A quoi servent les économistes?

Tribune d’André
Orléan dans le Monde, qui explique les raisons de la création de l’Association française d’économie politique (AFEP) et qui
précise son positionnement. Je m’en vais y adhérer.

Edit 17/02 : voir aussi ce billet chez rationalité limitée.

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20 commentaires sur “A quoi servent les économistes?

  1. C’est moi, ou Orléan tombe dans le travers économie = macroéconomie, et ignore superbement les résultats de recherche qu’ont présenté Jean-Édouard et Emmeline, démontrant que seuls ceux qui n’ont
    pas vraiment pris la peine de se pencher un minimum sur la question croient encore que les économistes croient en l’efficience inconditionnelle des marchés ?

    Fut un temps où Orléan était un bon critique de la pensée économique de son époque. Le problème me semble qu’il continue de critiquer cette pensée, sans se rendre compte qu’elle a évolué, et déjà
    pris en compte les réserves qu’il exprimait.

  2. @ Mathieu P : ce qui m’intéresse dans les propos d’Orléan et dans l’AFEP, c’est la volonté de défendre une pluralité d’approches et de méthodes, et la volonté
    de renforcer les liens avec l’ensemble des sciences sociales. L’économie, en France, ne va pas dans cette direction, mais tout à l’opposé.

    Certains s’en réjouissent, d’autres le déplorent. Moi, je le déplore.

  3. @Mathieu P. : oui une bonne partie des économistes ne croient plus en l’efficience des marchés. Mais qui sont ceux qui ont le plus d’influence et l’auditoire le plus important ?
    Malheureusement, des gens comme Eugène Fama. Je suis tout à fait d’accord sur le fait que la science économique a bien évolué (en témoigne mes récents billets sur le sujet) mais le décalage entre
    ces évolutions récentes et le contenu de l’enseignement et de la vulgarisation auprès du grand public est énorme.

    Sinon, 100% d’accord avec OBO, le message important est celui du pluralisme et de l’ouverture aux autres sciences sociales. Sur ce plan, je crois que l’économie en France a tendance à nager à
    contre-courant de ce qui tend à se faire ailleurs, et c’est bien dommage (je dis ça, maintenant j’ai malgré tout été qualifié en dépit de mon ostensible perspective interdisciplinaire – un
    tier de mon jury de thèse composé de non économiste). 

  4. On dit toujours ça se passe mieux ailleurs. Sur le pluralisme des méthodes en économie. Pour le coup, lors de l’assemblée générale de l’AFEP étaient présents des universitairs quebecois qui
    décrivent la même dérive scientitste fondée exclusivemetn sur la paradigme néoclassique. Je ne suis pas certains qu’il en ailles différemetns aux Etats-Unis ou en Angleterre où nombres de
    chercheurs sont conduits à postuler dans les bussiness school car refoulés des univesités où seule la Science Economique est tolérée. 
    D’autre part, dire que les économistes ont consicence des limites des capacités du marché, c’est vrai pour les néokeynésiens et certains autres mais ça les empêche pas de penser des contrats qui
    -croit-on – vont pallier à ces défaillances. Dans les faits, les produits financiers ont été réalisés sur le principe d’effcience des marchés à travers la Value at Risk (VAR) qui est l’application
    dans la réalité de la croyance en la perfection des marchés. Par conséquent c’est bien que certaines universitaires aient conscience des limites des marchés mais si cela ce traduisait dans la
    réalité peut- être n’aurions nous même pas besoin d’en parler.
    Finallement, il y a beacoup de boulot pourrétablir un certain équilibre entre le monde des idées et la pratiqeus de ces idées dasn les faits. car derrière les idées, il y a des intérêts privés qui
    vont assez largement à l’encontre de l’intérêt général avec une certaine compromission de l’Etat censé le représenté. Cet état de chose ne peut rester impenser, si bien qu’il n’existe pas de
    science immaculée.

  5. Je ne suis pas convaincu par l’argument de la défense de la pluralité en soi. Il me paraît intéressant de défendre des approches fécondes si la structure de la recherche fait qu’elles n’ont pas
    l’echo que leur fécondité mériterait. En l’état, je n’ai pas vu de démonstration convaicante d’une telle situation, seulement des diatribes contre les méchants – libéraux – orthodoxes –
    néoclassiques – qui n’ont rien vu venir. Maintenant, je suis ouvert à une démonstration.

  6. Je te conseille de lire le dernier ouvrage de Benoit Mandelbrot pour la démonstration sur l’impossibilité des modèles VAR à faire face à des tempêtes financières qu’ils contribuent à former en
    donnant l’illusion d’une liquidité absolue. Comme dirait Orléan, la liquidité s’est bien sauf que lorsqu’on en a vraiment besoin elle disparaît. Enfin, le chapitre  12 de la théorie Général
    sur les comportements moutonniers en rationalité limité. http://rationalitelimitee.wordpress.com/2008/09/24/keynes-la-confiance-et-le-chapitre-12-de-la-theorie-generale/

    Et puis là crise n’est-elle pas la meilleure/pire des démonstrations ?
    Par ailleurs comment expliques-tu que des théories fécondes ne sortent pas de l’anonymat. Qu’est-ce qu’une théorie féconde, pour qui ?
    Une théorie qui a été féconde, c’est celle de Fama qui a donné lieu aux modèles d’évaluation VAR. Ils ont permis un enrichissement considérables des élites financières, à conduit à la quasi ruine
    de certains Etats et aux bords du gouffre l’économie mondiale, dont les conséquences sont loin d’être terminées. Des théories fécondes comme ça je préférais qu’elle reste bien tranquille au fond
    des laboratoires, non ?

  7. @Mathieu P.

    Le problème c’est que la fécondité ça ne s’évalue que ex post (et parfois très longtemps après) et que parfois c’est même tout simplement impossible à évaluer. D’ailleurs, quels sont les critères
    de la fécondité ? Les historiens et philosophes des sciences ont montré la relativité de ces critères, n’en déplaise aux poppériens forcenés (dont Popper ne faisait pas partie). L’argument du
    pluralisme sicentifique et méthodologique a pour lui de solides fondements philosophiques et historiques, ce n’est pas seulement un slogan marketing.

    Pour le reste, la crise financière marque l’échec de la science économique pas en son raison de son incapacité à l’expliquer (il y a effectivement des approches – orthodoxes ou hétérodoxes on s’en
    fiche – qui permettent d’en rendre compte) mais parce qu’aujourd’hui elles ne sont connues (ou admises) que des purs spécialistes, ce qui n’a aucun intérêt dans une science au moins partiellement
    performative comme l’économie.

  8. @ Mathieu P. : voir aussi ce billet tombé à poitn nommé chez Mafeco. Comme dit
    en commentaire chez eux : l’économie, c’est ce que font les économistes. Pourrait-on laisser l’ensemble des économistes faire ce qu’ils estiment pertinent, sans les contraindre côté méthodes,
    outils, etc. ?

  9. Personnellement, je trouve dommage que la pluralité des approches qui m’apparaît effectivement très souhaitable semble ne pas pouvoir aller sans une forme de battage de coulpe généralisé et de
    désignation concomittante du grand méchant néoclassicisme hypercéphale…

    Oui, complètement oui, aux trois derniers paragraphes de la tribune d’Orléan. Non à « L’aveuglement des [on appréciera l’article défini] économistes, leur incapacité, non pas seulement à prévoir la
    crise, mais même à simplement la considérer comme plausible, est, à nos yeux, la conséquence directe de cette situation hégémonique. »

    Enfin, je veux bien qu’on m’explique en quoi la VAR « est l’application de la croyance en la perfection des marchés ». Parce que là, au saut de la digestion, ça me fait plutôt rigoler. Jaune.

  10. @ Emmeline : oui, d’accord avec vous. J’ai vraiment hésité à aller à la première assemblée de l’AFEP, par peur précisément d’un positionnement manichéen
    anti-néoclassique. On retrouve ça dans le début de la tribune d’Orléan. Mais je crois qu’il ne faut pas perdre de vue l’enjeu essentiel, bien résumé en fin de tribune. Et pour le vivre au quotidien
    à ma modeste échelle, je vous assure que ce n’est pas gagné…

  11. Le jour où on aura en France des hétérodoxes genre Stiglitz, Samuelson, Keynes and so on, je serai vraiment content. Il ne s’agit pas de critiquer uniquement mais aussi apporter. Qu’est ce que
    André Orléans a apporté à l’économie? Quasiment inconnu en dehors de la France. Il est spécialiste de l’économie financière, why n’a t’il lui aussi rien vu venir en parlant de la crise financière?

  12. GG, j’vous trouve un peu QQ… Les processus de starification m’exaspèrent : ce n’est pas  parce que c’est stiglitz, krugman, où qui sais-je encore qui le
    disent qu’ils ont raison. On peut aussi utiliser ses neurones pour juger de la pertinence d’un raisonnement. Les petites cases orthodoxes/hétérodoxes, idem, ça me fatigue. Je plaide juste pour un
    peu d’humilité de toutes les parties prenantes, et une reconnaissance du rôle de la diversité. Ca doit être mon penchant pour l’évolutionnisme…

  13. Il ya aussi dans le texte d’Orléan et, plus encore, dans l’article initial, très anti-économiste primaire, de Lemaître un aspect déontologique. Lermaitre jetait – sans preuve – le soupçon sur tout
    le CAE d’être lié aux intérêts financiers, l’argument est repris par Orléan.
    C’est intéressant : peut-on faire oeuvre scientifique et travailler pour une banque (il y a plusieurs cas d’économistes renommés en France) ? faut-il être fonctionnaire pour être « neutre » ; et dans
    ce cas, par exemple, est-on le mieux placé pour analyser les inégalités public/privé ?

  14. @Mikkey : vous n’auriez pas suivi le cours de Philippe Herlin vous, pour sortir des bêtises pareilles ? Les modèles VAR n’ont pas grand-chose à voir avec l’hypothèse d’efficience des marchés et
    vous n’avez pas l’air d’ailleurs d’avoir compris de quoi il s’agissait. Je ne vois pas en quoi ils ont « produit un enrichissement considérable des élites financières ». Mandelbrot c’est très bien
    mais, si après une période où ça a été très à la mode dans les années 1970 ça a été pas mal oublié, il y a aussi de bonnes raisons. Par ailleurs Mandelbrot n’est pas un expert des résultats récents
    en finance, pas plus que de l’économie financière en général.
    Rien de pire que ces discours de demi-habiles qui ne savent pas de quoi ils parlent et se contentent de répéter ce qu’ils ont lu dans des sources peu fiables mais flattant leurs préjugés.

  15. O.B.O. : la contrainte quyi pèse sur ceux qui se désignent comme « hétérodoxes » porte-t-elle sur les outils, ou sur la production ? Dans le premier cas, c’est effectivement un problème. Dans le
    second, c’est le jeu normal du peer-review.

  16. Explicitation de mon commentaire précédent : la seule voie de contrainte que je voie à l’heure actuelle, c’est l’AERES. Je pose donc la question : a-t-on des exemples de cas où l’AERES a mal noté
    un centre de recherche du fait de ses seules méthodes ?

  17. A ma connaissance non (mais je suis mal placé). Mais :

    * La méthode et les outils sont les critères discriminants pour accéder à la publication dans les meilleures revues à comité de lecture (pas dans toutes les revues – il y a des revues
    convenablement classées très pluralistes).
    * A terme, il est évident que les critères de l’AERES vont se resserrer pour la bonne et simple raison que le critère actuel pour être considéré comme « chercheur publiant » est non discriminant
    (deux publis dans des revues classées A ou B par l’AERES en 4 ans, c’est pas le bout du monde).
    * L’évaluation des labos par l’AERES se fait d’ores et déjà aujourd’hui essentiellement à partir du ratio chercheurs publiants/total des chercheurs affiliés au labo (mon labo est bien placé pour le
    savoir…). En clair, si les critères se resserrent (du genre diminution du nombre de revues considérées comme « respectables), ce qui est quasi inévitable, alors oui les contraintes sur les
    outils et les méthodes seront bien réelles.

    Et encore, je n’ai pas parlé d’autres aspects, comme par exemple l’agrégation du supérieur, où passer la sous-admissibilité me semble particulièrement difficile si l’on a pas un profil
    « traditionnel ».   

  18. J’ajouterai qu’en ce qui concerne mon labo, l’AERES a explicitement indiqué lors de l’évaluation il y a 2 ans qu’elle considérait que certains travaux, pourtant publiés dans des revues à
    comité de lecture, ne relevaient pas de la « recherche en économie » (c’était des travaux étudiant l’impact potentiel de l’arrivée du TGV dans la région), ce qui correspond à une vision
    particulièrement étriquée de ce qu’est la recherche. Indéniablement, cela a des conséquences sur l’orientation de la recherche…

  19. Cette association dit qu’elle ne veut pas rassembler les « alter-économiqtes », mais elle se place contre les néoclassiques. Ce qui est contradictoire. Elle veut fédérer, mais fédérer contre les
    néoclassiques.
    On reste dans la dénonciation du libéralisme, en l’accusant de la crise. Alors que la crise s’explique par la théorie néoclassique. Les Etats-Unis ont relancé l’économie par le crédit. Ce qui a
    provoqué la crise. C’est une crise provoquée par l’interventionnisme.
    Je souhaite de tout coeur une réflexion économique débarrassée des dogmes. Qu’on abandonne la voie de la mathématisation adoptée par les libéraux aujourd’hui, qui ne mène à rien. Qu’on abandonne
    l’anti-libéralisme stérile. Que l’on étudie l’économie pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une science humaine, pas une science mathématique. Mais ce n’est pas la voie prise par cette association, et
    c’est bien dommage. Nous restons dans l’opposition systématique au libértalisme, et donc au dogmatisme.
    Pardonnez moi le ton un peu sévère de ce commentaire. J’étudie l’économie depuis longtemps, en amateur. Et je suis consterné par ce qu’on en fait. Je suis certainement injuste et excessif. Mais je
    souhaite tellement que la science économique soit de nouveau envisagée comme une science humaine.

  20. c’est une magnifique initiative si elle contribue à briser des tabous et à bousculer des vaches sacrées (qui peuvent être de sacrées vaches)

    vous pouvez  invoquer le patronage de Popper

    Popper
    The principle that everything is open to criticism (from which this
    principle itself is not exempt) leads to a simple solution of the problem of the sources of knowledge, as I have tried to show elsewhere (see the Introduction to my Conjectures and Refutations). It
    is this : every ’source’ – tradition, reason, imagination, observation, or what not – is admissible and may be used, but none has any authority.

    (je recycle une recherche faite pour un commentaire chez Rat. Lim.) 

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