Pourquoi, mais pourquoi donc n’avons nous pas de meilleurs journalistes?

Petit énervement ce matin, à la lecture de cet article des Echos intitulé « Le bilan peu
convaincant des groupements d’activités ». Extrait des propos expliquant mon courroux :

1.  « seuls deux projets ont été lancés »

Ben oui, c’est une expérimentation… L’enjeu est donc de tester un « modèle » sur quelques territoires, puis de généraliser,
éventuellement, en fonction des résultats de l’expérimentation…

2. « Deux plates-formes ont été effectivement mises en place jusqu’à maintenant. La plus récente, celle d’Ametis Touraine, est en
activité depuis février. Elle a recruté une trentaine de salariés en CDI en avril – pour un objectif d’une cinquantaine sur l’ensemble de l’année -, mais, pour l’heure, un seul salarié
est effectivement employé et rémunéré à temps complet dans une société. Les autres sont toujours en phase de formation et donc employés certes en CDI mais par le groupement d’activité lui-même,
qui se charge de leur verser un salaire équivalent du SMIC. »

Le projet sur Tours a commmencé il y a quelques mois. Le principe même du groupement d’activités (GA) est de recruter en CDI, dès le
départ, des personnes éloignées de l’emploi, de prendre le temps de les former, puis de les mettre à disposition des entreprises qui ont des problèmes de recrutement. Que le journaliste s’étonne
qu’un seul salarié soit effectivement en emploi est… étonnant, puisque la phase de formation est au coeur même du modèle de GA…

3. « Quant à la première expérience, elle n’a vécu que deux ans en Loire-Atlantique. Créé au mois de juillet 2008 à
Nantes-SaintNazaire en collaboration avec le pôle de compétitivité EMC2, le projet a été arrêté en janvier. La crise a tari la majeure partie des projets d’embauche de la filière navale qui
avaient été anticipés et qui devaient permettre la viabilité du projet. »

Sur Nantes/SAint-Nazaire, l’expérimentation a en effet cessé suite à la crise : les entreprises du bassin sont passées de besoins de
recrutement évalués à 6000 personnes à des besoins de licenciements de… 4000 personnes… Un delta de 10000… La crise explique-t-elle tout? Non, l’évaluation de la première expérimentation a
montré certains problèmes de mises en oeuvre, qui ont d’ailleurs été intégrés par les porteurs du projet pour l’expérimentation en Indre et Loire. Preuve que l’évaluation ça sert un peu…

4. « Officiellement, aucun bilan n’a été réalisé »

Enfin et surtout : ben si, il y a eu un bilan, je dirai plutôt de premiers résultats du travail d’évaluation, indissociable de toute
expérimentation. Il a été remis au Haut Commissariat aux Solidarités Actives et il est disponible ici
depuis un bon bout de temps. Il n’est pas très difficile à trouver : une requête Google sur
« Groupement d’Activités »
fait apparaître le rapport d’évaluation en troisième position. Ils ne doivent pas avoir internet aux Echos…

 

Bon, je suis peut-être un peu dur, mais faire un papier sur un dispositif innovant sans interroger ni les porteurs du projet, ni les
évaluateurs, je trouve ça moyen en termes de pratiques journalistiques…

 

Remarque finale : ce billet ne vise pas à défendre mordicus le GA, mais plutôt les démarches d’expérimentation et d’évaluation. Dans le
rapport produit, nous sommes d’ailleurs critiques sur plusieurs points, ce qui nous a valu des discussions intenses, parfois, avec les porteurs du projet. Mais le résultat a été satisfaisant, je
trouve : comme déjà dit, le modèle initial et surtout sa mise en oeuvre ont été modifiés sur la base de la première expérimentation et de nos discussions, le deuxième site (et les quelques autres
à venir) vont pouvoir bénéficier de ces connaissances accumulées. Reste à savoir comment les choses vont se passer en Indre et Loire, et sur les quelques autres sites qui vont bénéficier de
l’expérimentation. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, l’expérimentation prendra fin. On économisera tout l’argent public qui aurait été injecté pour mettre en oeuvre d’emblée, sur tout
les territoires, ce modèle (chose qu’on n’a pas fait avec, au hasard, la politique des pôles de compétitivité…). Si les résultats sont au rendez-vous, un dispositif très innovant (et donc très
risqué) de sécurisation des parcours des personnes les plus éloignées de l’emploi aura été introduit en France. Son modèle se sera amélioré au fur et à mesure de l’expérimentation, gage d’une
plus grande efficacité. Dans tous les cas, la démarche d’expérimentation-évaluation y gagnera.

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3 commentaires sur “Pourquoi, mais pourquoi donc n’avons nous pas de meilleurs journalistes?

  1. Bonjour,

    Comme nous avons de la « malbouffe » en France, nous avons du « maljournalisme » ! Nous avons peu de bons journalistes en France car il faut :

    – être compétent (si vous êtes un spécialiste en Finance par exemple, vous n’avez que peu intérêt à excercer la profession de journaliste)

    et

    – indépendant (de son patron, de l’Etat…).

    C’est pourquoi je me tourne de plus en plus vers les blogs : où comme ici et ailleurs (voir par exemple le travail de titan réalisé dans son coin par Olivier Fluke  http://investigationfin.canalblog.com/ et http://olivierfluke.canalblog.com/) ces deux conditions me semblent respectées. 😉

    Cordialement

     

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