La « divergence des territoires » : une erreur d’analyse

Le Monde a publié récemment une tribune de Laurent Davezies et Thierry Pech intitulée « les territoires sont de plus en plus divergents ». Cette tribune synthétise les propos de leur note pour Terra Nova, sans rien changer à leur argumentation, malgré les limites importantes dont nous avions fait état.

La répétition étant la base de la pédagogie, nous avons proposé au Monde une tribune en réponse. Cette tribune vient d’être mise en ligne, elle est visible ici.

Universités, Villes et Territoires : quel avenir pour l’Enseignement Supérieur et la Recherche français ?

21 Présidents d’Université ont rédigé un communiqué après les résultats du Programme d’Investissement d’Avenir 2. Ils y dénoncent justement les allants de soi qui guident les décisions de l’État en la matière (il faut soutenir les métropoles et rien d’autres ; il faut des Universités de grande taille pour monter dans les classements internationaux).

A lire et diffuser sans modération.

Elle exporte quoi, votre région ?

Comme me l’a fait remarqué mon jeune (et néanmoins brillant) collègue Marc Pourroy, pour dire des choses sur les performances des territoires, les chercheurs traitent des données sur les PIB, la productivité des entreprises ou la croissance de l’emploi, mais très peu de données relatives au commerce international, alors qu’à l’échelle des pays, elles sont souvent utilisées, pour calculer par exemple ce qu’on appelle les avantages comparatifs révélés de telle ou telle économie.

N’écoutant que notre courage, nous avons donc décidé de nous y mettre, en commençant par exploiter des données fournies par les douanes, pour l’année 2014, disponibles à l’échelle des (anciennes) régions et des (futurs-ex ou ex-futurs-ex ou on ne sait pas trop) départements. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer deux petites cartes réalisées sous Philcarto.

La première représente le premier secteur exportateur de chaque région de France métropolitaine, la taille des cercles étant proportionnelle à la valeur des exportations.

exports région.pngLa France exporte des avions, des voitures, du vin et des médocs, plus quelques autres petites choses. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les précautions de lecture : il s’agit de données pour 2014, le classement des secteurs peu changer d’une année à l’autre ; le fait qu’une région exporte tel ou tel bien ne signifie pas qu’elle en fabrique l’ensemble, la fabrication des Airbus exportés de Toulouse fait par exemple travailler de très nombreuses régions ; le Cognac se boit aussi en apéritif, par exemple avec du Schweppes ; etc.

Une autre limite de ce type de traitement est que, paradoxalement vu le contexte actuel, les régions françaises sont trop grandes pour saisir les logiques de spécialisation productive, qui se déploient à des échelles plus fines. Regardons donc à l’échelle des départements, en nous focalisant, si vous en êtes d’accord, sur la Grande Aquitaine, dont je vous avais déjà un peu parlé.

exports_gaOn retrouve le Bordeaux et le Cognac, mais aussi le papier-carton, les céréales, l’industrie de la viande, ainsi que, dans la Vienne, les instruments et appareils de mesure d’essais et de navigation. A l’échelle de l’ensemble des départements, on trouve 35 secteurs différents comme premiers secteurs de spécialisation, ce qui me semble plutôt important et témoigne de la diversité productive de la France.

Vous voulez connaître le premier secteur d’exportation de votre département et il ne figure pas sur cette carte ? Demandez-moi en commentaire, je vous donne la réponse !

Guerre entre économistes : éléments de réflexion

Francois_Dubois_001Le Monde vient de publier un article sur la guerre entre économistes « hétérodoxes » et « orthodoxes », à l’occasion de la sortie d’un ouvrage rédigé par des membres de l’Afep (économistes « hétérodoxes ») intitulé « A quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? » et sur fond de débat sur l’opportunité de la création d’une nouvelle section au CNU.

L’Afep (et les médias avec eux) en font une lutte essentiellement politique : les « orthodoxes » seraient convaincus que la régulation par les marchés fonctionne plutôt bien, tandis que les « hétérodoxes » jugeraient que les marchés seraient déficients.

Les « orthodoxes » (à commencer par Jean Tirole, dans son courrier adressé à la Ministre) en font une lutte entre les « bons économistes », capables de publier dans des revues en tête des classements scientifiques, et les « mauvais économistes », incapables de publier dans ces supports.

Je vous livre ici quelques éléments de réflexion, car je pense que ces lectures ne sont pas les bonnes, tout en étant convaincu qu’il y a un problème avec le fonctionnement de la science économique en France (voir aussi pour une analyse assez proche la tribune de Richard Arena et Jérôme Vicente).

Pourquoi je ne suis pas d’accord, ni avec les « hétérodoxes », ni avec les « orthodoxes »

Je ne suis pas d’accord avec les « hétérodoxes » quand ils assimilent l’ensemble des économistes « orthodoxes » à des économistes « néo-libéraux », convaincus des vertus du marché. Des économistes comme Stiglitz ou Krugman ne peuvent être considérés comme néo-libéraux mais peuvent être rangés dans la case « orthodoxes ». Dans le même sens, les échanges que j’ai pu avoir avec des collègues de TSE/PSE, lieux essentiels de concentration des économistes « orthodoxes », me font penser qu’ils se répartissent sur un large spectre de l’échiquier politique.

Je ne suis pas d’accord non plus avec les « orthodoxes », incapables de voir toutes les limites de leur façon de juger de la science sur la base du classement de revues qui privilégient clairement certaines façons de « faire de la science » en économie (penchant pour la modélisation mathématique et pour les traitements économétriques notamment).

L’opposition principale, de mon point de vue est précisément là : ce n’est pas une opposition politique, mais une opposition sur les méthodes mobilisées pour « faire de la science ». Un économiste qui, pour éclairer un problème quelconque, s’appuie sur des enquêtes sera très vite taxé de sociologue (inutile de préciser que « c’est mal »). S’il fait du terrain pour comprendre la dynamique économique d’un territoire, il sera taxé de géographe (c’est « très mal »). S’il fait de l’économétrie (des mathématiques appliquées, quoi), « c’est bien ». S’il fait des modèles (des mathématiques (presque) pures, quoi), c’est « très bien ». Ce problème essentiel dépasse largement l’économie, comme l’a montré récemment Michel Grossetti dans ce texte. Les méthodes et les instruments supplantent parfois l’objet d’étude et sa compréhension.

En quoi est-ce un problème ?

Pour avoir participé à de nombreux jurys de recrutement de Maîtres de conférences, les « allants de soi » qui se diffusent dans la sphère économique conduisent à « produire » de plus en plus de docteurs qui ont une assez faible connaissance de l’économie, qui ont entamé une thèse avec un directeur de thèse qui leur a fourni une base de données, ils se forment à l’économétrie, procèdent à des traitements sophistiqués, identifient quelques relations statistiquement significatives, publient tout cela dans des revues classées et parfois publient beaucoup quand ils maîtrisent une technique économétrique reproductible sur différents jeux de données. Ils s’interrogent assez peu sur le problème économique qu’ils traitent et/ou sur la qualité des données qu’ils mobilisent. L’essentiel est la maîtrise du modèle (théorique et/ou économétrique). Leur capacité à tirer des conclusions de leurs propres travaux est parfois très faible. Quant à parler d’un autre sujet économique…

Une autre façon de montrer les problèmes que cela pose consiste à revenir sur mon dernier billet, suite à la publication de l’article de Combes, Gobillon et Lafourcade, économistes que l’on peut qualifier d’« orthodoxes ». Je ne sais absolument pas quel est leur positionnement politique, mais leur analyse souffre à l’évidence de ce problème de méthode. Je m’explique.

Pour penser la géographie économique, la science économique a développé ce qu’on appelle la « nouvelle économie géographique », avec comme chef de file Paul Krugman. Les modèles de l’économie géographique sont « la » référence pour publier dans de bonnes revues sur ce sujet. Publier dans une revue de rang 1 ou 1* avec un autre cadre théorique est particulièrement difficile, voire impossible. Il faut dire que la « nouvelle économie géographique » se prête bien au développement de modèles mathématiques (qui offrent de plus de multiples variantes, donc d’opportunités de publication) et ensuite à des traitements économétriques sophistiqués. Assez logiquement, Combes, Gobillon et Lafourcade inscrivent leur analyse de la géographie des salaires dans ce cadre et commencent par développer une modélisation pleine d’hypothèses qu’ils n’interrogent pas : sont-elles recevables pour le sujet étudié ?

L’une des hypothèses fortes dans ce type de modèle consiste à supposer que les individus sont rémunérés en fonction de leur productivité. C’est ce qu’ils disent de manière littéraire en haut de la page 9 de leur document, puis sous forme mathématique en bas de la même page. L’objection que j’ai formulée avec Michel Grossetti, suite à quelques traitements statistiques particulièrement simples, qu’ils auraient pu (dû) faire en préalable à leur travail, est que si cette relation n’est pas totalement fausse, elle marche très mal pour certaines professions. Ne pas voir que les écarts géographiques de salaire peuvent s’expliquer aussi, en partie, par la géographie particulière de ces professions atypiques, plus généralement par la composition métiers des territoires (qu’ils intègrent de manière trop grossière, alors que des données plus fines existent dans les bases qu’ils mobilisent), m’a d’abord totalement sidéré mais, après réflexion, je pense que cela s’explique assez bien par cet aveuglement produit par les méthodes mobilisées par ces chercheurs.

Faut-il créer une nouvelle section, alors ?

Mon sentiment est que cette question est totalement différente des propos et débats mentionnés ci-dessus. Elle relève d’un problème de stratégie, plutôt même de tactique, la question étant de savoir comment faire bouger le plus efficacement les choses. Car il faut les faire bouger. La politisation du débat par les « hétérodoxes » me semble contreproductive. Le dédain affiché par les « orthodoxes », Jean Tirole en tête, franchement calamiteuse.

Certains plaident pour une évolution du dedans de la section actuelle, en indiquant que la suppression de l’agrégation modifie significativement les choses, que les taux de qualification pour les Maîtres de Conférences ou les Professeurs des Universités ont été assez importants et qu’ils ont permis à des candidats des différents courants de pouvoir ensuite candidater sur des postes. D’autres considèrent que ce n’est pas suffisant, que dans d’autres disciplines le nombre de sections est bien plus important et qu’il permet d’atteindre très vite un meilleur équilibre.

Personnellement, je ne sais pas, je n’ai pas d’avis très tranché sur la question. Je suis juste totalement convaincu de l’importance de maintenir une forte diversité des méthodes d’investigation.

Article sur le Grand Paris pour la Société du Grand Paris : les bras nous en tombent, encore…

Alors que je travaillais tranquillement avec Michel Grossetti, à côté de Toulouse (à Ramonville, très précisément, dont l’atmosphère est particulièrement propice à la création de connaissances nouvelles – et le tajine, aussi, mais là je m’égare…), sur une analyse de la géographie des salaires, j’ai vu passer un article de Pierre-Philippe Combes, Laurent Gobillon et Mirem Lafourcade sur le même sujet, si ce n’est que la perspective adoptée est très différente.

Ces auteurs viennent de publier un document de travail intitulé « Gains de productivité statiques et d’apprentissage induits par les phénomènes d’agglomération au sein du Grand Paris ». L’intention est clairement indiquée en début de document : « L’objectif de ce rapport est d’estimer ce qui, dans la prime salariale dont bénéficient les travailleurs des grandes métropoles françaises, provient de leurs compétences propres et des économies d’agglomération engendrées par la taille des villes ». Ce travail s’inscrit donc dans le cadre de la nouvelle économie géographique, tout comme celui de Philippe Askenazy et Philippe Martin, dont j’avais fait une analyse plutôt nuancée.

L’idée de base est toujours la même : l’agglomération des activités permettrait de mieux diviser le travail localement, de réduire les coûts de transaction, d’améliorer l’appariement entre offre et demande de travail et de faciliter la circulation des connaissances tacites. Tous ces éléments permettraient de dégager des gains de productivité et par suite de verser des salaires plus élevés. Vive les métropoles, quoi.

Je ne vais pas rentrer dans une analyse détaillée de leur travail, mais simplement présenter les résultats d’un petit traitement du même type de statistiques qu’eux (les DADS, ici pour l’année 2011) auquel nous nous sommes amusés, consistant à identifier les 20 métiers (sur plus de 400) qui présentent les écarts de salaire Paris/province les plus élevés.

PCS sur-rémunération
Cadres des marchés financiers 2.2
Chefs de grande entreprise de 500 salariés et plus 2.1
Artistes dramatiques 2.0
Artistes du cirque et des spectacles divers 2.0
Chefs d’établissements et responsables de l’exploitation bancaire 1.7
Directeurs, responsables de programmation et de production de l’audiovisuel et des spectacles 1.7
Cadres commerciaux de la banque 1.7
Chefs de moyenne entreprise, de 50 à 499 salariés 1.7
Convoyeurs de fonds, gardes du corps, enquêteurs privés et métiers assimilés 1.6
Chefs d’entreprise de services, de 10 à 49 salariés 1.6
Professeurs agrégés et certifiés en fonction dans l’enseignement supérieur 1.6
Avocats 1.6
Cadres d’état-major administratifs, financiers, commerciaux des grandes entreprises 1.5
Juristes 1.5
Cadres des opérations bancaires 1.5
Ouvriers de production non qualifiés du textile et de la confection, de la tannerie-mégisserie et du travail du cuir 1.5
Cadres chargés d’études économiques, financières, commerciales 1.5
Ouvriers qualifiés du travail de la pierre 1.4
Cadres de l’immobilier 1.4
Conducteurs de voiture particulière 1.4

En moyenne, les cadres des marchés financiers d’Ile-de-France perçoivent des salaires 2,2 fois supérieurs à la moyenne des régions de province. Je vous laisse découvrir la liste, avec en vingtième position le métier de « conducteurs de voiture particulière ». Michel et moi avons du mal à voir dans ces sur-rémunérations le jeu des mécanismes décrits par l’économie géographique, mais peut-être les « conducteurs de voiture particulière » échangent-ils à l’occasion des connaissances tacites décisives pour leurs performances… sans compter les échanges tacites très profitables des « Chefs de grande entreprise de 500 salariés et plus » qui seraient de surcroît patrons des groupes du CAC40 … A moins que certaines fonctions professionnelles fortement rémunérées soient concentrées dans la région parisienne pour des raisons historiques : activités financières (plus de 6 fois plus de « Cadres des marchés financiers » en Île de France que dans le reste du pays) ; sièges et donc chefs de très grands groupes industriels ; artistes de renom ; etc.

Le document que nous avons lu présente les mêmes défauts que beaucoup d’autres du même genre : les auteurs confondent des effets de composition avec l’effet substantiel d’une variable qu’ils veulent mettre en avant et qui serait la population de la ville. Ils ont pensé contrôler ces effets de composition en intégrant dans leurs modèles les « Professions et Catégories Socioprofessionnelles des Emplois Salariés d’Entreprise » en 29 postes. Notre petit exercice utilise la version beaucoup plus précise de la même nomenclature en 412 postes, qui fait disparaître une grande partie de ces effets. Comme d’autres, ce document associe une théorie socio-économique présentée en partie sous la forme d’équations économétriques et des analyses statistiques dont les résultats peuvent s’interpréter d’une toute autre façon. Il serait temps de laisser de côté, au moins pour un temps, les batteries d’hypothèses des modèles économétriques, tenues pour vraies mais jamais vérifiées sur le terrain, pour analyser en détail les données pour ce qu’elles sont, en cherchant simplement à comprendre ce qu’elles révèlent sur les activités économiques et leur organisation spatiale…

Hausse de la triche au bac en 2014 ? Pas sûr du tout (les journalistes, je te jure…)

[Petite séquence : j’en ai marre de défaire mes cartons après déménagement…]

Le Parisien a publié un article intitulé « le plagiat, nouvelle plaie des examens ». Le Monde a relayé l’information en indiquant que « la triche aux examens est en forte hausse » : +10% (+9,8% très précisément) . Dans l’ensemble de ces fraudes, la part des tricheries au téléphone portable et calculatrice arrive en première position, avec 30,9% des cas détectés. Bigre, que se passe-t-il dans la tête de nos chers bambins ?

Bon, peut-être faut-il relativiser.

Premier point, calculer la hausse des fraudes sans s’interroger sur la hausse du nombre de candidats n’a pas trop de sens. Imaginez que le nombre de candidats ait augmenté de 10% et que le nombre de fraudes ait augmenté de 10%, vous en déduirez logiquement que la hausse de la fraude a été de 0%… En l’occurrence, ce n’est pas le cas, mais ceci conduit à réduire la hausse relative, puisque le nombre de candidats a augmenté de 3,3% d’après cet article : il est passé de 664 709 candidats à 686 907 candidats. L’augmentation de +9,8% tombe mécaniquement à +6,3%.

Deuxième point, quand un phénomène augmente, quel qu’il soit, demandez-vous toujours si l’augmentation n’est pas lié au fait qu’on le regarde plus attentivement qu’auparavant. On apprend par exemple dans cet article daté de mai 2014 que « l’imagination des prétendants au baccalauréat n’a pas de limites. Une évolution technologique qui a forcé le ministère de l’Education nationale à utiliser par exemple des détecteurs de téléphones portables dans les salles d’examens » . Difficile de quantifier l’impact d’une telle mesure, mais on peut penser qu’une partie de la hausse des tricheries détectées n’est pas liée à une hausse des tricheries, mais à une hausse des détections…

Dernier point, c’est gentil de raisonner en taux de croissance de la fraude, mais en nombre absolu, je signale qu’on est passé de 469 tricheries détectées à 515. Pendant ce temps, les candidats sont passés de 664 709 à 686 907. Alors on peut aussi s’amuser à calculer la part des fraudeurs dans l’ensemble. Elle est passée de 0,071% à 0,075% sans neutralisation de l’effet d’augmentation des candidats, et de 0,071% à 0,073% en neutralisant cette augmentation. Soit une hausse du taux de fraude de 0,002 points de pourcentage.

Sûr que ça méritait des billets alarmistes dans la presse nationale…

[Fin de la séquence, je retourne à mes cartons].

L’attractivité de l’Université

Les lycéens avaient jusqu’au 20 mars minuit pour émettre leurs vœux d’orientation sur l’application post-bac (APB). L’occasion de faire un petit point statistique sur l’évolution des vœux pour la faculté de sciences économiques de l’Université de Poitiers.

France entière, le ministère a indiqué que l’Université dans son ensemble devient plus attractive, avec une hausse des vœux de 6,5%. Information relayée par exemple par le Parisien, qui ne peut s’empêcher d’ajouter « le ministère se félicite de « l’attractivité des filières universitaires » : +19,7% par rapport à 2013 et +6,5% par rapport à 2014. Attractivité ou limitation d’ambition par manque de moyen ? » J’y reviens plus loin.

Pour Sciences Eco Poitiers, nous sommes passés de 621 vœux l’an dernier à 760 cette année, soit 22% de hausse. L’analyse par filière de bac montre qu’il s’agit très majoritairement de notre public cible (bacs ES et S), qui représentaient 86% des vœux l’an dernier et 84% cette année.

Ces chiffres sont à prendre avec beaucoup de précaution : la filière « économie-gestion » se situe dans un univers très concurrentiel (BTS, IUT, prépas, bachelors, …), le chiffre le plus important est moins celui du nombre de vœux que celui du nombre de vœux n°1. Il était passé de 76 en 2013-2014 à 125 en 2014-2015, pour des effectifs totaux qui sont passés de 144 à 188 étudiants. Nous aurons l’information en mai-juin, mais vu l’évolution des vœux, je prédis une nouvelle hausse.

Est-ce par manque d’ambition ou de moyen, comme le sous-entend le journaliste du Parisien ? Non. 73% de notre promo de cette année nous avait placé en voeu n°1, près de 90% relève de notre public cible, près de 60% a obtenu un bac avec mention. Les lycéens qui viennent chez nous sont de bons bacheliers qui savent où ils mettent les pieds.

Comme je le dis souvent quand on m’interroge sur le sujet, la fac d’économie-gestion est une filière très sélective qui coûte très cher, comme toutes les filières de l’Université. Très sélective, non pas à l’entrée, certes, mais chaque année : pour passer dans l’année supérieure, il faut obtenir ses examens. Sélection ex-post plutôt que ex-ante, mais sélection. Notre public cible y réussit bien : 70 à 80% des bacheliers ES et S qui se présentent à l’ensemble des examens obtiennent leur première année.

Très chère, également. Si vous rapportez le budget de l’Université de Poitiers au nombre d’étudiants, vous obtenez quelque chose comme 10 000€ par étudiant. Comme la dépense est socialisée, chaque étudiant ne paye qu’une infime part de cet investissement. Mais c’est ce que chacun coûte (avec des variations, bien sûr, moins en licence qu’en master, moins en sciences humaines et sociales qu’en sciences dites dures plus gourmandes en matériel, etc.).

Je suis convaincu que nos meilleurs étudiants sont bien meilleurs que les meilleurs étudiants des autres formations, réputées meilleures parce que sélectives à l’entrée : un bon lycéen doit se battre, souvent, contre ses profs de lycée quand il explique qu’il veut rejoindre l’Université alors que son dossier lui ouvre grand les portes des prépas ; il doit se battre, souvent, contre ses parents, qui ont en tête l’image de l’Université d’il y a plus de trente ans ; il doit se battre contre cette pression sociale, véhiculée par les médias, qui font de l’Université, parce que non sélective, un choix par défaut ou par manque d’ambition. Ça forge un caractère, ça vous rend plus mature.

L’autre avantage de l’Université est de forger des jeunes qui restent humbles. Qui doutent d’eux-mêmes, qui s’interrogent. Qui ne débarquent pas dans une entreprise en terrain conquis, parce que quand même, on a été sélectionné, on est l’élite. Ils sont à l’écoute, avant de prendre la parole. Dans un monde incertain, c’est une grande qualité. C’est même la qualité première.

La place des mathématiques en économie

La place des mathématiques dans la recherche et l’enseignement de l’économie fait l’objet de débats récurrents au sein de la discipline, entre chercheurs, enseignants, étudiants.

L’objectif ici n’est pas de revenir sur ce débat et sur le positionnement des différents économistes, mais plutôt de l’ouvrir. Car quand débat il y a, quelle que soit la position des uns et des autres, c’est trop souvent sans regarder comment fonctionnent et comment évoluent, de manière générale, les sciences sociales. De la difficulté de prendre du recul pour faire un meilleur travail d’introspection, en quelques sortes.

Or, Michel Grossetti vient de publier un texte remarquable sur Mondes Sociaux, intitulé « Sciences sociales : quand les instruments et les modèles formels supplantent les objets d’études ». Où l’on découvre des similitudes entre l’histoire des sciences de la parole et celle des sciences économiques. Avec les conséquences évoquées dans le titre…

Note CAE de P. Askenazy et P. Martin : les bras m’en tombent…

brasLes économistes me font peur lorsque, sur la base des résultats de quelques articles économétriques, ils en tirent des implications excessives et préconisent des mesures de politique publique contestables. C’est ce que viennent de faire Philippe Askenazy et Philippe Martin dans la note n°20 de février 2015 du Conseil d’Analyse Economique, note intitulée de manière coquasse « Promouvoir l’égalité des chances à travers le territoire ».

Je vous le fais court : la nouvelle économie géographique montre qu’il existe des effets d’agglomération, doubler la densité d’emploi permettrait de gagner de 2 à 10% en termes de productivité. Il faut donc arrêter de vouloir que l’activité économique soit répartie sur le territoire, mais plutôt mettre le paquet sur Paris et éventuellement quelques autres métropoles pour assurer la croissance de la France. Le problème est que ces métropoles souffrent d’effets de congestion conduisant notamment à un foncier trop cher. Il faut donc arrêter de construire des LGV entre les villes ou autres choses du même acabit et investir massivement dans les métropoles pour éviter ces effets de congestion.

Quid des autres territoires ? Pas de problème : en concentrant massivement dans quelques métropoles, je vous dis pas comment on va faire de la croissance, ce qui permettra de solvabiliser les transferts sociaux. On redonnera un peu de sous aux pauvres hors métropoles, quoi. Et puis quand même, pour « promouvoir l’égalité des chances », il faut faire des choses pour que les pauvres hors métropoles puissent s’y rendre et occuper des emplois, en développant notamment des lignes d’autocars et en mettant de la concurrence dans le secteur des auto-écoles.

Les bras m’en sont tombés…

Qu’est-ce qui ne va pas dans leur raisonnement, me direz-vous ? Beaucoup de choses, je fais court, là aussi.

La première partie de leur argumentation reprend très largement les analyses de Davezies, dont nous avons montré ailleurs qu’elles souffrent de nombreuses faiblesses. Les auteurs font « comme si » le PIB par habitant était un bon indicateur de la productivité des régions, reprennent le graphique de Davezies et Pech (2014) en nuançant leur conclusion (ils ne parlent pas de creusement des disparités mais de « l’arrêt de la convergence des PIB par habitant régionaux ») et proposent une histoire longue de la géographie productive.

Le problème est que le PIB par habitant, à l’échelle des régions, est un très mauvais indicateur de productivité. Il dépend certes en partie de la productivité apparente du travail, mais aussi des taux d’emploi, des taux d’activité, de la proportion de travailleurs transfrontaliers ou interrégionaux, des comportements de mobilité, etc. A titre d’illustration, une bonne part de l’écart entre le PIB par habitant de l’Ile-de-France et celui des autres régions tient au fait que les actifs d’Ile-de-France passent leur retraite hors de la région capitale ; une autre part s’explique par le fait que les PIB régionaux sont régionalisés sur la base des masses salariales et que Paris concentre certaines activités à très haut revenu (cadres de la banque et de la finance, cadres des états-majors des grands groupes, artistes, …). Autres exemples, si la Lorraine a un PIB par habitant inférieur à la moyenne, c’est pour une bonne part en raison du poids des travailleurs transfrontaliers ; en Languedoc-Roussillon, c’est notamment en raison du taux de chômage plus élevé qu’ailleurs.  Occulter ces autres déterminants biaise considérablement l’analyse. Les intégrer permet de montrer que, à l’échelle des régions, les écarts de productivité intrinsèque sont statistiquement non significatifs.

La deuxième partie, essentielle pour leur propos puisque c’est d’elle qu’ils tirent l’impérieuse nécessité de tout concentrer dans quelques métropoles, présente les résultats de quelques études empiriques s’inscrivant dans le cadre de la nouvelle économie géographique, études qui mobilisent des données françaises et européennes. Les travaux cités montrent, comme je l’ai dit, l’existence d’effets d’agglomération statistiquement significatifs : il conviendrait de doubler la densité d’emploi pour gagner de 2 à 10% en termes de productivité ou de salaire.

Sauf que si les effets sont significatifs, leur ampleur peut être considérée comme relativement faible. Doubler la densité d’un territoire correspond à une transformation non négligeable de la géographie des activités, ceci pour un gain en terme de productivité relativement modeste. Investir dans la formation des personnes semble une option stratégique beaucoup mieux adaptée.

Sauf que, ensuite, ce que nous disent ces travaux, c’est que oui, il existe des déterminants économiques qui expliquent en partie le fait urbain (il existe bien d’autres déterminants, soit dit en passant, qui expliquent la géographie française…). Mais entre dire « il existe des villes et elles procurent certains avantages économiques aux entreprises qui y sont localisées » et « Paris est l’horizon indépassable de la croissance économique française », vous avouerez qu’il y a un grand pas que je ne préfère pas franchir…

Il y a un autre point particulièrement problématique dans leur argumentation. Ils expliquent dès le premier paragraphe l’importance de distinguer deux échelles d’analyse : une échelle fine, entre et au sein des communes, où l’on observe des inégalités de revenu croissantes, et une échelle macro-territoriale (région, département, aire urbaine), entre lesquelles les inégalités de revenu sont décroissantes. C’est cette dernière qui constituerait l’échelle pertinente pour penser la croissance, c’est donc elle qu’ils retiennent dans leur analyse. Ils pensent ensuite démontrer l’intérêt d’une forte concentration de l’activité économique dans les métropoles, mais à aucun moment n’est posée la question du lien entre concentration géographique de l’activité et évolution des inégalités de revenu au sein de ces agglomérations.

Il me semble pourtant que c’est au sein de grandes métropoles, à commencer par Paris, que l’on observe quelques menus problèmes d’inégalités de revenu, de ségrégation spatiale et autres joyeusetés… Qu’à cela ne tienne : « les questions relatives aux ségrégations urbaines (…) sont renvoyées à des travaux ultérieurs » (sic). Bref, on concentre tout sur Paris et quelques métropoles, on investit pour y éliminer les effets de congestion, on redonne des sous aux pauvres qui ne sont pas dans les métropoles, on leur fait passer le permis ou on les fait monter dans des autocars. Si jamais tout ça accentue les problèmes de ségrégation urbaine et d’inégalités de revenu au sein des métropoles, eh bien… on verra plus tard ! (C’est là que mon premier bras est tombé…).

Le plus curieux, dans l’histoire, c’est que même si l’analyse générale proposée souffre de très sérieuses limites, certaines des recommandations me semblent intéressantes. Sans doute du fait qu’elles sont compatibles avec d’autres schémas d’analyse de la géographie des activités. La recommandation 1, qui propose de réorienter la politique du logement sur les zones en tension (zones très denses) semble ainsi tout à fait recevable. En passant, c’est déjà en partie le cas : la Caisse des Dépôts et Consignation collecte l’épargne sur livret partout en France et investit dans le logement social sur les territoires en tension, l’épargne du Cantal et de la Lozère finance ainsi l’investissement dans le logement social de Seine-Saint-Denis, et c’est très bien. La recommandation 2, qui préconise de réduire les effets de congestion dans les grandes villes, est également tout à fait louable, c’est un problème évident des zones densément peuplées. Mais, j’insiste, proposer de régler ce problème peut se faire sans considérer que la croissance doit passer exclusivement par les métropoles. Une idée à la mode n’est pas nécessairement une bonne idée, c’est même parfois une très mauvaise idée…

Pour finir, je signale à tous ceux qui sont obsédés par cette idée qu’il faut concentrer, tout concentrer, encore plus concentrer géographiquement, que de nombreux pays de niveau de développement comparable à la France (Allemagne, pays du Nord de l’Europe, Espagne, Italie, …) présentent des structures urbaines moins déséquilibrées que la structure française, qui comme le Royaume-Uni, se caractérise par une hypertrophie de la région capitale. C’est le produit d’une histoire longue propre à chaque pays, mais c’est le signe aussi que la géographie de la croissance peut prendre une diversité de forme. Croire que la seule solution pour faire de la croissance en France consiste à renforcer encore l’hypertrophie francilienne est particulièrement désolant et non fondé scientifiquement.

APB : faites un voeu… bien informé!

Comme chaque année, les lycéens doivent formuler des voeux d’orientation sur APB. Quelques éléments sur la Faculté de Sciences Economiques de l’Université de Poitiers, histoire de chasser quelques idées reçues et aussi parce que nous continuons d’innover !

Qui accueille-t-on ?

Nous avons vocation à accueillir des bacheliers ES et S qui souhaitent s’engager dans des études longues (bac+5). Ces bacheliers représentent cette année près de 90% de nos effectifs de première année de licence (dont 2/3 de bacs ES et 1/3 de bacs S). Leur taux de réussite, pour ceux qui passent l’ensemble des examens, est de 70 à 80%. Le taux de réussite des bacheliers technologiques est de 5 à 10%, celui des bacheliers professionnels est de 0%. Bacs ES et bacs S sont donc clairement notre public cible.

Le Monde a publié un article sur les lycéens qui ne regrettent pas d’avoir mis l’université en voeu 1 sur APB. Pour notre part, 73% des lycéens que nous avons accueilli cette année nous avaient mis en voeu 1, proportion qui dépasse 80% pour les bacheliers avec mention. S’agissant de ces derniers, je signale en passant qu’ils représentent près de 60% de la promotion.

Que propose-t-on ?

A partir de septembre 2015, nous proposons une licence généraliste « économie-gestion », organisée en partenariat avec l’IAE de Poitiers, dont les deux premières années sont communes à l’ensemble des étudiants. En troisième année, les étudiants peuvent poursuivre dans l’un des quatre parcours suivants : économie, gestion, communication ou comptabilité-contrôle-audit. Le premier se déroule à la fac de sciences éco, les trois derniers à l’IAE. Ci-dessous la plaquette de présentation de la licence :

  Nous proposons également, de manière optionnelle, un parcours « enjeux internationaux », composé chaque semestre d’un enseignement de langue (chinois, russe, portugais, allemand, italien) et d’un enseignement de géopolitique. Ci-dessous la plaquette de présentation de ce parcours :

Nos spécificités

Notre « positionnement stratégique » se caractérise par une forte ouverture à l’international. Au-delà du parcours mentionné ci-dessus, les étudiants peuvent partir un semestre ou une année en L3 dans l’une de nos universités partenaires (une quarantaine). Cette année, nous avons commencé à faire partir des étudiants de L2. Ci-dessous la carte de nos partenariats internationaux avec des informations pour chacun d’eux :


Afficher Partenariats internationaux de la faculté de Sciences Economiques de Poitiers sur une carte plus grande

L’autre spécificité de la faculté de sciences économiques de Poitiers concerne les possibilités de stage : stages courts optionnels entre la L1 et la L2 et entre la L2 et la L3 et surtout possibilité d’un stage long, remplaçant tout un semestre de cours, en troisième année de licence du parcours économie. Sauf erreur de ma part, nous sommes la seule licence d’économie à proposer cela.

Après la licence

Les étudiants diplômés de licence peuvent poursuivre dans un des Masters de la fac d’éco ou de l’IAE de Poitiers, ou, bien sûr, dans d’autres Masters d’autres villes universitaires. L’enjeu pour être pris dans un bon master n’est pas de faire sa licence au même endroit, mais d’avoir un bon niveau universitaire et d’avoir su profiter d’expérience de stages et de séjours à l’étranger. Bref, ce que l’on propose !

N’hésitez pas à visiter notre site pour plus d’informations et à venir nous rencontrer lors des Portes Ouvertes que nous organisons demain, samedi 14 février, pour échanger avec enseignants et étudiants.