Les fonctions métropolitaines sont-elles de plus en plus métropolitaines ?

C’est le titre de l’article que je viens de mettre en ligne. La réponse est non. En voici le résumé :

L’objectif de cet article est d’analyser l’évolution de la géographie de l’emploi en France métropolitaine, en exploitant des données par fonction d’emploi à l’échelle des aires urbaines sur période longue, avec un focus particulier sur les fonctions dites métropolitaines.

Nous mobilisons plus précisément les données issues des recensements de 1982, 1990, 1999, 2009 et 2014. Nous retenons la typologie opérée par l’Insee qui agrège les 486 PCS 2003 en 15 fonctions d’emploi, elles-mêmes agrégées en 4 grandes fonctions : fabrication concrète, fonctions métropolitaines, fonctions présentielles et fonctions transversales. Ces données sont exploitées pour trois ensembles d’aires urbaines : l’ensemble des aires urbaines (AU771), les 68 plus grandes aires urbaines (aires de plus de 50 000 emplois, notées AU68), ces mêmes aires urbaines hors aire urbaine de Paris (AU67).

Compte-tenu de l’hypertrophie francilienne caractéristique de la géographie française, nous commençons par analyser l’évolution du poids de l’aire urbaine de Paris dans l’économie du pays : nous montrons qu’il recule pour 13 des 15 fonctions d’emploi, les baisses relatives les plus marquées concernant 4 des 5 fonctions métropolitaines.

Nous estimons ensuite des lois d’échelle pour nous prononcer sur l’évolution de la hiérarchie urbaine française dans son ensemble. Nous montrons que la hiérarchie urbaine des fonctions métropolitaines est globalement stable sur la période. L’analyse des résultats pour le sous-ensemble des cadres des fonctions métropolitaines, plus hétérogènes, ne permettent pas d’apporter de conclusions sensiblement différentes.

Au final, l’hypothèse d’un accroissement du processus de métropolisation paraît devoir être rejetée.

S’agissant de Paris, son poids est passé de 25,8% en 1982 à 25,0% en 2014, une baisse relativement modérée, donc, mais plus marquée pour les fonctions métropolitaines, dont le poids passe de 39,2% à 34,2%. La baisse la plus forte concerne la fonction conception-recherche (dans laquelle ne sont pas comptés les enseignants-chercheurs, je précise).

Poids de l’aire urbaine de Paris dans l’ensemble des aires urbaines de France métropolitaine

Fonction 1982 2014 Variation du poids
production concrète 17.6% 16.4% -1.2%
Agriculture 4.8% 5.2% 0.5%
Fabrication 19.9% 16.7% -3.2%
Bâtiment travaux publics 19.9% 18.8% -1.1%
Fonctions métropolitaines 39.2% 34.7% -4.5%
Commerce interentreprises 37.6% 32.5% -5.2%
Conception recherche 46.2% 39.3% -6.9%
Culture loisirs 46.2% 42.0% -4.2%
Gestion 37.9% 31.7% -6.2%
Prestations intellectuelles 39.6% 38.7% -0.9%
Fonctions présentielles 25.1% 23.0% -2.1%
Administration publique 27.1% 24.6% -2.5%
Distribution 22.5% 21.1% -1.4%
Education formation 21.7% 23.4% 1.7%
Santé action sociale 24.2% 20.3% -3.9%
Services de proximité 28.8% 25.5% -3.3%
Fonctions transversales 24.4% 21.7% -2.7%
Transports logistique 26.3% 24.0% -2.3%
Entretien réparation 22.1% 19.2% -3.0%
Ensemble des fonctions 25.8% 25.0% -0.8%

Pour la structure urbaine en général, j’ai estimé des lois d’échelles. L’idée est de calculer un paramètre β qui vaut 1 si la fonction d’emploi considérée est répartie comme l’ensemble des emplois, qui est supérieur à 1 si la fonction d’emploi est plutôt concentrée dans le haut de la hiérarchie urbaine et qui est inférieur à 1 si la fonction d’emploi est plutôt concentrée dans le bas de la hiérarchie urbaine.

Par définition, les fonctions métropolitaines présentent des valeurs supérieures à 1, l’objectif de l’article étant de voir si ces valeurs ont augmenté, diminué ou sont restées stables sur la période.

Voilà ce que ça donne par grandes fonctions :

C’est particulièrement stable pour les fonctions métropolitaines, sans trop de différences selon que l’on raisonne sur l’ensemble des aires urbaines où les sous-ensembles des plus grandes aires.

Dans le détail des fonctions métropolitaines, voici les résultats :

Globalement stable également, il n’y a guère que la fonction « prestations intellectuelles » qui tend à se concentrer, dans le sous-ensemble des grandes aires urbaines, parmi les plus grandes d’entre elles.

Vous trouverez plus de résultats et les détails sur la méthodologie et les données dans l’article que vous pouvez télécharger en cliquant ici. Tout commentaire est bienvenu.

Niort, première métropole de Nouvelle-Aquitaine

Je suis en train de brasser des statistiques Insee sur la géographie des fonctions d’emploi en France métropolitaine, sur la période 1982-2014, dans le cadre de la préparation d’un article dont le titre sera « les fonctions métropolitaines sont-elles de plus en plus métropolitaines ? ».

Vu les résultats obtenus, je tue dès maintenant le suspense : la réponse est non. Mais laissons cela pour un prochain billet. Aujourd’hui, je voulais juste vous faire part d’un résultat rigolo : la 1ère métropole de Nouvelle-Aquitaine, ce n’est pas Bordeaux, c’est Niort.

Si l’on regarde la taille des villes (des aires urbaines, plus précisément, c’est le découpage que j’ai retenu) en nombre d’emplois, Bordeaux est certes en pôle position, avec 517 351 emplois au recensement 2014, contre 71 324 pour Niort, soit 7 fois moins environ. Mais bon, à ce compte-là, Pékin, Bombay et São Polo sont plus métropoles que New-York, Londres et Paris.

Une autre façon de mesurer la « métropolisation » consiste à regarder ce que pèsent les fonctions d’emploi dites métropolitaines, ou bien, au sein de ces fonctions d’emploi, le sous-ensemble des cadres des fonctions métropolitaines, censés assurer des fonctions de « commandement » (je laisse ouverte la question de la qualité dudit commandement).

Qu’est-ce qu’une fonction métropolitaine, me direz-vous ? C’est une notion forgée par l’Insee, à partir d’une agrégation des 486 professions en 15 fonctions d’emploi. 5 de ces 15 fonctions sont dites métropolitaines (conception-recherche, commerce interentreprises, gestion, culture-loisir et prestations intellectuelles), sur la base d’une analyse de leur géographie : les fonctions métropolitaines sont les fonctions surreprésentées dans le haut de la hiérarchie urbaine. Définition tautologique s’il en est, qui mériterait pas mal de discussion, mais bon, c’est une façon de mesurer le phénomène et son évolution.

Sur la base des données disponibles, on peut donc calculer pour chaque aire urbaine ce que pèsent, dans l’ensemble des emplois, les emplois des fonctions métropolitaines, ainsi que le poids de l’ensemble des cadres des fonctions métropolitaines.

Sur l’ensemble des 771 aires urbaines, la part moyenne des fonctions métropolitaines est de 27,4%, celle des cadres des mêmes fonctions est de 11,4%. Regardons ce que cela donne en Nouvelle-Aquitaine.

S’agissant de l’ensemble des emplois des fonctions métropolitaines, c’est Niort qui est en tête, avec une part de 34,7%, contre 28,4% pour Bordeaux. Viennent ensuite Pau (26,1%), Cerizay (23,3%), Poitiers (23,2%) et la Rochelle (23,1%), tout ça pour le recensement 2014 (qui correspond en fait à une interrogation quinquennale qui couvre la période 2012-2016).

Pour les cadres des fonctions métropolitaines, Niort est toujours en tête de la région, avec une part de 12,7%, contre 11% pour Bordeaux, 9,8% pour Pau, 7,3% pour Poitiers et 7,2% pour la Rochelle.

France entière, sur l’ensemble des aires urbaines de « grande taille » (les 68 aires urbaines de plus de 50 000 emplois), Niort se classe d’ailleurs juste derrière Paris (38%) mais devant Toulouse (32,6%), Lyon (32,5%) et Nantes (32,1%), Bordeaux n’arrivant qu’en 15ème position. Pour les cadres des fonctions métropolitaines, Niort recule au 6ème rang (derrière Paris, Toulouse, Grenoble, Lyon et Montpellier), Bordeaux remonte au 11ème rang (Nantes, Lille, Rennes et Marseille s’intercalent entre les deux prétendants).

La métropolisation étant l’avenir incontournable de la création de richesses et d’emplois pour la France, je préconise donc, logiquement, que l’on concentre l’ensemble des pouvoirs régionaux sur la ville de Niort, plutôt que sur Bordeaux, largement reléguée.