Dis, papa, il est où, papa?

C’est de saison : parler de l’homoparentalité. Juste pour vous inciter, quand un sujet de société comme celui-ci émerge, à regarder ce qu’en disent les chercheurs. Un moyen simple est d’aller sur Google Scholar, de taper des mots-clés, de regarder ce qui ressort (je sais, ce n’est pas si simple, il faut trier, savoir décrypter, etc. Se former à la recherche, quoi).

Personnellement, j’ai dégoté cet article en français, qui analyse 311 publications dont 35 à orientation empirique ou expérimentale (qui essaient de quantifier d’éventuels problèmes, donc). Pas de vulnérabilité plus forte des enfants. Cet article a le mérite de prendre du recul, en s’intéressant aussi à l’évolution des sujets traités ou non-traités.

Via @SH_lelabo, j’ai aussi trouvé cet article en anglais, qui conclut que les mères lesbiennes seraient de meilleurs parents. Résultat surprenant, selon les auteurs, qui citent en passant 9 articles ayant conclu à l’absence d’impact psychologique sur les enfants de l’orientation homosexuelle ou hétérosexuelle de leurs parents (références 7 à 15 de la bibliographie de l’article).

Plus de 40 études qui concluent qu’il n’y a pas de différence significative. Perso, chercheur que je suis, je conclus pareil.

13 commentaires sur “Dis, papa, il est où, papa?

  1. Je suis favorable au mariage et à l’adoption pour les homosexuels (ça c’est pour éviter le procès d’intention) mais je ne comprends pas la phrase de conclusion.
    Je trouverais plus légitime « perso j’accepte la conclusion/je trouve que c’est suffisant, que c’est un bon début » etc. Mais « je conclus pareil » ?

    • Oui, c’est l’idée. Disons que je reprends à mon compte la conclusion de ces études, et que si on me demande, je dirais que les chercheurs n’ont jusqu’à présent pas montré l’existence de différences significatives entre parents homosexuels et hétérosexuels.

      • Je partage globalement l’avis de Nono.
        Les progrès scientifiques (voir eugénisme) déroutent suffisamment la moderne Humanité , pour ne pas accélérer ses mutations . La sagesse historienne n’habite guère nos nouveaux dirigeants politiques.
        Je cite une philosophe Française dont je partage la pensée ….Nos descendants nous jugeront sur cette ‘monstruosité’ Anthropologique, comme nous avons jugés nos anciens à leurs attitudes face aux Totalitarismes…Aujourd’hui la barbarie c’est ça!
        Giberlo

        • Je ne suis pas sur de comprendre ce qu’est la « monstruosité’ Anthropologique » dans votre propos. Est-ce d’appliquer une approche scientifique à un problème de société ? Est-ce d’utiliser tout court une approche scientifique ? Sont-ce les mutations engendrés par le progrès scientifique ? Mais quels mutations alors ? Médicale ? Sociale ?
          Enfin se référer à un problème passé en disant que nos prédécesseurs n’ont pas su l’identifier – ce qui est en soi contestable-, ne permet pas de dire que tel autre situation est tout aussi problématique.

  2. Ce livre tout récent sur le libéralisme paru chez Oxford University Press ( http://ukcatalogue.oup.com/product/9780199933914.do ) répond à sa question n° 55 en affirmant, mais sans donner de référence(s), que, « à ce jour, aucun des sociologues, psychologues ou professionnels de la santé qui ont étudié la question n’ont trouvé de preuves empiriques [evidence] confortant le fait qu’être élevé par des parents homosexuels est mauvais [hurts] pour les enfants. »

  3. Voilà sur le même thème un excellent article qui je trouve résume bien la situation: http://psymath.blogspot.fr/2012/11/peut-on-survivre-avec-des-parents.html
    je cite la conclu basée sur la littérature scientifique: « les difficultés particulières vécues par les enfants de parents homosexuels proviennent probablement de la stigmatisation de la société et ne sont en tout état de cause pas plus importantes que celles que doivent surmonter les enfants de parents divorcés »

  4. Il me semble que là n’est pas la question; la quantité d’enfants adoptables étant très limitée (heureusement) pour diverses raisons, l’adoption par des couples homosexuels restera un phénomène marginal. Passons à la PMA : pour un couple de femmes ce n’est techniquement pas trop compliqué (à condition de trouver assez de donneurs de sperme). Mais comment faire pour un couple d’hommes ? Toute une partie des couples mariés vont ils se résigner à abandonner d’office tout perspective d' »avoir » un enfant ? Va t on en arriver assez rapidement à une demande de légalisation de la « gestation pour autrui » ?
    Je pense que c’est à ce niveau que devrait se situer la réflexion.

  5. Mouais, je ne suis pas convaincu, surtout quand dès le début de l’article on dit que la plupart des études ont été menées par des associations LGBT pour justement démontrer qu’il n’y avait pas de problème à l’éducation d’enfants par des couples homo. On peut rajouter que les études concernant des enfants vraiment de parents homos (ie non issu d’une union hétéro précédente d’un des « parents »), et on en conclut la même chose que pour la fameuse étude de Séralini sur les OGM: que justement on ne peut pas en déduire grand chose, dans un sens ou dans l’autre (avec les mêmes problèmes de conflts d’intérêt, au passage..)

  6. Ah le merveilleux domaine des stats ! On ne peut jamais montrer qu’il n’y a pas de différence du tout – sauf a avoir un échantillon infinie. On peut par contre démontrer que la différence est inférieure à quelque chose. Par exemple ces études permettent de démontrer sans contestation que l’affirmation  » 90% des enfants homosexuels sont homosexuels ou dérangés » est fausse.
    Pour l’étude de Séralini le problème était autre : avec les effectifs choisis, la probabilité d’obtenir un résultat semblable au sien sans jamais donner d’OGM était élevé.

  7. La littérature en question était analysée dans l’étude commentée ici: http://www.koztoujours.fr/?p=14386

    Il en ressort que la plupart, voire la totalité des études sur la question présentent des biais de sélection considérables, et portent sur des échantillons généralement ridicules.

    Evidemment, pour compliquer les choses, l’étude en question émane de la crèmerie d’en face (une organisation plutôt opposée au mariage homo, si j’ai bien compris).

    Et puis, je ne sais pas si les études en question sont les mêmes que celles qui sont listées dans votre lien, mais c’est quand même assez probable.

    Par ailleurs, à titre personnel, intuitivement, et l’expérience me le confirme plutôt, j’ai tendance à penser que les gens élevés par des personnes de même sexe sont exactement aussi tarés que les autres; la question de savoir si certaines tares leur sont spécifiques restant ouverte.

    Mais je ne me fonderais pas sur une littérature majoritairement militante pour vérifier cette intuition.

    Ce que je veux dire, c’est que sur une question aussi clivante, le nombre d’études ne me paraît pas un critère suffisant. Vous me direz que les partialités devraient s’équilibrer, mais ce serait faire peu de cas de la sociologie des milieux universitaires.

    C’est un peu comme une page wikipédia, si vous voulez; sur une page où il y a un enjeu politique fort, genre « la politique d’Israël » ou « Islam et démocratie », ou que sais-je (je ne sais pas si ces pages existent, c’est pour illustrer), il y a des chances pour que l’information soit orientée (en plus d’être mouvante, dans le cas d’une page wikipedia); sur une page concernant un sujet neutre, comme la culture du myosotis en milieu tempéré, les informations sont probablement justes.

      • Oui, ah, vous pinaillez…

        Bon, je viens de parcourir l’article, c’est fait très sérieusement, mais ça confirme plutôt l’autre analyse: les échantillons sont de 11 à 76 enfants, et le recrutement se fait de façon assez biaisée et militante. Du coup cette conclusion me paraît étonnante – même si c’est un raisonnement constant en sciences humaines, à mon grand désarroi:

        « Nous ne développerons pas non plus un certain nombre de critiques méthodologiques classiquement mentionnées : taille des échantillons, modalités de recrutement des sujets. Elles sont souvent justifiées, exigent précaution dans l’utilisation des résultats et leur généralisation possible, mais rendent comptent aussi des difficultés à approcher des situations familiales nouvelles. Nous nous contenterons aussi de rappeler ce constat général mentionné au début de ce texte : l’examen des recherches disponibles sur le développement des enfants de parents élevés en contexte homoparental ne conduit pas au constat d’une plus grande vulnérabilité de ces enfants.  »

        En gros, les données sont très peu fiables, mais on s’en fout.

        Il me semble que la répétition des mêmes biais méthodologiques ne peut que donner une impression globale de convergence.

        En même temps, on parle de situations qui, pendant longtemps, ont dû être vécues de façon assez systématiquement militante, de par la réticence du milieu. Difficile donc à une organisation non-militante, ou à une organisation militante de l’autre bord, de mobiliser des échantillons sur la question.

        Il me semble que nous ne pourrons disposer d’informations fiables que dans quelques décennies. D’ici là tout le monde s’en foutra, condition nécessaire pour pouvoir travailler sérieusement…

        La position courante qui consiste à dire « on n’a pas d’autres données donc on prend celles-ci en attendant » ne m’a jamais tellement convaincu.

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