La métropolisation, horizon indépassable de la croissance économique ?

En septembre 2014, Terra Nova a publié une note de Laurent Davezies et Thierry Pech intitulée « La nouvelle question territoriale ». Cette note repose pour une bonne part sur les travaux menés depuis une dizaine d’années par Laurent Davezies (2008, La République et ses territoires ; 2012, La crise qui vient ; tous deux au Seuil/La République des Idées).

Laurent Davezies est un chercheur influent, dont les travaux diffusent largement hors sphère académique. Le problème est que, s’il a dans le passé mis en évidence des choses intéressantes (la déconnexion entre PIB par habitant et Revenu par habitant à l’échelle régionale par exemple), ses analyses souffrent parfois de sérieux défauts. Ce qui ne les empêche pas d’être mobilisées pour justifier certaines réformes.

Cela fait plusieurs années que Michel Grossetti et moi-même nous disions qu’il nous fallait rédiger quelque chose d’un peu consistant pour mettre en évidence ces limites. Nous l’avons fait un peu, chacun de notre côté, lui ici par exemple, moi dans ce billet là, mais de manière partielle. Cette fois, nous nous sommes décidés à développer nos analyses convergentes dans un texte commun.

Nous avons fini une première version de ce texte, que nous venons de déposer sur Hal. Voici le résumé :

En septembre 2014, Terra Nova a publié une note de Laurent Davezies et Thierry Pech intitulée « La nouvelle question territoriale ». Cette note repose pour une bonne part sur les travaux menés depuis une dizaine d’années par Laurent Davezies (2008, 2012). Elle nous semble représentative des travaux menés par cet auteur et par d’autres chercheurs qui partagent ses analyses, travaux qui inspirent en partie les réformes politiques en cours, qu’il s’agisse de la fusion des régions ou du soutien à la métropolisation. Dans ce texte, nous discutons leur analyse, qui souffre à notre sens de plusieurs limites importantes, limites à la fois théoriques, méthodologiques et empiriques, ce qui invalide largement certaines de leurs conclusions et de leurs préconisations. Cette discussion s’appuie d’une part sur un traitement des mêmes données selon une perspective différente et d’autre part sur une critique de l’usage qu’ils font de l’économie géographique.

Nous avançons plus précisément quatre grandes critiques : 1) l’inversion de la courbe de Williamson, base empirique qui sous-tend tout leur raisonnement, n’est pas d’actualité, 2) le fait empirique majeur en matière d’évolution des disparités interrégionales est celui d’un accroissement, sur les dernières années, du PIB par habitant de l’Ile-de-France relativement à la moyenne des régions, ce qui n’est pas synonyme de surproductivité intrinsèque de la région capitale, mais qui pose plutôt question en termes d’évolution des inégalités sociales, 3) le renvoi systématique aux analyses de la nouvelle économie géographique pour légitimer d’un point de vue théorique le soutien à la métropolisation est insatisfaisant, les auteurs faisant selon nous une lecture erronée de ces travaux qui ne concluent pas au renforcement inéluctable de la concentration des activités, 4) si les auteurs montrent que quelques métropoles réussissent très bien en matière de création d’emplois, ils montent ensuite trop vite en généralité pour affirmer que les métropoles sont désormais le lieu presque unique de concentration de l’activité productive ; l’analyse systématique du lien entre taille des territoires et croissance de l’emploi montre en effet clairement l’absence d’effets taille, ainsi que l’existence d’autres effets, sur lesquels il convient de se pencher.

N’hésitez pas à nous faire part de toute remarque, commentaire, question, critique et, bien sûr, à diffuser largement si vous le jugez utile. Nous travaillons à une version plus synthétique que nous devrions pouvoir diffuser bientôt.

Décentralisation, réforme territoriale, tout ça, tout ça…

logo-federation-de-recherche-territoires-universite-de-Poitiers-300x212La Fédération de Recherche « Territoires » de l’Université de Poitiers organise un Symposium intitulé « Décentralisation : recompositions des pouvoirs, des institutions et des politiques publiques », les 3, 4 et 5 décembre 2014, sur Poitiers.

Le programme est particulièrement alléchant, je trouve (pour côtoyer régulièrement les organisateurs, je peux vous dire qu’ils n’ont pas fait ça comme on redessinerait la carte des régions de France, sur un coin de table, un lundi soir…)

Vous pourrez y écouter des juristes, économistes, géographes, …, spécialistes du sujet, l’objectif étant non seulement d’entendre ce que chacun a à dire mais aussi de susciter le débat.

Vous trouverez sur ce site toutes les informations utiles, l’inscription est libre mais obligatoire. Présence indispensable, ai-je envie d’ajouter.

La qualité de vie dans les territoires

L’Insee vient de publier une étude intéressante sur la qualité de vie dans les territoires français. Exercice difficile : on cherche trop souvent, pour mesurer la « performance » de différentes entités sur un sujet donné (ici la qualité de vie dans les territoires), à identifier l’indicateur pertinent pour produire ensuite des classements. Lorsque le sujet est multidimensionnel, on s’en remet à des indicateurs composites, comme l’IDH pour le développement humain ou le classement de Shangaï pour la performance des Universités. C’est satisfaisant pour les médias qui peuvent produire des classements, trouver des titres chocs et optimiser leurs ventes, mais c’est très insatisfaisant pour cerner le sujet traité.

L’exercice proposé par l’Insee est différent : il s’agit plutôt, au travers de différents indicateurs censés capturer les différentes dimensions de la qualité de vie, de produire une typologie de territoires. Et ça change tout : impossible de hiérarchiser les territoires entre eux, on observe plutôt des profils différents, avec des atouts/faiblesses attachés à chacun d’eux. On peut imaginer que chaque individu, en fonction de son « vecteur de préférences », comme dirait l’économiste, se sentirait mieux dans tel ou tel endroit.

Cela donne cette carte :

cartelégendePoitiers stricto sensu fait partie de la deuxième catégorie de la typologie, caractérisée ainsi par l’Insee : « Regroupant la plupart des métropoles régionales (Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Bordeaux, Nantes, etc.), certains territoires de plus petite taille ainsi que des zones touristiques de montagne (marron sur la carte : 15,8 millions d’habitants) conjuguent à la fois une rapide accessibilité aux équipements et services et une densité de médecins généralistes importante au regard de la population. L’adéquation des emplois par rapport aux catégories sociales des actifs est bonne et les emplois sont relativement proches du lieu de résidence. Cependant, à l’instar des autres territoires plutôt urbains, les situations sociales difficiles sont également présentes (familles monoparentales, suroccupation des logements). Les zones de montagne orientées vers le tourisme se rapprochent des métropoles régionales, par des conditions socio-économiques et d’accès aux équipements favorables. Mais les emplois y sont moins fréquemment stables. »

Elle baigne cependant dans un océan de zones orangées, des territoires autour de villes moyennes, caractérisés de cette façon : « Enfin, de nombreux territoires organisés autour de villes moyennes (orange sur la carte : 12 millions d’habitants) proposent un accès plutôt rapide aux équipements et services. Les conditions de logement sont plutôt bonnes (très peu de personnes vivant dans des logements suroccupés). La population diplômée est relativement peu importante, y compris chez les jeunes, cependant le taux d’emploi est particulièrement élevé avec des disparités femmes/hommes réduites. L’emploi est très souvent à proximité du domicile mais les salaires sont plutôt faibles et les transports en commun peu développés. Le chômage de longue durée est rare. Ces territoires se situent dans l’Ouest et le Sud-Ouest et à proximité de certains grands pôles de l’Est. »

On peut bien sûr discuter de la pertinence de tel ou tel indicateur, s’étonner de l’absence de tel ou tel autre, mais, de manière générale, je trouve la démarche beaucoup plus intelligente que la moyenne de celles que l’on nous fait subir quotidiennement…

Les chercheurs s’exposent…

Dans le cadre de la fête de la science, l’Université de Poitiers a mis en place une exposition dans le centre-ville, présentant des portraits de chercheurs de différentes disciplines, complétée par une présentation sur le site internet de l’université.

Donc, si vous rêvez de me voir voir l’un de ces dix chercheurs placardés sur un abribus et autre sucette publicitaire, baladez vous dans Poitiers. Si vous rêvez de lire un petit topo sur moi sur l’un de ces dix chercheurs, cliquez ici. En cliquant sur son prénom (olivier est un joli prénom), vous pourrez non seulement lire le petit topo sur moi sur ledit chercheur, mais aussi découvrir une petite vidéo de 3 minutes où je me il se présente.

Bon, plus sérieusement, je trouve l’initiative très sympa (même si l’idée d’être en grand sur une sucette juste à côté de chez moi risque de me faire passer auprès de mes voisins pour un grand narcissique, ce qui n’est pas faux mais ils ne sont pas obligés de le savoir, et ça fait un peu chier quand même!).

J’ai regardé les différentes vidéos : franchement, chercheur est un très beau métier…

Le grand n’importe quoi de l’obsolescence programmée

J’ai pu constater hier soir, lors d’une discussion passionnée et particulièrement arrosée entre amis, à quel point le mythe de l’obsolescence programmée imprégnait les esprits. Ce qui n’est pas très grave pour les personnes en question : elles ne votent pas les lois. C’est plus embêtant quand il s’agit de nos politiques, qui perdent leur temps à produire des textes inutiles.

Plutôt que d’écrire un long billet pour vous expliquer pourquoi, je vous renvoie plutôt vers ce billet d’Alexandre Delaigue, précisément intitulé « Le mythe de l’obsolescence programmée ». Il a plus de trois ans mais n’a pas pris une ride.

Hausse du niveau de formation et chômage : évitez de dire trop de bêtises…

Le Cereq a publié un document intitulé « Sortants du supérieur : la hausse du niveau de formation n’empêche pas celle du chômage ». Ce document exploite les enquêtes à trois ans des sortants du système éducatif de la génération 2004 (enquêtés en 2007) et de la génération 2010 (enquêtés en 2013).

Résultat : le taux de chômage augmente pour toutes les catégories de sortants, passant par exemple de 6,8% à 10,2% pour les Masters et de 7,3% à 11,2% pour les bacs +2 ou 3 ; seuls les docteurs voient leur taux de chômage reculer.

Pierre Dubois s’en inquiète sur son blog en titrant « sorties du sup : quel gâchis ! ». Le Monde a également publié un article sur le sujet en interrogeant deux sociologues, Marie Duru-Bellat et Camille Peugny, la première dénonçant la course au diplôme et expliquant « Tout le monde ne peut pas être ingénieur ou manageur. Le marché des diplômés est mondial, et la concurrence est forte. » (sic…)

Je suis allé chercher les données dans le document du Cereq pour me livrer à quelques calculs complémentaires. En effet, déduire de la hausse du taux de chômage des diplômés de Master que faire un Master ne sert à rien est ridicule si, dans le même temps, la situation macroéconomique s’est dégradée, poussant à la hausse le taux de chômage de l’ensemble de la population. Il convient donc d’étudier l’évolution relative du taux de chômage par niveau de diplôme. D’où les deux tableaux suivants :

G2004 G2010 G2010/G2004
non diplômés de l’ESR 15,8 23,1 1,46
bac+2 et +3 7,3 11,2 1,53
M1 et M2 6,8 10,2 1,50
Doctorat 7 5,8 0,83
Ensemble 8,7 13 1,49
taux insee 7,1 9,9 1,39

Les cinq premières lignes de ce premier tableau reprennent les données Cereq par niveau de diplôme et pour l’ensemble des sortants (ligne « ensemble »). La dernière ligne correspond aux taux de chômage, récupérés sur le site de l’Insee, pour l’ensemble de la population. On constate que, hormis les docteurs, les taux de chômage ont tous été multipliés en gros par 1,5, un peu plus pour les bacs+2 et 3, un peu moins pour les non diplômés. Le résultat principal est ailleurs : la crise a affecté plus fortement les sortants du système éducatif que l’ensemble de la population, dont le taux de chômage n’a été multiplié « que » par 1,4.

Deuxième tableau, qui rapporte les taux de chômage de chaque catégorie au taux de chômage des non diplômés de l’enseignement supérieur :

G2004 G2010 G2010/G2004
non diplômés de l’ESR 1,00 1,00 1,00
bac+2 et +3 0,46 0,48 1,05
M1 et M2 0,43 0,44 1,03
Doctorat 0,44 0,25 0,57
Ensemble 0,55 0,56 1,02
taux insee 0,45 0,43 0,95

Ces ratios permettent de dire des choses sur l’intérêt de poursuivre ses études : être diplômé de l’enseignement supérieur plutôt qu’être non diplômé divise par plus de deux le risque d’être au chômage…

Conclusion? i) La crise explique une bonne part de l’évolution du taux de chômage des sortants du système éducatif, ii) elle les touche plus fortement que les générations déjà présentes sur le marché du travail, iii) poursuivre ses études reste le meilleur moyen de se prémunir du risque de chômage, la protection absolue est moins bonne mais la protection relative est globalement stable (comme le dit d’ailleurs Camille Peugny dans l’article du Monde).

Précision importante : dans les tableaux ci-dessus, les non diplômés sont les non diplômés de l’enseignement supérieur. Des jeunes qui ont entamé des études supérieures mais n’ont pas réussi à décrocher un diplôme. Dans cet autre document du Cereq, vous constaterez que les non diplômés dans leur ensemble ont vu leur taux de chômage être multiplié par 1,5 (il passe de 32% à 48%), quant aux diplômés du secondaire (CAP, BEP, Bac), il a été multiplié par 1,67 (de 15% à 25%). Ce sont les diplômés du secondaire qui ont vu leur situation se détériorer le plus et c’est l’ensemble des non diplômés qui est le plus exposé au risque de chômage (taux de près de 50%…).

Pour conclure, je ne dis pas qu’il n’y a pas de problème avec le fonctionnement du marché du travail français et du système éducatif français. De manière générale, il me semble que les diplômes comptent beaucoup trop en France et qu’un jeune ayant raté la marche autour de ses 18 ans risque d’en souffrir toute sa vie professionnelle, bien plus que dans d’autres pays. Il n’en demeure pas moins que, dans ce contexte, poursuivre ses études reste le comportement le plus rationnel pour accéder à l’emploi et obtenir des rémunérations plus importantes.

La fièvre de l’évaluation

C’est marrant : on décide de beaucoup de choses au sein des Universités, ou bien autour des Universités (dans le cénacle des financeurs, notamment), en se basant sur quelques discours approximatifs autour du classement de Shanghai, des impacts factors, des h index -ce genre de choses- sans se soucier le moins du monde de ce que peuvent produire les mêmes chercheurs de ces mêmes Universités sur ce type d’évaluation.

Un peu comme si, pour traiter d’une épidémie ravageuse, on oubliait de convoquer les spécialistes du sujet.

Je recommande donc la lecture de cette interview d’Yves Gingras, et puis, pour les plus courageux, de quelques uns de ses travaux. On ne sait jamais : ça pourrait servir…

Le culte de l’attractivité

Excellent billet de Michel Grossetti sur le culte de l’attractivité, qui conduit à tant de dépenses au final improductives sur nos territoires… Il compare ce culte de l’attractivité au culte du Cargo, expliqué dans une petite vidéo que je reprends ici :

Le culte du cargo par wesh

Je vous invite à la visionner, puis à aller lire son billet, dont voici le chapô :

Depuis quelques années, l’attractivité est devenue une préoccupation constante des élus et de ceux qui les conseillent, qu’ils soient en charge d’une ville, d’une région ou d’un pays. Il faut attirer des entreprises, des activités, des cadres, des personnes « créatives », des étudiants, bref, tout ce qui est censé contribuer à la croissance économique et à la création d’emplois. En revanche, personne ne semble envisager d’encourager la venue de migrants pauvres, y compris lorsqu’il s’agit d’étudiants, ou de personnes en situation de réinsertion sociale.

Qui vient à l’Université ? Le cas de Sciences Eco Poitiers

Hier matin, 1er septembre 2014, c’était la rentrée des premières années de Licence de Sciences Économiques de l’Université de Poitiers. L’occasion de rédiger un petit billet sur le profil des lycéens qui nous rejoignent, car les choses bougent, suite à l’introduction depuis plusieurs années de différentes innovations résumées dans ce billet et d’une politique active d’information auprès des lycéens de l’académie (avec tout un ensemble d’actions menées par l’Université de Poitiers dans son ensemble et d’autres plus spécifiques à notre composante).

L’évolution des effectifs

Nous avons accueillis hier matin, à la réunion de rentrée, 154 étudiants, ce qui confirme la tendance à la hausse observée depuis deux ans. Figurent également dans le tableau le nombre de vœux déclarés sur APB (stable cette année) et le sous-ensemble des voeux 1 (forte hausse).

2012-2013

2013-2014

2014-2015

vœux APB

371

632

621

dont vœux 1

52

71

125

présents jour de rentrée

86

109

154

inscrits jour de rentrée

91

120

159

inscrits définitifs

111

154

?

Les inscriptions se déroulant jusque fin septembre, on peut estimer le nombre d’inscrits définitifs aux environs de 200 étudiants.

Profil des lycéens

Plus important, l’évolution du profil des étudiants accueillis. Lorsque nous informons les lycéens, nous insistons beaucoup sur le fait que les études en Sciences Économiques sont très bien adaptées aux bacs ES et S, beaucoup moins bien aux autres bacs. Le message passe, et de mieux en mieux, puisque cette année notre public cible pèse 88% de nos effectifs.

2012-2013

2013-2014

2014-2015

% cible (ES+S)

71%

80%

88%

% mention AB, B ou TB

35%

52%

56%

% mention B ou TB

10%

22%

24%

% mention France bac généraux

54%

54%

52%

Vous pouvez également constater que la part des bacheliers avec mention est importante, plus de la moitié de nos effectifs depuis l’an passé. Pour les bacs mention B ou TB, la proportion France entière (non reprise dans le tableau)  est de 30% ; elle est de 24% chez nous. Deux précisions cependant : i) les mentions B et TB sont surreprésentées France entière chez les bacs S (36% en 2013), or nous accueillons majoritairement des bacs ES (2/3 de notre promotion environ), qui sont 24% à avoir obtenu en 2013 une mention bien ou très bien France entière, ii) la part des bacs généraux avec mention B et TB est plus faible dans notre académie que France entière. Compte-tenu de ces éléments, on peut donc considérer que la part des bacs avec mention B ou TB est conforme, voire un peu supérieure, à la part attendue de notre bassin de recrutement.

Sciences Eco Poitiers, un choix par défaut ?

Dernier résultat suite à la petite enquête réalisée hier, une part très importante des étudiants que nous accueillons sont là par choix.

vœu 1

vœu 1 ou 2

ensemble des étudiants

73%

84%

bacs avec mention

82%

90%

bacs avec mention B ou TB

81%

87%

73% des étudiants présents hier nous avaient placés en vœu 1 sur APB, proportion qui monte à 84% si l’on agrège vœu 1 et vœu 2. Autre résultat intéressant : une proportion encore plus forte de bacs avec mention nous avaient placés en 1er vœu (plus de 80%) et/ou en deuxième vœu (autour de 90%).

Conclusion : nous accueillons un nombre croissant d’étudiants, venus des filières adaptées à des poursuites d’études en économie, qui ont un bon niveau scolaire, savent où ils mettent les pieds et le font par choix. On est loin de certaines idées véhiculées sur l’Université…

L’avenir des Sciences Economiques à l’Université en France

Pierre-Cyrille Hautcoueur vient de remettre son rapport sur « l’avenir des sciences économiques à l’Université en France » à Geneviève Fioraso. Le rapport complet est téléchargeable ici. J’avais été auditionné par la commission, pour évoquer les innovations introduites à la Faculté de Sciences Economiques de Poitiers (voir ici pour quelques éléments), certaines ayant pas mal diffusé (notamment lors des JECO).

Je viens de parcourir le résumé et les vingt propositions, elles me vont très bien. Je les reprends ici sans plus de commentaire, n’hésitez pas à réagir pour alimenter le débat.

Résumé

Le rapport dresse une analyse critique de la recherche et de l’enseignement supérieur en économie en France et un portrait statistique des étudiants et des enseignants-chercheurs. Il établit un grand nombre de propositions de réforme groupées en quatre parties distinctes.

1) Pour une formation centrée sur les étudiants et adaptée aux enjeux du monde contemporain

L’ambition est de proposer aux étudiants de premier cycle une formation pluri-disciplinaire, avec spécialisation progressive, et plus tournée vers la compréhension des faits et des institutions économiques. La pédagogie doit être revalorisée et plus innovante. Les étudiants doivent apprendre à maîtriser la construction et l’analyse critique des bases de données et indicateurs statistiques, être en mesure de comprendre et utiliser les différentes approches au sein de la discipline, et se confronter aux autres disciplines pour prendre conscience des limites des approches économiques.

2) Pour une recherche ouverte, internationale et innovante

Il est nécessaire de remédier aux dérives d’une évaluation unimodale de la recherche qui peut décourager les prises de risques scientifiques, les projets et publications interdisciplinaires et les études en prise directe avec les questions sociales et politiques. La communauté des économistes doit mieux préciser les critères de déontologie et de réplication des études aux conclusions politiques. Les commandes publiques d’évaluation doivent inclure des critères de transparence et de publicité.

3) Pour une gestion des carrières des enseignants-chercheurs

Il est souhaitable que les sciences économiques s’alignent sur la majorité des disciplines et que les universités puissent ainsi recruter des professeurs sans passer par le concours d’agrégation, qui ne deviendrait qu’une option possible parmi d’autres. Les critères de promotion au grade de professeur doivent être plus larges que ceux qui prévalent actuellement pour le concours d’agrégation, notamment en valorisant pleinement l’enseignement. Une modulation de service, pluri-annuelle et variable au cours de la carrière, et des décharges de services pour le développement de nouveaux cours et contenus permettraient une meilleure implication dans l’enseignement. Les universités doivent mettre en place une véritable politique de ressources humaines et de suivi des carrières. Le financement de la recherche par projet doit être réformé pour mettre fin aux contrats précaires.

4) Pour une réflexion critique informée sur la discipline

Les étudiants, les employeurs et les enseignants-chercheurs souffrent d’un manque d’information statistique sur la filière sciences économiques, ses débouchés, ses carrières. Il appartient au Ministère et aux universités d’effectuer un travail régulier et important pour que les débats sur les carrières universitaires et extra universitaires soient mieux informés et que les parcours et l’insertion des étudiants soient mieux connus afin de faciliter les orientations. Une réflexion sur l’enseignement et la circulation des contenus pédagogiques est nécessaire et peut être menée par l’Association française de science
économique en lien avec les multiples associations représentant les différents champs ou différentes approches de la discipline. La connaissance de l’histoire et de l’épistémologie de la discipline doit également être acquise au sein de la formation.

Propositions

1. Renforcer le caractère pluridisciplinaire du premier cycle et organiser une spécialisation progressive en économie.

2. Favoriser la construction et la critique des données et des faits stylisés par les étudiants dès le premier cycle, au sein des cours d’une part, et en les associant, en tant qu’assistants, à des projets de recherche d’autre part.

3. Donner une plus grande place à l’histoire, aux faits et au fonctionnement des institutions dans l’enseignement en économie.

4. Faciliter l’intégration des docteurs dans les corps de l’État et leur recrutement par les administrations publiques.

5. Élargir les critères d’évaluation de la recherche et prendre en compte différents supports et formats.

6. Renforcer les infrastructures de recherche sur les données et inciter les administrations et les établissements publics à mettre, via ces infrastructures, leurs données à la disposition des chercheurs, selon des modalités compatibles avec le respect de la vie privée.

7. Imposer aux organisations publiques de publier les évaluations des politiques publiques effectuées sur appel d’offre et de favoriser la réplication de ces évaluations.

8. Préciser les potentiels conflits d’intérêt des enseignants-chercheurs dans les publications, enseignements et rapports d’évaluation.

9. Faciliter les doctorats et projets interdisciplinaires en leur réservant un financement particulier et un mode de qualification adapté.

10. Éviter que les restrictions sur l’accréditation des masters défavorisent l’interdisciplinarité et l’innovation pédagogique.

11. Revaloriser les salaires des enseignants-chercheurs, notamment des maîtres de conférences, en particulier pour faciliter la circulation entre les classes préparatoires des lycées et l’Université et pour éviter la dispersion des activités des enseignants-chercheurs.

12. Permettre aux universités d’ouvrir librement des postes de professeur (supprimer l’agrégation du supérieur comme mode prioritaire de recrutement).

13. Permettre la modulation de services, modifiable au cours de la carrière, entre enseignement et recherche, dans le cadre d’une véritable gestion des carrières.

14. Valoriser l’enseignement et la recherche conjointement et au même niveau dans les recrutements et traitements.

15. Inciter à l’innovation pédagogique, notamment à travers les supports de cours, en dotant les enseignants de décharges temporaires de service.

16. Faire du CNRS une institution finançant principalement, en sciences économiques, des infrastructures de recherche, des contrats post-doctoraux et des délégations temporaires d’enseignants-chercheurs titulaires.

17. Simplifier et harmoniser les dossiers de candidature entre l’ANR et les agences européennes de financement et permettre à ces subventions de financer des contrats doctoraux ou des CDI.

18. Imposer aux universités et au Ministère de publier les statistiques sur les parcours et les débouchés des étudiants et sur les carrières des enseignants-chercheurs pour la discipline sciences économiques.

19. Aider les différentes associations professionnelles à coopérer, notamment par le rapprochement entre l’Association française de science économique et l’Association française d’économie politique.

20. Constituer un lieu de réflexion et de diffusion (revue et congrès annuel) sur la pédagogie en économie, et plus largement sur les transformations de la discipline.