obésité infantile : quand les chercheurs et/ou les journalistes disent des bêtises

C’est le titre de cet article publié sur SantéLog (la communauté des professionnels de santé, se sous-titrent-ils), qui s’appuie sur les résultats d’une étude de l’Université de Grenade. Extrait du billet de SantéLog :

Cette étude de l’Université de Grenade qui révèle que pour l’enfant, manger à la maison, un repas préparé par sa mère, réduit significativement le risque d’obésité infantile, ne doit, en aucun cas culpabiliser les mères qui doivent laisser leurs enfants déjeuner à la cantine. Cependant, l’étude montre que ces enfants qui ont la chance de pouvoir déjeuner à la maison avec leur mère présentent un meilleur état nutritionnel. Des résultats publiés dans la dernière édition de la revue Nutrición Hospitalaria.

Il ne faut pas culpabiliser, mais quand même…

Je me suis empressé de chercher l’article scientifique en question, pour vérifier les propos du site et la nature de l’étude. J’y suis finalement parvenu. Bon, l’article est en espagnol, que je maîtrise un (petit) peu, suffisamment pour faire plusieurs remarques.

Sur le rôle de « qui nourrit », on trouve ce graphique dans l’article :

L’IMC est certes faible quand c’est la mère qui prépare les repas, mais c’est surtout en comparaison du père, pas des repas à la cantine (catégorie « otros » je suppose)!

SantéLog a apparemment très mal interprété les propos des chercheurs parus sur la page de l’Université espagnole :

The study revealed that the children who have lunch at home with their mother present a better nutritional status and are at a lower risk of suffering obesity than children whose meal is prepared by a person other than their mother.

Deuxième remarque, l’article ne teste pas que ce déterminant : il s’interroge aussi sur l’influence du niveau d’étude du père et de la mère, et sur le nombre d’heures passées à des activités sédentaires. Sans surprise, les problèmes d’obésité décroissent quand le niveau d’étude des parents augmente et augmentent avec le nombre d’heures passées à glandouiller… On trouve des choses similaires sur données française, par exemple dans ce document de l’Insee, dont est extrait cette série de graphiques qui montre comment évolue la prévalence de l’obésité…

Troisième et dernière remarque : bien qu’ils s’interrogent dans leur article sur le rôle du niveau de diplôme, les auteurs n’échappent pas totalement à la critique quand ils affirment (sur le site de l’Université) que leurs résultats s’expliquent par le fait que :

the mother is the family member who best knows the nutritional needs of children and has the strongest nutritional knowledge for the preparation of children’s meals.

Rien, absolument rien, ne prouve cela dans leur article. Sur la base de leurs résultats, je peux très bien raconter une autre histoire : quand la mère prépare le repas de ses enfants, le risque d’obésité est plus faible, mais ce n’est pas parce que c’est la mère qui prépare les repas, c’est parce qu’on a affaire à une famille de catégorie sociale supérieure. Le père, plus diplômé, détient un emploi mieux rémunéré qui permet à sa femme de ne pas travailler. L’un et l’autre, mieux éduqués, incitent leurs enfants à pratiquer des activités non sédentaires. A contrario, quand c’est le père qui prépare le repas des enfants, c’est que l’on a affaire à des familles dans des situations sociales plus difficiles. Le père ne travaille pas, la mère fait des petits boulots, niveau d’éducation plus faible, etc.

Je ne dis pas que mon histoire est la bonne, mais elle n’est pas moins plausible que celle avancée par les chercheurs espagnols (elle est plus plausible même…). Je suis assez convaincu que les chercheurs en médecine gagneraient beaucoup à solliciter plus souvent le regard critique des chercheurs en science sociale…