A propos Nicolas Moinet

Professeur des universités à l'IAE de Poitiers Spécialiste en intelligence économique et communication stratégique

Les nouveaux enjeux du renseignement

Dans le cadre d’une chaîne YouTube que je viens de lancer sur les pépites que l’on peut trouver dans les livres ou autres médias, j’ai souhaité présenter un article de Paul Charon et Fabien Laurençon (chercheurs à l’IRSEM) sur les nouveaux enjeux du renseignement tant ceux-ci touchent aussi bien les professionnels du domaine que les citoyens.

 

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Le triangle de l’influence radicale

Désormais, ce n’est pas nécessairement le plus puissant qui l’emporte, mais bien le plus intelligent, l’intelligence devant alors être comprise comme la capacité à décrypter le dessous des cartes pour mieux surprendre l’adversaire puis garder l’initiative afin d’épuiser l’autre camp. De ce point de vue, la victoire des opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes – un peu vite oubliée alors qu’elle constitue un tournant de la présidence Macron – est un modèle du genre dans la continuité de la bataille du Larzac quarante ans plus tôt. Car au-delà des caricatures, cette victoire démontre combien l’agilité déployée par les zadistes a pu paralyser une pseudo-coalition arc-boutée sur l’usage de la force et du droit quand l’autre camp utilisait la ruse et les médias. La trame de fond de la guerre économique est celle de sociétés post-modernes où l’usage de la force est de moins en moins accepté avec un système composé de trois pôles : un pôle autocratique, un pôle médiatique et un pôle de radicalités.

 

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Anticipation et renseignement

La crise du Covid-19 nous rappelle plus que jamais que la culture de l’anticipation n’est pas notre fort. Sommes-nous pour autant défaillants sur la question du renseignement ? Au risque de vous étonner, la réponse est selon moi non ! D’ailleurs, très rares sont les situations pour lesquelles la surprise stratégique a été liée à une absence de renseignement. Non. La défaillance vient le le plus souvent de notre difficulté à lier les deux, le et donc. Autrement dit, comment faire du renseignement un élément clé de l’anticipation ?

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Il y a 25 ans : un virologue dans la guerre économique

Il y a 25 ans, le 1er avril 1995, était créé au plus haut niveau de l’État français un Comité pour la Compétitivité et la Sécurité Économique. Parmi les 7 personnalités nommées se trouvait le virologue, et futur Prix Nobel de médecine, Luc Montagnier qui venait de connaître de longues années de lutte acharnée sur la découverte du virus du Sida.

En cette période de confinement, voici un long extrait de cette histoire tiré de mon ouvrage sur Les Sentiers de la guerre économique.

 

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Extension du domaine de la prédation. La vente d’Alstom à General Electric

Médiatique, la guerre économique se retrouve très rarement dans les revues académiques. Or, pour comprendre un phénomène et proposer des pistes de réflexion et d’action, l’analyse scientifique s’avère rapidement indispensable. C’est pourquoi avec mon collègue Olivier Coussi, nous nous sommes attelés à éclairer un cas récent qui aura défrayé la chronique – la vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric – par la théorie de la prédation. Une analyse acceptée par la Revue Française de Sciences de Gestion dirigée par le Pr. Jean-Philippe Denis dans le cadre d’un numéro spécial consacré à la Recherche en Stratégie et Management : Exit, voice or Loyalty ?

Dans leur article introductif, les Professeurs Alain Charles Martinet (Université Lyon III) et Pierre-Michel Menger (Collège de France) présentent ainsi notre contribution :

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Les drôles de méthodes des consultants en communication d’influence…

Alors que Le Monde vient de sortir une enquête sur « Comment Monsanto a fiché des dizaines de personnalités à influencer » (avec une excellent œil du 20h de France 2 sur le sujet), il est bon de rappeler que ces méthodes ne sont pas nouvelles. Et on ne peut dès lors que s’étonner quand le dirigeant de Publicis Consultants, agence associée dans l’affaire Monsanto à Fleishmann-Hillard, se dit tomber des nues devant de telles pratiques.

J’ai moi-même pu vivre cela de près lors de l’affaire Gemplus il y a une quinzaine d’années. Si l’influence est au cœur des relations humaines, faut-il pour autant laisser la fin justifier les moyens ? Non bien entendu. Voici à ce sujet un extrait de mon dernier ouvrage Les sentiers de la guerre économique.

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L’économie démasquée

Qu’il s’agisse d’universitaires dits émérites, de retraités du renseignement, de politiques retirés des « affaires » ou d’ex-responsables d’entreprise, les « anciens » sont une mine de connaissances sous-exploitée. N’ayant plus rien à prouver, souvent encore en phase avec une réalité professionnelle qu’ils ne quittent jamais tout à fait, ils laissent en général tomber cette langue de bois qu’ils ont parfois dû tant manier qu’ils ne la supportent plus. Tel est le cas de ce professeur canadien – pardon québécois – qui vient aujourd’hui faire une conférence sur le développement local dans un amphithéâtre clairsemé. Sans doute plus à l’aise avec les petits groupes, les trois-quarts de son exposé sont plutôt soporifiques. Fort heureusement, la fin de matinée est plus propice à l’hypoglycémie qu’aux endormissements soudains. D’ailleurs, attirés par l’odeur de la cafétéria (et il ne faut pas être difficile !), certains ont déjà quitté les lieux. Mais ils ne savent pas ce qu’ils perdent. Car il est des anecdotes bien plus instructives que des heures de conférence standardisée.

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Pourquoi l’EGE est une (vraie) école

Formation pionnière avec le Master IE de Poitiers (deux formations sœurs issues de la dynamique du cabinet INTELCO), l’Ecole de Guerre Economique (EGE) fête sa vingtième rentrée. Un tel anniversaire est le moment idéal pour analyser ce qui a fait le succès de cet OVNI de l’enseignement supérieur en France et dans le monde. Un sujet que l’on ne peut ignorer quand on travaille sur l’histoire de l’IE « à la française ». Selon nous, la réussite de l’EGE tient avant tout au fait que Christian Harbulot et son équipe ont réussi à en faire une véritable école, c’est-à-dire à articuler (trianguler même), trois éléments clés : une doctrine, une culture et une communauté… Analyse.

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Qui est (vraiment) Christian Harbulot ?

L’ouvrage de Giuseppe Gagliano sur la pensée de Christian Harbulot (VA Press, collection indiscipliné) est trois fois heureux.

Heureux, tout d’abord, parce qu’il consacre l’œuvre d’une personnalité qui a su faire école en défrichant un sujet aussi complexe qu’essentiel – la guerre économique – et en offrant, à qui voulait bien sortir de l’aveuglement communiste et de la cécité néo-libérale, une grille de lecture géoéconomique s’appuyant sur l’analyse comparée des cultures de la stratégie et l’idée d’intérêt de puissance. Une lecture du monde plus pertinente que jamais…

Heureux également alors que l’Ecole de Guerre Economique, fondée et dirigée par Christian Harbulot, fête ses vingt ans d’existence. En s’appuyant sur cette expérience collective originale, Giuseppe Gagliano propose un manuel de survie intellectuelle dans un monde économique conflictuel qui ne dit pas toujours son nom et nécessite des éclairages et même des décryptages.

Heureux, enfin, parce que cette reconnaissance n’émane pas d’un des nombreux disciples français du maître (au sens des arts martiaux) mais d’un universitaire italien engagé dans la préservation des intérêts de puissance de son pays à travers le Cestudec.

Mais avant de  découvrir cette pensée à travers les analyses de Giuseppe Gagliano et, bien entendu, dans les écrits (et nombreuses interventions) de Christian Harbulot, lui-même, il est important de proposer quelques clés de lecture en retraçant le parcours d’un homme dont la vie romanesque pourrait inspirer bien des auteurs de fiction. Alors, qui est (vraiment) Christian Harbulot ?

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Une société du renseignement…

09/11 – 11/09. Ceci n’est pas un code secret mais deux dates de notre histoire contemporaine qui ont donné le top départ d’une ère globalisée synonyme de nouvelles opportunités mais aussi de nouvelles menaces et sonné le glas d’un vieux monde bipolaire où la complexité n’était encore qu’un concept. Dans ce contexte, les services de renseignement que l’on a cru un instant voir s’effacer avec la fin de la guerre froide ont, au contraire, pris une importance sans égale dans l’histoire de l’humanité, au service des décideurs mais aussi des citoyens qui les financent : ouverture du renseignement, ouverture au renseignement.

En une génération, la mutation de ce monde secret, source de bien des fantasmes et idées reçues, s’est opérée. Une première étape a ainsi été franchie non sans mal : accroissement des budgets des services, arrivée de nouveaux profils, développement des capacités technologiques,… Mais une autre étape doit désormais prendre le relai tant il est devenu évident que les dispositifs actuels n’ont pas l’agilité de ceux de leurs adversaires : réseaux terroristes, organisations criminelles, hackers, … Et de ce point de vue, les analyses se suivent et se ressemblent sans que les mesures prises ne semblent régler totalement les failles pourtant relevées. Pourquoi ? C’est ce qu’analyse en une vingtaine d’articles et autant de contributeurs le n°76 de la revue Hermès intitulé : Le renseignement : un monde fermé dans une société ouverte.

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