Pourquoi, mais pourquoi donc, avons-nous de si mauvais politiques ?

J’apprends ce soir, dans cet article, Qu’Arnaud Montebourg menacerait de dissolution la centrale d’achats publics (l’UGAP), qui ne se révèlerait pas, à son goût, suffisamment patriotique. Il s’apprêterait à convoquer son Président une nouvelle fois pour qu’il lui donne des explications. Il aurait affirmé : «J’ai des remontées de partout. C’est le carnet de commandes du monde entier, sauf de la France, que l’Ugap favorise».

Plusieurs remarques :

  • si l’on en croît le même article, l’UGAP passe 74% de commandes auprès de TPE, PME et ETI dont 98% sont françaises. Ce qui fait 72% de commandes passées auprès d’entreprises françaises. Etant donné que la France pèse environ 3% à 4% du PIB mondial, si l’UGAP ouvrait son carnet de commandes de manière indifférenciée à l’échelle mondiale, comme le suggère Arnaud Montebourg, le poids des commandes passées auprès d’entreprises françaises devrait être de 3% à 4%. Il est de 72%. Soit autour de 20 fois plus. Dans le genre « carnet de commande du monde entier, sauf de la France », on a fait mieux,
  • Par patriotisme? Certes non. Un favoritisme basé sur un critère de nationalité est totalement interdit, et c’est tant mieux. J’imagine la réaction de notre Ministre s’il apprenait qu’une entreprise française s’était fait retoquée d’un appel d’offre allemand, britannique ou italien, pour la seule raison qu’elle était française. Pour tout un ensemble de commandes génériques que l’on peut produire un peu partout dans le monde, on a plutôt intérêt à faire appel à des entreprises géographiquement proches, afin de réduire les délais, les coûts de transports, de négociation, tout ça, tout ça. Personnellement, résidant à Poitiers, je vais rarement acheter mon pain en Papouasie-Nouvelle Guinée. Pas par patriotisme : juste par flemme et par économie,
  • Pour d’autres produits, en revanche, s’approvisionner auprès d’entreprises françaises s’avère un peu plus compliqué. Dans notre faculté, j’ai bien tenté de faire passer l’idée d’acquérir ce type d’ordinateurs, mais ce fut un échec. J’hésite à prôner le retour au boulier, mais pour réaliser des tableaux croisés dynamiques, c’est pas pratique, pas sûr que ça va passer,
  • Puisqu’il s’agit de se prononcer sur la question de la nationalité des ressources achetées par les entreprises et les institutions, je me demande comment se positionne notre Ministre par rapport à la nationalité de la ressource la plus précieuse à la disposition des entreprises et des institutions, celle sans qui toute production de richesse est impossible : la ressource humaine. Quel pourcentage est acceptable ; je veux dire – c’est quoi le bon quota de français?

Sinon, ce matin, j’ai fait une conférence sur le thème de la mondialisation auprès d’étudiants. Je leur ai expliqué, chiffres à l’appui, que l’enjeu, pour l’économie française, était de s’insérer intelligemment dans des processus productifs de plus en plus fragmentés à l’échelle mondiale, qui rendait totalement illusoire l’identification de la nationalité des produits. De travailler, plutôt, à notre spécialisation et à sa qualité. D’où des enjeux importants, pour les acteurs publics, en termes de soutien à l’innovation et à sa diffusion, ainsi qu’en termes de formation des personnes. Deux heures à déconstruire les discours, à recadrer les problèmes, à esquisser des pistes, en termes d’action publique.

Si j’avais su : bonjour/supprimons l’UGAP/au revoir/retournez sous vos couettes.

Pourquoi, mais pourquoi donc…

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5 commentaires sur “Pourquoi, mais pourquoi donc, avons-nous de si mauvais politiques ?

  1. Cela me rappelle (avec une certaine émotion) le concept de « patriotisme économique » mis en avant par Villepin quand il est devenu premier ministre… en 2005. Notons que visiblement les mauvaises idées ont la vie dure (et transcendent les partis politiques).

  2. Ping : Pourquoi, mais pourquoi donc, avons-nous de si mauvais politiques ? | Olivier Bouba-Olga | Blog wordpress de Pierre Ratcliffe

  3. Merci pour ce billet. Il m’a fait penser à ce qu’a pu écrire l’économiste américain Steven Landsburg lorsqu’il explique que le fait d’appeler à « acheter américain » (ou « acheter français ») n’est pas vraiment différent, sur le principe, au fait d’encourager les gens à « acheter blanc » ou « acheter noir ». Je crois que l’une des fonctions essentielles des économistes est de démolir ces arguments démogagiques (et intéressés) pour éclairer leurs concitoyens. Comme l’a bien dit Robert Solow : « I think that one of the really important function of economics in general is to knock down silly ideas. »

  4. Un grand merci pour ce commentaire qui surpasse tant les âneries et des journalistes qui relaient cette information, consternante, et celles des commentateurs habituels du monde.fr et consorts. J’espère qu’il sera relayé autant que possible…
    je suis moi-même acheteur public, à petite échelle (un lycée) : heureusement que l’UGAP est là pour m’affranchir des règles d’achat public qui alourdissent considérablement mon travail (même si elles en font partie). Sa dissolution serait catastrophique en terme d’économies publiques – que les « dégraisseurs de mammouth » de tous poils le note.
    Malheureusement, la pensée universitaire, « ça sert à rien ! », et quant à reprendre la main sur la politique européenne : elle est là, la promesse la plus scandaleusement non tenue de notre gouvernement !

  5. Je pense que Montebourg est au delas de toute récupération possible. Dommage, ca commence à se voir en dehors de France. Dernier monument en date, à Le Web, une des plus grandes conférence Web et nouvelles technologies :
    « we need to slow the innovation to protect the old businesses »

    Ca me parait nickel comme approche. J’m’en vais monter une boite de cochers, et demander le soutient d’Arnaud face à Renault, Peugeot et autres taxis.

    https://twitter.com/lagencedecom/status/411086720315428864/photo/1

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