Enseignement à l’Université : faire d’une contrainte une opportunité

La rentrée des premières années de la licence « économie-gestion » de l’Université de Poitiers a eu lieu hier matin. Nouvelle montée des effectifs : nous avons accueilli lors de la réunion de rentrée 214 étudiants, sur les 230 inscrits ou pré-inscrits, contre 173 présents et 180 inscrits l’an passé. Le graphique ci-dessous reprend la progression depuis la rentrée 2012.

Image1Les effectifs ont globalement été multipliés par 2,5 en 4 ans. Cette évolution quantitative s’est doublée d’une évolution qualitative du public accueilli :

  • la part du public cible (bacheliers ES et S), de 71% en 2012, dépasse depuis 2013 les 80%, elle est de 84% cette année,
  • parmi ceux-ci, 35% avaient une mention en 2012, cette part est de 52% cette année. 23% ont une mention Bien ou Très Bien pour cette rentrée,
  • 68% des étudiants avaient placés Sciences Eco en voeu 1 cette année, 14% en voeu 2.

Cette évolution s’explique d’abord par une évolution de notre offre de formation, avec de nombreuses possibilités de séjours à l’étranger et de stages en entreprise, ainsi que par une meilleure communication auprès des lycéens (nous accueillons environ 600 lycéens de première et de terminale chaque année). Pour des éléments plus précis, je vous renvoie à ce billet.

Mais ceci n’est pas sans poser problème : nos ressources humaines et financières sont en effet limitées. Globalement, je dirais que nos ressources nous permettent d’accueillir 200 étudiants en L1, or nous dépassons ce seuil et cela risque de continuer les années prochaines, a minima au rythme de l’évolution démographique attendue. Il va sans dire que l’augmentation en L1 conduit à une augmentation des effectifs en L2 et L3, ainsi qu’en master. Les réponses possibles face à cette contrainte sont les suivantes :

  1. demander au Ministère des moyens supplémentaires et attendre de les obtenir pour faire face à la hausse des effectifs,
  2. laisser augmenter la taille des groupes de travaux dirigés, pour passer par exemple de 30 étudiants par groupe à 50 ou 60,
  3. supprimer des cours et/ou des TD dans l’offre de formation,
  4. s’interroger sur nos pratiques pédagogiques et tenter d’innover pour faire face à cette contrainte sans dégrader l’apprentissage des étudiants, voire en l’améliorant.

Ayant anticipé ce dépassement du cap des 200 cette année, n’étant pas naïfs au point de croire en la solution 1 à court terme (même si cette question est évidemment cruciale et qu’on espère que les choses vont bouger), ne souhaitant pas dégrader la qualité de nos enseignements avec les solutions 2 et 3, nous avons opté pour la solution 4.

L’idée générale retenue par l’équipe pédagogique est la suivante. Prenons l’exemple d’un enseignement de 20h de cours et de 20h de TD, avec 6 groupes de TD. Sachant qu’une heure de cours coûte 1,5h TD, le coût de cet enseignement pour la composante est de 20*1,5+6*20=150h TD. Certains collègues proposent d’assurer la moitié des TD en face à face, comme auparavant, l’autre moitié des TD étant faite en autonomie. Lors de ces séances en autonomie, les étudiants doivent travailler sur des ressources en ligne, faire des exercices en ligne, qui donnent systématiquement lieu à évaluation. Si les exercices en ligne sont bien conçus, leur évaluation peut être automatisée (l’idée de corriger 200 copies tous les 15 jours étant peu envisageable…). Le coût est alors de 20*1,5h (cours) + 6*10h (TD en face à face) + 10h (préparation des TD en autonomie) = 100h TD. Soit une économie de 50h.

Que faire de cette économie ? Compte-tenu de la hausse des effectifs, elle permet d’augmenter le nombre de groupes de TD. Dans mon exemple, on peut ainsi passer de 6 groupes de TD à 11 groupes sans coût supplémentaire. Elle peut permettre également de créer de nouveaux enseignements, ou de développer d’autres initiatives (encadrement de plus de projets tuteurés, de création de start-up, …), la limite étant celle de notre imagination.

Tous les collègues ne proposent pas nécessairement la même chose : certains commencent par une ou deux séances en autonomie, d’autres vont jusqu’à la moitié, certains optent pour une réduction du nombre de TD et une augmentation du volume de cours avec TD en cours (avec utilisation de dispositifs numériques pour renforcer l’interaction), d’autres encore proposent en ligne des séquences de cours à travailler avant le cours (avec QCM d’évaluation pour que l’enseignant voit ce qui a été compris avant son cours), etc. Au total, nous allons donc passer en L1 de 6 groupes de TD à 10 groupes pour certaines matières et de 9 groupes à 12 pour d’autres. Les effectifs en TD seront donc plus faibles cette année que l’an passé, alors que nos effectifs devraient augmenter d’une bonne cinquantaine d’étudiants.

Beaucoup de questions en apparence annexes mais en fait essentielles se posent pour basculer vers ce nouveau système. En termes de formation des enseignants à ces nouvelles pratiques, d’outils numériques adaptés pour les ressources en ligne, d’équipement des étudiants pour travailler efficacement en autonomie, etc. Sur tous ces points, l’Université de Poitiers et ses services communs, notamment le CRIIP (Centre de Ressources, d’Ingénierie et d’Initiatives Pédagogiques), nous ont apporté et nous apportent encore un soutien essentiel. Nombre d’enseignants ont suivi un cycle dédié de formations, nous nous sommes équipés en logiciel, de nombreux espaces vont être dédiés au travail en autonomie (amphi, salles informatiques, salles classiques, espaces au centre de documentation), parfois avec un moniteur encadrant. Nous avons également échangé avec des collègues ayant introduits de telles innovations à l’Université de Poitiers ou dans d’autres Universités.

Une des questions que nous nous posions était celui du taux d’équipement en ordinateur des primo-entrants. L’enquête réalisée hier montre qu’il est élevé : plus de 93% des étudiants interrogés disposent d’un ordinateur, ordinateur portable pour 94% d’entre eux. Un seul des étudiants interrogés ne dispose pas de connexion internet sur son lieu de résidence. Pour les étudiants non équipés d’ordinateur, nous assurerons un prêt de portable.

Je précise pour finir que notre objectif n’est pas seulement de répondre à la hausse des effectifs, mais aussi d’améliorer l’apprentissage des étudiants. Les quelques expériences menées montrent en effet que ces innovations pédagogiques réduisent le taux d’abandon des étudiants et améliorent la moyenne des étudiants. L’explication tient sans doute en partie aux possibilités offertes par les outils numériques (possibilités de mettre des ressources supplémentaires pour les étudiants ayant des difficultés, de repérer plus vite les « décrocheurs », etc.), mais pas seulement : les collègues ayant expérimenté ce type de dispositif expliquent que l’effet massif tient au fait que les étudiants se voient obligés de travailler beaucoup plus, et plus régulièrement qu’auparavant. C’est pourquoi toutes les séances en autonomie seront accompagnées d’un travail à rendre, travail qui sera systématiquement évalué. A charge pour nous de suivre cette expérimentation et de voir les incidences sur nos taux d’abandon et de réussite aux examens, je vous tiendrai bien sûr au courant.

Les journées de l’économie

JECOLa semaine prochaine, du jeudi 13 au samedi 14 novembre, ce sont les Journées de l’économie 2014, sur Lyon. Le programme est disponible ici.

Personnellement, j’interviendrai le jeudi après-midi, entre 14h et 17h, dans le cadre des Etats Généraux des Etudiants, sur le thème « Relever le défi de la professionnalisation dès l’entrée à l’université », aux côtés de Pierre-Cyrille Hautcoeur, rédacteur du rapport dont j’avais parlé ici. Une délégation d’étudiants de la Faculté de Sciences Economiques de Poitiers y participe.

J’interviendrai également le vendredi de 14h à 15h30, dans un atelier consacré à la gouvernance économique des territoires. L’occasion entre autres d’évoquer le travail que l’on vient de finaliser avec Michel Grossetti (nous continuons à travailler sur le sujet, nouveaux épisodes à venir!).

Le programme est vraiment très riche, difficile de faire des choix… Bon, j’irai sans doute à l’atelier Mieux enseigner l’économie à l’Université et pour le reste… je vais voir (d’autant qu’il faut que je case dans mon emploi du temps quelques bouchons lyonnais…)

J’invite en tout cas tous ceux qui peuvent s’y rendre à ne pas hésiter!

 

 

Dis-moi quelles études tu fais, je te dirai combien tu gagnes…

Le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a publié les résultats de l’enquête à 30 mois des diplômés de 2010. D’où mon précédent post commentant un article de Challenge sur la comparaison Grandes Ecoles / Universités.

Les tableaux du ministère étant assez indigestes, et comme je vous imagine avachis sur votre canapé, repus de chocolat et autre joyeuseté pascale, je vous livre quelques graphiques synthétisant les principaux résultats.

Sur le taux d’insertion, d’abord, avec une distinction selon le niveau d’études (DUT, Licence professionnelle, Master) et le domaine d’étude (DEG = Droit, économie, gestion ; LLA = Lettres et Langues et Arts ; SHS = Sciences Humaines et Sociales ; STS = Sciences, Technologies, Santé), qui montre que les taux sont assez hétérogènes selon les niveaux et les domaines, mais globalement plutôt bons : 82% pour le score le plus faible.

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Comme je le dis souvent aux lycéens que j’accueille : les études dans l’enseignement supérieur protègent bien contre le risque de chômage, pas de différences très fortes sur ce point entre études courtes et études longues.

Deuxième graphique, sur la part des cadres et professions intermédiaires dans l’ensemble des emplois occupés.

cpiPour tous les domaines, cette part augmente avec le niveau d’étude. Les écarts sont assez faibles en STS, plutôt forts en DEG. Il faudrait des statistiques plus précises pour discriminer entre professions intermédiaires et cadres, voire cadres supérieurs, mais les données ne sont pas disponibles.

Troisième graphique, sur le salaire net médian des emplois à temps plein par domaine et niveau d’étude.

snmLà encore, la « hiérarchie » des niveaux de sortie est marquée. Le salaire net médian d’un DUT du domaine Droit, économie, gestion est de1390€, celui d’une licence professionnelle du même domaine est de 1 560€, pour un Master, c’est 2 000€. Différences non négligeables…

On peut construire des graphiques plus précis par discipline. Je me limite à ce dernier indicateur, le salaire net médian pour les emplois à temps plein.

snm_detailDifférences fortes selon la filière plus précise, entre moins de 1 500€ pour Archéologie/Ethnologie/Préhistoire ou Arts, d’un côté, et plus de 2 100€ pour mathématiques et Génie Civil. L’économie se situe plutôt bien, avec 2 000€, devancée seulement, dans le grand domaine DEG / SHS / LLA par les sciences de gestion de 60 euros mensuels.

Je répète cependant ce que j’ai dit dans mon billet précédent : les différences observées ne sont pas seulement liées à la différence dans la qualité des formations, elles peuvent s’expliquer en partie, voire totalement, par les choix d’orientation des lycéens  et leur niveau de base.

Universités contre Grandes Ecoles

Challenges vient de publier un article intitulé « Pourquoi les Universités n’ont plus rien à envier aux grandes écoles ». Les statistiques publiées par le Ministère montrent en effet que les écarts sont faibles : en gestion, 93% des diplômés de Master sont en emploi à 30 mois, avec un salaire annuel moyen de 32 100 € bruts. Côté écoles de commerce, les chiffres (à 18 mois) sont de 92% et de 34 533€ (les chiffres sur d’autres filières des Universités ne sont pas indiqués dans l’article, mais sont disponibles dans ce document : pour les sciences économiques, les chiffres sont de 91% et 31 200€ brut. C’est sensiblement plus faible dans d’autres filières). Sachant que les frais d’inscription ne sont pas les mêmes d’un côté et de l’autre, je vous laisse faire les calculs sur l’intérêt d’une formation plutôt que l’autre…

J’ai vu passer sur les réseaux sociaux quelques commentaires indiquant que côté Université, « d’accord pour Dauphine et TSE mais bon, pour le reste… » ou encore que « côté Ecoles, HEC, l’ESSEC ou l’ESCP étaient indétrônables ». Commentaires critiquables sur la base des chiffres cités plus haut, qui indiquent les moyennes pour l’ensemble des facs de gestion et d’économie d’une part et l’ensemble des écoles de commerce d’autre part. Mais aussi et surtout pour un autre point insuffisamment mentionné dans toutes les comparaisons telles que celle de l’article de Challenge, d’où ce billet.

Les comparaisons entre les taux d’insertion et les salaires moyens d’HEC et d’une faculté d’économie de province, disons, au hasard, Poitiers, sont à prendre avec beaucoup de précaution pour une raison toute simple : le biais de sélection. Je m’explique : HEC sélectionne à l’entrée des étudiants de très bon niveau. De l’autre côté, il n’y a pas de sélection à l’entrée de la faculté d’économie de Poitiers. Dès lors, une question se pose : les différences de performance côté insertion des étudiants d’HEC versus Faculté d’économie de Poitiers s’expliquent-elles par les différences dans la qualité des formations, ou par les différences de niveau à l’entrée de ces formations?

A ma connaissance, il n’existe pas d’étude de ce type en France. J’avais vu passer les résultats d’une étude sur le cas américain, sur le blog des Econoclastes je crois, mais je n’arrive pas à remettre la main dessus (Stéphane ou Alexandre, passez moi le lien si vous le retrouvez!) [EDIT : voici le papier que je cherchais, merci Alexandre!] : des chercheurs ont analysé la trajectoire d’élèves américains, en contrôlant de manière plutôt astucieuse ce biais de sélection pour mieux analyser les performances des établissements plus ou moins sélectifs. Résultat des courses : pas de différence en termes de revenu après leurs études, qu’ils aient choisi un établissement très sélectif ou un établissement moins sélectif. Les très bons réussissent très bien, où qu’ils soient, ce que les auteurs résument en conclusion par cette citation :

« The C student from Princeton earns more than the A student from Podunk not mainly because he has the prestige of a Princeton degree, but merely because he is abler. The golden touch is possessed not by the Ivy League College, but by its students

Sur un sujet proche, j’avais publié un billet sur un article montrant qu’il vaut mieux être un très bon étudiant d’une fac américaine moyenne, qu’un étudiant moyen de Harvard. Vive l’élitisme, quoi.

Je rêve d’une étude sur données françaises qui s’intéresserait à la trajectoire des bacheliers mention « très bien » par exemple : quelles différences en termes d’insertion, de salaire et de carrière, en fonction de la formation choisie ? L’étude américaine (si je ne me trompe pas dans les résultats) montre qu’il n’y en a pas. Possible qu’en France, les résultats diffèrent : je reste marqué par le souvenir d’une personne d’une soixantaine d’années, me tendant sa carte de visite, sur laquelle était indiquée le nom de sa promotion à l’école polytechnique, intégrée 40 ans plus tôt…

Digressions complémentaires :

  • Un collègue sociologue, intervenant dans l’une des plus grandes écoles françaises, commençait son intervention en demandant à son auditoire à quel moment ils avaient fait un choix? Pour leur montrer qu’ils n’avaient jamais fait de choix : bons élèves, ils avaient opté pour un bac S, meilleur que tous les autres, bien sûr. Ensuite, prépa, c’est tellement mieux. Ensuite encore, « choix » pour la « meilleure école » dans le classement. Conclusion : vous n’avez donc jamais fait de choix…
  • personnellement, prof d’une fac d’économie de province, ma plus grande satisfaction n’est pas dans l’obtention de postes prestigieux par des étudiants d’excellent niveau qui auraient réussi n’importe où ailleurs. C’est dans la réussite d’étudiants de niveau a priori moyen, que l’on accompagne, qui se révèlent et qui, à la fin, obtiennent un job qu’ils n’auraient pas pu obtenir sans nous.

Mon sentiment, pour finir : on ajoute beaucoup plus de valeur dans les universités françaises que dans la plupart des écoles prétendues grandes…

Sciences Eco Poitiers, les pieds dans l’actualité !

Les lycéens de terminale vont commencer à formuler leurs voeux d’orientation sur l’application Post-Bac à partir de lundi prochain, 20 janvier 2014. C’est donc l’occasion de leur donner un peu d’information sur les formations universitaires, pour ma part sur la faculté de Sciences Economiques de Poitiers.

Vous pouvez trouver tout un ensemble d’informations sur le site de la faculté, venir aux journées portes ouvertes que nous organisons le samedi 15 février, consulter notre nouvelle brochure au format flip book, nous poser des questions par mail à l’adresse ufr.sceco(at)univ-poitiers.fr.

Notre objectif n’est pas de vendre à tout prix nos formations, mais d’améliorer le niveau d’information des lycéens, qui ont, pour tout un ensemble de raisons, une image particulièrement dégradée de l’Université, histoire qu’ils fassent ensuite des choix mieux éclairés.

Pour notre part, nous sommes une petite composante de l’Université (environ 400 étudiants tous niveaux confondus dont un peu plus de 100 en L1, 130 cette année), dont le public cible est composé des bacheliers ES et des bacheliers S. Le taux de réussite des bacheliers de ces filières qui se présentent à l’ensemble des examens est de 75 à 80% en L1. Celui des bacs techno (une dizaine en L1) est beaucoup plus faible (15% les bonnes années), celui des bacs pro (1 ou 2 étudiants) est nul. La taille des promos, le fait que plus de la moitié des enseignements se fassent par groupe de 20 à 30 étudiants, les systèmes d’enseignants-référents (chaque étudiant se voit affecter un enseignant-référent en L1), de cours de soutien, de tutorat, le travail de nos associations étudiantes, etc… permettent d’accompagner efficacement nos étudiants, on est loin de l’image d’amphis bondés où chacun se sent perdu.

A ceux qui pensent que l’Université est le recours ultime offert aux lycéens recalés de toutes les filières sélectives, je signale que cette année, sur environ 110 lycéens de notre publics cible (bacs ES et S), nous accueillons une dizaine de bacheliers mention Très Bien, une vingtaine de bacheliers mention Bien et une trentaine de bacheliers mention Assez Bien, soit plus de la moitié de nos effectifs.

Notre offre s’adresse à des lycéens qui ont vocation à effectuer des études longues, de niveau bac+5. Comme indiqué dans ce billet, ce niveau de sortie protège efficacement contre le risque de chômage, comme les études courtes de type BTS, DUT et licence pro, mais, à la différence de ces dernières formations, il permet d’obtenir rapidement des emplois à plus forte responsabilité et mieux rémunérés.

Notre offre de formation est très simple : elle se compose d’une licence généraliste et de deux masters, l’un orienté vers les métiers de la banque, l’autre vers les métiers à l’international.

S’agissant de la licence, nous proposons :

  • une licence d’économie généraliste au cours de laquelle on développe des compétences en matière de collecte et de traitement des données, d’analyse et d’interprétation des résultats, de mise en perspective et d’élaboration de préconisations. Des compétences génériques indispensables ensuite, quel que soit le domaine professionnel que l’on vise,
  • les étudiants qui le souhaitent peuvent suivre en outre un parcours « enjeux internationaux », composé chaque semestre d’un enseignement de géopolitique et d’un enseignement de langue dite rare (chinois, russe ou portugais), en grand débutant où dans la continuité d’un apprentissage déjà commencé au lycée, l’objectif étant qu’ils atteignent un niveau seuil en L3 pour aller en séjour en Chine, en Russie ou au Brésil,
  • des possibilités de stage courts entre la L1 et la L2 ou entre la L2 et la L3, et la possibilité d’un stage long (un semestre) en L3, remplaçant l’ensemble des enseignements,
  • des possibilités de séjour à l’étranger en L3, soit un semestre, soit l’année entière. Vous trouverez ici la carte de nos partenariats, avec des éléments d’information pour chacun d’eux. Les étudiants qui le souhaitent peuvent cumuler en L3 un semestre dans une université étrangère et un semestre de stage.

Après la licence, très logiquement, certains de nos étudiants vont suivre des masters dans d’autres régions françaises, principalement dans les grandes villes (Bordeaux, Paris, Nantes, Toulouse, …) : le recrutement des universités françaises en licence est très massivement régional, les étudiants, qui ont grandi en Poitou-Charentes, été au lycée en Poitou-Charentes, puis en licence, ont envie d’aller voir ailleurs. Une autre partie poursuit dans des Institut d’Administration des Entreprises, qui proposent partout en France, y compris à Poitiers, un grand nombre de Masters.

Une autre partie continue dans l’un de nos deux Masters :

  • Le Master « Gestion de Patrimoine », ouvert à l’alternance depuis cette année, débouche sur des métiers de conseiller en clientèle dans les banques. Une enquête menée auprès de nos dix dernières promotions montre que 98% des diplômés trouvent un emploi en moins d’un an ; la rémunération annuelle nette mensuelle hors prime tourne autour de 2500€,
  • Le Master « Globalisation et Stratégies des Firmes », ouvert très récemment en partenariat avec France Business School (FBS), est orienté à l’international. En M1, les étudiants partent de nouveau un semestre à l’étranger dans une université partenaire, puis en stage en France ou à l’étranger en M2. Certains étudiants peuvent suivre un double diplôme Master de l’Université / MBA de France Business School.

Autant que faire se peut, les enseignements que nous dispensons s’appuient sur l’actualité la plus récente. A titre d’illustration, lors de ma prochaine séquence de cours de macroéconomie en L2, je vais échanger avec les étudiants sur le plan de réduction des charges proposé par François Hollande. Je m’appuierai sur les trois analyses d’Alexandre Delaigue, de Paul Krugman et de Xavier Timbeau, histoire d’introduire progressivement les effets multiplicateurs (puis plus tard les modèles IS/LM, WS/PS et OG/DG, désolé pour le jargon). Encore une fois, l’objectif n’est pas seulement de faire passer des connaissances en économie (peu de nos étudiants finiront macroéconomistes), il s’agit aussi de développer des compétences en matière de capacité d’analyse, utiles ensuite pour bien réussir en master et bien s’insérer dans le monde professionnel, comme en attestent nos taux d’insertion et la qualité des emplois occupés.

Petits arrangements entre amis…

Série de billets par Anne L., à ne surtout pas manquer. Responsable d’une licence professionnelle banque, finance, assurance de l’Université d’O., elle a reçu plusieurs courriers demandant un réexamen de la situation de candidats non retenus. Elle publie depuis quelques jours ses réponses, toutes plus savoureuses les unes que les autres.

Réponse à un Conseiller Général, réponse à un Directeur d’Agence, réponse à une candidate « malheureuse », réponse à un Maire.

Autant de ressources précieuses pour les collègues enseignants-chercheurs confrontés à de telles situations. La réponse à Sabrina peut également être très utile aux étudiants qui souhaitent à terme postuler à des formations sélectives…

La réussite des bacs professionnels et des bacs technologiques à l’Université (complément au billet précédent)

Dans mon billet précédent, j’indiquais que la probabilité de réussite des bacheliers professionnels et des bacheliers technologiques à l’Université hors IUT était quasi-nulle pour ne pas dire nulle.

Yannick Lung m’a transmis une infographie très intéressante du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, présentée par Geneviève Fioraso lors de son déplacement à Reims le 7 mars dernier, qui permet de nuancer un (petit) peu et de compléter le diagnostic sur d’autres points (l’infographie est aussi disponible directement sur le site du ministère).

On y apprend que le taux de réussite des bacs professionnels en Licence est de 4,5% et celui des bacs technologiques est de 13,5%. En appliquant ces taux, le nombre de sacrifiés est donc de 33000, non pas de 37000 :

Bacs professionnels Bacs technologiques Ensemble
effectifs 2011  12 829  24 259  37 088
taux de réussite 4,60% 13,50%
taux d’échec 95,40% 86,50%
nombre de « sacrifiés »  12 239  20 984  33 223

On y apprend également que dans l’ensemble des bacs professionnels ayant demandé d’entrer en STS en 1er voeu, seuls 43,3% ont été retenu. Soit près de 45000 bacs professionnels qui n’y accèdent pas. Pour les bacs technologiques souhaitant aller en IUT, les ratios sont un peu meilleurs : 61% de ceux ayant émis comme 1er voeu d’aller en IUT y accèdent. Cela fait cependant 7505 lycéens souhaitant y accéder mais n’y accédant pas. C’est pour une bonne part ces bacheliers que l’on retrouve à l’Université hors IUT.

Dans son intervention, Geneviève Fioraso insiste sur la nécessité de donner la priorité aux bacs technologiques en IUT et aux bacs professionnels en STS. Je souhaite vivement qu’elle y parvienne. Très rapidement. Ce serait bien pour les dizaines de milliers de lycéens qui, sinon, vont échouer sur les bancs de la fac.

Au fait, combien de lycéens allons-nous sacrifier cette année?

C’est l’heure des choix pour les lycéens : que faire après le bac? Université hors IUT? IUT?  STS? Classes Prépas? Autres formations? Travailler? Question angoissante, bien sûr, à laquelle il leur faut répondre via le portail Admission Post-Bac.

En France, il y a trois grands types de bac : les bacs généraux, les bacs technologiques et les bacs professionnels. Les bacs généraux ont plutôt vocation à faire des études longues, à l’Université ou dans les grandes écoles. Les bacs technologiques ont plutôt vocation à faire des études courtes, de type STS ou IUT, prolonger éventuellement par une licence professionnelle puis aller sur le marché du travail. Les bacs professionnels ont vocation, quant à eux, à aller sur le marché du travail, ou bien à poursuivre un peu en STS, éventuellement en IUT.

Mais le système de l’enseignement supérieur français marche sur la tête. J’avais parlé de ce sujet en septembre dernier, suite à un article du Monde sur les bacs professionnels. Comme les IUT et les STS sont sélectifs alors que l’Université hors IUT ne l’est pas, un nombre très important de (bons) bacs généraux préfèrent commencer par ce type de formation avant de continuer à l’Université ou dans les Ecoles. Pendant ce temps, un nombre important de bacs technologiques et de bacs professionnels, qui voulaient faire ces formations courtes mais voient leur route barrée par ces autres lycéens, atterrissent sur les bancs de la fac (hors IUT) et échouent.

A partir de ce document du Ministère, je me suis « amusé » à faire quelques calculs sur les bacheliers 2011. Dans l’ensemble de leurs effectifs, les IUT ont accueillis 69% de bacs généraux, 28% de bacs technologiques et 3% de bacs professionnels. Tout va bien… Côté STS, les chiffres sont de 21%, 52% et 27%. C’est mieux quand même, mais bon…

Le point essentiel de mon billet n’est cependant pas là : il est plutôt du côté des bacs technologiques et des bacs professionnels qui, encore une fois, ne sont pas retenus dans ces filières courtes qui leur sont destinées, qui vont se retrouver sur les bancs de la fac et vont échouer, avec une probabilité de 1, au mieux de 0,99. Autant de lycéens sacrifiés, donc. Combien sont-ils en 2011?

30% des bacs professionnels qui poursuivent leurs études vont en Université hors IUT. 25% des bacs technologiques font de même. Côté bacs professionnels, cela fait donc 12829 jeunes bacheliers qui vont échouer avec certitude. Côté bacs technologiques, le nombre est de 24259, échec quasi-certain également. Pas loin de 38000 jeunes bacheliers ont donc été sacrifié en 2011.

On devrait en sacrifier un peu plus sur l’année universitaire 2012-2013, puisque la part des bacs professionnels qui continuent à l’Université hors IUT est passée de 8,3% à 8,4%. On nous annonce 8,9% en 2016 et 9,5% en 2021. Augmentation également pour les bacs technologiques, qui passent de 18,8% en 2011 à 19% en 2012, 19,2% en 2016 et 19,3% en 2021.

Bons voeux aux lycéens qui sont en train de naviguer sur Post-Bac. Et bon travail aux collègues chargés de sélectionner en IUT et STS : surtout, ne changez rien à vos pratiques.

Faut-il prolonger ses études en période de crise?

C’est en quelque sorte la question traitée par l’Insee dans ce document qui vient juste de paraître. Avec plusieurs résultats intéressants :

  • les jeunes sont plus fortement affectés par la dégradation de la conjoncture (moins d’embauche, temps d’attente plus long, salaire moindre), ce qui pourrait les inciter à rester dans le système éducatif afin d’attendre des jours meilleurs,
  • ce n’est pas vraiment ce qu’ils font cependant : l’analyse empirique développée dans le document montre que seuls 0,4% des jeunes scolarisés de 16 à 24 ans prolongeraient d’un an leur scolarité quand le taux de chômage des jeunes augmente de 3 points. Le jeune est peu réactif, donc,
  • résultat essentiel : les effets d’une mauvaise conjoncture quand on entre sur le marché du travail s’estompent assez rapidement. Après quatre ans, les taux d’emplois et la part des emplois en CDI sont les mêmes, quelle que soit la conjoncture initiale,
  • différences hommes/femmes cependant : quand un homme de 15 à 24 ans entre sur le marché du travail, une hausse d’un point du taux de chômage baisse de 0,3% son salaire moyen. Pour les femmes, c’est 0,8%. Et alors que les différences s’estompent pour les hommes au bout d’un an, elles durent plus longtemps pour les femmes : cinq ans après leur sortie du système éducatif, elles sont plus fréquemment à temps partiel, notamment pour les plus diplômées. Dans ce contexte, ça peut valoir le coup de prolonger un peu…

L’absence (relative) de persistence des effets n’était pas gagnée d’avance. En effet, les résultats des travaux empiriques sur le sujet sont assez contrastés et varient selon les pays (voir ce document pour une revue de la littérature théorique et empirique). Dans certains cas, ce n’est pas top : effet de 6 ans dans une étude sur l’Allemagne, de 12 ans dans une autre étude japonaise, effet sur toute la période 25-36 ans de jeunes sortis entre 15 ans et 19 ans en Norvège. Ce qu’on peut expliquer par le fait que connaître une période de chômage peut être vu plus ou moins longtemps par les employeurs comme un signal négatif, ou par le fait que connaître une telle période de chômage, c’est accumuler moins de compétences que ceux qui, par chance, n’en connaissent pas et qui donc peuvent rester plus ou moins longtemps avantagés par rapport aux premiers.

Comment améliorer de 8% la réussite des étudiants sans effort?

Réponse : en espaçant les examens.

C’est ce qui ressort de cette étude sur données américaines de Ian Fillmore et Devin G. Pope, qui s’intéresse au lien entre fatigue cognitive et performance : les étudiants qui passent deux examens à 10 jours d’intervalle ont 8% de chance en plus de les valider que ceux qui les passent à une journée d’intervalle. Je garde cette idée en tête pour l’organisation des examens de fin d’année.

Résumé : In many education and work environments, economic agents must perform several mental tasks in a short period of time. As with physical fatigue, it is likely that cognitive fatigue can occur and affect performance if a series of mental tasks are scheduled close together. In this paper, we identify the impact of time between cognitive tasks on performance in a particular context: the taking of Advanced Placement (AP) exams by high-school students. We exploit the fact that AP exam dates change from year to year, so that students who take two subject exams in one year may have a different number of days between the exams than students who take the same two exams in a different year. We find strong evidence that a shorter amount of time between exams is associated with lower scores, particularly on the second exam. Our estimates suggest that students who take exams with 10 days of separation are 8% more likely to pass both exams than students who take the same two exams with only 1 day of separation.