Trafic de CAME à Poitiers

Dans notre dernière contribution, Michel Grossetti et moi indiquions que le trafic de CAME était loin de ne concerner que les métropoles (voir la note 14 page 11 pour être précis). La preuve avec cet article de la Nouvelle République, suite au vote par Grand (sic) Poitiers de son schéma de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.

En quelques paragraphes, on y retrouve toute la mythologie. Cela commence avec les propos d’Alain Claeys, Président de la Communauté Urbaine :

Face aux grandes métropoles, Grand Poitiers s’appuie sur ses forces pour développer son attractivité

Le journaliste continue :

A l’heure où la compétition entre agglomérations devient plus vive, Grand Poitiers veut rassembler les énergies

Avant de citer les propos d’Alain Dorat, directeur du Cabinet DMS Conseil, « sollicité par Grand Poitiers pour faire des propositions que le service attractivité devra mettre en musique » :

La priorité, c’est de créer du lien pour faire naître des pépites, ces micro-entreprises à même de créer des emplois à partir d’une découverte en laboratoire

Bon, je crois qu’on a tout : des métropoles, de la compétitivité, de l’attractivité, des pépites excellentes. Je signale donc un trafic de CAME à Poitiers. Je ne sais pas combien elle a coûté, mais pour info, il y a mieux, à moins cher.

La mythologie CAME (Compétitivité, Attractivité, Métropolisation, Excellence) : comment s’en désintoxiquer ?

C’est le titre du dernier article co-écrit avec Michel Grossetti, dont voici le résumé :

La période récente se caractérise par l’émergence d’une mythologie séduisante dans le champ du développement économique : l’approfondissement de la mondialisation plongerait l’ensemble des territoires face à un impératif de compétitivité, seules quelques métropoles pouvant rivaliser pour attirer les talents et les leaders de demain, métropoles qu’il conviendrait donc de soutenir en concentrant les efforts sur l’excellence. Nous la résumons par l’acronyme CAME pour Compétitivité, Attractivité, Métropolisation et Excellence.

Une analyse attentive des différents composants de la CAME montre cependant qu’aussi séduisante —voire addictive— qu’elle soit, elle ne résiste pas à l’épreuve des faits. Malgré cela, portée de manière plus ou moins marquée par certains chercheurs et organismes privés ou publics d’analyse et de conseil, elle sous-tend tout un ensemble de politiques publiques ; elle a même structuré une partie des débats autour des résultats des élections dans différents pays.

Non seulement la CAME ne produit pas les effets attendus, mais elle provoque des effets indésirables. Les ressources publiques étant limitées, les dédier fortement à quelques acteurs (startups, chercheurs jugés « excellents »…) ou à quelques lieux (métropoles) conduit à renforcer les inégalités socio-spatiales. Quelques éléments de réflexion sur des alternatives envisageables, qui nous semblent plus saines, seront présentés afin d’aider à s’en désintoxiquer.

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