Enseignant, que penses-tu de l’échec de tes élèves?

Reportage intéressant vu hier dans le cadre du journal de France 2, ce qui est plutôt rare. Les deux choses, je veux dire : que je regarde un JT sur France 2, d’une part, que j’y vois un reportage intéressant, d’autre part.

Bon, il faut dire qu’il s’agissait d’un reportage sur les résultats des travaux de deux chercheurs poitevins, Jean-Claude Croizet et Frédérique Autin, membres du CeRCA, laboratoire de psychologie cognitive. Le résultat de leur étude est simple et puissant, je trouve : l’échec est une étape normale du processus d’apprentissage, apprendre prend du temps et nécessite d’avoir des difficultés, si on explique cela aux enfants, autrement dit si on banalise l’échec, leurs résultats s’en trouvent améliorés. Pas sûr que ce genre de résultat soit intégré par les enseignants, quel que soit le niveau d’étude, d’ailleurs…

Dans le reportage, Jean-Claude Croizet développe avec pas mal d’humour, en prenant l’exemple de l’apprentissage du vélo, qui se fait hors cadre scolaire : lorsqu’on apprend à son enfant à faire du vélo, on est tolérant, on ne s’inquiète pas de l’échec, on le considère comme normal, on ne compare pas la vitesse d’apprentissage de son enfant par rapport à celle des autres, etc. Résultat? Tous les enfant apprennent avec succès à faire du vélo. Gageons que si l’apprentissage du vélo se faisait à l’école pas mal d’enfants ne sauraient jamais en faire…

L’article scientifique est disponible ici, je vous mets le résumé ci-dessous. Voir aussi cet article du Figaro qui a inspiré le reportage de France 2, ou encore cet article du Huffington Post, toujours sur la même expérience (merci à Jean-Claude Croizet pour tous ces éléments).

Résumé :

Working memory capacity, our ability to manage incoming information for processing purposes, predicts achievement on a wide range of intellectual abilities. Three randomized experiments (N = 310) tested the effectiveness of a brief psychological intervention designed to boost working memory efficiency (i.e., state working memory capacity) by alleviating concerns about incompetence subtly generated by demanding tasks. Sixth graders either received or did not receive a prior 10-min intervention designed to reframe metacognitive interpretation of difficulty as indicative of learning rather than of self- limitation. The intervention improved children’s working memory span and reading comprehension and also reduced the accessibility of self-related thoughts of incompetence. These findings demonstrate that constructing a psychologically safe environment through reframing metacognitive interpretation of subjective difficulty can allow children to express their full cognitive potential.

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2 commentaires sur “Enseignant, que penses-tu de l’échec de tes élèves?

  1. D’une façon assez générale, je suis supris que les formidables avancées en psychologie cognitive et neuropsychologie ne soient pas reprises et mises à profit par l’Etat, en premier lieu dans le domaine de l’éducation, ou par les entreprises d’une façon plus large.

    Il y a des progrès immenses à faire.

  2. Avoir eu un enfant qui a eu beaucoup de mal à apprendre à faire du vélo me laisse perplexe vis à vis de cette façon de considérer les choses. J’étais vraiment inquiète (j’ai passé pas mal de temps à chercher différents conseils et méthodes d’apprentissage), j’ai fait des comparaisons avec les autres enfants, je me suis demandée s’il n’y avait pas quelque chose d’anormal… Il me semble que la différence vient principalement du fait qu’on peut finalement très bien se passer de faire du vélo dans la société moderne (j’ai insisté parce que l’école avait programmé une activité vélo). Bien que le sujet du vélo ne tracasse effectivement pas grand monde, il est fort probable que certains enfants n’y parviennent finalement pas (dyspraxie, troubles de l’équilibre, peurs, …)

    Est ce que la façon de considérer les apprentissages scolaires ne vient pas surtout du fait que tout le monde est conscient qu’un individu va avoir d’énormes difficultés à s’insérer dans la société sans un bagage minimum ?

    Est ce que « banaliser l’échec » suffit à traiter le problème de ceux qui constatent très vite que leurs efforts ne leurs permettent pas de progresser aussi vite que d’autres ? Constatation qu’il paraît difficile d’éviter à partir du moment où l’apprentissage est collectif et évalué.

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