Examen de rattrapage raté pour Nicolas et Ségolène…

Examen de rattrapage pour Nicolas (0/20 à la première épreuve) et Ségolène (après harmonisation, sa note a été ramenée également à 0/20…).

Sujet : "comment évolue le pouvoir d’achat des français? Pourquoi? Quelles implications en termes de politique économique?"

Ils m’ont rendu chacun leur copie (en fait, exactement la même. Ils étaient pourtant chacun à un bout de la salle, ils n’ont pas pu copié l’un sur l’autre, mais bon, c’était la même réponse, à quelques variations de vocabulaire près… j’me demande s’ils n’ont pas communiqué par téléphone portable…).

En gros, leur réponse est en trois temps :

1. Le pouvoir d’achat des français a diminué contrairement à ce que disent les statistiques, car les indices de prix sont faux (dixit texto Nicolas sur France 2, S’égolène dit à peu près la même chose, il faudrait des indices de prix démocratiques…). L’inflation est plus forte que ce que nous en dit l’Insee,
2. Si l’inflation est forte, c’est à cause de l’Europe et plus précisément de Jean-Claude Trichet et de sa politique de l’Euro fort. Les deux méchants de l’histoire sont donc l’Insee et, surtout, la BCE.
3. Préconisations avancées :  Nicolas m’a écrit qu’il est "urgent que soit créé un véritable gouvernement économique de la zone euro et que soient rediscutés le statut et les objectifs de la BCE". Ségolène  affirme que "ce n’est plus à M. Trichet de décider de l’avenir de nos économies, c’est aux dirigeants démocratiquement élus".

Résultat des courses : 10/20 pour les deux. Ils rétrogradent dans l’année inférieure, ce qui ne s’était jamais vu de mémoire d’universitaire.

Eléments de correction :
1. C’est pas gentil de critiquer l’Insee et de dire que les indices de prix sont faux. Ces indices sont bien sûr critiquables, comme tout indicateur statistique, mais il n’existe pas d’indice juste et d’indice faux, juste des indices plus ou moins pertinents en fonction des besoins. A la limite, si l’on veut un indice qui satisfasse les 60 millions de français, la seule solution est de calculer… 60 millions d’indices. Va falloir recruter à l’Insee, ca va plomber le budget… Bon je ne développe pas, ça a déjà été dit, je
renvoie ici ou .

2. Pour répondre à la question, il fallait commencer par définir le pouvoir d’achat.  Comme son nom l’indique, le pouvoir d’achat, c’est ce que vous permet d’acheter votre revenu. Ce qui dépend du revenu que vous touchez et des prix des biens ou services que vous souhaitez acheter. En clair, le pouvoir d’achat, qu’on appelle aussi le revenu réel (R*), est le rapport entre le revenu nominal des individus (ce que l’on voit par exemple sur sa feuille de paye, notons ça R) et l’indice des prix (noté P) :

R* = R/P

Sur cette base, l’évolution du pouvoir d’achat dépend de l’évolution des revenus nominaux (R), d’une part, et de l’évolution de l’indice des prix (P), donc de l’inflation, d’autre part. Si l’évolution de R est plus rapide que celle de P, le pouvoir d’achat augmente. Si elle est inférieure, le pouvoir d’achat diminue.

3. Dès lors, dire que la politique de l’Euro fort est à la base de l’augmentation des prix est complètement contradictoire : la politique de l’euro fort a précisément comme objectif de limiter l’inflation ; si mes deux apprentis-économistes considèrent cette inflation comme trop forte, leur mot d’ordre aurait dû être de soutenir vigoureusement Jean-Claude Trichet.

4. En fait, si on analyse précisément l’évolution du pouvoir d’achat des français, le problème est moins au dénominateur (problème d’inflation) qu’au numérateur (évolution trop faible des revenus ; pas pour tout le monde certes, il faudrait développer). Ceci déplace la question : pourquoi l’évolution des revenus en France est-elle si faible?

5. Etant donné que l’évolution des revenus dépend en première instance de la croissance économique, autrement dit de la capacité du pays à faire croître plus rapidement les richesses créées que les ressources mobilisées pour les créer, la stagnation du pouvoir d’achat s’explique avant tout par la faible croissance française.

6.  A la limite, on peut s’en prendre à la politique de Trichet à ce niveau là. En disant par exemple que l’élévation des taux d’intérêt dissuade partiellement l’engagement dans des projets productifs, donc la croissance économique. Ou encore que la montée de l’Euro pèse sur la compétitivité-prix des entreprises européennes. Pas totalement faux, cela peut être mis en débat, mais c’est assez limité (ou plutôt, ce n’est pas le problème premier, loin s’en faut) : les autres pays de l’Union sont soumis aux mêmes conditions, certains s’en tirent mieux.

7. Surtout : quitte à accuser l’Europe, autant dénoncer son faible investissement dans l’innovation, en dépit de l’engagement pris en 1999 à Lisbonne de faire de l’Union la première économie mondiale de la connaissance. Avec comme objectif intermédiaire pour 2010 de consacrer 3% du PIB communautaire à la  R&D. Objectif qui ne sera pas atteint.

8. Pourquoi l’Europe n’investit pas plus dans l’innovation? Car les pays ne veulent pas voir le budget européen augmenter, qu’1/3 de ce budget est dédié à l’agriculture, et que la France ne veut surtout pas bouger sur la question de la politique agricole commune. Sachant que les subventions aux agriculteurs sont tout ce qu’il y a de rationnel, puisqu’elles dépendent des surfaces cultivées, si bien qu’un des premiers bénéficiaires des aides est la reine d’Angleterre (elle possède beaucoup de terres).

Bon, je ne développe pas plus les enchaînements. Je voudrais juste que nos deux candidats arrêtent d’apporter de mauvaises réponses à de mauvais problèmes…

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29 commentaires sur “Examen de rattrapage raté pour Nicolas et Ségolène…

  1. 35 heures? sans blague.
    il y a beaucoup de pays où la croissance des revenus est vraiment plus forte?
    j’ai une question à poser aux économistes qui hantent ce lieu: jamais depuis que l’humanité existe le monde n’a été aussi riche, aussi propère, le travail aussi productif.
    Comment cela se fait t’il que dès que l’on parle de redistribution des revenus on entend tout de suite des arguments de crise économique grave, c’est pas possible, la croissance, la compétitivité? Mas elle sert à quoi alors cette croissance et cette compétitivité si elle ne sert à personne? Ou vont toutes ces richesses créées chaque jour?
     

  2. ce que j’aimerais comprendre, c’est pourquoi , avec de si bons conseillers en éco comme en com ces deux candidats balancent de tels arguments .*hypothese 1 cela marche quand même ..le bouc émissaire que personne connait …Trichet ..lui il a sa mission il la rempli
    * hypothèse 2 quand dans l’opinion les idées de lepen sont aux plus hautde ce quelles n’ont ajamais été ..toutes les idées se droitisentet apres les ouvriers decus du ps et du pcf ..voila arriver les classes moyennes de ce coté là décues quelles sont de l’abscence de possibilité d’acsenseur social pour leurs enfants .
    *la vérité  de l’inflation pas dans un indice je la lis en comparant ce que j’ai dans mon caddy et ce qu’il me reste a la fin du mois pour payer les interets des découverts .c’est comme la température il y a le mercure et il y le ressenti ..en politique e veille d’elections c’est le ressenti qui l’emporte

  3. Xavier : "Une faible croissance, certes. Mais les 35h n’y sont-elles pas également pour quelque chose ?" Me semble qu’un débat comparable a déjà eu lieu ici : http://obouba.over-blog.com/article-4788833-6.html#anchorComment En langage de geek, on appelle ça un troll. :oD De plus, je me demande qui est pour une augmentation réel du temps de travail, en France. Ceux qui travailleront plus ou les cadres sup’s, les chefs d’entreprises, professions libérales, etc ? Sinon, plus ou moins d’accord avec ell’a. Concernant le ressenti, les économistes sont néanmoins présents afin de dépasser cela. Dans un débat récemment quitté en raison de l’absence d’argumentation en face (Et quitté non seulement par moi-même mais par tous ceux qui avaient un minimum d’informations ou de connaissances en économie…), qui opposait un partisan de la déclinologie avec d’autres membres d’un réseau… l’un des arguments finaux fut celui que les "vrais gens" de la "vraie vie", savaient, eux, ce qu’il se passait. On parlait des délocalisations, justement, d’ailleurs. :oD Et vous pourrez toujours parler de la productivité des Français, des IDE, de l’attractivité de la France ou sortir toutes les sources que vous voudrez, au final, vous tomberez sur un "mais les vrais gens savent, tandis que les spécialistes ne s’occupent que de chiffres faussés". (Et vous aurez le dernier reportage de France 2 qui sera alors disposé sur le même piédestal que l’ouvrage du maître de ce blog, ou que des statistiques de l’INSEE.) C’est moche, mais c’est un argument récurrent lorsqu’il s’agit d’économie. Là où ça devient grave c’est lorsque les économistes ne savent que répondre "on a des indicateurs qui ne sont pas tops, mais c’est mieux que rien" en face d’arguments opposés du genre "oui mais les vrais gens savent". Le fossé entre les spécialistes, les initiés à l’économie et les citoyens ordinaires se creuse alors et le débat tombe au point mort. Puis c’est la porte ouverte à la démagogie, au populisme et à l’anti-intellectualisme : les hommes politiques sachant très bien que ce n’est pas une poignée de spécialistes qu’il faut contenter, mais bel et bien des électeurs qui se foutent totalement des derniers articles parus dans des revues d’économistes. Pour l’hypothèse I je me demande si justement les conseillers pour les présidentielles sont, ou non, autant écoutés que les conseillers en marketing politique… ou même que les industriels et financiers entourant certains candidats. Il faut dire que la principale stratégie des candidats, à l’heure actuelle, est de jouer sur la peur, sur les choses n’allant pas. L’insécurité est monstrueuse, le chômage croissant, votre revenu baisse, le chien des voisins a chié sur votre pelouse mardi dernier, y’a trop d’étrangers qui volent le futur travail de vos enfants, les retraites n’existeront plus, la dette se creuse, etc Alors : "votez pour moi" ! ^^ »’ Avec des promesses de changement, de disparition de ce climat de peur, etc. Pour l’hypothèse II, je vois mal ce que l’ascenseur social vient faire dans l’augmentation des revenus…? Amicalement, AJC

  4. Si on vous suit, vivent les politiques structurelles, ma macro-économie est morte…C’est donc par exemple certainement à tort que le Japon a maintenu des taux à 0% pendant plusieurs années ?

  5. Le Japon a laissé ses taux à 0% pendant plusieurs années parce que :- sa croissance était durablement sous la croissance potentielle- elle était en déflation, ce qui est extrèmement préjudiciable à l’économieEn Europe :- nous ne somme pas durablement sous notre croissance potentielle : un soutien fort à l’économie par des intérets réels négatifs nous pousseraient vraisemblablement rapidement dans une bulle de consommation et d’investissement- nous avons une inflation supérieure à la limite que s’est fixée la BCE : il est toujours plus difficile de faire baisser l’inflation que de la laisser monter.

  6. edgar > C’est donc par exemple certainement à tort que le Japon a maintenu des taux de 0% pendant plusieurs années?Taux à 0% pour essayer de relancer une économie plombée par l’exploser d’une bulle immobilière elle-même créée par une déréglementation trop importante et trop rapide du secteur finanicer fortement souhaitée par les USA (suffit de relire la presse de l’époque). Il aura fallu 15 ans au pays pour purger les choses.Encore de bons conseils de l’Oncle Sam…

  7. Allons, M. Bouba-Olga, plutôt que de me renvoyer à un débat qui n’est pas tout à fait similaire à celui-ci, vous pourriez plutôt répondre à ma question en toute honnêteté.

     

    Tout le monde sait que les 35 heures ont été financées a hauteur d’un tiers chacun par 1) des subventions étatiques, 2) une hausse de la productivité et 3) la modération salariale. Sans être nécessairement le facteur principal du problème du « pouvoir d’achat », la modération salariale ne saurait donc être négligée.  

     

    Et tout le monde sait également que ceux qui ont le plus souffert de cette modération salariales ne sont pas les cadres (qui profitaient de jours de loisirs supplémentaires), mais les salariés les plus fragiles, à qui cela faisait une belle jambe de travailler 45 minutes de moins par jour (avec des cadences accélérées) pour au final voir leur salaire stagner pendant quelques années. 

     

    Par ailleurs, des économistes ont observé que de nombreux employés de grandes entreprises ont pris un second emploi au moment de leur passage au 35h, vraisemblablement pour compenser la stagnation de leur revenu. Ils ont également remarqué qu’un nombre non négligeable de salariés de grandes entreprises sont partis pour travailler dans des petites entreprises au moment du passage aux 35h des premières, vraisemblablement pour gagner plus. On peut trouver le papier ici : http://ftp.iza.org/dp2459.pdf

  8. Juste trois remarques:-
    1. Votre definition du revenu est incorrecte, me semble t il.  La France est un pays ou les depenses sont hautement socialisees.  R comme vous dites (la feuille de paie) ne represente que (de memoire) 55% du revenu moyen des Francais.  Le reste etant a hauteur de 32% des prestations sociales et pour le reste les revenus du capital (a 70% les loyers imputés donc non-cash).
    2. La definition de la depense me parait incorrecte egalement car une bonne partie de la depense est de la depense socialisee, donc "gratuite" donc non percue par le consommateur.  Ceci dit comme cette depense: education, sante, etc. est essentiellement de la main d’oeuvre, il me semble que c’est elle qui augmente beaucoup plus vite que l’inflation INSEE et qui donc pese sur le pouvoir d’achat "residuel". 
    Il faut donc savoir ce que l’on veut des depenses sociales croissantes ou du pouvoir d’achat.  Un bon debat sur la responsabilite individuelle vs. collective.
    3. La position Francaise sur la PAC me parait extremement logique, a court terme.  Nous recevons en subvention de l’Europe me semble t il 10 milliards d’euros par an.  Si nous reorientons les depenses de la PAC vers la recherche, la France va perdre ces recettes et compte tenu de la "qualite" de la recherche Francaise n’en recevra qu’une fraction en retour.  A moins bien sur que l’on ne saupoudre les depenses de recherche suivant un critere national et non un critere de qualite.  Outre que cela ne compenserait pas, il semble que cela ne ferait pas avancer le schmilblick.

  9. @ Xavier : je n’avais pas encore répondu à votre remarque sur les 35 heures… C’est moyennement convaincant en Europe. Vous verrez dans le document suivant pages 11 et 12 (http://www.stateofworkingamerica.org/swa06_ch08_international.pdf)que le nombre d’heures travaillées par salarié en France est inférieur à ce qu’il est en Allemagne, Norvège, Pays-Bas et très proche du nombre du Danemark. Le taux d’activité est supérieur à ce qu’il est en Allemagne, pour les femmes comme pour les hommes. Le problème est plsu côté taux d’activité que nombre d’heures travaillées par an. JE ne dis pas que ca ne joue pas, mais plus dans les comparaisons entre l’Europe et les Etats-Unis qu’au sein de l’UE (cf. le blog d’Econoclaste sur cette question).@ Adam S. : ma définition du revenu n’est pas incorrecte,j’ai pris pour exemple le salaire, le revenu ne se réduit pas à cela : il faut distinguer notamment revenu du travail et revenu du patrimoine, ainsi que le rôle de la redistribution par l’Etat. Je n’ai pas développé pour ne pas partir sur un autre sujet, ca n’enlève rien au fait que le revenu global stagne si on ne fait pas assez de croissance. Ensuite, on peut jouer notamment sur la redistribution pour réduire les inégalités de revenu, bien sûr. S’agissant de la distinction revenu du travail/ revenu du patrimoine, une catégorie de personne qui a bénéficié d’une hausse du pouvoir d’achat, ce sont les retraités, qui ont pas mal de revenu du patrimoine (pas tous, il faudrait approfondir). Les inégalités de revenu, j’en avais parlé dans un précédent billet, sont aussi des inégalités intergénérationnelles.Sur la PAC, je ne dit pas que la position française est illogique, je dirais plutôt qu’elle est court-termiste et partisane. C’est une forme comme une autre de rationalité (politique en l’occurrence, le lobby des agriculteurs fonctionne très bien, notamment pour l’UMP). On sait très bien qu’il faudra revenir sur le système de subvention, en 2012 d’après l’accord Chirac – Schroeder, en 2008 espèrent tous les autres pays qui en ont marre de l’attitude française. Je ne suis pas d’accord sur votre diagnostic sur la qualité de la recherche en France, c’est encore une de ces bonnes vieilles idées reçues, mais bon, je ne développe pas ici…@ ell’a et d’autres : pourquoi N&S disent-ils de telles absurdités? Car si ce sont des absurdités du point de vue dela rationalité économique, ce sont des positionnements payants du point de vue de la rationalité politique. Ils ont un comportement très clair d’un point de vue de la théorie de l’électeur médian, j’essaie de faire un billet dans quelques temps sur ce point.

  10. Merci pour votre réponse, mais je ne suis pas sûr de la comprendre. J’essayais pour ma part de donner une explication de la stagnation du pouvoir d’achat, non de son niveau en valeur absolue. Car si le pouvoir d’achat est un thème aussi important pour les Français aujourd’hui, ce n’est pas à cause de son niveau en valeur absolu (il était bien plus faible pendant les 30 glorieuses, par exemple), mais à cause de son évolution récente (c’est à dire de sa faible augmentation).
    Or parmi les facteurs de cette stagnation du revenu, il y a incontestablement une croissance faible, mais il y a sans doute également la modération salariale liée aux 35h. Pour le dire autrement, avec la même croissance, mais sans les 35h, le thème du pouvoir d’achat ne serait peut-être pas aussi intense qu’il ne l’est aujourd’hui.

  11. La prochaine fois, Xavier, tu devrais relire le pseudonyme de ceux ou celui qui te réponds/ent… ;o) C’est pas très flatteur, j’imagine, pour le rédacteur local, d’être ainsi confondu. :oD M. Bouba-Olga : Au sujet de l’électeur médian… vous parlez du positionnement "optimal" par rapport aux masses électorales dont vous parlez dans votre livre, déjà ? Si c’est le cas, je me demande pourquoi l’extrême-gauche est ainsi "écartée" si S.R. doit récupérer un maximum de voix à gauche ?L’extrême-droite, la droite et la "gauche des libéraux démocrates" sont apparemment contentés par les discours des deux grands candidats… mais pas ce que l’on peut estimer être les électeurs de "gauche dure", "anti-libérale" ou "extrême-gauche". (Qui, me semble t’il, ne sont pas spécialement contentés par Royal…) AJC

  12. @AJC (cette fois je ne me trompe pas 🙂 : j’imagine que Ségolène compte sur un réflexe anti-sarkozy de la part de la gauche dure (qui voterait ainsi pour elle même non satisfaite par son programme). Du coup elle pense avoir le champ libre pour récupérer l’électeur médian.

  13. Xavier :Hum… j’avais entendu Bayrou affirmer qu’à chaque élection, il y avait eu une "surprise" de taille, contredisant les médias dominants et leurs pronostics : à chaque fois, l’un des deux meneurs-candidats s’est retrouvé sur le carreau.Il serait intéressant de se pencher sur les mauvaises estimations réalisées par les candidats au sujet de leur positionnement. (Et de leur capacité à "rafler des voix".)Les erreurs concernant l’estimation du nombre d’électeurs à chaque pôle pourrait aussi jouer là-dedans… (2002…?)Enfin, désolé pour le hors-sujet mais je me disais que pour le prochain post de M. B-O, cela pourrait être intéressant à soulever…AJC

  14. Cher Olivier Bouba-Olga,Vous observez, à juste titre selon moi, que la France se caractérise par de faibles revenus, plus exactement par de faibles augmentations des revenus salariaux. Vous affirmez en outre que le rôle de la BCE est mineur en la matière.J’avoue ne pas comprendre vraiment. Car si j’en crois Jean-Claude Trichet, il augmente les taux pour freiner l’augmentation des salaires. Il a invoqué explicitement cette raison pour justifier la hausse de septembre (Libération du 19 septembre, de mémoire). Surestime-t-il le rôle de l’institution qu’il dirige? Cache-t-il ses véritables motivations?AmitiésChristopheP.S. J’avais mis par erreur ce commentaire pour la dissertation de Nicolas S.

  15. @ christophe : l’idée n’est pas de dire que ce que fait Trichet n’est pas critiquable (de mon point de vu, ca l’est), mais i) de souligner le raisonnement contradictoire de N&S qui devrait soutenir Trichet si on suit leur raisonnement sur l’inflationii) de hiérarchiser les causes de la faible croissance de la France voire de l’Europe ; le rôle de la BCE étant dès lors bien moindre que ce que l’on en ditIl faudrait que les politiques français arrêtent de mettre sur le dos de l’Europe tous les problèmes qu’ils n’ont pas su traités, surtout quand on connaît les positions qu’ils ont défendu lors des référendums…

  16. Le bouseux que je suis est toujours étonné par cette ritournelle qui consiste à fustiger la part de la PAC dans le budget européen sans autre forme d’analyse sur le pourquoi de ce budget si important, sa ventilation effective et son impact sur, par exemple, au hasard, certains domaines de recherche en lien direct (ou non) avec l’activité agricole, ou encore l’aménagement du territoire, l’organisation économique du secteur agricole..etc…

  17. 1. Si je peux me permettre car j’ai du mal m’exprimer.  Si vous voulez juger du pouvoir d’achat, il ne faut pas se contenter du revenu salarial net car il ne represente qu’une grosse moitie du revenu total des menages.  Il faut egalement prendre la depense totale et non uniquement le "panier de la ménagére" facon ME Leclerc.  C’est a dire incluant les depenses socialisées.  Ceci au niveau macro.  Au niveau micro, comme vous l’avez bien dit, chacun a sa propre evolutionde pouvoir d’achat.
    Il me semble pourtant assez clair a expliquer que si les Francais veulent ne garder leurs hopitaux surnumeraires, plus de materiels (scanner, IRM, etc.), une meilleure retraite pour plus de gens, une augmentation des minimas sociaux, les 35 h dans la fonction publique qui ne se compensent pas par des gains de productivite, alors le pouvoir d’achat DU RESTE ne peux probablement que diminuer.  Ou est le probleme?  Un taux de croissance plus elevé est certes desirable et facilite la facture, mais ne change rien a une modification de la repartition de la richesse public/prive, actif/inactifs.
    2. Ma remarque sur la qualite de la recherche Francaise ne fait que refleter les divers classements publiés de facon internationale, notamment Université de Shangai.  On peut discuter de leur validité mais il semble bien que notre organisation de la recherche soit au minimum sous optimale;
    3. Ma comprehensionde la depense R&D en Europe est que sa faiblesse resulte purement de la faiblesse de la depense privée.  Que la France par exemple depense en recherche publique civile proportionellement plus, voire beaucoup plus que les US.  Il me semble donc que plutot que re-orienter le budget vers encore plus de depense publique, meme Europeenne, nous ferions mieux de nous interroger sur le pourquoi de la faiblesse de la depense privée et les moyens eventuels d’y remedier.  Sans compter qu’il sera difficile de trouver une causalite nette entre depense de recherche et innovation.  Beaucoup me semble dependre du contexte institutionnel de chaque pays.

  18. Ces débats sont très fructueux pou le non économiqte que je suis. Je ressens cependant un petit malaise.A mes yeux l’économie est loin de n’être que technique et la dimension humaine et psychologique est forte. Résumer les "visions" économiques de SR et NS a une critique de Trichet et de l’euro fort est "vendeur" (et drôle) mais participe à une remise en cause du politique a priori .. et pour suivre les propositions de SR très, mais alors très réducteur.Critiquer M.Trichet c’est surtout un acte de communication (critiquable peut-être) pour signifier que le politique, que la volonté commune peut et doit reprendre sa place, que l’économie ce sont des êtres humains pas des équations macroéconomiques aussi brillantes soient elles. C’est remettre de l’ordre entre les fins (le vivre ensemble) et les moyens (l’économie), ces derniers semblant, à tords ou à raison, prendre une autonomie préjudiciable.Sinon bravo et merci pour votre blog

  19. @ Erasme : tout à fait d’accord avec vous, le politique a des choses à dire et à faire. Croire qu’un déterminisme économique  condamne toute action politique me semble particulièrement faux. C’est ce que j’explique dans "les nouvelles géographies du capitalisme", d’ailleurs. Ceci dit, croire que tout est possible est également erroné : il existe des contraintes économiques, il faut les intégrer ; et aussi des réponses plurielles à ces contraintes, d’où les marges de manoeuvre des politiques. A charge pour les politiques d’énoncer leurs réponses à ces contraintes. Le problème avec N&S est que le plus souvent ils ne ciblent pas les bons problèmes, et apportent souvent de mauvaises réponse. Mais sans doute leur positionnement est-il politiquement payant, et c’est bien ce qui compte pour eux…@ Thau : oui,  ce que je dis de la Pac est rapide et forcément caricatural. Cela mériterait un peu plus de développement. Pour un traitement approfondi d’un problème spécifique concernant l’agriculture, je vous renvoie à cet article (http://sceco.univ-poitiers.fr/recherpubli/doctravail/T2004-03.pdf). De manière générale, je n’ai rien contre l’agriculture ni contre les agriculteurs, simplement le système d’incitation Pac me semble loin d’être optimal… Je développe un de ces jours.

  20. @LG: Je pense qu’il ne faut pas confondre tradition bureaucratique opaque a la Francaise qui s’applique partout qui n’est pas une specialité de l’INSEE loin s’en faut (nous sommes un pays ou les fonctionnaires se prennent pour les maitres du monde) et complot gouvernemental pour reduire l’inflation.  Si c’etait le cas d’ailleurs il faudrait que la BCE augmente les taux encore plus.   Je doute de plus que la coloration politique moyenne de cet organisme soit alignée sur celle du gouvernement actuel.
     
     

  21. L’agriculture et les agriculteurs sont, comme tout, critiquables. Et pour ma part, je ne considère pas les attaques sur le budget PAC comme l’expression d’un mépris du monde agricole. Ma connaissance du sujet est partielle et mon approche forcément partiale mais je sais au moins que l’équation est compliquée et exige de ne pas s’arrêter à la seule part agricole dans le budget européen. Merci pour le lien.

  22. Adam S., le point de mon billet est qu’il n’y a évidemment pas une inflation, mais des inflations que chacun pourrait calculer a partir des données détaillées relevées par l’INSEE et que les économistes gaulois mentent ouvertement en inventant des raisons bidons de cacher les données qui interessent le citoyen.L’inflation apparait dans la plupart des débats économiques, par exemple les retraites : est-ce que l’inflation vécué par les retraité est la même que celle de la population ? Si non, pourquoi fait-on des prévisions sur le cout des retraites a 40 ans en utilisant l’inflation moyenne ?Pour la BCE, je me contenterai de rappeller que l’usage des taux d’intérêt à court terme n’est pas la seule option sur la table pour controler la masse monétaire.

  23. @ OBO
    J’ai parcouru votre article. J’avoue souffrir un peu de voir le qualificatif "innovation", à connotation positive, appliqué au développement de l’irrigation du maïs dans le sud-ouest, qui reste une aberration agronomique. Je parlerais plutôt d’erreur stratégique qui a donné lieu effectivement à certaines innovations.
    Pour revenir à l’efficience du système incitatif PAC, je m’étonne que vous ne fassiez pas plus de cas, dans cet article, de la surprime à l’irrigation pour les SCOP (durement négociée en 1992 il me semble) sans laquelle cette irrigation, sur ces cultures, ne serait pas rentable. Et encore, elle ne l’est que parceque les coûts environnementaux ne sont pas internalisés (c’est comme ça qu’on dit ?).
    Et pour finir, je précise que le découplage, sur les SCOP, est de 75 %. Les 25 % restant couplés à la production pourraient amener une grande majorité d’agriculteurs à poursuivre la production même si leurs décisions seront + déterminés par le marché.
    Bon, j’arrête là.
     
     

  24. @ thau : l’innovation n’est pas nécessairement à connotation positive. Littéralement, innover c’est introduire quelque chose de nouveau dans la sphère économique. Ici, il s’agit d’une innovation institutionnelle. Blague d’économiste de l’innovation : est-ce un progrès quand un cannibale mange avec une fourchette et un couteau?* sur le découplage seulement partiel, effectivement. Il semble qu’on s’oriente vers un découplage total à horizon 2012, voire 2008 si la France finit par céder, non?

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