De quels pays les régions françaises sont-elles proches ?

Une carte plutôt amusante circule sur twitter aujourd’hui : le nom de chaque région française est remplacé par le nom d’un pays au PIB équivalent.

carte_regions_pibCarte amusante, donc, mais attention à la lecture, l’indicateur est le PIB, l’association régions-pays donne une indication de la taille économique des régions, pas de leur niveau de vie.

Pour dire des choses sur le niveau de vie des régions françaises et leur situation par rapport aux niveaux de vie des pays, il convient plutôt de retenir comme indicateur le PIB par habitant, ce que je me suis empressé de faire. Plus précisément, j’ai récupéré les PIB par habitants des pays pour 2011, j’ai calculé ceux des régions françaises pour la même année, en retenant l’ancien découpage (en rouge) et le nouveau (en vert), puis j’ai procédé au classement de cet ensemble (côté pays je me suis arrêté à ceux un peu en dessous du niveau de vie de la plus faible région française). Ça donne ce tableau :

Pays/Région PIB par habitant (€) en 2011
Luxembourg 81 806
Quatar 69 327
Norvège 68 948
Suisse 58 681
Île-de-France 50 588
Australie 46 883
Saint-Marin 45 468
Emirats Arabes Unis 44 944
Danemark 42 177
Suède 40 715
Canada 35 670
Pays-Bas 35 472
Autriche 35 099
Singapour 34 804
Finlande 34 459
Etats-Unis 34 138
Irlande 34 111
Belgique 33 192
Japon 32 402
Allemagne 31 159
France 31 086
Koweït 30 885
Rhône-Alpes 30 689
Islande 30 437
Rhône-Alpes Auvergne 29 637
Alsace 28 593
Provence-Alpes-Côte d’Azur 28 547
Champagne-Ardennes 27 524
Pays de la Loire 27 473
Royaume-Uni 27 415
Brunei 27 220
Aquitaine 27 177
Haute-Normandie 26 926
Midi-Pyrénées 26 923
Alsace Champagne-Ardennes Lorraine 26 362
Aquitaine Poitou-Charentes Limousin 25 939
Centre 25 915
Haute-Normandie Basse-Normandie 25 749
Bourgogne 25 726
Italie 25 618
Nouvelle-Zélande 25 411
Bretagne 25 361
Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon 25 293
Nord-Pas-de-Calais 25 204
Bourgogne Franche-Comté 25 170
Corse 25 046
Union Européenne 24 854
Poitou-Charentes 24 834
Auvergne 24 723
Nord-Pas-de-Calais Picardie 24 601
Franche-Comté 24 392
Basse-Normandie 24 281
Hong Kong 24 200
Lorraine 23 942
Languedoc-Roussillon 23 524
Picardie 23 332
Limousin 23 139
Israël 22 852
Espagne 22 659
Chypre 20 252
Grèce 18 885
Slovénie 17 589

La région la plus pauvre, le Limousin, est proche du niveau de vie d’un pays comme Israël. La région la plus riche, l’Ile-de-France, est proche de la Suisse. L’Aquitaine est proche du Royaume-Uni, la Bourgogne de l’Italie ; la Lorraine de Hong-Kong.

Avec le nouveau découpage, la région la plus pauvre est l’ensemble Nord Pas de Calais Picardie. Mais le résultat principal n’est pas là. La fusion des régions fait remonter dans le classement les 6 régions françaises ayant le plus faible PIB par habitant : Limousin, Picardie, Languedoc-Roussillon, Lorraine, Basse-Normandie, Franche-Comté ; l’hétérogénéité interrégionale des PIB par habitant se réduit. Avec une conséquence (in)attendue : comme les aides européennes sont calculées en partie sur la base des PIB régionaux par habitant, le montant d’aide reçu par la France va diminuer. Je ne sais pas de combien, mais il paraît que ça pourrait ne pas être totalement négligeable. Heureusement que ces fusions vont permettre de booster la croissance française !

Territoires : une France coupée en deux ?

« Territoires : une France coupée en deux ? » C’est le titre d’un dossier du numéro de décembre 2014 d’Alternatives Economiques, accessible ici (€) ou en kiosque (p. 34-37).

Y sont présentées les thèses de Laurent Davezies et Thierry Pech, d’une part, et celles de Christophe Guilluy, d’autre part. Ainsi que les critiques de ces deux  thèses : la critique que Michel Grossetti et moi-même avons adressée au travail de Davezies/Pech ; la critique d’Eric Charmes et celle de Violaine Girard, adressées aux travaux de Guilluy.

Dossier très bien fait, je trouve, signé de Vincent Grimault et Xavier Molénat, qui conclut à l’importance de ce débat « si on veut éviter d’aggraver les difficultés du pays au lieu de les réduire à l’occasion de la réforme territoriale ».

Interview pour la Tribune : la fausse promesse économique des métropoles

Jean-Pierre Gonguet, journaliste à La Tribune, m’a interrogé longuement mardi dernier après avoir lu le texte co-écrit avec Michel Grossetti. Il vient de poster sur le site du journal l’article qu’il en a tiré. Vous y découvrirez quelques éléments empiriques complémentaires sur « l’effet Piketty », sur lequel nous commençons à travailler pour préciser certaines choses. Cliquez ici pour lire l’article.

Interview Xerfi Canal

Dans le cadre des journées de l’économie, en amont de ma participation à la table ronde sur la gouvernance économique des territoires, Xerfi Canal m’a interviewé quelques minutes autour de la question « quelle politique économique pour les territoires ? ». La vidéo vient d’être mise en ligne, vous pouvez la visionner ici.

Les dérives de la réforme territoriale : quelles seront les capitales des nouvelles régions de France ?

Le Monde a publié hier un article intitulé « Quelles seront les capitales des nouvelles régions de France? ». Question très révélatrice de la façon dont on est en train de faire la réforme territoriale.

Roland Riès, maire de Strasbourg, affirme ainsi « Je ne peux accepter que Strasbourg, avec son statut européen, appartienne à une région dont elle ne serait pas la capitale ». Plus loin, le journaliste explique :

Sur la liste des villes qui perdront leur statut de capitale régionale figure également Clermont-Ferrand en Auvergne, qui pèse de peu de poids face à la métropole lyonnaise. Idem pour Limoges (Limousin) et Poitiers (Poitou-Charentes) qui, selon les mots d’un conseiller ministériel, « ne sont pas en mesure de disputer le leadership à Bordeaux », qui deviendra capitale de cette grande région du Sud-Ouest.

Dans le futur Nord-Pas-de-Calais-Picardie, c’est sans surprise Amiens qui devrait s’effacer devant la mairie de Lille, de Martine Aubry. Les métropoles devraient donc être les gagnantes du redécoupage régional.

(…) Quant à la future région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, « personne n’imagine que la capitale ne soit pas Toulouse », indique un connaisseur du dossier.

En clair, on s’oriente vers un processus de décentralisation qui consiste à faire émerger tout un ensemble de « France en plus petit », avec au sein de chacun de ces petits pays, la Capitale régionale, pendant pour la région en question de ce qu’est Paris pour la France. Un modèle centre/périphérie, avec la concentration d’un maximum de pouvoirs dans la ville centrale, dotée du statut de métropole.

Tout ceci au mépris de l’ensemble des interdépendances qui traversent les régions françaises : on ne peut comprendre l’économie de la Picardie si on ne voit pas qu’une part importante de ses habitants travaillent en Ile-de-France (17% en 2011) ; on ne peut comprendre l’économie de la Lorraine si on ne voit pas qu’une part importante de ses habitants travaillent en Belgique, en Allemagne et surtout au Luxembourg (environ 10% des lorrains) ; idem pour la Franche-Comté vis-à-vis de la Suisse, la Bourgogne, l’Alsace, Rhône-Alpes ou encore l’Allemagne. On sait aussi que les processus productifs sont de plus en plus fragmentés, que leur organisation d’ensemble traverse les frontières régionales et même nationales.

Certains Conseil Régionaux avaient déjà tendance à se considérer comme de petits pays, s’indignant par exemple que les jeunes dont ils avaient financé la formation aillent travailler ensuite dans d’autres régions. J’ai peur que cette tendance se renforce à l’avenir.

Tout ceci au mépris du fait que le potentiel de croissance de l’économie française est loin de résider simplement dans ses métropoles, comme nous l’avons montré récemment en brassant tout un ensemble de statistiques, comme le constatera toute personne analysant de manière un peu précise l’économie des territoires : l’économie de Poitou-Charentes n’est pas riche que de Poitiers, ville essentiellement administrative, elle est riche aussi de l’industrie localisée autour de Cognac et du Nord-Deux-Sèvres, deux territoires qui s’en sortent plutôt très bien, sans être connectés de manière décisive à une quelconque métropole ; Midi-Pyrénées n’est pas riche que de Toulouse, elle est riche également de sa Mecanic Vallée, autour de Figeac-Decazeville, avec certes des sous-traitants pour Airbus, mais pour beaucoup d’autres entreprises, un peu partout dans le monde ; regardez également ce qui se passe sur Pau, sur le Territoire de Belfort, dans la Vallée de l’Arve, sur certains territoires littoraux, et sur de nombreux autres territoires.

On aurait pu rêver d’un peu d’imagination, de tentatives de gouvernance innovantes, permettant de tirer partie de la diversité des territoires français, de bien gérer ces interdépendances. Je crains qu’on s’achemine vers l’émergence de petits rois, à la tête de leur petit royaume.

L’Europe ressemble à un ensemble de pays égoïstes, repliés sur leurs intérêts nationaux, se faisant concurrence autant que de possible. La France et ses régions s’orientent vers ce modèle, dirait-on.

L’avantage économique apparent des métropoles : un problème de méthode de calcul ?

Lors de la diffusion de notre texte « Les métropoles, horizon indépassable de la croissance économique? », je vous avais promis une version courte du texte car on sait bien que certains de nos lecteurs sont un brin fainéants votre temps est précieux.

Voilà qui est fait. La version courte est disponible sur le site du Labex « Structuration des Mondes Sociaux » (Labex SMS), plus précisément sur le site « Question de méthode » rassemblant des textes de réflexion méthodologique. Cliquez ici pour y accéder. N’hésitez pas à regarder également les autres textes. Et à nous faire part de tout commentaire, ici ou là-bas.

La gouvernance économique des territoires

Retour des Journées de l’économie sur Lyon, où j’ai notamment participé à une table ronde animée par Isabelle Laudier, intitulée « La gouvernance économique des territoires ». Table ronde filmée, voici la vidéo, j’interviens après 4’30 pendant une dizaine de minutes, interviennent ensuite Nadine Levratto, Denis Carré puis Olivier Crépin. S’ensuit un jeu de questions/réponses d’une quarantaine de minutes.


La gouvernance economique des territoires par journeeseconomie

Je suis également intervenu dans le cadre des Etats généraux étudiants, une vidéo devrait prochainement être disponible, je la poste lorsque c’est le cas.

De nombreuses conférences ont été filmées, je vous invite à aller jeter un oeil sur celles d’ores et déjà disponibles.

Les journées de l’économie

JECOLa semaine prochaine, du jeudi 13 au samedi 14 novembre, ce sont les Journées de l’économie 2014, sur Lyon. Le programme est disponible ici.

Personnellement, j’interviendrai le jeudi après-midi, entre 14h et 17h, dans le cadre des Etats Généraux des Etudiants, sur le thème « Relever le défi de la professionnalisation dès l’entrée à l’université », aux côtés de Pierre-Cyrille Hautcoeur, rédacteur du rapport dont j’avais parlé ici. Une délégation d’étudiants de la Faculté de Sciences Economiques de Poitiers y participe.

J’interviendrai également le vendredi de 14h à 15h30, dans un atelier consacré à la gouvernance économique des territoires. L’occasion entre autres d’évoquer le travail que l’on vient de finaliser avec Michel Grossetti (nous continuons à travailler sur le sujet, nouveaux épisodes à venir!).

Le programme est vraiment très riche, difficile de faire des choix… Bon, j’irai sans doute à l’atelier Mieux enseigner l’économie à l’Université et pour le reste… je vais voir (d’autant qu’il faut que je case dans mon emploi du temps quelques bouchons lyonnais…)

J’invite en tout cas tous ceux qui peuvent s’y rendre à ne pas hésiter!

 

 

La métropolisation, horizon indépassable de la croissance économique ?

En septembre 2014, Terra Nova a publié une note de Laurent Davezies et Thierry Pech intitulée « La nouvelle question territoriale ». Cette note repose pour une bonne part sur les travaux menés depuis une dizaine d’années par Laurent Davezies (2008, La République et ses territoires ; 2012, La crise qui vient ; tous deux au Seuil/La République des Idées).

Laurent Davezies est un chercheur influent, dont les travaux diffusent largement hors sphère académique. Le problème est que, s’il a dans le passé mis en évidence des choses intéressantes (la déconnexion entre PIB par habitant et Revenu par habitant à l’échelle régionale par exemple), ses analyses souffrent parfois de sérieux défauts. Ce qui ne les empêche pas d’être mobilisées pour justifier certaines réformes.

Cela fait plusieurs années que Michel Grossetti et moi-même nous disions qu’il nous fallait rédiger quelque chose d’un peu consistant pour mettre en évidence ces limites. Nous l’avons fait un peu, chacun de notre côté, lui ici par exemple, moi dans ce billet là, mais de manière partielle. Cette fois, nous nous sommes décidés à développer nos analyses convergentes dans un texte commun.

Nous avons fini une première version de ce texte, que nous venons de déposer sur Hal. Voici le résumé :

En septembre 2014, Terra Nova a publié une note de Laurent Davezies et Thierry Pech intitulée « La nouvelle question territoriale ». Cette note repose pour une bonne part sur les travaux menés depuis une dizaine d’années par Laurent Davezies (2008, 2012). Elle nous semble représentative des travaux menés par cet auteur et par d’autres chercheurs qui partagent ses analyses, travaux qui inspirent en partie les réformes politiques en cours, qu’il s’agisse de la fusion des régions ou du soutien à la métropolisation. Dans ce texte, nous discutons leur analyse, qui souffre à notre sens de plusieurs limites importantes, limites à la fois théoriques, méthodologiques et empiriques, ce qui invalide largement certaines de leurs conclusions et de leurs préconisations. Cette discussion s’appuie d’une part sur un traitement des mêmes données selon une perspective différente et d’autre part sur une critique de l’usage qu’ils font de l’économie géographique.

Nous avançons plus précisément quatre grandes critiques : 1) l’inversion de la courbe de Williamson, base empirique qui sous-tend tout leur raisonnement, n’est pas d’actualité, 2) le fait empirique majeur en matière d’évolution des disparités interrégionales est celui d’un accroissement, sur les dernières années, du PIB par habitant de l’Ile-de-France relativement à la moyenne des régions, ce qui n’est pas synonyme de surproductivité intrinsèque de la région capitale, mais qui pose plutôt question en termes d’évolution des inégalités sociales, 3) le renvoi systématique aux analyses de la nouvelle économie géographique pour légitimer d’un point de vue théorique le soutien à la métropolisation est insatisfaisant, les auteurs faisant selon nous une lecture erronée de ces travaux qui ne concluent pas au renforcement inéluctable de la concentration des activités, 4) si les auteurs montrent que quelques métropoles réussissent très bien en matière de création d’emplois, ils montent ensuite trop vite en généralité pour affirmer que les métropoles sont désormais le lieu presque unique de concentration de l’activité productive ; l’analyse systématique du lien entre taille des territoires et croissance de l’emploi montre en effet clairement l’absence d’effets taille, ainsi que l’existence d’autres effets, sur lesquels il convient de se pencher.

N’hésitez pas à nous faire part de toute remarque, commentaire, question, critique et, bien sûr, à diffuser largement si vous le jugez utile. Nous travaillons à une version plus synthétique que nous devrions pouvoir diffuser bientôt.

Décentralisation, réforme territoriale, tout ça, tout ça…

logo-federation-de-recherche-territoires-universite-de-Poitiers-300x212La Fédération de Recherche « Territoires » de l’Université de Poitiers organise un Symposium intitulé « Décentralisation : recompositions des pouvoirs, des institutions et des politiques publiques », les 3, 4 et 5 décembre 2014, sur Poitiers.

Le programme est particulièrement alléchant, je trouve (pour côtoyer régulièrement les organisateurs, je peux vous dire qu’ils n’ont pas fait ça comme on redessinerait la carte des régions de France, sur un coin de table, un lundi soir…)

Vous pourrez y écouter des juristes, économistes, géographes, …, spécialistes du sujet, l’objectif étant non seulement d’entendre ce que chacun a à dire mais aussi de susciter le débat.

Vous trouverez sur ce site toutes les informations utiles, l’inscription est libre mais obligatoire. Présence indispensable, ai-je envie d’ajouter.