Piraterie. Atalante frappe à terre

Première attaque terrestre de la force Atalante
contre des pirates somaliens

Le 15 mai 2012, la force Atalante a mis en œuvre les nouvelles possibilités opérationnelles qui lui ont été fournies par la décision du conseil européen du 23 mars (voir notre post du 1er avril), elle-même accordée à la résolution 1851 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette décision, tout en prolongeant le mandat de la force navale jusqu’en décembre 2014, autorise ses unités à lancer des attaques contre les sites logistiques et les embarcations de la piraterie situés sur le littoral somalien. Pour que la décision puisse prendre effet, il manquait jusqu’à présent le vote positif du Bundestag allemand. Il est intervenu le 10 mai.

La force Atalante était prête. L’attaque a eu lieu près de la ville côtière d’Haredhere au moyen d’un hélicoptère parti d’un des neuf navires de guerre actuellement sur zone. Elle a permis de détruire cinq skiffs (embarcation légère dont le nom est issu du français « esquif ») de pirates sans occasionner de pertes humaines. Selon les autorités européennes, l’opération avait été minutieusement préparée, fondée sur le renseignement et lancée après accord du gouvernement fédéral de transition de la Somalie. Ce dernier a demandé que les attaques contre les bases pirates à terre soient limitées à une bande littorale de 100 mètres de largeur. Les chefs de la piraterie vont probablement en profiter pour reculer le positionnement de leurs dépôts et les mettre à l’abri au-delà de cette zone. Mais ils auront un peu plus de mal à le faire pour les embarcations.

Jean-Paul Pancracio

Piraterie somalienne. Extension de la lutte-2

L’extension du champ spatial et des modalités de l’opération
Atalante

Dans le cadre de sa Politique étrangère et de Sécurité commune (PESC), l’Union européenne a pris ce vendredi 23 mars 2012 la décision d’autoriser les forces navales engagées dans l’opération Atalante à s’attaquer à des dispositifs de pirates sur le sol somalien. Rappelons que les autorités somaliennes avaient donné leur accord de principe à cette solution.

Interception d'un bateau-mère de pirates somaliens par des forces spéciales-Photo Marine Nationale-Tous droits réservés

Les forces seront désormais autorisées à aborder, au rivage, les navires des pirates mais aussi à débarquer pour détruire leurs installations logistiques (dépôts de carburant, véhicules automobiles 4X4, dépôts d’armes et de munitions…) en vue de désorganiser leur activité et de la réduire.

Il s’agira d’opérations « coup de poing », ponctuelles par définition, et limitées à une frange de 2 km de profondeur à partir du rivage. Il ne s’agit pas d’engager les forces spéciales dans des opérations militaires terrestres plus ou moins permanentes en Somalie, ni de détruire des vies. Les règles d’engagement opérationnelles de l’Union européenne pour ce type d’actions seront précisées dans les jours qui viennent par le comité politique et de sécurité. En tout état de cause, une fois levée la « réserve parlementaire » du Royaume-Uni (délai nécessaire pour saisir le parlement et obtenir son approbation) il y a eu un accord unanime et sans restriction à l’emploi de la force (CAVEAT) de la part des 27 Etats, ce qui est à souligner.

Il est également important de souligner que les Etats participant à l’opération Atalante pourront toujours, s’ils l’estiment nécessaire, outrepasser les limites fixées aux incursions en territoire somalien. Dès lors, l’Etat qui déciderait d’aller au-delà de ces limites, sous réserve de l’accord des autorités somaliennes, le ferait sous sa seule responsabilité et ne pourrait pas mener cette action dans le cadre d’Atalante.

On trouvera plus de détails et d’informations concernant cette décision sur l’excellent blog Bruxelles2.eu. que nous mettons en lien par ailleurs sur notre page d’accueil, au même titre que le blog Lignes de défense, de Philippe Chapleau, journaliste à Ouest-France, l’un des meilleurs spécialistes français des questions de défense.

Jean-Paul Pancracio

Tous droits réservés

 

 

Piraterie somalienne. L’extension de la lutte

Extension de la lutte contre la piraterie somalienne

L’union européenne opère en deux temps sur la question. Il faut rappeler qu’elle n’agit pas ici dans un cadre unilatéral européen ni dans le vide juridique mais sur le fondement de résolutions-mandats du Conseil de sécurité des Nations unies. Rappeler aussi que deux forces navales sont présentes dans la zone : celle de l’Union européenne, l’EU-NAVFOR, dans le cadre de son opération Atalante ; et celle de l’OTAN dans le cadre de l’opération Ocean Shield.

L’Union européenne a en premier lieu prolongé la durée du mandat de l’EU-NAVFOR afin qu’elle poursuive l’opération Atalante. C’était nécessaire pour pouvoir redimensionner ensuite le mandat. La décision de reconduction a été prise par le Conseil de l’Union européenne est intervenue le 27 février 2012. Elle proroge le mandat de la force navale jusqu’en décembre 2014. Précisons au passage que c’est la France, succédant à l’Espagne, qui en assurera le commandement pour 4 mois à partir d’avril. L’OTAN prolonge de son côté le mandat de sa propre force engagée dans l’opération Ocean Shield.

Marine Nationale

Interception de pirates somaliens-Photo Marine Nationale-Tous droits réservés

Dans un second temps, devrait intervenir, assez rapidement, la décision du Conseil de l’Union d’étendre la nature des opérations. Il s’agit d’autoriser les forces d’Atalante à intervenir sur le sol somalien pour y pourchasser à terre les pirates, sous réserve de l’accord du gouvernement de ce pays comme le prescrivent sur ce point les résolutions du Conseil de sécurité. Le gouvernement somalien aurait déjà fait part de son accord de principe pour de telles opérations.

L’accord est général au sein du Conseil pour cette extension de la lutte. Mais le Gouvernement britannique souhaite auparavant obtenir l’accord du Parlement. A titre personnel, je me félicite de cette démarche du gouvernement de M. David Cameron. Celui-ci m’avait demandé une consultation en août 2011 sur le point de savoir s’il convenait de saisir le Parlement britannique lorsqu’une opération humanitaire ou militaire déjà mandatée changeait de nature ou évoluait sensiblement dans ses modalités. J’avais répondu de façon juridiquement argumentée, en prenant également appui sur le droit européen, que le Royaume-Uni se devait de saisir son parlement dans une telle hypothèse. En matière d’engagement militaire, une résolution-mandat du Conseil de sécurité des Nations unies ou même, en l’état actuel des choses, une décision du Conseil européen, ne contraint pas les Etats à transgresser la lettre et l’esprit de leur constitution, qu’elle soit écrite ou principalement coutumière comme au Royaume-Uni. Le différé demandé devrait être de courte durée, de toute façon.

Reste à savoir, mais c’est le texte même de la décision du Conseil de l’Union européenne qui nous le dira, ce qui sera effectivement permis ? Est-ce qu’il s’agira d’un droit de suite, c’est-à-dire d’un droit de poursuite maritime ponctuelle se prolongeant sur l’espace terrestre pour y capturer des pirates, lorsque la poursuite s’est engagée en mer ? Ou bien d’un droit plus général d’intervention terrestre, sur la base d’opérations amphibies, pour y détruire les refuges des pirates dans une certaine bande côtière, libérer les navires retenus ainsi que leurs équipages ? Ce n’est pas pareil et ce n’est pas la même ampleur d’engagement. La première hypothèse est la plus probable.

Il est vrai que la situation évolue plutôt favorablement en Somalie à l’heure actuelle, notamment grâce aux succès de la force d’intervention terrestre de l’Union africaine. Rien ne serait réellement acquis cependant si la piraterie, aujourd’hui organisée en système très structuré, devait y demeurer tranquillement implantée. Certes, les attaques de pirates somaliens contre des navires réussissent de moins en moins, notamment grâce aux équipes de protection embarquées (EPE). Mais au cours de l’histoire, pour vaincre les pirates, il a toujours fallu attaquer leurs refuges terrestres, d’une façon ou d’une autre.

Jean-Paul Pancracio