Le graphique du jour (le piège de nos croyances)

Le graphique, trouvé ici, reprend en abscisse la part effective des immigrés dans la population de différents pays et, en ordonnée, la part estimée par les citoyens de ces mêmes pays. La ligne rouge rassemble les points où parts estimées et parts effectives sont égales. Tous les pays sont au-dessus, signe que tout le monde surévalue la part des immigrés dans la population.

immigrationTous sont au-dessus, mais certains plus que d’autres. A ce petit jeu, ce sont les français qui se trompent le plus : la part des immigrés dans la population est de 10%, les français la déclarent en moyenne comprise entre 25 et 30%.

Je m’interroge sur une causalité : est-ce parce que nos politiques sont incapables de parler sérieusement d’immigration que les citoyens surestiment autant les chiffres, où est-ce parce que les citoyens surestiment autant ces chiffres que les politiques sont incapables d’en parler sérieusement ? Causalité circulaire, peut-être.

On pourrait élargir à bien d’autres sujets : piégés par nos croyances, nous avons tous du mal à voir les évidences et à agir en conséquence…

Pourquoi avons-nous de si mauvais politiques (en France) ?

C’est ce que je me suis dit, en écoutant Justin Trudeau, Premier Ministre du Canada (en anglais puis en français)…

C’est ce que je me suis redis en écoutant Barack Obama, Président des Etats-Unis (anglais sous-titré anglais)…

 

Quelqu’un a entendu un politique français tenir un discours similaire ?

Sur l’analyse économique des migrations, voir mes précédents billets, ou bien cette excellente émission, à écouter ou lire (en anglais).

Bon, ben… joyeux Noël et bonne année…

Femmes au foyer, immigrés, temps de travail : quelques mélanges…

Je viens de voir passer cet article de mars dernier, qui circule un peu ces derniers jours sur les réseaux sociaux, titré « les femmes au foyer pour libérer l’emploi : la proposition hallucinante d’un député FN », publié sur le site Terrafemina.

Dominique Martin, eurodéputé FN, y explique notamment que « ça aurait l’avantage de libérer des emplois ». L’article, très critique, a été partagé près de 50 000 fois. Je partage également, le propos est absurde.

Si je me fends d’un billet, c’est que l’absurdité ne se niche pas forcément là où on l’imagine (j’imagine que Marine et Marion ont assez peu apprécié, elles ne semblent pas être retournées à leurs fourneaux, en tout cas).

L’absurdité réside plutôt, comme indiqué dans mon dernier billet, dans l’idée que le nombre d’emplois disponibles dans un pays serait assimilable au nombre de parts de gâteau que l’on pourrait se partager et que, désolé, si le nombre de convives augmente un peu trop, autant en exclure certains, histoire de manger à notre faim, quand même.

Cet eurodéputé considère qu’exclure les femmes serait une bonne solution. Je ne doute pas qu’un sondage réalisé auprès des français (sondage représentatif auprès de la population française selon la méthode des quotas, bien sûr), montrerait que la majorité des français sont contre.

En revanche, je m’interroge sur les résultats du même sondage si la question n’était plus « d’exclure les femmes », mais plutôt « d’exclure les immigrés ». Dans les deux cas, il s’agirait de réduire le nombre de postulants à l’emploi. Du point de vue de l’économie d’un pays, la question est la même. Pas sûr que la réponse soit la même, je pressens que la majorité des français serait pour la limitation des postulants immigrés. Vous pouvez être « pour » l’accès des femmes et « contre » l’accès des immigrés, mais reconnaissez que ce n’est plus un problème économique, un problème de discrimination, plutôt.

Ce qui, désolé, serait moyennement cohérent : si vous pensez que l’afflux de représentantes de la gente féminine sur le marché du travail ne pose pas de problème, vous devez penser aussi que l’afflux d’immigrés ne pose pas de problème. Si vous pensez, à l’inverse, que l’afflux d’immigrés pose problème, vous devez penser que l’afflux de femmes pose problème. Vous faites ce que vous voulez, bien sûr, mais un peu de cohérence ne nuit pas. Je comprends cependant que vous ne vouliez pas de discrimination, ni contre les femmes, ni contre les immigrés. Vous devriez alors valider l’existence d’un tirage au sort aléatoire d’un certain nombre de personnes définitivement exclues du marché du travail, parce que la faute à pas de chance, un truc genre Française des Jeux, quoi.

On pourrait multiplier les exemples : j’ai entendu, il y a quelques temps, un syndicat étudiant expliquer que si on décalait l’âge de la retraite, cela augmenterait le taux de chômage des jeunes, car plus de « seniors » en emploi, c’est plus de jeunes au chômage. Ou encore, par d’autres, l’idée que réduire le temps de travail serait la solution. Gâteau à partager, toujours.

Bref, si vous êtes cohérent, vous devez être pour :

  1. la limitation de l’immigration,
  2. le retour des femmes au foyer,
  3. le maintien de l’âge de la retraite à ce qu’il est aujourd’hui,
  4. la réduction du temps de travail.

Ou bien, si vous êtes cohérent, toujours, vous devriez vous dire que :

  1. l’accès des femmes au marché du travail n’est pas un problème,
  2. l’immigration n’est pas un problème,
  3. décaler l’âge de la retraite n’est pas un problème,
  4. réduire le temps de travail n’est pas la solution.

Je pressens des problèmes de dissonance cognitive.

J’imagine un politique de droite expliquer que décaler l’âge de la retraite, mon bon monsieur, cela ne posera pas de problème sur le chômage, mais que, en revanche, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, l’immigration, vous comprenez… Et puis les 35 heures, quand même!

J’imagine un politique de gauche, énervé par les discours un brin (une poutre) xénophobes ou antiféministes, se désespérant des discours anti-immigrés, mais se désolant du décalage de l’âge de la retraite, quand même, parce que les jeunes, quoi, et puis la réduction du temps de travail, ça semble pas mal, quand même…

Les propos de Dominique Martin sont absurdes, ça ne fait aucun doute. Au-delà de cette cible facile, réfléchissons chacun à nos contradictions.

Economie des migrations

Mercredi dernier, j’ai pris une heure de mon temps de cours auprès des deuxièmes années de licence de sciences économiques pour leur présenter une synthèse des études économiques consacrées à la question des migrations. Vu le contexte, c’était une façon de commencer à passer d’une phase « émotion » à une phase « réflexion », en traitant un sujet connexe qui risque de resurgir, celui de l’impact des migrations sur l’économie d’un pays comme la France.

Comme je leur ai expliqué, si certains sujets font débat entre économistes, celui-ci, pas du tout : les résultats sont clairs et convergents et conduisent à rejeter les idées qui circulent sur la question (en France, les spécialistes du sujet, côté économie, sont notamment E. M. Mouhoud et L. Ragot, je vous conseille de les lire, vous trouverez rapidement certains de leurs écrits sur le net).

J’ai organisé mon propos en passant en revue quatre de ces idées : 1) la France et l’Europe accueillent toute la misère du monde, 2) l’immigration conduit à un accroissement du chômage, 3) les immigrés pèsent sur les budgets publics, compte-tenu des prestations qu’ils reçoivent, 4) l’immigration choisie serait cependant la solution. Je vous laisse découvrir mon diaporama (version pdf ici), avant de résumer les principales idées.

Sur le point 1, les migrations dominantes sur la planète ne sont pas les migrations Sud-Nord (37% de l’ensemble environ), mais les migrations Sud-Sud et Nord-Nord (60%). La France se situe dans la moyenne, assez loin dans le classement des pays de l’UE ou de l’OCDE si on raisonne sur la part des flux récents, un peu en dessous de la moyenne si on raisonne en stock.

Sur le point 2, sans doute le plus important car le plus contre-intuitif : l’immigration ne fait pas monter le chômage. Si vous pensez cela, il faut que vous pensiez aussi que la montée de l’activité des femmes doit faire monter le chômage, idem si on décale l’âge de départ à la retraite, puisqu’à chaque fois, ce sont des gens en plus qui peuvent participer. En fait, la faille dans le raisonnement banal, c’est que l’on considère que le nombre d’emplois disponibles dans une économie est comparable à un gâteau de taille donnée : si plus de gens veulent participer, il faudrait couper des parts plus petites (réduction du temps de travail par exemple) ou bien exclure certains convives, qui n’auront pas le droit de manger du gâteau, à commencer par les migrants (on l’entend moins pour les femmes aujourd’hui, mais je ne doute pas que certains le pensent encore).

Or, les choses ne marchent pas comme cela : des gens en plus qui participent, ce sont aussi des consommateurs en plus, qui font monter le niveau de l’activité économique et donc les besoins en emplois. Pour filer la métaphore, le système économique a ceci de « magique » que, si vous avez plus d’invités, votre gâteau grossit très rapidement. Toutes les études sur différents pays et différentes périodes le montrent, la migration n’a pas d’effet sur le niveau de chômage. Les seuls qui sont parfois lésés, ce sont en fait les générations précédentes de migrants, pas les natifs…

Sur le point 3, pour le cas français, les migrants rapportent plus qu’ils ne coûtent. Sur l’aspect chômage, ce n’est pas le cas, car ils ont un taux de chômage plus élevé et des salaires plus faibles en moyenne, dont ils reçoivent plus qu’ils ne cotisent. Mais ceci est plus que compensé par les budgets retraites et santé : les migrants sont jeunes, ils ont massivement entre 25 et 50 ans, ils sont donc très nombreux à cotiser pour la retraite mais très peu perçoivent des pensions. Côté santé, ils recourent moins au système de soins que les natifs. Au global, on estime qu’ils contribuent pour 12 milliards d’€ aux budgets publics, soit, en moyenne, 2250€ par immigré.

Sur le point 4, il y a un énorme problème de faisabilité dans le discours « immigration choisie » : qui choisit ? qui est capable d’anticiper les besoins de l’économie à horizon de 5 ans ? On reste dans le mythe d’un planificateur omniscient, qui n’existe pas. Si on passe sur ce problème, les études montrent que l’intérêt de « choisir » ses migrants peut être avantageux à court terme, moins à long terme. A court terme, puisque les migrants que l’on veut choisir sont plutôt des personnes qualifiées, qui vont donc percevoir des salaires plus élevés, leur contribution aux budgets publics sera plus forte que si l’on accueille des personnes à plus faibles qualifications, donc plus souvent au chômage et bénéficiant de salaires plus faibles. Mais à long terme, c’est moins évident : les personnes à plus haut revenu ont une espérance de vie plus longue et recourent plus au système de santé.

J’ai conclu en indiquant que les idées qui circulent sont largement démenties par les études sérieuses consacrées au sujet. Ce qu’aucun politique n’ose dire : certains font de l’immigration la source de tous nos maux, les autres en font un sujet tabou dont on ne parle pas. Je rêve d’entendre un responsable national le clamer haut et fort, j’ai peur que ce ne soit pas demain la veille…

Recherche : la France est-elle victime d’une fuite des cerveaux?

C’est le titre d’un article du Monde, pour lequel j’ai été contacté par David Larousserie et Hervé Morin. J’ai brassé avec Bastien Bernela les données issues des enquêtes générations du Cereq (2001, 2004, 2007). Conclusion : la réponse est non. Conclusion conforme aux études mobilisant d’autres sources de données et d’autres indicateurs, par exemple celles menées par Frédéric Docquier.

Je vous laisse lire l’article, vous pouvez commenter ici ou là-bas.

L’immigration? Parlons-en, mais intelligemment…

La question de l’immigration est régulièrement mise sur la table des débats. Des chercheurs en sciences sociales s’intéressent bien sûr à cette question, produisent des analyses empiriques, mesurent l’importance quantitative de l’immigration des différents pays, en étudient l’impact sur les pays d’origine et de destination, etc.

Parmi eux, E. M. Mouhoud, Professeur d’économie à Dauphine. En moins de vingt minutes, il propose une synthèse efficace de la question que je vous invite à visionner.

Voici quelques éléments que j’ai pu retenir :

i) les flux d’immigrés en France pèsent 0,2% de la population, ce qui place la France en avant dernière position des pays de l’OCDE, derrière l’Allemagne et devant le Japon, pays le plus fermé,

ii) l’immigration est un des moyens de subvenir aux besoins de certains métiers en tension observés dans certaines zones d’emploi, son faible niveau pénalise le développement économique de ces zones,

iii) l’impact sur les salaires et l’emploi de l’immigration est négligeable. Ceci s’explique d’abord par le fait que le niveau de l’immigration est faible et ensuite par le fait que quand il y a impact, il se porte non pas sur les natifs, mais sur les anciens migrants,

iv) la stigmatisation des immigrés en France conduit à des effets d’éviction, les immigrés qualifiés et très qualifiés préfèrent d’autres destinations, ce qui a un impact évident en termes de perspective de développement économique de notre pays,

v) il conviendrait de donner un horizon plus long aux immigrés et d’assurer la portabilité de leurs droits, ce qui favoriserait leur investissement, ferait monter leur productivité au travail et bénéficierait logiquement en retour à l’économie française,

vi) il conviendrait de mettre en place un comité indépendant, comme cela se fait au Royaume-Uni et est en discussion aux Etats-Unis, pour produire des statistiques permettant d’alimenter le débat public et assurer le respect des droits des migrants.

Discours clair, cohérent et argumenté de E.M. Mouhoud. Nos politiques feraient bien de s’en inspirer, plutôt que d’instrumentaliser les peurs des citoyens.

Présidentielles 2012 : une campagne reposante

Je l’avais déjà dit dans ce billet, je le répète aujourd’hui : la campagne 2012 est particulièrement reposante pour les économistes blogueurs, car on voit resurgir les thèmes déjà évoqués en 2007. Il suffit donc d’insérer quelques liens vers nos anciens billets pour montrer l’ineptie de certains propos.

Aujourd’hui, je vous propose quelques liens sur l’immigration, puisque Nicolas Le Pen Sarkozy a décidé de remettre sur la table ce sujet. Les billets vers lesquels je vous oriente sont sur (feu) le site des éco-comparateurs, mis en place par Libération pour la campagne 2007 :

  • Premier billet où je discute sur la tendance à l’instrumentalisation des peurs par les politiques (et par Emmanuel Todd aussi, qui se répète également soit dit en passant),
  • Deuxième billet où je commente une étude portant sur la Californie, plutôt instructive,
  • Troisième billet d’Alexandre Delaigue qui présente les principaux enseignements de l’analyse économique sur la question des migrations.
Pour innover un peu par rapport à 2007, je vous propose un lien vers une autre étude, sur le lien entre migrations et protection sociale. Cette étude a été publié dans la Revue Economique (ici, accès payant), le lien indiqué plus haut pointe vers une version antérieure.

Bon, bon, bon… ça vous ennuie tout ça? Un peu de musique, alors…

Migrations et salaires

Quel lien peut-on faire entre émigration, immigration et salaires des natifs du pays d’origine? C’est à cette question que répondent
Frédéric Docquier, Çaǧlar Özden et Giovanni Peri, dans ce document de travail du NBER (€), en se focalisant sur le cas
européen.

Résultat des courses (traduction d’un extrait du résumé) : Nous montrons que tous les pays européens ont connu une baisse de
leurs salaires moyens et une aggravation des inégalités de salaire à cause de l’émigration. A l’inverse, contrairement à la croyance populaire, l’immigration a un effet positif sur les salaires
moyens et sur la réduction des inégalités de salaires des natifs.

 

A signaler en complément que Frédéric Doquier met à disposition sur son site des
données sur les migrations internationales.


Résumé complet en anglais : In this paper, we simulate the long-run effects of migrant flows on wages of high-skilled and
low-skilled non-migrants in a set of countries using an aggregate model of national economies. New in this literature we calculate the wage effect of emigration as well as immigration. We focus
on Europe and compare the outcomes for large Western European countries with those of other key destination countries both in the OECD and outside the OECD. Our analysis builds on an improved
database of bilateral stocks and net migration flows of immigrants and emigrants by education level for the years 1990 through 2000. We find that all European countries experienced a decrease in
their average wages and a worsening of their wage inequality because of emigration. Whereas, contrary to the popular belief, immigration had nearly equal but opposite effects: positive on average
wages and reducing wage inequality of non-movers. These patterns hold true using a range of parameters for our simulations, accounting for the estimates of undocumented immigrants, and correcting
for the quality of schooling and/or labor-market downgrading of skills. In terms of wage outcomes, it follows that prevalent public fears in European countries are misplaced; immigration has had
a positive average wage effect on native workers. Some concerns should be focused on the wage effect of emigration, instead.

Statistiques sur l’immigration – suite

Christophe Terrier vient de me signaler cet article de Gilles Pison dans Population et Sociétés, novembre 2010, intitulé « Le nombre et la part des
immigrés dans la population : comparaisons internationales ». On y apprend que pour la France, la part dans la population totale des personnes nées étrangères à l’étranger est de 8%, elle passe à
11% si on ajoute les français nés à l’étranger.

 

Petit extrait sur la France :

 

La France est également un vieux pays d’immigra­tion, avec des migrants venus au xixe siècle des pays
voisins – Belgique, Angleterre, Allemagne, Suisse – puis au xxe siècle, après la première guerre mondiale, de Po­logne, d’Italie, d’Espagne et, après la seconde guerre
mondiale, du Portugal, du Maghreb, puis plus récem­ment, d’Afrique subsaharienne et d’Asie. Dans les années 1950 et 1960, le solde migratoire était, proportionnelle­ment à la population, plus
élevé en France qu’aux États-Unis (en moyenne près de quatre pour mille habitants par an, contre deux), du fait des quotas d’entrée. Depuis 1970, c’est l’inverse, le flux d’entrée s’étant réduit
en France alors qu’il a plutôt augmenté aux États-Unis, notamment dans les années 1990. Au cours des deux dernières décennies, le solde migratoire s’est situé autour de quatre pour mille en
moyenne annuelle aux États-Unis contre un peu plus d’un pour mille en France.

 

Sur les migrations en général :

 

Les immigrés seraient au total 214 millions en 2010 d’après les Nations unies. Ils ne représentent qu’une faible minorité de la
population mondiale (3,1%), la plupart des humains vivant dans leur pays de naissance. La proportion d’immigrés n’a que très légèrement augmenté au cours des dernières décennies (elle était de
2,9% il y a 20 ans, en 1990, et 2,3% il y a 45 ans, en 1965). Elle n’a sans doute que peu changé également en 100 ans.

 

Les flux ont cependant évolué, pour aboutir au schéma général suivant :


mig2.jpg

On apprend enfin que  « contrairement à une idée reçue, la France compte peu d’expatriés, d’après les décomptes détaillés de l’OCDE
dans les recensements du monde entier, c’est l’un des pays d’Europe d’où l’on s’expatrie le moins. »

Statistiques sur l’immigration

Les immigrés en France, c’est comme les
délocalisations et les relocalisations
, on en voit partout sauf dans les statistiques. Eurostat vient de publier un document sur le sujet.

 

Elles permettent d’abord de situer la France dans un ensemble large de pays (voir ce graphique), qui
montre que la proportion d’immigrants en France en 2008 est faible, de l’ordre de 5,8 immigrants pour 1000 habitants, soit encore 0,58%, contre 0,8% en moyenne dans l’UE. Les pays en tête sont le
Luxembourg (3,6%), Malte (2,2%) et Chypre (1,8%). La Finlande, l’Alllemagne, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Belgique, le Danemark, la Suède, etc. ont des taux plus élevés
que la France. Si lron raisonne non plus en flux mais en stock (voir cet autre graphique), idem, la France est en dessous de la moyenne de l’UE et derrière tous les pays que je viens de citer.

 

En cherchant des statistiques plus précises sur la France (ce qui n’est pas très simple sur le site Eurostat), on arrive aux résultats
suivants :

* la France compte 0,58% d’immigrants (attention: il s’agit du rapport entre le flux d’immigrants 2008 et la population résidente
2008)

* sur cet ensemble, 35% sont des ressortissants de l’UE à 27 et 65% des ressortissants hors UE à 27 (la décomposition plus fine entre
UE15 et UE27-UE15 n’est pas disponible pour la France)

* sur les ressortissants hors UE à 27, 26% viennent de pays à haut niveau de développement, 64% de pays à niveau de développement
moyen, 10% de pays à bas niveau de développement (je n’ai pas trouvé la liste des pays de cette typologie).

 

Bref, l’immigration pèse peu, celle en provenance de pays pauvres encore moins. On pourra bien sûr objecter que l’immigration
clandestine est mal recensée, mais c’est vrai pour tous les pays. Sans doute moins vrai pour la France que pour les autres pays, vu les moyens déployés par notre gouvernement. Externaliser la
faute de nos problèmes sur l’étranger, qu’il s’agisse des délocalisations ou de l’immigration, est sans doute politiquement payant mais socio-économiquent désastreux. Il faut être naïf,
Lionel Nicolas, pour croire que c’est la solution à nos problèmes.

 

Petite expérience personnelle pour finir sur le sujet. J’ai participé récemment au jury de thèse d’une doctorante originaire d’Afrique
sub-saharienne. Elle a fait toutes ses études universitaires dans une Université française, en obtenant des résultats très satisfaisants (2ème de sa promo de licence par exemple). Celui qui est
devenu son mari a également fait ses études en France et a obtenu un doctorat de sociologie. Pendant leurs études, ils ont été régulièrement emmerdés surveillés par les services de l’Etat, dont les comportements vis-à-vis des étrangers se sont sérieusement dégradés ces dernières années. Ils ont
donc émigré au Canada, où lui vient d’obtenir un poste de Maître de Conférences, et où elle dispose déjà d’un emploi temporaire dans une Université, qui devrait se pérenniser rapidement. La
France a donc investi une petite dizaine d’année dans la formation de personnes de qualité et en s’assurant dans le même temps d’avoir un retour sur investissement égal à zéro. Voire négatif, vu
le ressentiment que ces personnes peuvent légitimement avoir vis-à-vis de l’Etat français.

 

Face à cette situation, deux solutions : arrêter totalement d’investir dans la formation de ces personnes, ce qui nous garantit des
pertes, vu la position géopolitique de la France dans les pays francophones. Ou bien investir dans la formation de ces personnes et les accueillir un peu plus dignement. Ce qui assure un retour
sur investissement largement positif. A quelques votes près.