4%, celle des cadres des mêmes fonctions est de 11,4%. Regardons ce que cela donne en Nouvelle-Aquitaine.

S’agissant de l’ensemble des emplois des fonctions métropolitaines, c’est Niort qui est en tête, avec une part de 34,7%, contre 28,4% pour Bordeaux. Viennent ensuite Pau (26,1%), Cerizay (23,3%), Poitiers (23,2%) et la Rochelle (23,1%), tout ça pour le recensement 2014 (qui correspond en fait à une interrogation quinquennale qui couvre la période 2012-2016).

Pour les cadres des fonctions métropolitaines, Niort est toujours en tête de la région, avec une part de 12,7%, contre 11% pour Bordeaux, 9,8% pour Pau, 7,3% pour Poitiers et 7,2% pour la Rochelle.

France entière, sur l’ensemble des aires urbaines de « grande taille » (les 68 aires urbaines de plus de 50 000 emplois), Niort se classe d’ailleurs juste derrière Paris (38%) mais devant Toulouse (32,6%), Lyon (32,5%) et Nantes (32,1%), Bordeaux n’arrivant qu’en 15ème position. Pour les cadres des fonctions métropolitaines, Niort recule au 6ème rang (derrière Paris, Toulouse, Grenoble, Lyon et Montpellier), Bordeaux remonte au 11ème rang (Nantes, Lille, Rennes et Marseille s’intercalent entre les deux prétendants).

La métropolisation étant l’avenir incontournable de la création de richesses et d’emplois pour la France, je préconise donc, logiquement, que l’on concentre l’ensemble des pouvoirs régionaux sur la ville de Niort, plutôt que sur Bordeaux, largement reléguée.