L’attractivité de l’Université

Les lycéens avaient jusqu’au 20 mars minuit pour émettre leurs vœux d’orientation sur l’application post-bac (APB). L’occasion de faire un petit point statistique sur l’évolution des vœux pour la faculté de sciences économiques de l’Université de Poitiers.

France entière, le ministère a indiqué que l’Université dans son ensemble devient plus attractive, avec une hausse des vœux de 6,5%. Information relayée par exemple par le Parisien, qui ne peut s’empêcher d’ajouter « le ministère se félicite de « l’attractivité des filières universitaires » : +19,7% par rapport à 2013 et +6,5% par rapport à 2014. Attractivité ou limitation d’ambition par manque de moyen ? » J’y reviens plus loin.

Pour Sciences Eco Poitiers, nous sommes passés de 621 vœux l’an dernier à 760 cette année, soit 22% de hausse. L’analyse par filière de bac montre qu’il s’agit très majoritairement de notre public cible (bacs ES et S), qui représentaient 86% des vœux l’an dernier et 84% cette année.

Ces chiffres sont à prendre avec beaucoup de précaution : la filière « économie-gestion » se situe dans un univers très concurrentiel (BTS, IUT, prépas, bachelors, …), le chiffre le plus important est moins celui du nombre de vœux que celui du nombre de vœux n°1. Il était passé de 76 en 2013-2014 à 125 en 2014-2015, pour des effectifs totaux qui sont passés de 144 à 188 étudiants. Nous aurons l’information en mai-juin, mais vu l’évolution des vœux, je prédis une nouvelle hausse.

Est-ce par manque d’ambition ou de moyen, comme le sous-entend le journaliste du Parisien ? Non. 73% de notre promo de cette année nous avait placé en voeu n°1, près de 90% relève de notre public cible, près de 60% a obtenu un bac avec mention. Les lycéens qui viennent chez nous sont de bons bacheliers qui savent où ils mettent les pieds.

Comme je le dis souvent quand on m’interroge sur le sujet, la fac d’économie-gestion est une filière très sélective qui coûte très cher, comme toutes les filières de l’Université. Très sélective, non pas à l’entrée, certes, mais chaque année : pour passer dans l’année supérieure, il faut obtenir ses examens. Sélection ex-post plutôt que ex-ante, mais sélection. Notre public cible y réussit bien : 70 à 80% des bacheliers ES et S qui se présentent à l’ensemble des examens obtiennent leur première année.

Très chère, également. Si vous rapportez le budget de l’Université de Poitiers au nombre d’étudiants, vous obtenez quelque chose comme 10 000€ par étudiant. Comme la dépense est socialisée, chaque étudiant ne paye qu’une infime part de cet investissement. Mais c’est ce que chacun coûte (avec des variations, bien sûr, moins en licence qu’en master, moins en sciences humaines et sociales qu’en sciences dites dures plus gourmandes en matériel, etc.).

Je suis convaincu que nos meilleurs étudiants sont bien meilleurs que les meilleurs étudiants des autres formations, réputées meilleures parce que sélectives à l’entrée : un bon lycéen doit se battre, souvent, contre ses profs de lycée quand il explique qu’il veut rejoindre l’Université alors que son dossier lui ouvre grand les portes des prépas ; il doit se battre, souvent, contre ses parents, qui ont en tête l’image de l’Université d’il y a plus de trente ans ; il doit se battre contre cette pression sociale, véhiculée par les médias, qui font de l’Université, parce que non sélective, un choix par défaut ou par manque d’ambition. Ça forge un caractère, ça vous rend plus mature.

L’autre avantage de l’Université est de forger des jeunes qui restent humbles. Qui doutent d’eux-mêmes, qui s’interrogent. Qui ne débarquent pas dans une entreprise en terrain conquis, parce que quand même, on a été sélectionné, on est l’élite. Ils sont à l’écoute, avant de prendre la parole. Dans un monde incertain, c’est une grande qualité. C’est même la qualité première.

La place des mathématiques en économie

La place des mathématiques dans la recherche et l’enseignement de l’économie fait l’objet de débats récurrents au sein de la discipline, entre chercheurs, enseignants, étudiants.

L’objectif ici n’est pas de revenir sur ce débat et sur le positionnement des différents économistes, mais plutôt de l’ouvrir. Car quand débat il y a, quelle que soit la position des uns et des autres, c’est trop souvent sans regarder comment fonctionnent et comment évoluent, de manière générale, les sciences sociales. De la difficulté de prendre du recul pour faire un meilleur travail d’introspection, en quelques sortes.

Or, Michel Grossetti vient de publier un texte remarquable sur Mondes Sociaux, intitulé « Sciences sociales : quand les instruments et les modèles formels supplantent les objets d’études ». Où l’on découvre des similitudes entre l’histoire des sciences de la parole et celle des sciences économiques. Avec les conséquences évoquées dans le titre…

Note CAE de P. Askenazy et P. Martin : les bras m’en tombent…

brasLes économistes me font peur lorsque, sur la base des résultats de quelques articles économétriques, ils en tirent des implications excessives et préconisent des mesures de politique publique contestables. C’est ce que viennent de faire Philippe Askenazy et Philippe Martin dans la note n°20 de février 2015 du Conseil d’Analyse Economique, note intitulée de manière coquasse « Promouvoir l’égalité des chances à travers le territoire ».

Je vous le fais court : la nouvelle économie géographique montre qu’il existe des effets d’agglomération, doubler la densité d’emploi permettrait de gagner de 2 à 10% en termes de productivité. Il faut donc arrêter de vouloir que l’activité économique soit répartie sur le territoire, mais plutôt mettre le paquet sur Paris et éventuellement quelques autres métropoles pour assurer la croissance de la France. Le problème est que ces métropoles souffrent d’effets de congestion conduisant notamment à un foncier trop cher. Il faut donc arrêter de construire des LGV entre les villes ou autres choses du même acabit et investir massivement dans les métropoles pour éviter ces effets de congestion.

Quid des autres territoires ? Pas de problème : en concentrant massivement dans quelques métropoles, je vous dis pas comment on va faire de la croissance, ce qui permettra de solvabiliser les transferts sociaux. On redonnera un peu de sous aux pauvres hors métropoles, quoi. Et puis quand même, pour « promouvoir l’égalité des chances », il faut faire des choses pour que les pauvres hors métropoles puissent s’y rendre et occuper des emplois, en développant notamment des lignes d’autocars et en mettant de la concurrence dans le secteur des auto-écoles.

Les bras m’en sont tombés…

Qu’est-ce qui ne va pas dans leur raisonnement, me direz-vous ? Beaucoup de choses, je fais court, là aussi.

La première partie de leur argumentation reprend très largement les analyses de Davezies, dont nous avons montré ailleurs qu’elles souffrent de nombreuses faiblesses. Les auteurs font « comme si » le PIB par habitant était un bon indicateur de la productivité des régions, reprennent le graphique de Davezies et Pech (2014) en nuançant leur conclusion (ils ne parlent pas de creusement des disparités mais de « l’arrêt de la convergence des PIB par habitant régionaux ») et proposent une histoire longue de la géographie productive.

Le problème est que le PIB par habitant, à l’échelle des régions, est un très mauvais indicateur de productivité. Il dépend certes en partie de la productivité apparente du travail, mais aussi des taux d’emploi, des taux d’activité, de la proportion de travailleurs transfrontaliers ou interrégionaux, des comportements de mobilité, etc. A titre d’illustration, une bonne part de l’écart entre le PIB par habitant de l’Ile-de-France et celui des autres régions tient au fait que les actifs d’Ile-de-France passent leur retraite hors de la région capitale ; une autre part s’explique par le fait que les PIB régionaux sont régionalisés sur la base des masses salariales et que Paris concentre certaines activités à très haut revenu (cadres de la banque et de la finance, cadres des états-majors des grands groupes, artistes, …). Autres exemples, si la Lorraine a un PIB par habitant inférieur à la moyenne, c’est pour une bonne part en raison du poids des travailleurs transfrontaliers ; en Languedoc-Roussillon, c’est notamment en raison du taux de chômage plus élevé qu’ailleurs.  Occulter ces autres déterminants biaise considérablement l’analyse. Les intégrer permet de montrer que, à l’échelle des régions, les écarts de productivité intrinsèque sont statistiquement non significatifs.

La deuxième partie, essentielle pour leur propos puisque c’est d’elle qu’ils tirent l’impérieuse nécessité de tout concentrer dans quelques métropoles, présente les résultats de quelques études empiriques s’inscrivant dans le cadre de la nouvelle économie géographique, études qui mobilisent des données françaises et européennes. Les travaux cités montrent, comme je l’ai dit, l’existence d’effets d’agglomération statistiquement significatifs : il conviendrait de doubler la densité d’emploi pour gagner de 2 à 10% en termes de productivité ou de salaire.

Sauf que si les effets sont significatifs, leur ampleur peut être considérée comme relativement faible. Doubler la densité d’un territoire correspond à une transformation non négligeable de la géographie des activités, ceci pour un gain en terme de productivité relativement modeste. Investir dans la formation des personnes semble une option stratégique beaucoup mieux adaptée.

Sauf que, ensuite, ce que nous disent ces travaux, c’est que oui, il existe des déterminants économiques qui expliquent en partie le fait urbain (il existe bien d’autres déterminants, soit dit en passant, qui expliquent la géographie française…). Mais entre dire « il existe des villes et elles procurent certains avantages économiques aux entreprises qui y sont localisées » et « Paris est l’horizon indépassable de la croissance économique française », vous avouerez qu’il y a un grand pas que je ne préfère pas franchir…

Il y a un autre point particulièrement problématique dans leur argumentation. Ils expliquent dès le premier paragraphe l’importance de distinguer deux échelles d’analyse : une échelle fine, entre et au sein des communes, où l’on observe des inégalités de revenu croissantes, et une échelle macro-territoriale (région, département, aire urbaine), entre lesquelles les inégalités de revenu sont décroissantes. C’est cette dernière qui constituerait l’échelle pertinente pour penser la croissance, c’est donc elle qu’ils retiennent dans leur analyse. Ils pensent ensuite démontrer l’intérêt d’une forte concentration de l’activité économique dans les métropoles, mais à aucun moment n’est posée la question du lien entre concentration géographique de l’activité et évolution des inégalités de revenu au sein de ces agglomérations.

Il me semble pourtant que c’est au sein de grandes métropoles, à commencer par Paris, que l’on observe quelques menus problèmes d’inégalités de revenu, de ségrégation spatiale et autres joyeusetés… Qu’à cela ne tienne : « les questions relatives aux ségrégations urbaines (…) sont renvoyées à des travaux ultérieurs » (sic). Bref, on concentre tout sur Paris et quelques métropoles, on investit pour y éliminer les effets de congestion, on redonne des sous aux pauvres qui ne sont pas dans les métropoles, on leur fait passer le permis ou on les fait monter dans des autocars. Si jamais tout ça accentue les problèmes de ségrégation urbaine et d’inégalités de revenu au sein des métropoles, eh bien… on verra plus tard ! (C’est là que mon premier bras est tombé…).

Le plus curieux, dans l’histoire, c’est que même si l’analyse générale proposée souffre de très sérieuses limites, certaines des recommandations me semblent intéressantes. Sans doute du fait qu’elles sont compatibles avec d’autres schémas d’analyse de la géographie des activités. La recommandation 1, qui propose de réorienter la politique du logement sur les zones en tension (zones très denses) semble ainsi tout à fait recevable. En passant, c’est déjà en partie le cas : la Caisse des Dépôts et Consignation collecte l’épargne sur livret partout en France et investit dans le logement social sur les territoires en tension, l’épargne du Cantal et de la Lozère finance ainsi l’investissement dans le logement social de Seine-Saint-Denis, et c’est très bien. La recommandation 2, qui préconise de réduire les effets de congestion dans les grandes villes, est également tout à fait louable, c’est un problème évident des zones densément peuplées. Mais, j’insiste, proposer de régler ce problème peut se faire sans considérer que la croissance doit passer exclusivement par les métropoles. Une idée à la mode n’est pas nécessairement une bonne idée, c’est même parfois une très mauvaise idée…

Pour finir, je signale à tous ceux qui sont obsédés par cette idée qu’il faut concentrer, tout concentrer, encore plus concentrer géographiquement, que de nombreux pays de niveau de développement comparable à la France (Allemagne, pays du Nord de l’Europe, Espagne, Italie, …) présentent des structures urbaines moins déséquilibrées que la structure française, qui comme le Royaume-Uni, se caractérise par une hypertrophie de la région capitale. C’est le produit d’une histoire longue propre à chaque pays, mais c’est le signe aussi que la géographie de la croissance peut prendre une diversité de forme. Croire que la seule solution pour faire de la croissance en France consiste à renforcer encore l’hypertrophie francilienne est particulièrement désolant et non fondé scientifiquement.

APB : faites un voeu… bien informé!

Comme chaque année, les lycéens doivent formuler des voeux d’orientation sur APB. Quelques éléments sur la Faculté de Sciences Economiques de l’Université de Poitiers, histoire de chasser quelques idées reçues et aussi parce que nous continuons d’innover !

Qui accueille-t-on ?

Nous avons vocation à accueillir des bacheliers ES et S qui souhaitent s’engager dans des études longues (bac+5). Ces bacheliers représentent cette année près de 90% de nos effectifs de première année de licence (dont 2/3 de bacs ES et 1/3 de bacs S). Leur taux de réussite, pour ceux qui passent l’ensemble des examens, est de 70 à 80%. Le taux de réussite des bacheliers technologiques est de 5 à 10%, celui des bacheliers professionnels est de 0%. Bacs ES et bacs S sont donc clairement notre public cible.

Le Monde a publié un article sur les lycéens qui ne regrettent pas d’avoir mis l’université en voeu 1 sur APB. Pour notre part, 73% des lycéens que nous avons accueilli cette année nous avaient mis en voeu 1, proportion qui dépasse 80% pour les bacheliers avec mention. S’agissant de ces derniers, je signale en passant qu’ils représentent près de 60% de la promotion.

Que propose-t-on ?

A partir de septembre 2015, nous proposons une licence généraliste « économie-gestion », organisée en partenariat avec l’IAE de Poitiers, dont les deux premières années sont communes à l’ensemble des étudiants. En troisième année, les étudiants peuvent poursuivre dans l’un des quatre parcours suivants : économie, gestion, communication ou comptabilité-contrôle-audit. Le premier se déroule à la fac de sciences éco, les trois derniers à l’IAE. Ci-dessous la plaquette de présentation de la licence :

  Nous proposons également, de manière optionnelle, un parcours « enjeux internationaux », composé chaque semestre d’un enseignement de langue (chinois, russe, portugais, allemand, italien) et d’un enseignement de géopolitique. Ci-dessous la plaquette de présentation de ce parcours :

Nos spécificités

Notre « positionnement stratégique » se caractérise par une forte ouverture à l’international. Au-delà du parcours mentionné ci-dessus, les étudiants peuvent partir un semestre ou une année en L3 dans l’une de nos universités partenaires (une quarantaine). Cette année, nous avons commencé à faire partir des étudiants de L2. Ci-dessous la carte de nos partenariats internationaux avec des informations pour chacun d’eux :


Afficher Partenariats internationaux de la faculté de Sciences Economiques de Poitiers sur une carte plus grande

L’autre spécificité de la faculté de sciences économiques de Poitiers concerne les possibilités de stage : stages courts optionnels entre la L1 et la L2 et entre la L2 et la L3 et surtout possibilité d’un stage long, remplaçant tout un semestre de cours, en troisième année de licence du parcours économie. Sauf erreur de ma part, nous sommes la seule licence d’économie à proposer cela.

Après la licence

Les étudiants diplômés de licence peuvent poursuivre dans un des Masters de la fac d’éco ou de l’IAE de Poitiers, ou, bien sûr, dans d’autres Masters d’autres villes universitaires. L’enjeu pour être pris dans un bon master n’est pas de faire sa licence au même endroit, mais d’avoir un bon niveau universitaire et d’avoir su profiter d’expérience de stages et de séjours à l’étranger. Bref, ce que l’on propose !

N’hésitez pas à visiter notre site pour plus d’informations et à venir nous rencontrer lors des Portes Ouvertes que nous organisons demain, samedi 14 février, pour échanger avec enseignants et étudiants.

Graphiques du jour : le monde en 2050

En France, comme dans d’autres pays mais plus que dans d’autres pays, la mondialisation fait peur, elle est vue comme un processus destructeur d’emplois et de richesses pour notre économie. C’est pourquoi je présente souvent en préambule de différentes conférences et de différents enseignements que j’assure les deux ensemble de graphiques ci-dessous, tirés de ce document, qui permettent de recadrer les choses.

pibIl s’agit du PIB (en dollars 2010 constants) de différents pays, en 2010 (partie haute) et en 2050 (partie basse). Deux idées se dégagent, la première évidente, la deuxième un peu moins :

  • première idée, les grands pays émergents (les BRIC = Brésil, Russie, Inde et Chine) montent dans le classement pour occuper les premières places à horizon 2050, si la dynamique de croissance observée à l’échelle mondiale se poursuit,
  • deuxième idée, si vous êtes attentifs à la graduation de l’axe des ordonnées, vous constaterez que le PIB de tous les pays de l’échantillon augmente sur la période. Pour les Etats-Unis, par exemple, il passe de 15 000 milliards de dollars à environ 35 000 milliards.

Cette évolution fait souvent peur, les pays développés reculant dans le concert des nations en termes de production de richesse. Elle reflète pourtant une évolution souhaitable : de grands pays très peuplés se développent, compte-tenu de leur taille ils ont vocation à occuper à terme les premiers rangs dans la production de richesse.

D’ailleurs, dans un monde idéal, que l’on peut définir comme un monde où chaque habitant détiendrait le même niveau de richesse, que devrait peser chaque pays dans le PIB mondial ? Et bien ce qu’il pèse dans la population mondiale, ce qui pourrait ressembler à cette carte, publiée récemment :

carte_mondeDeuxième série de graphique, qui présente non plus le PIB mais le PIB par habitant des mêmes pays, aux mêmes dates :

pibhLà encore, plusieurs résultats :

  • contrairement à la première série, le classement des pays évolue peu, les pays développés restant en tête en terme de PIB par habitant,
  • conformément à la première série, on observe un accroissement du niveau de vie de tous les pays, signe que la croissance économique est supérieure à la croissance démographique. Le jeu économique n’est pas un jeu à somme nulle,
  • l’allure générale des deux graphiques est très claire : les inégalités entre les pays se réduisent fortement, on assiste à un processus de convergence des niveaux de vie des populations.

Du point de vue strictement économique, toutes ces évolutions sont positives et souhaitables ; elles témoignent de la sortie de la pauvreté de milliards d’habitants sur la planète, sans que ceci se fasse au détriment des habitants des pays développés.

Le graphique du jour : à qui profite la croissance ?

Graphique très intéressant, trouvé via @g_allegre (économiste, OFCE Sciences Po), qui reprend, dans sa partie haute, le taux de croissance du PIB de quelques pays développés des années 1950 à nos jours, et, dans sa partie basse, le taux de croissance du revenu des 90% des ménages aux revenus les moins élevés (on enlève donc les 10% des plus hauts revenus). Une façon efficace de saisir à la fois la dynamique de croissance et la dynamique des inégalités sur longue période.

graph_1En France, on observe par exemple que la croissance économique 2010-2013 d’un peu plus d’1% s’est accompagnée d’une croissance des revenus hors top 10% des revenus du même ordre. Au Royaume-Uni, la croissance économique a été plus forte qu’en France, mais c’est entièrement au profit du top 10. La situation américaine depuis le début des années 2000, enviable en matière de croissance, l’est peu en matière d’inégalités.  C’est pire au Japon. Je vous laisse découvrir la situation de chacun des pays.

Sur ce sujet « croissance et inégalités », je vous recommande vivement, en complément, la lecture de ce document de l’OCDE, qui montre que, sur la période d’étude, les inégalités freinent la croissance dans quasiment tous les pays de leur échantillon. La raison invoquée ? La montée des inégalités freine l’investissement dans l’éducation des enfants des ménages les plus pauvres (pas seulement les 10% les plus pauvres, mais les 40% les plus pauvres d’après l’étude), et comme le capital humain est l’un des principaux facteurs de croissance, la croissance économique ultérieure en est entamée.

Economie de la Grande Aquitaine

Alain Rousset, Président du Conseil Régional d’Aquitaine et Président de l’Association des Régions de France, m’a invité à participer à une séance plénière exceptionnelle du 26 janvier 2015, de 10h à 13h, aux côtés de Pierre Delfaud, économiste bordelais et membre du CESER d’Aquitaine, l’objectif étant que nous présentions les caractéristiques socio-économiques de cette nouvelle région, que je baptise provisoirement Grande Aquitaine. Vous pourrez la suivre en direct ici, mais je ne résiste pas, fidèles lecteurs, à l’envie de vous livrer quelques éléments que je présenterai lundi.

Je commencerai par un petit point rapide pour dire tout le mal que je pense du discours pro-métropolisation, preuves empiriques à l’appui, sur la base des travaux que je réalise avec Michel Grossetti sur le sujet. Pour ceux (rares, j’imagine) qui n’en auraient pas encore entendu parler, vous pouvez en avoir une idée en consultant le texte version longue, version courte, ou une vidéo, version longue, version courte (Texte long | Texte court | vidéo Xerfi-Canal (7’) | vidéo UpTV (40’)).

Je continuerai en développant les deux points ci-dessous.

LE PIB par habitant se décompose…

Je vous ai déjà expliqué que le PIB par habitant est un très mauvais indicateur de la performance des régions, car tous les habitants (dénominateur de l’indicateur) ne participent pas à la production des richesses (numérateur de l’indicateur). Pour se rapprocher de quelque chose de plus satisfaisant, il suffit de décomposer statistiquement le PIB par habitant, qui est égal au produit de la productivité apparente du travail (PIB par emploi) et du ratio Emploi sur Habitant. Appliqué à l’Ile-de-France, on constate que la surproductivité apparente francilienne mesurée par le PIB par habitant, d’environ 60%, tombe à 30%, les autres 30% s’expliquant par un ratio Emploi sur Habitant très élevé de la région capitale, une des explications tenant au fait que les actifs, une fois à la retraite, vont passer leurs vieux jours dans d’autres régions.

Afin d’avancer dans l’analyse, on peut cependant approfondir la décomposition, selon le schéma suivant :

pib_hCôté productivité apparente du travail, trois effets peuvent expliquer une sur/sous-productivité : i) un effet de composition, certains secteurs plus/moins productifs étant localisés dans telle ou telle région, en raison de processus historiques de spécialisation, ii) un effet haut revenu, qui concerne en France l’Ile-de-France, lié à la concentration dans la région capitale de l’Etat major des grandes entreprises, du secteur de la finance, des hauts cadres de la fonction publique, iii) une effet intrinsèque, résiduel en quelque sorte, qui, compte-tenu de tous les calculs que j’ai pu effectuer est un effet nul à l’échelle des régions françaises.

Côté ratio emploi par habitant, il est le produit de quatre termes :

  • la concentration de l’emploi, rapport des emplois occupés localisés dans une région donnée et du nombre d’actifs occupés résidant cette même région. Il mesure en quelques sortes l’attractivité de la région considérée : un ratio faible signifie que beaucoup des actifs occupés résidant dans une région travaillent en dehors de cette région,
  • le taux d’emploi, rapport des actifs occupés à l’ensemble des actifs (actifs occupés + chômeurs, donc). C’est le complément à 1 du taux de chômage. Une valeur élevée signifie que le taux de chômage de la région est plus faible qu’ailleurs,
  • le taux d’activité, rapport du nombre d’actifs à la population en âge de travailler (l’ensemble des 15-64 ans). Un ratio faible peut signifier plusieurs choses : des jeunes (15-24 ans) plus souvent en étude qu’ailleurs, des seniors (50-64 ans) plus rapidement à la retraite, plus d’inactifs,
  • un ratio population en âge de travailler sur population totale, qui capture plusieurs effets démographiques se traduisant par plus ou moins de jeunes (0-15 ans) et/ou plus ou moins de « vieux » (64 ans et plus). Pour l’Ile-de-France, ce ratio va être plus faible qu’en moyenne puisque les « vieux » vont à la retraite ailleurs.

J’ai procédé à cette décomposition pour les trois régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes, en rapportant les valeurs à la moyenne des régions de province, toutes les données sont de 2011. Voilà ce que l’on obtient :

Aquitaine Limousin Poitou-Charentes
PIB par habitant (1) 2.3 -13.8 -6.8
Productivité du travail (2) -0.3 -15.2 -7.2
Emploi par habitant (3) 2.5 1.4 0.5
Concentration de l’emploi (4) 2.1 3.8 2.0
Taux d’emploi (5) 0.6 1.8 0.4
Taux d’activité (6) 0.3 -1.0 0.4
Effets démographiques (7) -0.6 -3.2 -2.5

Sans entrer dans des détails techniques, je précise que pour faciliter la lecture et rendre les effets additifs, je suis passé en logarithme. Dès lors, on peut lire le tableau comme suit : le PIB par habitant (ligne 1) de l’Aquitaine est supérieur de 2,3% au PIB par habitant des régions de province. Cette valeur est la somme d’un effet négatif « suproductivité apparente du travail » de -0,3% (ligne 2) et d’un effet positif du ratio emploi sur habitant de 2,5% (ligne 3). La ligne 3 est elle-même la somme des quatre effets définis plus haut (lignes 4 à 7).

Quelques commentaires :

  • le Limousin et le Poitou-Charentes ont un PIB par habitant très inférieur à la moyenne des régions de province, ce qui s’explique très largement par une productivité apparente du travail plus faible. Les compléments auxquels je me suis livré, non présentés ici, montrent que ceci est lié à des effets de composition, non pas à des effets de sous-productivité intrinsèque, qui, j’insiste, sont particulièrement faibles (non statistiquement significatifs) à l’échelle des régions françaises,
  • les trois régions ont des taux de chômage inférieurs à la moyenne, l’effet le plus fort étant observé pour le Limousin. Rappelons cependant qu’un même taux de chômage peut caractériser un territoire très dynamique (beaucoup de création et de destruction d’emplois) ou très peu dynamique (peu d’actifs, peu de créations/destructions d’emploi). Pour le Limousin, on est sans doute dans la deuxième configuration, les jeunes actifs à la recherche d’un emploi prospectant hors région,
  • les effets démographiques jouent négativement pour les trois régions, on peut y voir le jeu de l’économie résidentielle, ce sont trois régions qui attirent des retraités et font baisser leur ratio population en âge de travailler sur population totale,
  • la concentration de l’emploi est plutôt forte relativement aux autres régions de province. En regardant de plus près, c’est lié au fait qu’il y a moins de travailleurs « trans-régionaux » (qui résident dans une région et travaillent dans une autre) que la moyenne des régions de province, la plupart des actifs occupés de ces trois régions travaillent dans leur région de résidence. Résultat à creuser cependant,
  • Le Limousin se caractérise par un taux d’activité plus faible, signe peut-être d’une part plus importante d’adultes inactifs, c’est cependant, là aussi, à vérifier.

.A ma connaissance, très peu de régions (aucune?) se livrent à ce type de décomposition, très simple à mettre en oeuvre, qui permettent de sortir de la « dictature » du PIB par habitant et d’identifier rapidement le jeu d’effets de productivité, de spécialisation et d’effets socio-économiques et/ou démographiques. A bon entendeur…

Les secteurs spécifiques de la Grande Aquitaine

Dans un deuxième temps, je présenterai les secteurs spécifiques de la nouvelle grande région, autrement dit les secteurs dont le poids dans la région est sensiblement supérieur au poids observé France entière. Par exemple, si le poids d’un secteur est de 3% dans la Grande Aquitaine et de 1,5% France entière, l’indicateur de spécificité (noté Q) sera égal à 2 (3%/1,5%), le poids en région est le double de celui observé France entière.

J’ai ensuite distingué deux types de secteurs spécifiques :

  • les secteurs spécifiques pour la Grande Aquitaine qui sont également spécifiques pour les trois régions qui la composent, ce sont des secteurs spécifiques communs,
  • les secteurs spécifiques pour la Grande Aquitaine qui ne sont spécifiques que pour une ou deux des régions qui la composent.

Les données mobilisées sont des données Insee 2011, avec un découpage en A88 (86 secteurs d’activités). Voici les principaux résultats :

  • on identifie 4 secteurs très spécifiques (Q>1,5) communs aux tros régions : le travail du bois, l’industrie du papier/carton, les autres industries extractives (les carrières en gros) et le cuir/chaussure. Les deux premiers pèsent assez fort dans les emplois (15 000 emplois pour le bois, 10 000 pour le papier/carton),
  • 7 secteurs très spécifiques sont non communs aux trois régions : certains pèsent très peu comme l’extraction d’hydrocarbures (sur Pau essentiellement, en fait) avec moins de 600 emplois, d’autres pèsent plus, comme l’industrie des boissons, présente en Aquitaine et Poitou-Charentes avec plus de 5 000 emplois mais pas en Limousin, ou la fabrication d’autres matériels de transport (aéronautique, ferrovaire, naval), avec près de 20 000 emplois, en Aquitaine et Poitou-Charentes là encore. On y trouve aussi la sylviculture, en Aquitaine et Limousin (plus de 3 000 emplois), pas en Poitou-Charentes, cette fois.

Globalement, on voit ressortir des activités autour de la grande filière sylviculture, bois, papier/carton, meubles ; une autre grande filière viti-vinicole ou plus généralement tournant autour de l’agro-alimentaire (agriculture, pêche, industrie alimentaire, boissons, …) et l’industrie des autres matériels de transport.

J’ai enfin produit quelques cartes (avec PhilCarto, logiciel libre très bien fait je trouve, conçu par Phillipe Wanier, géographe de l’Université de Bordeaux) pour repérer la géographie plus fine de ces secteurs spécifiques, à l’échelle des zones d’emplois (plus de 300 en France métropolitaine. Je prends deux exemples ci-dessous, l’industrie du bois et les autres matériels de transport.

boisVous pouvez lire sur la gauche les effectifs totaux, les indices de spécificités (multipliés par 100, au niveau de la Grande Aquitaine, ce secteur pèse 2,62 fois plus que France entière) et un indice de concentration spatiale, en l’occurrence égal à 18. J’ai en fait calculé l’inverse de l’indice d’Herfindahl, qui se lit comme suit : étant donné que la Grande Aquitaine compte 33 zones d’emploi, cet indicateur signifie que tout se passe comme si l’industrie du bois était équitablement réparti dans 18 de ces 33 zones, signe d’un secteur assez dispersé géographiquement.

transportLe secteur des autres matériels de transport est plus concentré (indicateur de 6), on le retrouve sur Bordeaux, Rochefort/La Rochelle, Bayonne, Pau, …, très peu en Limousin.

Je conclurai en préconisant des analyses plus précises de ces secteurs (quelles entreprises, quelles relations entre elles, quels positionnements stratégiques, etc…) afin d’identifier les problématiques spécifiques que l’on peut identifier sur tel ou tel territoire. Ce qui constitue le préalable nécessaire à d’éventuelles actions publiques, qui ne doivent pas se limiter à la mise en oeuvre de politiques à la mode, toujours décalées par rapport à la réalité de l’économie des territoires français…

Symposium Décentralisation : Saison 1, épisode 1 à 15

Comme indiqué précédemment, La Fédération de Recherche « Territoires » de l’Université de Poitiers a organisé un Symposium intitulé « Décentralisation : recompositions des pouvoirs, des institutions et des politiques publiques », les 3, 4 et 5 décembre 2014 derniers, sur Poitiers.

L’ensemble des 15 conférences a été filmé par i-médias, service commun informatique et multimédia de l’Université de Poitiers. Vous pouvez y accéder en cliquant sur ce lien. J’ai assisté à la plupart d’entre elles, beaucoup de choses très intéressantes. En bonus, vous pouvez également visionner les vidéos de micro-trottoirs réalisées par des étudiants du site poitevin de Sciences Po Paris. Comme ici on est chez moi, je dépose ci-dessous la vidéo de mon intervention.

Compte-tenu de la réussite de l’événement, la saison 2 est annoncée. Seul bémol sur la saison 1 : l’absence quasi-totale d’élus dans l’assistance. Vu les personnes invitées, des spécialistes reconnus des questions de décentralisation appartenant à différents champs disciplinaires, je trouve que c’est dommage. Bon, en même temps, c’est bien connu, les élus savent déjà tout, c’est pour cela que leurs actions sont toujours tellement éclairées…

De quels pays les régions françaises sont-elles proches ?

Une carte plutôt amusante circule sur twitter aujourd’hui : le nom de chaque région française est remplacé par le nom d’un pays au PIB équivalent.

carte_regions_pibCarte amusante, donc, mais attention à la lecture, l’indicateur est le PIB, l’association régions-pays donne une indication de la taille économique des régions, pas de leur niveau de vie.

Pour dire des choses sur le niveau de vie des régions françaises et leur situation par rapport aux niveaux de vie des pays, il convient plutôt de retenir comme indicateur le PIB par habitant, ce que je me suis empressé de faire. Plus précisément, j’ai récupéré les PIB par habitants des pays pour 2011, j’ai calculé ceux des régions françaises pour la même année, en retenant l’ancien découpage (en rouge) et le nouveau (en vert), puis j’ai procédé au classement de cet ensemble (côté pays je me suis arrêté à ceux un peu en dessous du niveau de vie de la plus faible région française). Ça donne ce tableau :

Pays/Région PIB par habitant (€) en 2011
Luxembourg 81 806
Quatar 69 327
Norvège 68 948
Suisse 58 681
Île-de-France 50 588
Australie 46 883
Saint-Marin 45 468
Emirats Arabes Unis 44 944
Danemark 42 177
Suède 40 715
Canada 35 670
Pays-Bas 35 472
Autriche 35 099
Singapour 34 804
Finlande 34 459
Etats-Unis 34 138
Irlande 34 111
Belgique 33 192
Japon 32 402
Allemagne 31 159
France 31 086
Koweït 30 885
Rhône-Alpes 30 689
Islande 30 437
Rhône-Alpes Auvergne 29 637
Alsace 28 593
Provence-Alpes-Côte d’Azur 28 547
Champagne-Ardennes 27 524
Pays de la Loire 27 473
Royaume-Uni 27 415
Brunei 27 220
Aquitaine 27 177
Haute-Normandie 26 926
Midi-Pyrénées 26 923
Alsace Champagne-Ardennes Lorraine 26 362
Aquitaine Poitou-Charentes Limousin 25 939
Centre 25 915
Haute-Normandie Basse-Normandie 25 749
Bourgogne 25 726
Italie 25 618
Nouvelle-Zélande 25 411
Bretagne 25 361
Midi-Pyrénées Languedoc-Roussillon 25 293
Nord-Pas-de-Calais 25 204
Bourgogne Franche-Comté 25 170
Corse 25 046
Union Européenne 24 854
Poitou-Charentes 24 834
Auvergne 24 723
Nord-Pas-de-Calais Picardie 24 601
Franche-Comté 24 392
Basse-Normandie 24 281
Hong Kong 24 200
Lorraine 23 942
Languedoc-Roussillon 23 524
Picardie 23 332
Limousin 23 139
Israël 22 852
Espagne 22 659
Chypre 20 252
Grèce 18 885
Slovénie 17 589

La région la plus pauvre, le Limousin, est proche du niveau de vie d’un pays comme Israël. La région la plus riche, l’Ile-de-France, est proche de la Suisse. L’Aquitaine est proche du Royaume-Uni, la Bourgogne de l’Italie ; la Lorraine de Hong-Kong.

Avec le nouveau découpage, la région la plus pauvre est l’ensemble Nord Pas de Calais Picardie. Mais le résultat principal n’est pas là. La fusion des régions fait remonter dans le classement les 6 régions françaises ayant le plus faible PIB par habitant : Limousin, Picardie, Languedoc-Roussillon, Lorraine, Basse-Normandie, Franche-Comté ; l’hétérogénéité interrégionale des PIB par habitant se réduit. Avec une conséquence (in)attendue : comme les aides européennes sont calculées en partie sur la base des PIB régionaux par habitant, le montant d’aide reçu par la France va diminuer. Je ne sais pas de combien, mais il paraît que ça pourrait ne pas être totalement négligeable. Heureusement que ces fusions vont permettre de booster la croissance française !

Territoires : une France coupée en deux ?

« Territoires : une France coupée en deux ? » C’est le titre d’un dossier du numéro de décembre 2014 d’Alternatives Economiques, accessible ici (€) ou en kiosque (p. 34-37).

Y sont présentées les thèses de Laurent Davezies et Thierry Pech, d’une part, et celles de Christophe Guilluy, d’autre part. Ainsi que les critiques de ces deux  thèses : la critique que Michel Grossetti et moi-même avons adressée au travail de Davezies/Pech ; la critique d’Eric Charmes et celle de Violaine Girard, adressées aux travaux de Guilluy.

Dossier très bien fait, je trouve, signé de Vincent Grimault et Xavier Molénat, qui conclut à l’importance de ce débat « si on veut éviter d’aggraver les difficultés du pays au lieu de les réduire à l’occasion de la réforme territoriale ».