Dynamiques territoriales : éloge de la diversité

Après six mois d’absence, je reviens pour vous informer de la parution prochaine d’un ouvrage intitulé « Dynamiques territoriales : éloge de la diversité » (dont la rédaction explique en partie mon silence). Cet ouvrage, issu d’un travail de recherche de deux ans financé par l’Institut pour la Recherche et le Réseau des Directions Régionales de la Caisse des Dépôts et Consignations, s’appuie sur des investigations portant sur cinq territoires : Belfort-Montbéliard, le sillon Lorrain, Pau, le plateau de Millevaches et Toulon.

Il ne s’agit cependant pas d’une suite de monographies. Partant d’une critique du discours dominant sur la métropolisation, il s’agit plutôt de mettre en évidence les potentialités de création de richesses et d’emplois qui existent sur de nombreux territoires, de proposer des éléments de méthode pour mieux les analyser et donc d’apporter des réponses mieux adaptées aux problèmes qu’ils rencontrent.

J’insiste notamment sur l’importance de repérer les ressources spécifiques qui sont localisées sur les territoires, de s’interroger sur le positionnement des entreprises dans des chaînes de valeur de plus en plus fragmentées, de prendre acte du poids de l’histoire ainsi que des dynamiques démographiques.

Le titre est un clin d’œil à un ouvrage d’Albert Jacquard de 1978 intitulé « La génétique et les hommes : éloge de la différence », dont j’ai placé une citation en exergue :

« Notre richesse collective est faite de notre diversité. L’ « autre », individu ou société, nous est précieux dans la mesure où il nous est dissemblable »

C’est le fil conducteur du propos, étant entendu que j’insiste pour ma part sur la diversité des territoires et en quoi cette diversité sous-tend la capacité collective de création de richesses. Au-delà de la déconstruction des discours sur la métropolisation à laquelle nous nous livrons depuis plusieurs années avec Michel Grossetti, il s’agit d’aller vers un propos plus constructif : si le modèle à une variable faisant de la taille des territoires l’alpha et l’omega de leur développement économique est invalide, quels sont les déterminants importants ? comment analyser les territoires ? quelles pistes en termes d’action publique ?

C’est un ouvrage volontairement synthétique (une centaine de pages), non technique, accessible à un public relativement large, du moins c’est l’intention. L’Espace Mendès France, qui m’accompagne dans l’édition et la diffusion de cet ouvrage, organise une conférence de lancement le mardi 19 septembre prochain, dans ses locaux, à 20h30.

Nous travaillons d’ores et déjà sur un produit dérivé. Après avoir hésité entre tee-shirt, mug ou autre joyeuseté, on a finalement opté pour une exposition reprenant autrement les différentes idées de l’ouvrage. Elle sera visible, toujours à l’espace Mendès France, à partir du 18 octobre prochain.

Je vous informerai lorsque l’ouvrage sera disponible, j’écrirai également quelques billets en lien pour prolonger la réflexion.

En dehors des Métropoles, point de salut ? Une analyse critique de la note de France Stratégie

France stratégie vient de publier une note intitulée « Dynamiques de l’emploi et des métiers : quelles fractures territoriales? », sous la plume de Frédéric Lainé. L’auteur exploite des données sur l’emploi des 25-54 ans sur longue période et montre que sur la période la plus récente (2006-2013), les « métropoles », c’est à dire Paris et le paquet des 12 plus grandes villes de province, connaissent une croissance positive, alors que les autres tranches de taille d’aires urbaines régressent. D’où la première phrase de la note : « Le début du XXIe siècle est marqué par un mouvement de concentration de l’emploi dans une douzaine de métropoles françaises ». La messe est dite, la presse s’en est emparée, titrant en gros qu’en dehors de cette douzaine de métropoles, point de salut.

Le contenu est pourtant plus nuancé que ce que la presse en a retenu, mais encore fallait-il lire jusqu’au bout : Frédéric Lainé montre notamment l’importance des effets de structure dans ces évolutions (les métropoles sont tirées par la croissance plus rapide des métiers de cadre, plus présents en leur sein), il explique aussi que les métropoles sont un ensemble hétérogène, et que d’autres effets comptent, notamment l’existence d’effets macro-régionaux.

Passons sur cela, revenons à l’affirmation initiale : en dehors d’une douzaine de métropoles, point de salut ? Non, je vous propose de le montrer en quelques chiffres.

J’ai récupéré sur le site de l’Insee l’emploi total par commune pour 2008 et 2013, ainsi que l’emploi correspondant aux fonctions dites métropolitaines (conception-recherche, culture-loisir, gestion, commerce inter-entreprises, prestations intellectuelles) et parmi elles les emplois de cadre. J’ai agrégé cela par Aire Urbaine (771 aires urbaines), puis j’ai fait quelques calculs.

Si l’on raisonne par paquets d’Aires Urbaines comme le fait l’auteur, effectivement, Paris et les 12 aires les plus grandes ont une croissance positive, les autres une croissance négative ou nulle. Je n’ai pas tout à fait les mêmes résultats car je ne suis pas sur la même période (2008-2013 contre 2006-2013) et pas tout à fait la même population (ensemble des actifs pour moi, 25-54 ans pour lui), mais c’est qualitativement similaire : la croissance de l’emploi France entière a été de 0,8%, elle a été de 1,3% pour Paris, 3,2% pour les 12 métropoles, 0,02% pour les Aires de 50 000 à 200 000 emplois et -1,6% pour les Aires de moins de 50 000 emplois.

Sauf que ce sont des moyennes et que raisonner sur des moyennes conduit à dire beaucoup de bêtises : certaines des 12 métropoles sont dynamiques, d’autres moins. Certaines des aires de taille inférieure sont dynamiques, plus que nombre de métropoles, d’autres moins.

Regardons le sous-ensemble des aires de plus de 50 000 emplois, soit les 68 aires urbaines les plus grandes, et voyons quelles sont les vingt plus dynamiques (les « métropoles » sont indiquées par une *) :

Aire urbaine emploi 2008-2013
Douai – Lens* 8.1%
Limoges 7.4%
Toulouse* 6.8%
Montbéliard 6.8%
Nantes* 6.6%
Alès 5.8%
Bordeaux* 5.8%
Lorient 5.4%
Mulhouse 5.3%
Chambéry 4.6%
Lyon* 4.5%
Grenoble* 4.0%
Poitiers 3.7%
Quimper 3.3%
Beauvais 3.2%
Valence 3.0%
Périgueux 2.9%
Lille (partie française)* 2.7%
Saint-Quentin 2.6%
Annecy 2.4%

Ce n’est pas parce que en moyenne les aires comprises entre 50 000 et 200 000 emplois ont une croissance nulle que chacune connaît une croissance nulle, comme on le voit…

A contrario, comme indiqué dans la note, la croissance moyenne des 12 métropoles masque des disparités : baisse de l’emploi de 0,8% sur Nice et de 0,7% sur Rouen ; croissance inférieure à la moyenne pour Strasbourg (+0,1%) et pour Toulon (+0,2%), juste au dessus de la moyenne pour Tours (+0,9%). Cinq métropoles sur douze patinent, on a fait mieux comme modèle générique de développement…

Idem si l’on restreint l’analyse aux cadres des fonctions métropolitaines. Leur croissance a été France entière de 10,6%, 9,3% sur Paris, 15,9% sur les 12 métropoles et 8,6% sur les aires de 50 à 200 000 emplois. Mais de 26,1% à Niort, qui truste la première place, ou 22,4% à Lorient, troisième derrière Douai-Lens, tandis qu’elle n’est que de 6,7% à Nice, 7,2% à Rouen ou 7,6% à Strasbourg.

Pour identifier plus rigoureusement l’existence éventuelle d’un effet taille des métropoles, il convient de passer à l’économétrie. Résultat des courses : pas d’effet taille significatif si l’on raisonne sur l’ensemble de l’emploi ou sur l’emploi des fonctions métropolitaines. Effet faiblement significatif (au seuil de 5% mais pas au seuil de 1%) pour le sous-ensemble des cadres des fonctions métropolitaines, mais les différences de taille n’expliquent alors que moins de 5% des différences de taux de croissance. Résultats conformes à ceux obtenus sur la croissance de l’emploi privé, voir cet article pour des détails.

Bref, il y a un salut en dehors des métropoles, et évitez de raisonner sur les moyennes pour ne pas dire trop de bêtises…

Crévindiou ! Le « rural » n’est pas mort…

Petit article remarquable de Laurent Rieutort, Professeur des Universités en géographie humaine à Clermont-Ferrand, pour la Revue Population & Avenir : « La ruralité en France : des potentiels oubliés ? » (n°731, p. 4-7, disponible sur Cairn (€)).

Il exploite de nouvelles données produites par l’Insee, sur la base d’une méthodologie européenne proposée par Eurostat, permettant de dépasser les limites du découpage en Aires Urbaines (je ne développe pas, voir son article ou ce document de l’Insee, également passionnant).

Cette méthodologie permet de distinguer les communes densément peuplées (au moins 50% de la population vit dans des zones de densité supérieure à 1500 habitants au km²), les communes de densité intermédiaire (même logique pour des densités entre 300 et 1500 hab/km²), les communes peu denses (entre 25 et 300 hab/km²) et les communes très peu denses (moins de 25 hab/km²).

Il analyse ensuite la dynamique démographique (évolution de la population, impact du solde naturel et du solde migratoire) et la dynamique économique (évolution de l’emploi, distinction entre activité présentielle et productive, types d’emploi (ouvriers, employés, cadres, …)).

Avec des résultats qui vont faire pâlir les adeptes du tout-métropole d’un côté, et de la France périphérique, de l’autre (j’agrège dans le tableau ci-dessous quelques résultats picorés dans son article, en me focalisant sur 2008-2013. Les résultats sur une période plus longue (1999-2013) ou sur la période antérieure à la crise (1999-2008) sont globalement les mêmes, voir l’article) :

densité

++ + France
part dans la population (2013) 35.50% 29.10% 31.30% 4.10% 100%
part dans l’emploi (2013) 36.30% 27.40% 32.20% 4.10% 100%
croissance démographique totale 2008-2013 0.34% 0.37% 0.83% 0.40% 0.50%
croissance naturelle 2008-2013 0.74% 0.26% 0.18% 0.03% 0.40%
croissance migratoire 2008-2013 -0.41% 0.10% 0.63% 0.37% 0.09%
croissance actifs occupés 2008-2013 -0.32% -0.60% 0.09% -0.27% -0.26%
dont cadres, prof. intellect. sup. et prof. intermédiaires 0.72% 0.52% 1.57% 1.54% 0.90%

++ : zones très denses, + : zones denses, – : zones peu denses, — : zones très peu denses

Les espaces peu denses et très peu denses ont une croissance démographique loin d’être catastrophique, supérieure aux espaces denses et très denses. Ceci est le produit d’un solde naturel faible (population plus âgée en moyenne) plus que compensé par un solde migratoire bien plus positif.

Côté dynamique économique, l’évolution est également plus favorable (ou moins défavorable) que celle observée dans les espaces denses et très denses, y compris pour les CSP supérieures. L’auteur explique dans le texte que ces évolutions sont pour partie tirées par le développement de la sphère présentielle, certes, mais aussi par le développement des activités productives (l’agriculture représente 10% des emplois dans les espaces très peu denses et l’industrie 20% des emplois).

Il conclut par trois points que je ne peux que partager :

  • On observe une diversité de trajectoires dans le monde urbain et rural, l’effet taille ne permet pas de résumer les processus économiques,
  • Plutôt que de chercher le « territoire performant », analysons les interrelations et les interdépendances entre les territoires et répondons aux enjeux de connexion, d’animation et de gouvernance,
  • N’oublions pas les territoires hors métropoles (les communes denses et très denses des 15 métropoles institutionnelles françaises concentrent 40% des actifs occupés, ça fait du monde en dehors), qui ont « le sentiment d’être en marge de la société, alors qu’elles ne sont pas condamnées et enregistrent souvent un renouveau démographique, socio-économique, et un niveau élevé d’innovations et de créativité » (page 7).

Vous allez croire que je parle de ce travail parce qu’il rejoint les conclusions de mes propres travaux et qu’il contredit les thèses à la Davezies/Guilluy, thèses primaires mais désormais caduques ? Non. C’est le cas, mais ce n’est pas la raison principale. J’en parle parce qu’il apporte des éléments de preuve très solides, à partir de données nouvelles et d’une méthodologie rigoureuse.

Ça fait du bien de lire des conclusions certes complexes mais justes, plutôt que des affirmations séduisantes mais tellement fausses.

La France périphérique ? Christophe Guilluy raconte n’importe quoi…

Dans notre dernière tribune pour Le Monde (voir ici ou ), Michel Grossetti et moi-même dénoncions un discours faisant de quelques grandes villes (les « métropoles ») l’alpha et l’omega de la création de richesses et d’emplois, en expliquant que ce discours sous-tendait deux idéologies, l’une « progressiste » (les métropoles sont l’avenir de la France, soutenons-les), l’autre « réactionnaire » (à soutenir les métropoles, on oublie la France périphérique qui se meurt et devrait se révolter).

Dans nos travaux mettant en débat ce discours, nous « entrons » par une critique de l’idéologie « progressiste », portée de manière plus ou moins nuancée par des chercheurs comme Davezies, Levy, Askenazy et Martin, … A plusieurs reprises, on m’a d’ailleurs demandé si on comptait s’attaquer un jour à l’autre idéologie, portée par Christophe Guilluy dans son ouvrage de 2015, « La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires », ou dans son dernier ouvrage, « Le crépuscule de la France d’en haut ».

J’explique alors, précisément, que les travaux de Guilluy ne sont que l’autre face de la même pièce, ce dernier reprenant la thèse des premiers (les métropoles concentrent et concentreront toujours plus les meilleurs emplois et les meilleurs revenus), mais lui se focalise ensuite sur les classes populaires, concentrées hors métropoles et délaissées par les élites. Il n’en demeure pas moins que pointer du doigt ses erreurs d’analyse, ou plus précisément les éléments de preuve empirique qu’il avance, comme nous l’avons fait pour la note Terra Nova de Davezies et Pech et celle d’Askenazy et Martin pour le CAE, par exemple, est loin d’être inutile.

Ça tombe bien : c’est l’exercice auquel vient de se livrer Olivier Galland, sur Télos, dans un billet synthétique et efficace, je vous recommande sa lecture. Et comme il s’agit, j’insiste, du même discours pour deux idéologies, ce que dit Galland de Guilluy, c’est autant d’éléments contre Davezies, Levy et consorts…

Mépris de classe, mépris de place : réflexions sur la géographie du populisme

L’élection de Donald Trump a donné lieu a de nombreuses analyses cherchant à expliquer la montée du populisme, passée et à venir, là-bas et ailleurs. Certaines analyses se sont focalisées sur la géographie du vote : Clinton gagne dans les grandes agglomérations, Trump dans les Etats à dominante rurale.

Résultat en phase avec une idéologie globale, très diffusée en France, dont on trouve une version dans le billet posté par Pierre-Yves Geoffard sur Libération, dans la droite ligne de la note pour le Conseil d’Analyse Economique co-écrite par Philippe Askenazy et Philippe Martin, dont j’avais parlé, un poil critique, il y a quelques temps. Elle sous-tend également les propos de Jacques Levy, dans une tribune pour Le Monde, je ne résiste pas à l’envie de reprendre l’un des morceaux du texte, juste exceptionnel :

L’urbanité ou son rejet, l’espace public contre l’espace privé font résonance avec d’autres éléments très forts : éducation, productivité, créativité, mondialité, ouverture à l’altérité, demande de justice, présence du futur d’un côté ; de l’autre, mépris de l’intellect, enclavement économique, absence d’innovation, appel au protectionnisme, peur de l’étranger, affirmation d’une d’identité fondée sur la pureté biologique, la loyauté communautaire, le respect de l’autorité et la référence nostalgique à un passé mythifié – toutes choses qui ne définissent pas une approche différente de la justice, mais une alternative à l’idée même de justice.

Nous avions commencé à échanger sur le sujet avec Michel Grossetti, couchant sur le  papier quelques idées, car cette idéologie globale fait beaucoup de mal, selon nous. En gros, elle oppose des « talents », mobiles, localisés dans les métropoles, innovants, modernes, inscrits dans la mondialisation, et puis les autres, tous les autres, sédentaires, embourbés hors métropoles, pas trop aidés, quoi. Avec deux discours branchés sur cette idéologie, deux discours qui sont en fait les deux faces de la même pièce.

Un discours  progressiste, dont le billet de Pierre-Yves Geoffard est l’exemple parfait : la mondialisation est source de progrès, elle suppose pour la France d’innover, l’innovation est portée par les talents/créatifs/productifs hyper-mobiles qui n’aiment rien tant que les métropoles, c’est donc bien de soutenir le mouvement mais il faut quand même faire attention aux exclus, à ceux localisés hors métropole, qui perdent, donc à charge pour les nomades d’accepter de payer l’impôt pour dédommager les perdants, leur payer des écoles pour leurs enfants, le médecin, le dentiste, ce genre de choses. Sinon populisme assuré.

Un discours réactionnaire, de l’autre côté, porté côté recherche par un Christophe Guilluy, récupéré allègrement par le Front National ou un Nicolas Sarkozy, qui accepte exactement (je graisse, italique et souligne, au risque d’être lourd) le même schéma explicatif, mais se focalise sur les perdants supposés, les sédentaires (blancs de souche) de nos campagnes, qu’il ne faudrait pas oublier, tout de même, donc votez pour nous, on va défendre le petit peuple.

Sauf que cette idéologie ne tient pas la route. Empiriquement, je veux dire. Car sinon, côté cohérence interne, enchaînements, ça coule, ça roule. D’où sa diffusion, côté soleil ou côté ombre (je digresse : un problème important en France est l’attrait pour les discours à cohérence apparente, aux enchaînements logiques, peu importe les éléments de preuve. Les gens sont fascinés par la figure historique de l’intellectuel français, qui parle trop bien, donc ça doit être vrai). Alors bon, on s’est fendu d’une tribune pour Le Monde, histoire de montrer où ça grippe.

Car oui, quand on passe à l’épreuve des faits les enchaînements, ça grippe. Grave, même. A plein de niveaux. On insiste dans notre tribune sur l’une d’entre elles : les différences moyennes de productivité entre métropoles et hors métropoles sont dues à des effets de composition ; en France, elles opposent Paris et la province, mais ce n’est pas que les parisiens sont plus modernes, plus innovants, plus talentueux, plus performants, etc : c’est que Paris concentre certains métiers à hauts salaires, des cadres des grands groupes et des cadres de la banque et de la finance, notamment.

La montée du populisme, oui, c’est la faute de certains politiques, de certains médias. Mais de certains chercheurs en sciences sociales, aussi. Qui devraient commencer par réfléchir à leurs sujets de recherche : pourquoi est-il plus « noble » pour un économiste de travailler sur la mondialisation, l’innovation, la finance internationale, les start-up, les firmes multinationales, Paris, Los Angeles, Tokyo, …, que sur le commerce et l’artisanat, la fonction publique, les PME, le monde rural, Lorient, Figeac, Belfort et Montbéliard ? Des chercheurs qui devraient faire attention aux données qu’ils mobilisent, aux indicateurs et aux méthodes qu’ils utilisent ; qui devraient aller voir sur le terrain, aussi, ça éviterait d’interpréter à tort quelques régularités ; qui devraient faire preuve, aussi et surtout, d’un peu de réflexivité…

Notre billet est visible ici. Commentez ici où là-bas.

Dis, Le Monde, si tu passes par là, ce billet je ne l’ai pas écrit tout seul, il est co-écrit avec Michel Grossetti, c’est même lui qui a commencé ! Regarde dans tes boîtes mails, je te l’ai signalé ce matin, tu pourrais corriger très vite ? Tu veux que je me fâche avec un sociologue, toulousain, d’origine Corse ?! C’est (partiellement) corrigé !

Réussir la réforme des Régions

Mercredi 9 novembre 2016, j’interviendrai aux Journées de l’Économie organisées à Lyon dans le cadre d’une table ronde intitulée « Réussir la réforme des Régions ». Voici quelques idées en vrac que j’aimerais défendre.

  1. l’un des arguments avancés pour soutenir la fusion des régions consistait à dire que les régions françaises étaient trop petites, comparativement à leurs homologues allemandes, les fusionner allait permettre de leur faire atteindre une « taille critique ». Cet argument « taille critique », que l’on retrouve pour le soutien aux métropoles, mais qui sous-tend aussi la réorganisation des Universités, ne tient pas la route empiriquement, comme expliqué à de nombreuses reprises sur ce blog ou ailleurs (voir ici pour la recherche, ou là pour des analyses à l’échelle des régions et des villes),
  2. cet argument tient d’autant moins pour les régions que, même après la fusion, les régions françaises restent toutes petites, comme expliqué dans ce billet : elles sont grandes en termes de superficie ou de population, elles restent des naines en termes de budget. Ceci est d’ailleurs rappelé dans l’annonce de la table ronde : « A ce jour, les Régions françaises représentent 1,3% du PIB contre 9,2% du PIB pour les Länder autrichiens et 12,8% du PIB pour les Länder allemands »,
  3. un autre argument beaucoup plus recevable consistait à supprimer la clause générale de compétence des collectivités, afin d’éviter la duplication des efforts sur les mêmes thèmes (au hasard : en matière de développement économique), notamment entre département et région.  Mais les départements, très fâchés, semblent quelque peu contourner le système. Petit exemple près de chez moi, la création par le département de la Vienne de « l’Agence de créativité et d’attractivité du Poitou », où l’on nous explique que tourisme et économie sont indissociables et complémentaires, et que « C’est pourquoi, l’Agence Touristique de la Vienne présente une modification de ses statuts en vue de l’extension de son objet à la prospection et au développement économique ». Ce n’est pas près de ne plus doublonner.

Est-ce à dire qu’il n’y a rien à attendre de positif de cette réforme ? Peut-être parce que je suis d’un naturel optimiste, je dirais que non. Rien d’automatiquement positif, mais des potentialités, à charge pour les acteurs de s’en saisir :

  1. si je prends l’exemple de la Nouvelle Aquitaine, cette région est tellement grande qu’animer le développement économique depuis Bordeaux est impossible (alors que le développement économique de la Région Poitou-Charentes était largement animé depuis Poitiers). Il n’est donc pas exclu que le développement économique soit analysé et animé à des échelles plus fines qu’auparavant, ce qui, compte-tenu de la géographie des spécialisations économiques, me semble être une bonne chose,
  2. les Régions rédigent désormais des schémas prescriptifs, autrement dit des schémas qui s’imposent aux autres collectivités. Certaines collectivités s’en inquiètent, elles ont peur de tomber sous la dictature du Conseil Régional, je pense que cela peut surtout obliger à un peu plus de coordination et de cohérence dans ce qui est fait aux différentes échelles (Région, Métropole, EPCI),
  3. j’observe également que les rivalités locales souvent calamiteuses entre communes ont tendance à s’estomper, les intercommunalités se développent et s’organisent, pour pouvoir mieux négocier et contractualiser avec les Conseils Régionaux. C’est une très bonne chose, car à l’échelle locale, il existe clairement des économies d’échelle statiques en matière de gestion des services publics (transports, eau, écoles, zones commerciales, …),
  4. l’émergence de grandes régions (ainsi que de métropoles) peut avoir un autre effet bénéfique, car il conduit à l’émergence de contre-pouvoirs face à l’Etat central. Certes, les régions disposent de moyens financiers limités, comme expliqué plus haut, mais des politiques d’envergure nationale semblent penser qu’une carrière à gérer une grande région ou une grande ville vaut aussi bien qu’un poste temporaire de Ministre. Si ceci peut réduire un peu le jacobinisme à la française, ce ne sera pas un mal.

Bref : le pire n’est pas sûr, même s’il n’est pas à exclure non plus. Tout va dépendre de comment les régions vont s’organiser et penser leur développement économique. Comme je le dis souvent, ma crainte est que l’on reproduise à l’échelle des régions des « France en plus petit », c’est-à-dire un développement économique exclusivement centré autour d’une métropole, au mépris des potentialités de développement économique qui existent sur de nombreux territoires non métropolitains. Si on évite ce travers et que l’on essaie d’inventer d’autres formes de développement, basées sur une meilleure connaissance des réalités locales et sur le développement de coopérations aux différentes échelles, ma foi, cette réforme peut déboucher sur des choses positives.

Vu le bazar actuel sur les territoires, cependant, une chose est sûre : ça va prendre du temps…

Le cas Alstom : la question du sens de la causalité

Alstom a annoncé il y a quelques jours devoir fermer son site de Belfort dédié à la fabrication de locomotives et de motrices. Pourquoi? Plus de commande. Le gouvernement s’agite pour sauver le site, l’objectif étant de trouver de nouvelles commandes, auprès de la SNCF, de la RATP et/ou pour la fabrication de trains régionaux. Si cela aboutit, tout le monde se réjouira de l’enchaînement : 1) Alstom va mal en raison de l’absence de commande, 2) le gouvernement s’agite, 4) Alstom décroche de nouvelles commandes, 3) le site de Belfort est sauvé.

Étant donné qu’Alstom est en concurrence sur certains de ces marchés avec d’autres entreprises (le canadien Bombardier et l’espagnol CAF), je me demande naïvement si on ne peut pas inverser le sens de la causalité : 1) Alstom veut décrocher ces commandes, 2) Alstom annonce devoir fermer le site, 3) le gouvernement s’agite, 4) Alstom décroche les nouvelles commandes, 5) le site de Belfort est sauvé.

Au moment où le Made in France revient dans les débats, quelle importance, me direz-vous, tant pis pour les canadiens et les espagnols, tant mieux pour les français. Sauf que Bombardier dispose de la plus grande usine ferroviaire de France à Crespin, dans le Nord, et que CAF a son usine à Bagnères-de-Bigorre, dans les Haute-Pyrénées. Ce n’est donc pas le Canada où l’Espagne, qui vont perdre, mais certains territoires français contre d’autres. Mais le symbole Alstom à Belfort est trop fort pour que le gouvernement ne vole pas au secours de ce site.

Donc bravo au PDG d’Alstom. Ce n’est qu’une hypothèse, bien sûr.

Les PIB régionaux par habitant sont de plus en plus souvent en état de décomposition…

J’ai critiqué à de multiples reprises sur ce blog la tendance à dire des choses sur les performances économiques des régions françaises sur la base de la comparaison des PIB régionaux par habitant, qui sont tout sauf, précisément, des indicateurs adaptés de la performance économique des territoires. Pour un petit rappel, voir cette tribune publiée par le Monde ou, pour plus de détails encore, cet article publié par la revue de l’OFCE, à chaque fois cosignés avec Michel Grossetti.

Nous pensions que l’affaire était réglée, mais en fait, à l’heure où je vous parle, le bilan est plutôt mitigé. France Stratégie a publié une note datée de début juillet plutôt énervante, ceci d’autant plus que nous avons été auditionnés dans le cadre de la préparation de cette note, que nous sommes d’ailleurs cités, mais que… comment dire… il y a pas mal d’erreurs dans cette note… Comme c’est l’été et que nous sommes plutôt sympas, on vous a d’ailleurs préparé un petit jeu intitulé « France Stratégie : le jeu des 7 erreurs » (en fait, il y en a plus, mais on bosse pour en regrouper certaines et passer à 7, parce que même l’été, oui, on bosse). On essaie de vous le proposer pour la rentrée, vous pouvez jouer à les trouver avant.

(digression : c’est marrant cette tendance de certaines institutions qui doivent répondre à une question, qu interrogent des gens qui pensent « blanc », des gens qui pensent « noir », et qui finalement décident de pondre une note « grise », en se disant que la vérité doit être entre les deux. C’est un peu comme si vous interrogiez des gens qui pensent que le soleil tourne autour de la terre, d’autres gens qui pensent que la terre tourne autour du soleil, que sur la base des auditions, vous concluriez qu’il y a des trucs qui tournent autour d’autres trucs. Si c’est votre cas, un conseil : postulez à France Stratégie).

Bilan mitigé parce qu’aussi positif, malgré tout : l’INSEE vient de publier des analyses des PIB régionaux par habitant qui s’appuient sur la décomposition que nous avions proposée et qui permettent précisément de prendre un sacré recul par rapport à l’association trop rapide faite par certain, du style « gros PIB par habitant, grosse performance ». Vous pouvez consulter la publication nationale ici, ainsi que les déclinaisons par région en consultant cette page.

Inversion de la courbe du chômage : un nouveau petit point

L’Insee vient de mettre en ligne les taux de chômage trimestriels par zones d’emploi (304 zones en France métropolitaine) pour le 4ème trimestre 2015. L’occasion de refaire un point à l’échelle infra-nationale sur la question de l’inversion de la courbe du chômage.

A l’échelle du pays, c’est clair, le chômage stagne : la moyenne simple des taux de chômage par zone d’emploi était à 9,9% fin 2012, 9,8% fin 2013, 10,2% fin 2014 et 10,1% fin 2015. Mais rien ne dit que des choses ne bougent pas à des échelles plus fines.

La dernière fois que je m’étais livré à l’exercice, on observait peu de changement, moins d’une dizaine de zones avaient vu leur taux de chômage baissé. Cette fois, leur nombre est plus important : 75 des 304 zones d’emploi ont un taux de chômage au dernier trimestre de 2015 inférieur à leur taux de chômage au dernier trimestre de 2012. Dans certains cas, la variation est faible, dans d’autres cas, elle est relativement forte.

Pour le montrer, on peut commencer par cartographier l’écart entre les deux taux de chômage (taux 2012 – taux 2015). Une valeur positive signifie que le taux de chômage a baissé, d’autant plus que la valeur est élevée.

inversion

Les zones en bleu sont celles qui ont connu une hausse du chômage ; celles en jaune et en orange ont connu une baisse du taux : entre 0,1 et 0,6 points de pourcentage pour les zones en jaune, entre 0,6 et 1,2 points de pourcentage pour celles en orange.

Vous pouvez découvrir le détail des 75 zones d’emploi ici : le nom de la zone, sa région d’appartenance, le taux de chômage aux deux dates et la variation du taux. Elles sont classées de la plus forte variation à la plus faible. Les 15 zones en orange sont les suivantes :

zone d’emploi région  2012  2015 écart
Douai Nord-Pas-de-Calais-Picardie 14.8 13.6 1.2
Calais Nord-Pas-de-Calais-Picardie 16.8 15.7 1.1
Vesoul Bourgogne-Franche-Comté 10.0 9.1 0.9
Vallée de l’Arve Auvergne-Rhône-Alpes 10.5 9.6 0.9
Lens-Hénin Nord-Pas-de-Calais-Picardie 17.0 16.1 0.9
Ussel Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes 7.8 7.1 0.7
Verdun Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine 11.6 10.9 0.7
Saint-Flour Auvergne-Rhône-Alpes 6.6 5.9 0.7
Limoux Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 13.6 12.9 0.7
Sens Bourgogne-Franche-Comté 11.3 10.7 0.6
Saint-Malo Bretagne 9.8 9.2 0.6
Château-Thierry Nord-Pas-de-Calais-Picardie 12.2 11.6 0.6
Vendôme Centre-Val-de-Loire 8.7 8.1 0.6
Bar-le-Duc Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine 9.0 8.4 0.6

On peut symétriquement regarder les zones qui ont connu la dégradation la plus forte de leur situation. En voici la liste :

zone d’emploi région 2012 2015 écart
Porto-Vecchio Corse 10.5 12.8 -2.3
Bastia Corse 10.0 11.6 -1.6
Autun Bourgogne-Franche-Comté 9.3 10.8 -1.5
Sartène-Propriano Corse 11.2 12.7 -1.5
Morteau Bourgogne-Franche-Comté 6.5 7.9 -1.4
Troyes Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine 11.2 12.4 -1.2
Ganges Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 12.6 13.8 -1.2
Menton Vallée de la Roya Provence-Alpes-Côte d’Azur 8.8 10 -1.2
Montereau-Fault-Yonne Ile-de-France 11.0 12.1 -1.1
Guingamp Bretagne 9.5 10.6 -1.1
Carhaix-Plouguer Bretagne 9.4 10.4 -1.0
Montauban Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 10.9 11.9 -1.0
Céret Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées 15.0 16 -1.0
Orly Ile-de-France 9.9 10.8 -0.9
Romorantin-Lanthenay Centre-Val-de-Loire 9.5 10.4 -0.9
Aubenas Auvergne-Rhône-Alpes 13.0 13.9 -0.9
Nice Provence-Alpes-Côte d’Azur 9.7 10.6 -0.9
Cavaillon-Apt Provence-Alpes-Côte d’Azur 12.4 13.3 -0.9

Comme dit dans un autre billet, attention cependant à l’interprétation des taux de chômage : certaines zones ont un faible chômage qui se conjugue à de faibles créations d’emploi, d’autres un fort chômage mais une dynamique forte de création d’emploi, etc. Il est aussi possible que sur certains territoires, le « renoncement » à chercher un emploi soit plus fort, ce serait à regarder. Cela semble quand même bouger un peu, en positif, notamment dans quelques zones de la nouvelle région « Hauts de France », particulièrement exposées au problème du chômage.

Aquitaine – Limousin – Poitou-Charentes : quels secteurs clés ?

J’ai présenté hier, à Angoulême, quelques éléments sur l’économie de la nouvelle région issue de la fusion d’Aquitaine, du Limousin et de Poitou-Charentes (région dite « ALPC » pour l’instant). Le diaporama présenté est visible ici.

Les messages clés que je voulais faire passer étaient les suivants :

  • l’idée selon laquelle la création de richesse et d’emploi passe uniquement en France par quelques métropoles est empiriquement faux. Pour ALPC, donc, tout ne se joue pas à Bordeaux. Pour preuve les deux premières cartes du diaporama, qui montrent des dynamiques d’emploi favorables, sur période longue et sur une période plus récente, sur Bordeaux mais aussi sur d’autres territoires hors métropole,
  • plutôt que de chercher le modèle de développement à répliquer partout, il convient d’étudier précisément les contextes territoriaux, à des échelles assez fines (zones d’emploi, aires urbaines, …), d’identifier les problématiques à traiter et de brancher les bonnes politiques. Faire du sur-mesure plutôt que du prêt-à-porter.

Dans cette perspective, pour commencer à caractériser les contextes territoriaux, une stratégie empirique consiste à repérer ce que j’appelle les « secteurs clés » de la région : des secteurs plus présents sur ce territoire qu’ailleurs en France, l’hypothèse étant que si ces secteurs sont plus présents, c’est sans doute que des avantages comparatifs ont pu se créer au fur et à mesure du temps.

J’ai mobilisé pour cela des données récentes (données Acoss sur l’emploi privé pour l’année 2014, voir ici pour une présentation des données), avec un découpage géographique fin (découpage en zones d’emploi, il y en a 304 France entière dont 33 en ALPC, voir ici pour une présentation des zones d’emploi) et un découpage sectoriel fin (732 secteurs différents, voir ici pour la présentation de cette nomenclature). Si on travaille d’emblée à l’échelle des zones d’emploi, le secteur le plus spécifique (je n’ai retenu que les secteurs employant plus de 1000 personnes et dont le poids est au moins le double du poids moyen observé en France) est celui de la « production de boissons alcooliques distillées », présent sur la zone d’emploi de Cognac, qui regroupe 2 294 salariés Acoss : le poids de ce secteur sur Cognac est 271 fois le poids observé en moyenne France entière. Suit Bressuire et la « Transformation et conservation de viande de volaille ». Les 48 secteurs répondant à ces critères sont repris dans les deux derniers tableaux de ma présentation.

Une autre stratégie possible consiste à travailler dans un premier temps au niveau d’ALPC dans son ensemble : je retiens les secteurs qui emploient au moins 1000 personnes et dont le poids en ALPC est au moins le double de celui observé France entière. Ils sont au nombre de 31, vous pouvez les découvrir ici. Les 5 secteurs les plus spécifiques sont les suivants :

secteur effectifs spécificité
Fabrication de piles et d’accumulateurs électriques 1 654 14.9
Production de boissons alcooliques distillées 3 277 7.2
Fabrication de placage et de panneaux de bois 1 891 6.6
Construction de bateaux de plaisance 1 918 6.6
Fabrication d’articles céramiques à usage domestique ou ornemental 1 079 5.8

La spécificité est le rapport entre le poids du secteur en ALPC et le poids France entière. Le premier secteur est ainsi 15 fois plus présent en ALPC que France entière. On peut également repérer parmi les 31 secteurs ceux qui pèsent le plus en emploi. Les 5 premiers selon ce critère sont les suivants :

secteur effectifs spécificité
Construction aéronautique et spatiale 15 698 2.8
Activités de centres d’appels 7 454 2.2
Commerce de gros de boissons 5 589 2.3
Fabrication de charpentes et d’autres menuiseries 3 647 2.3
Production de boissons alcooliques distillées 3 277 7.2

Il est possible ensuite de repérer la géographie plus précise de ces secteurs clés, à l’échelle des zones d’emploi voire des communes. Pour les deux secteurs à plus gros effectifs, ça donne ceci.

aéro

On retrouve les zones d’emploi de Bordeaux, Pau, Bayonne, Rochefort, Oloron Sainte-Marie, …

Pour les centres d’appels :

centres_appel

Les zones qui dominent sont Poitiers (la zone du Futuroscope en fait), Bordeaux, La Rochelle, Pau, Tulle.

Ce type de repérage statistique ne suffit pas : il faut ensuite procéder à des analyses plus qualitatives : i) analyses de secteur pour comprendre les déterminants de la dynamique de l’activité, le positionnement des entreprises, les problématiques elles font face, …, ii) analyses des territoires où sont implantées ces entreprises, pour comprendre le pourquoi de leur présence ici, le rapport qu’elles entretiennent au territoire, les liens qu’elle ont avec d’autres entreprises, localement ou ailleurs, etc. Nous nous étions livré à ce type d’exercice (sur le premier point tout au moins) pour l’activité des centres d’appels il y a quelques années, secteur qui emploie de nombreuses personnes mais que les politiques ne veulent pas regarder (pas assez « tendance »), alors qu’à l’évidence il y a des choses à regarder et à faire… Vous pouvez lire l’article ici.

Alain Rousset a indiqué à plusieurs reprises vouloir mettre en place une sorte de « Datar régionale », avec un volet « intelligence économique » destiné à produire ce type d’analyses et un volet plus opérationnel (quelles politiques enclenche-t-on ensuite ?). Il est clair que cela fait gravement défaut…

Mon sentiment est qu’il convient de ne pas développer une nouvelle structure, mais plutôt de fédérer les ressources et les compétences présentes en Région, à commencer par celles des chercheurs en économie, géographie, sociologie, …, mais aussi celles dont disposent l’Insee, les Agences d’Urbanismes (cruellement absentes en Poitou-Charentes et en Limousin), etc.

Avec un objectif essentiel : ne pas chercher comme l’a fait trop longtemps l’ex-Datar à « vendre » aux territoires un modèle générique de développement (SPL, Pôles de Compétitivité, Métropoles, …), mais plutôt, comme expliqué plus haut, de produire des analyses quantitatives et qualitatives permettant de repérer les problématiques spécifiques à traiter et de brancher ensuite, si nécessaire, les bonnes politiques publiques.