T’espère vivre longtemps en bonne santé? Evite l’Allemagne…

update : chiffres de l’Insee surprenants, me disent plusieurs lecteurs. Je souscris. Jeu concours, donc : comment expliquer les évolutions constatées? Question subsidiaire : pourquoi l’Insee n’en parle pas sur son site?

Je découvre via @phil_waechter ce document de l’Insee sur l’espérance de vie en bonne santé des hommes et des femmes, sur la période 1995-2009.

Sur cette période, l’espérance de vie en bonne santé des hommes allemands passe de 60 ans à 56,7 ans. Pour les femmes? De 64,3 à 57,7 ans. Ça vous fait rêver?

Pour les hommes français, sur la même période, on passe de 60 ans à 62,5 ans. Pour les femmes françaises, de 62,4 à 63,2 ans. Faut vite imiter le modèle allemand…

Vous pourrez vérifier aussi qu’en Suède, pays qui prélève des impôts comme c’est pas permis, n’oubliez pas, l’espérance de vie des hommes est passé de 63,1 ans en 2000 à 70,5 ans en 2009. Pour les femmes, de 61,9 ans à 69,5 ans.

Je sais pas vous, mais moi, je vote pour le modèle suédois…

Attractivité et rayonnement des villes universitaires

J’ai participé en mars dernier à un colloque sur l’attractivité et le rayonnement des villes universitaires, organisé par l’Avuf (Association des Villes Universitaires de France). La synthèse de cette journée est disponible ici (format pdf). Petit résumé de mon propos page 4. Je vous invite également à lire la synthèse des propos de Michel Grossetti page 8 et 16.

Cahiers Français : L’excellence des Universités

Juste pour vous signaler que les Cahiers Français viennent de publier dans leur numéro 138, mai-juin 2012, pages 38-39, le billet co-écrit avec Michel Grossetti, visible ici. Billet intitulé : « L’excellence des Universités : oui, mais quelle excellence?! »

Billet insuffisamment diffusé, je trouve. Moins diffusé que d’autres billets, moins importants, que j’ai pu écrire ou co-écrire. La parution dans les Cahiers Français est donc une bonne chose, assimilable pour certains à un signal qu’il faut le lire et le prendre un petit peu au sérieux. Bonne lecture, donc.

Pauvre Europe…

Je crois que l’on a atteint des sommets que je pensais inaccessibles avec la déclaration de Herman Van Rompuy, Président de l’Union Européenne :

l’austérité est le fondement sur lequel nous devons développer une stratégie complète en faveur de la croissance

Je suggère à notre Président de réviser un peu son économie. Consulter un manuel de macroéconomie de première année d’Université devrait suffire. Il peut également lire cet article de Christina D. Romer (trouvé via Gizmo), Professeur d’Economie à Berkeley et Directrice du Council of Economic Advisers d’Obama, paru dans les colonnes du New York Times et justement intitulé Hey, Not So Fast on European Austerity. Il peut lire aussi, régulièrement, les tribunes de Paul Krugman, en commençant par celle-là, par exemple.

Vu la situation actuelle de l’Europe, prôner l’austérité en période de récession, c’est s’assurer de plus de récession encore. Avec un creusement encore plus important des déficits et de la dette, panne de croissance oblige. Que dire d’autre? S’en amuser s’en doute, comme le fait Maître Eolas sur twitter, en détournant la formule  : « La maladie est le fondement sur lequel nous devons développer une stratégie complète en faveur de la guérison »… Pour ma part, je proposerais bien quelque chose comme : « La stupidité est le fondement sur lequel nous devons développer une stratégie complète en faveur de l’intelligence ». Ça colle bien à l’Europe en ce moment, je trouve…

Les comparaisons France-Allemagne me fatiguent…

Les comparaisons France-Allemagne me fatiguent. Hier, un tweet d’un journaliste des Echos, m’a propulsé vers cet article, qui présente ce magnifique graphique :

Le Unit Labor Cost, c’est le coût unitaire du travail. Le rapport entre le coût du travail et la productivité du travail. Un bon indicateur de compétitivité-coût. Entre 2002 et 2011, croissance plus forte en France qu’en Allemagne. L’auteur (un certain James Bond, ça ne s’invente pas), déduit de son puissant graphique que « France’s firms and workers are no longer competitive compared to their peers, in particular Germany ». La France n’est plus compétitive, mon bon Monsieur, il faut qu’elle fasse des réformes lourdes, qu’elle réduise les rigidités du marché du travail, qu’elle réduise les dépenses publiques, tout ça, tout ça (je vous assure, il en déduit tout ça, James Bond).

Cette analyse est-elle crédible ? Pour en juger, je suis allé chercher les données sur le site de l’OCDE (j’ai pris les données annuelles plutôt que trimestrielles, ça ne change rien sur le fond). J’ai construit le même graphique que James Bond (j’aime bien imiter James Bond), mais pour la France, l’Allemagne, les pays de l’OCDE, hors Europe et OCDE total, et j’obtiens ça :

Conclusion : James Bond raconte n’importe quoi quand il affirme que la France a décroché en termes de compétitivité par rapport aux autres pays. Elle n’a décroché que vis-à-vis de l’Allemagne. Comme tous les autres pays de l’OCDE. Ce n’est pas la France qui est atypique, c’est l’Allemagne. Comment expliquer l’évolution allemande? Je vous renvoie à cet autre billet, où je déplorais déjà ce type de comparaison…

L’immigration? Parlons-en, mais intelligemment…

La question de l’immigration est régulièrement mise sur la table des débats. Des chercheurs en sciences sociales s’intéressent bien sûr à cette question, produisent des analyses empiriques, mesurent l’importance quantitative de l’immigration des différents pays, en étudient l’impact sur les pays d’origine et de destination, etc.

Parmi eux, E. M. Mouhoud, Professeur d’économie à Dauphine. En moins de vingt minutes, il propose une synthèse efficace de la question que je vous invite à visionner.

Voici quelques éléments que j’ai pu retenir :

i) les flux d’immigrés en France pèsent 0,2% de la population, ce qui place la France en avant dernière position des pays de l’OCDE, derrière l’Allemagne et devant le Japon, pays le plus fermé,

ii) l’immigration est un des moyens de subvenir aux besoins de certains métiers en tension observés dans certaines zones d’emploi, son faible niveau pénalise le développement économique de ces zones,

iii) l’impact sur les salaires et l’emploi de l’immigration est négligeable. Ceci s’explique d’abord par le fait que le niveau de l’immigration est faible et ensuite par le fait que quand il y a impact, il se porte non pas sur les natifs, mais sur les anciens migrants,

iv) la stigmatisation des immigrés en France conduit à des effets d’éviction, les immigrés qualifiés et très qualifiés préfèrent d’autres destinations, ce qui a un impact évident en termes de perspective de développement économique de notre pays,

v) il conviendrait de donner un horizon plus long aux immigrés et d’assurer la portabilité de leurs droits, ce qui favoriserait leur investissement, ferait monter leur productivité au travail et bénéficierait logiquement en retour à l’économie française,

vi) il conviendrait de mettre en place un comité indépendant, comme cela se fait au Royaume-Uni et est en discussion aux Etats-Unis, pour produire des statistiques permettant d’alimenter le débat public et assurer le respect des droits des migrants.

Discours clair, cohérent et argumenté de E.M. Mouhoud. Nos politiques feraient bien de s’en inspirer, plutôt que d’instrumentaliser les peurs des citoyens.

Présidentielle 2012 : le poids des mots

Article très intéressant de François Guillem (trouvé via un tweet de Baptiste Coulmont).

Prenez les discours des candidats à l’élection présidentielle 2012. Faites une analyse statistique des mots qu’ils utilisent. Classez alors les candidats par groupe, en fonction de leur proximité. Vous obtiendrez cela :

Cette classification résulte de la proximité entre candidats que l’on retrouve dans cet espace à deux dimensions :

Notez la proximité entre François, François et Eva… et celle entre Marine et Nicolas… Pourquoi cette proximité? Comme dit initialement, ce sont les mots qu’ils utilisent qui explique cela :

L’axe horizontal oppose des termes plutôt de gauche à des termes plutôt de droite. L’axe vertical des termes relevant plutôt du registre de l’émotion à des termes relevant d’un registre plus technique.

Dis, l’économiste, tu vas voter pour qui?

Il est assez drôle ce décalage : si vous demandez à un échantillon-représentatif-de-la-population-française-établi-selon-la-méthode-des-quotas (un truc scientifique, quoi) ce qu’il pense de ce que pensent les économistes, sûr que la plupart en feront des suppôts du marché / libéralisme / capitalisme / finance / dérégulation / patrons / salauds / etc.

Pourtant : vous avez, à gauche, des économistes bon tein, plutôt parisiens. Très parisiens, même. Et à la gauche de ces économistes de gauche, des économistes limite girondins, je dirais. Pas d’économiste sarkozyste. Même un économiste juste de droite, vous aurez du mal à en trouver un…

Dis, Les Echos, c’est quoi un taux de chômage?

(Mise à jour 19/04/12  : Les Echos ont modifié leur article, en parlant de jeunes actifs. Félicitations aux Echos, donc, pour cette correction!)

Après l’Essec, c’est un quotidien économique phare, à savoir Les Echos, qui s’emmêle les pinceaux avec un indicateur économique de base, le taux de chômage, dans un petit article daté du 13 avril 2012, 7 heures. Le sujet? Le taux de chômage en Grèce, qui s’établit, pour janvier, à 21,8%. Petit article qui se termine sur le taux de chômage des jeunes, avec cette affirmation :

 Les jeunes entre 15 et 24 ans restent les plus touchés, plus d’un sur deux n’ayant pas d’emploi (50,8 %).

Notons que la source des chiffres n’est pas indiquée (ce serait bien, Les Echos, de l’indiquer systématiquement). J’ai pensé qu’ils étaient tirés d’Eurostat, je suis allé voir sur leur site, la dernière note sur les taux de chômage est celle-ci, elle date du 2 avril 2012. On y apprend que le taux de chômage grec était de 21% en décembre 2011 et que le taux de chômage des jeunes (15-24 ans) était de 50,4%. Chiffres proches de ceux des Echos, pour le mois précédent.

Où est l’erreur des Echos? Les lecteurs réguliers de mon blog l’auront deviné, c’est toujours la même : le taux de chômage est le rapport entre le nombre de chômeurs et le nombre d’actifs, un taux de chômage des jeunes de 50% ne signifie pas qu’un jeune sur deux est au chômage, mais qu’un jeune actif sur deux est au chômage.

Pour connaître la proportion de jeunes (grecs en l’occurrence) au chômage, il faut multiplier par le taux d’activité. J’ai trouvé cette information, toujours sur Eurostat, dans ce tableau. Le taux d’activité des jeunes grecs est de 42,3% au quatrième trimestre 2011. C’est donc un peu moins d’un jeune grec sur cinq qui est au chômage, non pas un peu plus d’un sur deux. 1/5, c’est beaucoup, mais convenez avec moi que c’est loin d’1/2.

Les Echos, tu me copieras cent fois la définition du taux de chômage des jeunes et cent autres fois « je précise toujours la source de mes données ».

Je complète un peu avec les données pour les jeunes français : taux de chômage de 22,6% en décembre 2011 et de 21,7% en février 2012, dernier chiffre disponible. Idem, ça ne veut pas dire qu’un peu plus d’un jeune français sur cinq est au chômage, vous l’aurez compris. Le taux d’activité est à 40,6% au quatrième trimestre 2011, ça nous fait donc environ 1 jeune français sur 11 au chômage.