Le rapport Gallois, c’est quoi?

Le rapport Gallois, c’est :

  • 20 propositions consensuelles droite/gauche, plutôt techniques et donc jamais commentées, pour l’essentiel sur la compétitivité hors coût, déjà partiellement ou totalement mises en oeuvre, qui produiront des effets au mieux dans plusieurs années, certes utiles (on pourrait discuter dans le détail, mais je passe), mais non à même de dynamiser l’économie française à court terme (propositions 1 à 3 puis 6 à 22),
  • une proposition écologiquement incorrecte sur le gaz de schiste rejetée par le gouvernement (proposition n°5), je ne développe pas, donc,
  • une proposition (la proposition n°4), qui a focalisé toute l’attention des médias avant et après la sortie du rapport, qui a provoqué le quasi-orgasme quasi-évanouissement de l’ensemble des patrons du Medef. Je la cite :

« créer un choc de compétitivité en transférant une partie significative des charges sociales jusqu’à 3,5 SMIC – de l’ordre de 30 milliards d’euros, soit 1,5 % du PIB – vers la fiscalité et la réduction de la dépense publique. Ce transfert concernerait pour 2/3 les charges patronales, et pour 1/3 les charges salariales. »

 Les économistes se sont logiquement focalisés sur cette dernière proposition (je cite des économistes comme il faut, des économistes que le gouvernement aimerait faire entrer au CAE je pense). Conclusion implacable : c’est du grand n’importe quoi. Philippe Martin et Pierre-Olivier Gourinchas, dans une tribune pour Libération, montrent que cette mesure s’apparente à une forme de dévaluation qui va à l’évidence peser sur le pouvoir d’achat des français, et que les autres mesures visant à améliorer la compétitivité hors coût, certes utiles pour la croissance de long terme, n’auront pas d’effet à court terme sur la croissance et l’emploi.  Pierre-Cyril Hautecoeur enfonce le clou sur le même point, dans Le Monde, en se désespérant des stratégies calamiteuses que tous les pays européens sont en train de mettre en oeuvre. Alexandre Delaigue les avait devancé sur le même sujet, dans ce billet (il y a de légères variations dans leurs analyses, mais ils convergent sur l’essentiel).

D’autres décentrent le débat : Thomas Piketty s’énerve dans Le Monde en reposant la question de la réforme fiscale, pour rappeler notamment, à juste titre, qu’une réforme fiscale n’a pas pour seul objectif de « renforcer les exportations pour 2013 ». Alexandre Delaigue décentre autrement le propos sur Francetvinfo, en expliquant que ce rapport vaut moins par son contenu que par son rôle de « légitimation externe » de politiques que le gouvernement voulait mettre en oeuvre et en se désespérant du fait, qu’une fois de plus, les vrais sujets ne sont pas abordés.

Karine Berger, économiste proche du PS (puisqu’ayant participé à la rédaction du programme économique de François Hollande), a déclaré, le jour de la remise du rapport Gallois et la veille du séminaire gouvernemental (auquel elle a participé), qu’elle retiendrait vingt des vingt-deux propositions du rapport Gallois. Les vingt premières propositions dont je parlais. Visiblement, elle n’a pas été entendue. D’où son communiqué, qui vise à faire évoluer quelque peu le gouvernement lors du débat parlementaire. Courage…

Mon point de vue : i) valider les vingt propositions de Louis Gallois, ça ne mange pas de pain, ii) brancher une réforme fiscale telle que décrite par Piketty et al., plutôt que cette proposition n°4, inepte, iii) mettre au coeur de la stratégie de développement économique, enfin, les politiques relevant plutôt, traditionnellement, de l’économie du travail (politiques de formation, initiale et continue ; politiques visant à améliorer la mobilité professionnelle et géographique, etc.).

Pour conclure. Je ne suis pas naïf : ce que disent les économistes est rarement entendu, car il y a d’autres rationalités qui comptent, à commencer par la rationalité politique. Que les choix du gouvernement soient perpendiculaires aux enseignements de l’expertise économique n’est donc pas surprenant. Mais, sur ce coup là, je pense qu’ils sont aussi politiquement perdants…

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5 commentaires sur “Le rapport Gallois, c’est quoi?

  1. Moi ce qui m’énerve, c’est l’amateurisme de ces gens. Déjà, on a l’impression qu’ils découvrent l’ampleur de la crise. Il n’y a que 10 ans qu’ils se préparent au pouvoir…
    Et puis, cette méthode de travail en conciliabules, ce bricolage permanent qu’ils assimilent probablement à de l’habileté politique.
    Ce brave Gallois est très probablement un très honorable serviteur de l’Etat. C’est sûrement à ce titre qu’on l’a choisi pour nous offrir une resucée des rapports dans la même veine depuis..
    Comment parler du fond quand il n’y en a tout simplement pas.

  2. « Karine Berger, économiste proche du PS ».

    Oui, je préciserais qu’elle est en fait tout à fait dans le PS puis que :
    – élue députée PS en juin dernier
    – ancienne secrétaire fédérale des hautes-alpes (ie chef du PS de son département, ce qui n’arrive généralement qu’après un parcours interne PS)
    – secrétaire nationale du PS à l’économie (dont une fonction nationale dans le parti)

  3. la proposition n°4 « Du grand n’importe quoi » ! moi je dirai plutôt qu’on s’est fait braquer, détrousser par des voleurs de grand chemin. Hallucinant.

    Ou alors il faut que l’on m’explique le problème de compétitivité de BNP, Airbus, Carrefour, Sanofi, etc …

  4. Concernant la proposition n°4 qui focalise l’attention, je suis toujours ébahi par la façon dont le problème est posé: Financement par les cotisations sociales patronales, salariales ou par une assiette plus large ne reposant pas sur le travail (CSG par exemple). Le problème demeure néanmoins l’incidence fiscale qui semble complètement oubliée. Accroître le financement par l’impôt risque d’engendrer une inflation salariale et réduire à néant les objectifs affichés.

  5. Je n’ai pas du comprendre votre article ou celui de Philippe Martin et P.O.G que vous mettez en lien, car j’ai l’impression de ne pas être d’accord avec vous et d’être d’accord avec eux.

    Il est vrai que je ne suis pas économiste! Mais j’ai lu Pisani Ferry sur la crise de l’euro et j’ai vraiment été convaincu

    OK pour faire les 20 mesures valables à moyen / long terme. Pourquoi pas celles sur la formation et la mobilité, qui sont également à moyen terme
    Mais on fait quoi en attendant qu’elles fassent effet ?

    On a un problème de balance commerciale. On a aussi un problème de baisse de la part des entre^prises dans l’a valeur ajoutée, et je me souviens que la dernière fois que cela nous est arrivé, au début des années 80, cela nous a coûté 1.5 millions de chômeurs en plus, et j’ai l’impression qu’on ne les a toujours pas réduits 30 ans après

    A l’époque, on n’avait pas voulu faire payer aux ménages les deux chocs pétroliers. Maintenant on ne veut pas leur faire payer la crise. Cela part d’une bonne intention, mais est ce réaliste?

    L’idéal serait sans doute que les Allemands augmentent leurs salaires et leurs prix de 10% et qu’on dévalue l’euro d’autant. Mais je ne vois pas les Allemands sortir rapidement de la politique mercantiliste justement dénoncée par Alexandre Delaigue

    Don en attendant, je ne vois pas vraiment ce qu’on peut faire d’autre que , d’une manière ou d’une autre, baisser suffisamment les salaires payés par les entreprises pour d’abord rétablir les marges des entreprises et ensuite avoir une inflation plus faible que les Allemands pendant les prochaines années

    Ceci dit, je ne suis pas bien sûr que les mesures prises par le gouvernement donnent ce résultat

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