Investissements étrangers en France : l’ami américain et l’ami allemand

Dans le contexte de l’affaire Alstom, General Electric, Siemens, j’ai décidé de ne vous parler ni d’Alstom, ni de General Electric, ni de Siemens, mais de vous apprendre des choses intéressantes sur le sujet, malgré tout. J’aime les défis.

Je m’explique : je suis allé dégoter quelques chiffres sur les investissements et désinvestissements réalisés en France recensés par l’Observatoire de l’Investissement. J’avais déjà mobilisé cette base pour évaluer le poids des délocalisations et relocalisations. L’un de ses intérêts est qu’elle s’appuie sur un recensement média très large, en temps réel, si bien que je peux mobiliser des données récentes, en l’occurrence des données sur la période allant du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2013. Comme toute base de données, elle souffre aussi, bien sûr, de certaines limites : les « petites » opérations ne sont pas recensées (l’ouverture de la boulangerie du coin, genre) ; si un grand nombre d’opérations sont recensées, les emplois créés ou détruits ne sont pas toujours renseignés (10 à 15% selon ma petite estimation), attention à l’interprétation des chiffres sur l’emploi, donc. Elle permet cependant d’estimer la part des investissements et des désinvestissements réalisés par des entreprises françaises, par des entreprises étrangères et, dans ce dernier cas, d’avoir des chiffres précis par pays d’origine de l’entreprise. Les chiffres obtenus ci-dessous me semblent par ailleurs cohérents avec ceux obtenus à partir de données Insee, voir ici par exemple.

Premier tableau : que pèsent les opérations d’investissement et de désinvestissement étrangers et français, dans l’ensemble des opérations recensées ?

nb opérations investissements désinvestissements différence
France 15138 9789 5349
Etranger 2791 2135 656
Total 17929 11924 6005
% étranger 16% 18%
nb emplois investissements désinvestissements différence
France 654185 -678833 -24648
Etranger 124436 -148592 -24156
Total 778621 -827425 -48804
% étranger 16% 18%

Sur 30 000 opérations recensées, 18 000 environ sont des investissements, 12 000 sont des désinvestissements. Les opérations d’origine étrangère pèsent 16% de l’ensemble dans le premier cas et 18% dans le second cas. Idem s’agissant des données emplois (partie basse du tableau).

Premiers constats : i) le poids des opérations d’origine étrangère est loin d’être négligeable, ii) il est plus fort côté destruction, ce qui peut sembler logique en période de crise, les entreprises ayant tendance à réduire la voilure d’abord dans les entités implantées hors de leur pays d’origine, iii) en nombre d’opérations, les investissements sont supérieurs aux désinvestissements, mais pas en nombre d’emploi : on créé en France des sites de petite taille, on détruit des sites de taille plus importante.

Venons-en à nos amis américains et allemands, avec la même structure de tableau : en haut les données en nombre d’opérations, en bas en nombre d’emplois.

nb opérations investissements désinvestissements différence
Etats-Unis 850 574 276
Allemagne 548 367 181
Etats-Unis (%) 30% 27%
Allemagne (%) 20% 17%
nb emplois investissements désinvestissements différence
Etats-Unis 41800 -48380 -6580
Allemagne 24108 -25998 -1890
Etats-Unis (%) 34% 33%
Allemagne (%) 19% 17%

Les pourcentages correspondent au poids des deux pays dans l’ensemble des opérations d’origine étrangère. Les États-Unis sont largement en tête, avec 30% des investissements d’origine étrangère et 34% des emplois associés. L’Allemagne pèse moins, mais elle arrive juste derrière les États-Unis.

Ces deux pays, qui pèsent beaucoup dans les investissements, pèsent également beaucoup dans les désinvestissements, mais, tous les deux, un peu moins. Ce sont donc de plutôt bons amis, meilleurs que la moyenne de nos amis étrangers (voir les chiffres du premier tableau : 16% des investissements et 18% des désinvestissements).

Alors, quel ami choisir ? Pour trancher, on peut calculer le nombre d’emplois détruits par emploi créé en fonction du pays d’origine de l’entreprise : en moyenne, sur l’ensemble de la base, ce ratio est supérieur à 1, très précisément égal à 1,06, effet crise oblige (1,06 emplois détruits pour 1 emploi créé). Pour les entreprises françaises, le ratio est de 1,04, contre 1,19 pour les entreprises étrangères. Sur cet indicateur, l’Allemagne est préférable (1,08) aux Etats-Unis (1,16). Mais encore une fois, tous les deux sont meilleurs que la moyenne des entreprises étrangères (dans le détail, le ratio est par exemple de 1,58 pour le Royaume-Uni, 1,95 pour l’Italie, 1,51 pour la Suisse, voire 3,84 pour les Pays-Bas…). Personnellement, je garderais les deux amis…

Jolis graphiques hauts en couleur

Comme je sais que certains d’entre vous dépriment à la veille de la fin du monde, que d’autres dépriment à voir déprimer des gens à cette idée, que d’autres encore dépriment pour de meilleures raisons, j’ai décidé d’égayer votre journée avec quelques graphiques hauts en couleur.

Graphique 1, le taux de mortalité par agression dans différents pays développés, entre 1960 et aujourd’hui :

Graphique 2, déclinaison par régions américaines, car il existe une forte variabilité régionale (données de moins longue période, problème de disponibilité) :

Graphique 3, pour dire que cette variabilité régionale ne doit pas masquer le fait que la région US la plus vertueuse est beaucoup moins vertueuse que le moins vertueux des pays de l’OCDE :

Graphique 4, enfin, pour dire que ces variations géographiques sont sous-tendues pour une bonne part par des variations ethniques :

Je me demande ce qu’ils pensent des prédictions Mayas, ou des tribulations de Gégé chez les Belges, les noirs américains du sud des Etats-Unis…

Source, trouvé via @SH_lelabo.

Le graphique qui tue

Via Paul Krugman, ce graphique saisissant, sur l’évolution de l’espérance de vie de 1990 à nos jours, aux Etats-Unis :

Krugman y voit le rôle de l’éducation et des inégalités (« les inégalités ne sont pas seulement injustes : elles tuent »). Ok, mais je ne comprends pas l’évolution différenciée entre blancs, noirs et hispaniques…

Guillaume Duval évoque rapidement sur Facebook l’effet des politiques Reagan et Bush (j’aouterais Clinton 1993-2001 quand même ;)), mais idem, j’ai du mal à comprendre l’influence différenciée selon les groupes.

Vu les commentaires qui circulent autour de ce graphique, je me dis que certains ont tendance à y voir ce qu’ils veulent y voir. Personnellement, je trouve le graphique saisissant, mais côté explications, je ne vois pas…

Soixante ans d’histoire économique en un graphique

Trouvé via Arthur Charpentier (@Freakonometrics), ce magnifique graphique, qui résume soixante ans d’histoire économique, américaine en l’occurrence :

Il s’agit du taux de croissance annuel moyen du revenu des ménages, sur la période, par quintile de revenu (les 20% les plus pauvres, puis les 20% suivants, etc.) et pour les 5% les plus riches.

On peut y voir beaucoup de choses :

  • la forte croissance d’après la seconde guerre mondiale, avec une tendance à la réduction des inégalités (surtout sur 1950-1960), les taux de croissance étant d’autant plus fort que les revenus sont faibles,
  • la crise des années 1970 (les chocs pétroliers pour aller vite), avec des taux de croissance faibles mais malgré tout positifs, et la crise actuelle, d’ampleur beaucoup plus forte, avec des taux de croissance tous négatifs,
  • la très forte montée des inégalités sur la période 1980-2000, avec cette fois des taux de croissance du revenu des ménages d’autant plus forts que les revenus sont forts. Les 20% les plus riches s’en sortent bien, les 5% encore mieux, si on avait les chiffres pour les 1% ou les 0,1%, ce serait encore mieux pour eux (voir les travaux de Piketty/Saez).
J’ai décidé d’ajouter une catégorie pour classer mes articles, intitulée « Graphiques », histoire de poster de temps en temps un petit billet sur les graphiques qui auront retenu le plus mon attention.