Sondage pour économistes : êtes-vous protectionniste moderne, libre-échangiste intégriste ou économiste ni-ni ?



Dans une interview pour Télérama, Emmanuel Todd propose de mettre en place un protectionnisme européen raisonnable. Pourquoi ? Afin de lutter contre la « montée d’un prolétariat chinois sous-payé », qui a « un effet gravement déflationniste sur les prix et les salaires des pays industrialisés ». Effet qui n’est pas près d’être enrayé, « car la Chine est un pays totalitaire ». Il convient donc d’ériger des « barrières douanières et des contingentements provisoire ». Dans un article de Libération, Marcel Gauchet, autre adepte du protectionnisme, justifie sa position par le fait que «nous sommes dans une période de transition ultrarapide qu’il faut réguler ». David Cayla (Paris 1), Bernard Gerbier (Grenoble 2 ), Jean-Luc Gréau et Edouard Husson (Strasbourg), Gérard Lafay (Paris 2) et Jacques SAPIR (EHESS) se rangent à leur côté, en dénonçant la mise « en concurrence des travailleurs dont les salaires varient de 1 à 20 ou 30 parfois, ainsi que la mise en concurrence « pure et parfaite » avec des pays qui justement refusent ces règles et pratiquent tous les dumpings et protections possibles et imaginables…. » (voir ce document). Ils dénoncent donc à la fois l’écart de salaires avec la Chine et le dumping fiscal et social de certains pays.

Selon eux, les économistes qui s’opposent à leurs propositions n’ont rien compris : ils sont « victimes du dogme du libre-échange » (E. Todd), ils usent « d’arguments d’autorité » dont Marcel Gauchet « a plus qu’assez ». Cayla et al. ajoutent qu’il est « indispensable de refuser le terrorisme intellectuel d’une poignée de clercs dont aujourd’hui l’ultime argument est de maudire les partisans du protectionnisme face à l’échec de plus en plus flagrant de leurs théories. » Dans cette perspective, ils lancent un « défi public à l’intégrisme libre-échangiste », et proposent « une confrontation égalitaire entre partisans d’un protectionnisme moderne et partisans du libre échangisme intégriste, afin que nos compatriotes puissent juger, en leur âme et conscience, du seul et véritable enjeu économique qui vaille la peine » (c’est moi qui souligne).

 Je ne souhaite pas ici commenter leur analyse. Philippe Martin l’a fait sur Libération ; Lionel Fontagné sur Telos-Eu. Jacques Sapir a répondu à Philippe Martin ici, Econoclaste a commenté sa réponse. Les arguments de Cayla et al. peuvent être consultés sur ce site. Je renvoie aussi aux billets que j’ai pu rédiger sur ce blog sur des sujets proches (par exemple celui posté sur La Campagne Déchiffrée). Libre à chacun de consulter les arguments des uns et des autres.

Je tiens simplement à dire qu’opposer des économistes protectionnistes modernes à des économistes libre-échangistes intégristes me semble quelque peu réducteur. Personnellement, je me qualifierai d’économiste ni-ni : ni protectionniste moderne, ni libre-échangiste intégriste.  Non pas  entre les deux, mais quelque part ailleurs dans l’espace (multidimensionnel!) de l’analyse économique.

Je dirai qu’un économiste ni-ni considère globalement que la mondialisation est un jeu à somme positive, qui permet de créer plus de richesses et d’emplois à l’échelle de la planète, mais que cette production de richesses et d’emplois produit des inégalités sociales et spatiales. Côté pays développés, ce sont prioritairement les personnes les moins qualifiées qui sont touchées. Ce sont prioritairement les régions périphériques qui sont affectées. D’où un appel répété, non pas à un "protectionnisme européen raisonnable", mais à des régulations, à différentes échelles de territoire (local, national, européen, mondial), afin d’accompagner les salariés et les territoires les plus exposés.

Pour avancer dans le débat d’une manière un peu originale, je propose aux économistes (enseignants d’économie de lycées, enseignants, enseignants-chercheurs ou chercheurs du supérieur) de se positionner dans la typologie proposée. Il leur suffit de m’envoyer un mail (avec "sondage" en objet) en précisant leur nom, prénom, fonction, établissement et surtout, bien sûr, leur positionnement : économiste tendance protectionniste moderne ? économiste libre-échangiste intégriste ? économiste ni-ni ? (Bien sûr, il peut y avoir des positionnements un peu intermédiaires/hybrides, l’idée est de se ranger dans la catégorie de laquelle on se sent le plus proche).

[Modif 8/07 12h30 : à la vue de certains mails, je précise que ceux qui le souhaitent peuvent être rangés dans deux cases (nini et libre-échangistes par exemple). J’inclus également, une catégorie "aucune des cases".]

Je mettrai en ligne régulièrement les statistiques sur la part de chaque catégorie. Ceux qui le souhaitent peuvent me demander dans le mail de mentionner leur nom sur le blog et leur catégorie d’appartenance. Toute personne jugeant cette initiative un tout petit peu intéressante est libre de diffuser autour de lui, auprès des économistes de son entourage!

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24 commentaires sur “Sondage pour économistes : êtes-vous protectionniste moderne, libre-échangiste intégriste ou économiste ni-ni ?

  1. Qu’il y ait un questionnement académique sur les politiques commerciales, c’est une évidence. Il suffit de connaître le sujet pour savoir que ce débat est vif et sophistiqué.Mais discuter de ce sujet avec des gens qui refusent de savoir ce que contient l’analyse économique en le rejetant a priori sur la base de l’ignorance volontaire et de leur idéologie, c’est exactement comme discuter holocauste avec des négationnistes, ou darwinisme avec des créationnistes : une perte de temps.

  2. Je suis de ceux qui pensent que le débat économique n’est pas à la hauteur dans cette campagne. Je ne suis pas économiste mais je me sens assez proche du ni (protectionniste), ni (libre-échangiste) que vous défendez. Sans parler de protectionnisme, il y aurait simplement une certaine justice (et la perspective de rétablir un certain nombre d’équilibres) si l’on intégrait (via des taxes) le coût environnemental et social des produits et services en libre circulation. La concurrence en serait moins faussée et ce serait un moyen d’alléger la pression sur les bas salaires.

  3. Au sujet de Todd et de Sapir, c’est effectivement désolant… surtout lorsque l’on constate l’incroyable masse de crédit auprès des médias qu’ils ont pu amasser…J’avais développé, dans un forum politique, une critique d’interview de Sapir, honteusement malhonnête d’un point de vue intellectuel. (Sapir ne me semble pas être la moitié d’un crétin, vu le poste qu’il occupe. Donc il doit sûrement s’agir de malhonnêteté.)Je ne suis déjà plus d’accord avec certains points développés, mais bon, ça se trouve ici :http://forum.renovaction-socialiste.org/index.php?topic=82.0Quant à Todd, il me semble qu’avec la formation d’historien dont il est très fier, il devrait savoir différencier un régime totalitaire d’un régime dictatorial policier ou militaire.Avec le principe, bien entendu, qu’un régime totalitaire ne peut que généralement s’effondrer, par résultante de sa définition de base, ou alors s’étendre à un niveau planétaire. (Question de refus de la réalité au profit de l’idéologie… enfin je vais pas résumé Arendt dans un commentaire.)Parler d’un régime totalitaire pour la Chine, à l’heure actuel, me semble complètement à côté de la plaque. La domination totale obéit à certaines règles qui ne sont pas compatibles avec la Chine. (Qui, okay, est un sacré système au niveau dictatorial et contrôle de l’information, mais qui est loin d’être totalitaire.)Soit Todd est un crétin, soit il se mélange dans ses définitions et donc dans les raisonnements découlant de ces dernières, soit il fait également preuve de malhonnêteté intellectuelle.Quant au protectionnisme, je me rangerai -en tant que simple étudiant, bas de gamme dans la hierarchie universitaire, hein ! J’ai le temps de changer… (encore)- dans le trip de ceux proposant un protectionnisme éducateur pour certains pays en voie de développement…Respectueusement,AJC

  4. Il est passé il y a quelques temps sur le blog de Mankiw un sondage réalisé sur les économistes en poste aux Etats-Unis, selon lequel la position libre-échangiste était l’un des points les plus consensuels parmi les économistes. Le résultat de votre sondage sur un panel français sera intéressant comme comparaison.

  5. J’ai du mal à me retrouver dans la troisième voie… Alors avant de voter, j’ai une question. Un économiste "ni-ni" pourrait-il s’apparenter à un économiste "si-si". Je précise :
    "Je dirai qu’un économiste si-si considère globalement que la mondialisation pourrait être si elle s’effectuait dans un cadre régulé, à différentes échelles de territoire (local, national, européen, mondial), intégrant aux préoccupations de croissance et d’emploi les questions sociale et environnementale, d’où un appel répété, non pas à un "protectionnisme européen raisonnable", mais à ces régulations."

  6. Mentionnons aussi les évolutions qui se font jour en Chine alors que la population la plus pauvre et exploitée commence à ruer dans les brancards. Ne raisonnons plus "toutes choses égales par ailleurs" mais en dynamique. De plus, nos difficultés nous font prendre conscience qu’u  certain nombre de réformes sont maintenant inéluctables – formation, marché du travail, fonctionnement de l’état, etc -. Expliquons à ceux qui bénéficient de la mondialisation qu’ils doivent être soildaires de ceux qui en patissent ! Vive l’impôt pour financer les investissements sociaux nécessaires pour rendre la transition supportable.
    Il faudra aussi bien sûr convaincre nos amis européens qui ont à faire face aux mêmes difficultés mais qui ont pris un peu d’avance.

  7. Autre commentaire. En général, on est protectionniste pour sa femme et libre échangiste pour celle des autres. Je sais, ça fait un peu macho rétrograde, en cette journée de la femme mais… L’un des problème des protectionnistes modernistes ou des libre-échangistes intégristes, c’est qu’ils ne voient l’intérêt de la question que de leur propre point de vue. "Grâce au libre échange, nous allons être vainqueurs" ou "grâce au protectionnisme moderniste, nous allons nous protéger"… et il arrive fréquemment que les deux points de vue se rencontrent : les mêmes qui défendent la PAC pour "défendre notre agriculture" sont capables de vanter les vertus du libre échangisme quand il s’agit de "tirer profit du marché chinois". Il y a deux ans à peu près, il y avait eu un superbe article dans Altenatives économiques qui allait dans ce sens au sujet des accords multifibres : oui pour la vente d’Airbus en Chine et non à l’importation des textiles chinois. Position difficilement tenable !
    Dans un contexte politique national, le souci des dirigeants et prétendants aux responsabilités les plus hautes est donc bien souvent celui-là. "Mes chers concitoyens, vous pouvez profiter du libre échange" ou "nous allons vous protéger de la mondialisation". Il est bien "dommage" que des "intellectuels" ou des économistes contribuent à servir une telle soupe qui, tout le monde le sait à peu près, est avariée depuis longtemps.

  8. @Olivier : "Je dirai qu’un économiste ni-ni considère globalement que la mondialisation est un jeu à somme positive, qui permet de créer plus de richesses et d’emplois à l’échelle de la planète, mais que cette production de richesses et d’emplois produit des inégalités sociales et spatiales."Ah ! Vous voulez dire que vous êtes un des ces "libre-échangistes intégristes" dont parlent les autres. Mais c’est plus joliment dit comme ça. :o)Mettez moi dans les intégristes ni-nifiants…

  9. Je dois dire que je suis sidéré par la violence et la vulgarité du premier commentaire, celui d’A. Delaigue, que je lis parfois et que je croyais plus calme. Son commentaire signifie-t-il que les faits économiques établis par des économistes sont sacrés ; et donc on ne peut les discuter d’aucune manière ? Veut il dire que les incultes, parmi lesquels je me range, sont priés de s’incliner bien bas devant les arbitres des bonnes moeurs qui leur diront ce qu’ils ont droit de manger aujourd’hui ? et demain ? Veut il dire que au dessous d’un doctorat d’Etat, on a le droit de voter mais pas de penser ? a fortiori de discuter ? Est il si certain de traiter de faits tellement bien établis qu’on lui fasse injure en en doutant ? Bref, quel aplomb !(je commente ici parce que je suppose qu’il ne comprendrait pas mon intervention sur son blog, sans le contexte !)Par ailleurs, je suppose que le défaut de votre initiative rigolote est de "rester dans le cercle" : vous ne commencez prudemment à en sortir qu’aver le "si – si" : le "protectionnisme raisonnable" de Todd et autres n’est il pas pour partie une des formes de régulations ; idée avec la quelle vous sympathisez ? Et ces régulations ne sont elles pas avant tout le résultat de rapports de forces politiques –ce qu isort de votre science, O combien ! Et vore "libre échange" ne devrait il pas, pour respecter vos préalables théoriques, être "libre", et non résulter de rapporte inégaus avant tout ? Tiens : un dernier indice : vous dites : des disparités importantes demeurent en Chine. NOn, c’est très malhonnète. Des disparités AUGMENTENT GRAVEMENT, ou si vous préférez ; sont produites pas l’évolution libre échangistes du système. Voilà ou vous trichez, à mon avis, assez habituellement. Vous prétendez traiter de faits, alors que vous y incluez de la politique sans vouloir l’admettre.

  10. M. Duel : rien ne vous interdit de considérer que la terre a été créée en 7 jours il y a 5000 ans et que la théorie de l’évolution est une foutaise, si cela correspond à vos convictions religieuses. Simplement, de telles idées n’ont pas une grande crédibilité parmi les scientifiques spécialistes du sujet. Simplement, si vous en concluez que c’est la preuve que les scientifiques en question sont des gens bornés qui complotent dans l’ombre pour dissimuler la vérité au peuple, vous passerez pour un illuminé. C’est exactement le même contexte avec la pétition et les propos cités par OBO. Pour le sondage, il y a 15 ans l’AEA avait interrogé ses membres sur divers sujets en demandant s’ils étaient "d’accord, d’accord avec réserves, pas d’accord" avec diverses phrases. A la phrase "les droits de douane et les quotas d’importation réduisent généralement le bien-être économique des habitants d’un pays" 77% avaient répondu "d’accord". C’est ma réponse aussi, mais je serais bien incapable de dire dans quelle case de la nomenclature cela me place.

  11. Cher M. Delaigue, vous me rappelez un commentaire sur Giscard de quelqu’un que j’admirais. "Le problème avec Giscard, c’est qu’il n’est pas cultivé. Il ne sait pas que l’Histoire est tragique".Cher M. Delaigue, vous me rappelez Giscard.

  12. Il me semble qu’il y a deux problèmes dans la formulation de la question. Le premier, c’est que « intégriste » est un terme péjoratif. Il est difficile de se réclamer d’une forme quelconque d’intégrisme. Si le but est de montrer que tout le monde n’est pas intégriste, on vous répondra qu’il suffisait de présenter les choses comme cela, en offrant de surcroît aux répondant une alternative subtile, le ni-ni, pour obtenir ce résultat.
    Le second, comme le dit éconoclaste-sm, c’est que l’ensemble d’idées que Todd et consorts combattent, c’est en gros celles que vous appelez ni-ni. Plus précisément, je pense que la grande majorité des économistes seront d’accord avec les points suivants :
    1- Le commerce international est favorable à l’économie mondiale
    2- Tout les pays qui y prennent part y gagnent
    3- En revanche, au sein de chaque pays, il y a des gagnants et des perdants (cf HOS)
    4- Par conséquent, la suppression des barrières au commerce international devrait s’accompagner d’une aide aux perdants
    5- Il est plus efficace d’aider les perdants en ponctionnant sur les gains issus des échanges que de les aider en faisant obstacle à ces échanges.
    Difficile de dire si c’est plus proche de la catégorie « intégriste » ou « ni-ni », mais c’est la pensée mainstream, et comme c’est cette pensée mainstream que combattent les personnes sus-citées, je choisis de répondre à votre sondage « économiste libre-échangiste intégriste ».

  13. Résistance is futile.Lorsque un probleme aussi simple conceptuellement que le probleme des retraites, niveau Certificat d’Etudes primaires, sous section "probleme de Vases Communicants", donne encore lieu a des debats negationnistes, il me semble que quelque chose d’aussi contre-intuitif que les vertus du libre echange n’a absolument aucune chance de convaincre qui que ce soit.Sans compter la resistance de corporations qui auraient tout a perdre.  Sans compter l’estime mediocre dans laquelle sont tenus les economistes.Faites comme Todd, adoptez la strategie des Jesuites, essayez d’influencer les gens influents et leurs enfants.

  14. "Je dirai qu’un économiste ni-ni considère globalement que la mondialisation est un jeu à somme positive, qui permet de créer plus de richesses et d’emplois à l’échelle de la planète, mais que cette production de richesses et d’emplois produit des inégalités sociales et spatiales."
    Plutôt que de parler de protectionnisme et de libre-échangisme, ce qui me semble un faux débat, j’aimerai savoir quelle est votre priorité dans les variables impliquées dans le constat que vous décrivez ici.
    Diriez-vous que si j’exploite mon prochain (production d’inégalité) en augmentant les richesses totales (somme positive), cela est bel et bon? Je ne pense pas, donc l’accroissement de la somme des richesses n’est pas votre priorité.
    Imaginons que je n’exploite pas mon prochain tant que ça (augmentation de son revenu absolu), le reste restant identique (accroissement de l’inégalité et somme positive), cela vous paraîtrait-il bel et bon? Je ne pense pas car vous savez qu’un accroissement des inégalités a pour effet d’augmenter le pouvoir que certains ont sur d’autres, que cela permet de limiter la liberté de beaucoup et d’augmenter celle de quelques-uns? (et peu importe que les dominés soient gras comme des cochons). Donc l’accroissement des richesses des plus pauvres n’est pas votre priorité.
    Donc, je pense que vous ne voulez pas d’un accroissement des inégalités, que vous voulez au contraire les résorber (courageux celui qui dira le contraire) et que c’est là votre priorité quitte à ce que la somme des richesses soit un peu moins positive (ne parlons pas de diminution des richesses, restons raisonnablement bourgeois). Dans ce cas, ne faut-il pas réguler? Cela ne signifie-t-il pas limiter la liberté des échanges?
    Si par contre votre idée est plutôt de s’adapter au mieux au processus de libre-échange, en le laissant jouer et en tentant par la suite de réparer les effets indésirables de celui-ci (l’accroissement des inégalités), comme conciliez-vous cela avec le fait que votre priorité est la diminution des inégalités? Car cela revient à nous dire qu’il faut augmenter les inégalités pour pouvoir les diminuer par la suite, n’est-ce pas? A moins que votre priorité ne soit finalement l’accroissement des richesses?
    Enlevez-moi de ce doute, s’il-vous-plaît.

  15. Pour ceux qui croient que c’est futile d’insister sur le fait que la plupart des economistes ne sont pas libre-echangistes integristes, je peux au moins temoigner que ma lecture recente de ce blog et de quelques autres (econoclastes, bernard Salanie, etc… ) m’a assez fondamentalement fait changer d’avis. La somme des echanges positive, ce n’est pas du tout intuitif (et je sais calculer un pourcentage).Par contre, je trouve un peu facile de ne rejeter la faute que sur Todd et consorts. En France, le discours economique, c’est le MEDEF, les politiques, des gens a la Todd, des Le Boucher dans le monde, etc… Les "vrais" economistes sont assez rares, et sont inaudibles dans les media francais, je trouve. C’est la chose qui m’a le plus frappe sur les recents blogs d’economistes: le fait que le discours que l’on nous rabache d’un cote comme de l’autre dans les media est tres eloigne de ce qui fait la richesse de la science economique.

  16. Quelques documents que j’ai glané pour éclairer le débat:1°) un sondage de 2003 de l’opinion publique des différents pays sur la mondialisation.Source:http://ec.europa.eu/public_opinion/flash/FL151bGlobalisationRapportfin.pdfpage 14: libre échange et protectionnisme (avec le ni-ni). Les pages suivantes sont également intéressantes. Avec toutes les réserves habituelles que l’on peut formuler sur ce type d »enquête évidemment.2°) la question des inégalités est évidemment cruciale. J »ai trouvé un bon document qui me parait apporter des éléments de réponse.l’imbroglio des inégalités d’Isabelle Bensidoun (du CEPII)source: http://www.cepii.fr/francgraph/publications/ecomond/lepointsur/2005ch8.pdfVoilà, bonne lecture…J’ai voté et participé au sondage d’OBO. Attendons les résultats !

  17. Sur la question du développement ou pas des inégalités en Chine, il se trouve que je suis en train de lire l’ouvrage de Michel Aglietta et Yves Landry (janvier 2007) intitulé : La Chine, vers la superpuissance. Editions Economica. Voici à grands traits ce qui ressort de l’étude faite pas ces deux économistes ;-)) :
    La conversion de la Chine à l’économie capitaliste (officiellement économie socialiste de marché), de son adhésion à l’OMC et de sa très large ouverture (pour un pays de cette taille) au commerce international s’est traduite par une croissance économique très forte depuis plus de 25 ans. Les conséquences ?
    En gros, pour la population rurale (soit la majorité de la population, environ 60% encore à l’heure actuelle), la situation s’est plutôt dégradée (baisse de leurs revenus). Pour relever ces défis, le gouvernement devrait améliorer l’éducation rurale (les ruraux doivent payer les frais de scolarité qu’ils versent directement aux enseignants), les technologies agricoles et étendre le système d’assurance chômage aux travailleurs ruraux.
    Pour une minorité de la population urbaine, soit 40 millions de foyers (quand même, nous sommes en Chine), le « revenu annuel moyen est de 5000 €, seuil à partir duquel la consommation d’autres biens que les produits de base se développe ». Le Bureau national des statistiques chinoises estime cependant que 151 millions de foyers chinois gagneront plus de 8000 € par an en 2014. Et que la consommation des foyers chinois atteindra alors 37% de celle des USA, contre à peine 9% aujourd’hui.
    Ces chiffres montrent combien l’économie chinoise est très extravertie (puisque la croissance actuelle est tirée par les exportations plutôt que par la demande interne), ce qui constitue le défi principal que les autorités chinoises devront relever dans les décennies futures. Et combien le développement économique du capitalisme s’y est accompagné d’une forte croissance des inégalités, ce qui ne surprendra personne ;-)).
    Pour autant, faudrait-il en déduire que les réformes engagées par Deng Xiaoping ont été une erreur pour la Chine ? Si l’on adopte le point de vue chinois, certainement pas, car le pays est en passe de devenir la superpuissance du XXIe siècle, et si les autorités chinoises continuent d’accompagner intelligemment le changement économique qu’ils ont promu (et notamment sont capables de relever les défis de la mise en place d’une protection sociale qui a été démantelée et se reconstitue progressivement sous une forme différente, et celui de la protection de l’environnement). Ce qui permettrait de revenir à une situation plus équilibrée sur le plan de l’insertion de l’économie chinoise dans la division internationale du travail. Si l’on se place du point de vue des pays industrialisés européens et des Etats-Unis, les choses sont évidemment plus complexes. Les consommateurs américains, notamment, bénéficient actuellement de l’importation massive de produits de consommation de plus en plus diversifiés (et incorporant de plus en plus de technologie, par forcément produite en Chine, d’ailleurs), à « bas prix ». D’où d’ailleurs le déficit commercial record des USA vis à vis de la Chine. Ils sont donc gagnants. L’impact positif de l’adhésion de la Chine à l’OMC a pu être estimé à 40 milliards de $ pour la Chine et à 75 milliards de $ pour le reste du monde par une étude de la Banque mondiale. Cela se traduit cependant par une pression accrue sur les salaires des salariés les moins qualifiés dans les pays industrialisés qui ne doit pas être négligée. Sans oublier que demain la Chine sera un redoutable challenger dans tous les domaines de l’activité économique et ne se contentera pas d’être l’atelier à bas coût du monde. C’est le coté lucide des arguments de Todd et consorts. Car il ne faut pas perdre de vue ce qu’écrivent Aglietta et Landry :
    « Si l’on sait que la Chine était encore la première puissance mondiale en 1820 et qu’en 1840 la défaite dans la guerre de l’opium marqua le début d’une série de traités humiliants qui dépecèrent la Chine au profit des puissances coloniales, il n’est pas difficile de comprendre que le bien commun [au sens du confucianisme chinois qui imprègne les mentalités collectives chinoises] incorpore aujourd’hui le nationalisme. Effacer la tache historique et rétablir le rang mondial de la Chine est le but à long terme de la réforme. Ce but cimente l’adhésion de la population derrière le pouvoir politique du parti communiste quels que soient les sacrifices à consentir. »
    C’est ici que le seul raisonnement économique ne suffit plus et doit intégrer également les dimensions géopolitiques ainsi que les compromis institutionnels entre classes sociales qui donnent des formes différentes au capitalisme. Voir… les travaux de Bruno Amable ;-)).

  18. "En gros, pour la population rurale (soit la majorité de la population, environ 60% encore à l’heure actuelle), la situation s’est plutôt dégradée (baisse de leurs revenus)." "en gros", "plutôt", "environ"…D’où sort ce chiffre et quelles sont les dates que l’on compare?Sur http://www.state.gov/r/pa/ei/bgn/18902.htm, on trouve:"During the 1980s, these reforms led to average annual rates of growth of 10% in agricultural and industrial output. Rural per capita real income doubled."

  19. Je crois que vous posez mal le débat. Le protectionnisme, ce n’est pas l’autarcie. Ca ne signifie pas non plus forcément moins d’échanges avec le reste du monde. Quelle est l’industrie la plus taxée en France ? Le pétrole. C’est pourtant la matière première que nous importons le plus.L’arnaque intellectuelles des libre-échangistes, c’est de poser la question en terme de : favorable à "l’ouverture" vs. favorable à la "fermeture". En réalité la question est: "favorable à la régulation politique des échange" vs. "favorable à la non intervention de l’Etat et au "laisser-faire" des marchés". Par exemple, je ne vois pas forcément  l’intérêt de développer une politique protectionniste avec les Etats-Unis ou le Japon, qui ont à peu près le même niveau de protection sociale et environnementale que nous.Le texte que vous citez et dont je suis l’un des auteurs est assez faible en arguments théoriques et ne me convient pas tout à fait. Il a simplement le mérite de poser le problème en terme politique. Si vous voulez avoir un aperçu un peu plus approfondi de la question, je vous renvoie à un autre texte qui me semble un peu plus argumenté:http://www.protectionnisme.eu/index.php?action=article&numero=55Très cordialement,D. Cayla

  20. Il est évident que le libre-échange intégral est destructeur d’économies nationales et d’emplois… Le protectionnisme au contraire est le réalisme qui protège les intérêts économiques vitaux d’une nation (sans empêcher les échanges commerciaux). Oui il faut réguler le capitalisme.

  21. Bonjour Monsieur,

    Maintenant que l’ensemble des pays occidentaux sont à genoux et que les dettes publiques menacent d’exploser partout en Occident : pensez vous toujours que la mondialisation est un jeu à somme
    positive (positive pour tous en particulier ou pour le monde comme une globalité, c’est peut être là la question) ou bien pensez vous comme Pascal Lamy que tous les pays occidentaux
    (France, Allemagne, USA, Japon, Espagne, Italie…) ont fait d’énormes erreurs de politiques économiques?

    Je pense qu’à un  moment donné il faut savoir ouvrir les yeux. Tiens tiens, demain on est le 18 Juin… merci pour mes enfants qui n’ont pas mérité celà.

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