Bayrou sur les délocalisations



Interview de François Bayrou dans Les Echos daté du lundi 26 mars 2007. A été évoquée notamment la question des délocalisations. Les questions sur ce sujet ont toutes été posées par Marie-Hélène Bourlard, presseuse et délégué CGT près de Valencienne. Extraits commentés…

MARIE-HÉLÈNE BOURLARD. Vous ne parlez pas beaucoup des délocalisations. Or cela fait des décennies qu’on allège les charges et que les délocalisations se poursuivent. Que comptez-vous faire pour régler cette question ?

Personne ne réglera le problème des délocalisations. Si quelqu’un vient à cette place et vous dit « J’ai la mesure qui va régler la question », il raconte des histoires. Moi, je ne veux pas raconter d’histoires aux gens. Je veux les aider. Qu’a- t-on comme possibilité ? A la vérité, il y en a deux. La première, c’est de réfléchir au coût du travail…

On aurait pu souhaiter que Bayrou recadre le problème, en évoquant le poids globalement faible des délocalisations. Bon, ceci dit, avec un conseiller spécial Mondialisation comme Arthuis… Sur le volet préconisation, Bayrou se focalise immédiatemment sur la question "coût du travail", ce qui n’est pas le problème essentiel.

M.-H. B.Quand on gagne 1.000 euros par mois comme moi, la priorité, c’est surtout d’augmenter les salaires.

Je pourrais aisément me rendre populaire à vos yeux en annonçant que je vais augmenter les salaires. Mais, dans une branche comme la vôtre, si vous augmentez le SMIC – comme certains le souhaitent -, vous avez une délocalisation immédiate. Et je ne connais pas un économiste de gauche qui soit en désaccord avec ça. C’est vrai que c’est dur de vivre comme cela ; je ne peux pas prétendre que ce soit bien payé ni même convenablement payé. Mais vous ne pouvez pas arrêter les délocalisations quand vous êtes un pays exportateur.

L’association hausse du SMIC – délocalisation est pour le moins discutable… Si la seule variable de choix était le différentiel de salaires, avec un rapport coût horaire du travail France-Chine de l’ordre de 30 pour 1, ce n’est pas une hausse du SMIC qui changera grand chose (ni une baisse du SMIC, d’ailleurs…).

Quand des économistes plaident pour un allègement des charges sur le travail peu qualifié, par exemple Salanié ici, ce n’est pas en accusant la mondialisation : "Le chômage s’est en conséquence particulièrement concentré sur les catégories moins qualifiées, et notamment les jeunes sans diplôme. Il n’y a là rien de bien mystérieux et la mondialisation n’est pas le principal ressort de cet effet, comme on l’entend parfois dire. Même si la France fermait ses frontières, les employeurs continueraient de conditionner leurs décisions d’embauche aux coûts du travail des différentes catégories de travailleurs." (souligné par moi. Voir aussi ici pour l’état des études empiriques sur le sujet et un avis plus nuancé que celui de Salanié sur l’intérêt des réductions de charge).

On peut compléter avec ce tableau repris par Askenazy, qui permet de bien situer la France par rapport à un ensemble de pays comparables (variable : coût horaire ouvrier, base 100 Etats-Unis) :



Conclusion d’Askenazy : "a. Il y a potentiellement une marge pour augmenter le coût travail en France (soit en bonifiant les salaires, soit en diminuant les allègements de charges, ce qui donnerait une marge de man?uvre au budget de l’Etat), b. Les difficultés de l’industrie française ne sont pas du coté du travail mais de l’incapacité de nos industriels à trouver leur place dans la division internationale du travail et à bénéficier du boom des économies émergentes, c. En tout état de cause, on peut douter que de nouveaux allègements de charge apportent autre chose qu’un effet d?aubaine"…

Sur la question compétitivité-coût de la France, je renvoie aussi à ce billet.

Il y a donc au moins un économiste de gauche qui est en désaccord avec ce que dit Bayrou… faudra les présenter.

M.-H. B.Instaurons des règles européennes !

La deuxième voie face à la mondialisation, c’est, en effet, que l’Europe accomplisse son travail pour que, au moins, la concurrence soit équitable. Qu’on ait la certitude que, quand on impose des règles aux uns en matière d’environnement, elles soient respectées par les autres. Qu’on essaie d’aller vers une harmonisation en matière sociale, qu’on protège ses sites, ses productions. Par exemple en s’intéressant au niveau des monnaies, parce que certaines – je pense à la monnaie chinoise – sont terriblement sous-évaluées. Le travail en Chine vaut 75 fois moins que le travail en France. L’action ne peut être que politique et européenne.

Mais il y a aussi des entreprises qu’une part de délocalisation sauve. J’ai visité à Marseille une PME de 60 salariés, leader européen dans le domaine des capteurs et régulateurs pour les moteurs Diesel de bateau, avec près de 20 % de parts de marché mondial. Si elle ne faisait pas la moitié de sa production en Tunisie, elle serait déjà morte. Il y a des délocalisations favorables et d’autres mortelles. Quand l’entreprise s’en va, c’est une perte sèche.

Sur la première partie, je crois deviner la patte d’Arthuis : si on souffre, c’est que la concurrence est déloyale… Bon, ok, le dumping fiscal et social, ca existe. Limiter les problèmes français à cet aspect est excessivement réducteur (je ne dis rien sur l’idée consistant à attendre que les pays pauvres s’alignent sur nos conditions de travail pour pouvoir commencer à exporter). Idem pour une explication en termes de taux de change. Plus généralement, cf. ce billet pour la peur de l’ouvrier chinois. Deuxième partie de la réponse plus surprenante, qui tranche avec les discours des autres candidats : les délocalisations peuvent sauver certaines entreprises. Suffisamment rare pour être souligné, ça mériterait des développements…

M.-H. B.Mais que faire dans ce cas ? A la fin de l’année, mon usine délocalisera, ça fera 147 chômeurs de plus, alors que LVMH, notre donneur d’ordres, a réalisé 1,9 milliard d’euros de bénéfice net en 2006. Il nous tue. Et qu’est-ce que vous faites ?

Et vous, qu’est-ce que vous faites ? La candidate à l’élection présidentielle que vous soutenez, qu’a-t-elle fait ? Le parti que vous soutenez, qui a été au gouvernement, qu’a-t-il fait contre les délocalisations ? J’ai vu, en Vendée, une entreprise qui fabrique des ordinateurs haut de gamme, pour les Airbus, les Boeing et même les trains de tige qui forent pour le pétrole. Entre 350 et 400 de ses salariés, sur un total de 500, sont issus des secteurs du textile et du cuir. Cette reconversion est une réussite.

Début de la réponse assez peu constructif, c’est le moins qu’on puisse dire. La suite est plus intéressante, car elle montre l’enjeu de l’accompagnement des salariés. Mais, là encore, on aurait aimé des préconisations (au moins une ou deux pistes) plus précises…

M.-H. B.J’habite dans le Nord, dans l’Avesnois. C’est une zone sinistrée. Il n’y a plus rien.

Peut-être peut-on implanter des entreprises nouvelles ? Je refuse de baisser les bras : je viendrai dans le sud de l’Avesnois.

François Bayrou viendra dans le sud de l’Avesnois : le sud de l’Avesnois est donc sauvé.

Bon, ce n’est ni vraiment pire, ni vraiment meilleur que ce qu’ont pu dire Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sur le sujet. Personnellement, j’en viens à me dire de plus en plus que ce n’est pas sur la base d’une comparaison des programmes économiques que je pourrais choisir entre les candidats… Ce qui m’embête encore plus, c’est que les problèmes économiques de la France ne semblent pas près d’être résolus…

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10 commentaires sur “Bayrou sur les délocalisations

  1. Très bon article de votre part (comme souvent…) avec cette mise en perspective et contradiction qui manquent dans la presse. Je crois que nous sommes nombreux à arriver à la même conclusion sur nos candidats ! Et c’est grave de conséquences pour la France…

  2. C’est amusant mais il se trouve que je connais un peu Mme Boulard (très sympa et très très très dynamique) et le dossier de son entreprise (ECCE).L’article m’inspire trois commentaires:1) Comme vous l’avez souligné l’aspect relatif des délocalisation est à modérer…dans l’Avesnois c’est nettement moins relatif .. comme pour beaucoup de territoires en France qui se sentent déjà abandonné par l’Etat et les services publics2) Le dialogue est peut-être un peu difficile, comme le jugement porté sur les candidats un peu difficile puisqu’on mélange micro et macro économie. On oscille tout le temps dans ce type de discussion entre mon problème et le problème global et les programmes politique sont soumis à cette tension par construction: ils doivent s’adresser à des personnes d’horizon et de culture économique très diverses3) Sur l’analyse des difficultés de l’entreprise, d’autres hypothèses sont à explorer puisque les principaux concurrents sur le "luxe homme" sont en Italie avec un différentiel de salaire assez faible, on peut donc imagner un site qui ne cadre pas avec la stratégie de son groupe à un moment ou un réseau de PME du secteur dans l’Ouest de la France est à la recherche de main d’oeuvre…

  3. Hum, le problème des délocalisations aurait un poids "globalement faible"? Admettons pour la France. Je doute que cela aie été le cas dans le Nord ces 20 dernières années, ou dans l’Avesnois actuellement encore. Que ce soit par la délocalisation à proprement parler ou par la mort d’entreprise face à la concurence mondiale, on a bien quelques dizaines de milliers d’ouvriers chtis qui en une vingtaine d’années qui se sont retrouvés à l’ANPE parce que la production de métal, d’automobiles et de textiles s’est barré quelque part  ailleurs. A qui la faute, ça n’est pas la question. Le fait est que la concurence mondiale, le Nord, il l’a bien senti passer. Et l’Avesnois la sent passer d’autant plus longtemps qu’il est totalement excentré des grands pôles de développement de la région. Et vous voudriez qu’un homme politique "recadre le problème, en évoquant le poids globalement faible des délocalisations", quand il parle à quelqu’un dont l’usine sera délocalisé à la fin de l’année, et qui habite dans ce coin? … Oui ceci dit, moi aussi j’aimerais bien. Mais tant qu’à faire, que ce ne soit pas le présidentiable que j’apprécie le plus. Parce que ça prouverait juste qu’il n’a pas envie d’être élu. Mais sans quoi ça m’intéresse: Elle se cache où, l’industrie metallurgique du Nord? Parce que si elle ne s’est pas délocalisé d’une manière ou d’une autre, c’est qu’une grande partie s’est enfouie sous terre, ces 30 dernières années… Une petite remarque pour finir, au sujet des "arguments" de Salanié pour justifier le fait que "la mondialisation n’est pas le principal ressort" du chômage des non-qualifiés… C’est peut-être parce que je suis sociologue de formation et que ce qu’il me reste de mon ancien Moi mauvais-économiste-dans-une-vie-antérieure est vraiment mauvais, mais je pense a priori que si les USA, l’Allemagne, l’Italie, les Royaumes-Unis et la France avaient encore le quasi-monopole de la production de voitures, y’aurait moins de chômage din ch’nord (toutes choses égales par ailleurs.:D)

  4. Il me semble que l’auteur de ce blog a régulièrement expliqué que les délocalisations, d’un point de vue national, avaient un poids faible dans l’économie et même au niveau du chômage.Par contre, que ces délocalisations touchaient fortement certains secteurs. (Donc d’un point de vue local : c’est violent. Mais d’un point de vue général : ça passe encore…)Et qu’au final, le mieux à faire, c’est d’accompagner ceux qui se trouvaient dans les secteurs et localités les plus touchées.D’ailleurs, on revient au même problème lorsque l’on parle des zones de pauvreté et de chômage fortement localisées, dans les banlieues : accompagner par la formation, l’éducation, devrait être prioritaire…Au sujet de la perception des dégâts provoqués par la délocalisation, si tu es sociologue de formation, tu devrais savoir ceci : le point de vue subjectif, c’est bien, mais cela ne fait ni une bonne analyse global de la société, ni même un point de vue "scientifique".C’est un peu le rôle des économistes, sociologues, chercheurs en science sociale, de prendre du recul tout en utilisant des données statistiques et des impressions subjectives…Là où tu as raison, c’est qu’il serait difficile pour un présidentiable de balancer à des chômeurs que leur problème est bénin, léger, d’un point de vue général. Je pense que "lire entre les lignes" est alors nécessaire avant de s’attaquer à ce qu’affirment directement les candidats.Déjà, le fait que Bayrou affirme qu’on empêchera pas les délocalisations, c’est un bon point.Le fait qu’il veuille "harmoniser" les contraintes environnementales, sociales, de l’UE c’est pas mal aussi… même si ça se fonde sur une analyse plus ou moins foireuse. La peur des délocalisations est un instrument de domination aux mains des managers et actionnaires, et les salariés en pâtiraient moins si on retirait quelques fondations à cette peur. (Qu’elle soit justifiée ou non.)Le fait que Bayrou parle également d’accompagnement, de formation, de reconversion, ça fait plaiz’…AJC

  5. Tres bon billet.Je vous cite :> Ce qui m’embête encore plus, c’est que les problèmes économiques de la France ne semblent pas près d’être résolus…Je crois qui si vous voulez les resoudre, il va falloire vous lancer dans une carriere politique, et conseiller ces messieux vous-meme ! En tout cas, je vous souhaite bien du courage !!

  6. Si je puis me permettre,Le problème posé par un coût salarial trop important en France ne se situe pas tant dans le travail ouvrier que dans les services à la personne, secteur relativement peu développé dans notre pays.Pourtant, ce secteur est le seul capable d’embaucher massivement une main d’oeuvre non qualifiée, mais est très sensible aux coûts de la main d’oeuvre comme nous le montre des exemples venu d’autres pays. Askenazy a donc, à mon sens, partiellement tort : la main d’oeuvre non qualifiée ne se résume pas aux ouvriers ; la suppression des allègements sur les bas salaires risque donc d’avoir des effets pervers.Pour le reste, d’accord avec votre analyse.

  7. J’aime bien vos articles bien que vous ayez tendance à « minimiser » le montant des délocalisations même si un % de 10 au lieu de 5 ne changerait rien à la situation dramatique que vivent plusieurs milliers de foyers. Situation d’autant plus injuste qu’elle touche des personnes à profil fragile (rural, féminin, non qualifié,…) qui se sont souvent dévoués pendant plus de 20 ans à leur entreprise !
    Nous savons que dans les chiffres de délocalisations, nous y mettons (ou nous y mettons pas) des choux et des carottes ce qui permet aux politiques de parler sans rien faire = ce sont des pompiers qui gesticulent devant le feu sans l’éteindre.
    Ne mélangeons pas les délocalisations engendrées par l’exportation (qui au contraire sont souvent créatrices d’emplois) avec ce qui est intolérable = les délocalisations « financières ». Celles sont effectuées dans le but d’enrichir l’actionnaire en s’appuyant sur des licenciements et en n’abaissant même pas le prix de vente au consommateur = on a tout faux
    Ne faites pas une fixation sur ARTUIS (que je ne connais pas) car cela ressemble à une bagarre d’ego et vous valez mieux que cela.
    Au-delà de tous les moyens d’accompagnement que nous connaissons comme la formation (moyen très cher, peu efficace mais qui nous donne bonne conscience), il nous faut trouver un moyen sinon de résolution mais au moins de détection = IL NOUS FAUT ANTICIPER et tous les cas qui ont agité le marché ces dernières années étaient facilement décelables 3 ans avant = CHERCHER LE MOBILE
    Tout mouvement financier « pré-annonce » une future pression sur les emplois : il suffit de lire Les Echos tous les jours. Exemple :
    –         AUBADE dont la famille actionnaire après avoir pratiqué avec succès une gestion paternaliste a vendu à un suisse qui avait déjà délocalisé ses propres usines en Hongrie. Il ne faudra pas s’étonner qu’il fasse la même chose quelques années plus tard avec AUBADE
    –         STANLEY, acheteur de FACOM (ferme dans les 6 mois qui suivent 2 usines : Nevers et Ezy, chiffres qui ne figurent pas dans les délocalisations mais par contre l’achat de FACOM par un américain figure dans les investissements étrangers en France !!) avait déjà acheté dans les 10 ans précédent au Groupe PEUGEOT deux usines qu’il s’était empressé de fermer et de les transférer en Tchéquie. Surprise ? …. Pas pour FIMALAC le vendeur de FACOM qui a fait une plus value et à vu son cours en bourse s’envoler.
    –         WELL racheté au Groupe SARA LEE par NATEXIS (qui fait un carton en bourse, est 100% français, a pour actionnaires principaux les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne et qui préfigure les fonds de pension à la française) dans un domaine sinistré comme le textile !!!!  
    Propositions : Diagnostiquez, Hiérarchisez, Veillez et Anticipez puis cherchez le mobile et vous aurez  la vision de ce qui va arriver dans les 2 à 3 ans. A ce stade et en évitant la pression, il y a des solutions et balayons tous ces faux prétextes de SMIC, Charges sociales et autres qui sont (sans les minimiser) des paravents qui masquent des erreurs de gestion et de stratégie réalisées plusieurs années auparavant (voir MOULINEX).

  8. @ MR : Pour éviter de vous couvrir de ridicule, vous auriez pu faire au moins l’effort de lire les billets de l’hôte de ce blog concernant les délocalisations. C’est assez largement sa spécialité, et il y explique patiemment, pédagogiquement et efficacement pourquoi vous dites n’importe quoi. Comble de malchance, il a traité en détail le cas d’Aubade, et montré l’ensemble des logiques à l’oeuvre.Ah, oui, un détail: sur Internet, écrire en capitales signifie que vous êtes en train de CRIER. C’est agressif, et pénible à lire.

  9. "M.-H. B.Mais que faire dans ce cas ? A la fin de l’année, mon usine délocalisera, ça fera 147 chômeurs de plus, alors que LVMH, notre donneur d’ordres, a réalisé 1,9 milliard d’euros de bénéfice net en 2006. Il nous tue. Et qu’est-ce que vous faites ?
    Et vous, qu’est-ce que vous faites ? La candidate à l’élection présidentielle que vous soutenez, qu’a-t-elle fait ? Le parti que vous soutenez, qui a été au gouvernement, qu’a-t-il fait contre les délocalisations ? J’ai vu, en Vendée, une entreprise qui fabrique des ordinateurs haut de gamme, pour les Airbus, les Boeing et même les trains de tige qui forent pour le pétrole. Entre 350 et 400 de ses salariés, sur un total de 500, sont issus des secteurs du textile et du cuir. Cette reconversion est une réussite."

    Début de la réponse assez peu constructif, c’est le moins qu’on puisse dire. La suite est plus intéressante, car elle montre l’enjeu de l’accompagnement des salariés. Mais, là encore, on aurait aimé des préconisations (au moins une ou deux pistes) plus précises…
    Pour réduire le chômage il faut créer plus d’emploi qu’il n’en est détruit : voilà une grande découverte qui casse les idées reçues.
    "L’enjeu de l’accompagnement des salariés", la proposition magique qui ne veut strictement rien dire. Et pourquoi pas accorder aux ouvriers qui n’ont qu’à s’adapter et qu’on va gentiment "accompagné" le même statut qu’aux universitaires ? Ce serait déjà un bon début comme accompagnement.
    "Accompagnement des salariés en difficulté", comprendre : soumission au diktat de l’économie capitaliste et de ses séides.
    C’est ça le plus drôle avec Bouba-Olga, ça se veut iconoclaste alors que c’est tout simplement conservateur voire réactionnaire : l’économie, mon bon monsieur c’est ça la réalité, la division internationale du travail c’est ça la réalité, on n’y peut rien c’est comme ça, faut s’adapter.
    Mais l’économie, M. Bouna-Olga, ça n’existe pas, c’est le capitalisme qui existe, c’est-à-dire une construction culturelle et idéologique qui participe au maintien d’une société foncièrement inégalitaire qui n’est possible et viable que si de braves gens qui savent et gagnent beaucoup d’argent et jouissent d’un emploi à vie vont expliquer aux dominés qu’ils n’ont qu’à s’adapter et que l’"économie" est une "réalité" à laquelle ils doivent se soumettre, pour leur bien évidemment. Votre économie n’est pas une "réalité" mais un appareil de conventions humaines qu’il appartient aux hommes de réformer en fonction de leur volonté politique, une "réalité" qui a d’ailleurs été réformé au cours du vingtième siècle sous la pression de ces ouvriers (des universitaires beaucoup moins!) que le capitalisme restructure, délocalise et précarise afin de détruire ce qu’ils avaient construit, c’est-à-dire la possiblité de vivre dignement de son travail, d’être libre et acteur de son existence, non un sujet qu’on "accompagne" dans la dégradation de ses conditions d’existence.
    Ce dont ont besoin les salariés français n’est pas d’un accompagnement mais d’une révolte collective contre la réaction libérale libre-échangiste que vous défendez!

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