News from Suez
Ce canal interocéanique reliant la Mer Méditerranée à la Mer Rouge et à l’Océan Indien a été créé par le percement de l’isthme de Suez qu’il traverse de Port Saïd à Suez sur 193 kilomètres. Commencé en 1859, le percement ne prit une réelle ampleur qu’à partir de 1866 pour s’achever trois ans plus tard. Le canal fut inauguré le 17 novembre 1869 par l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III.
Le canal de Suez est passé récemment, en janvier, sous le contrôle direct de l’armée égyptienne afin d’y garantir le libre transit des navires (près de 18 000 navires en 2011 et 8% du commerce international) conformément au traité qui en fait un canal international. La décision a été prise par le gouvernement égyptien compte tenu des troubles existant depuis plusieurs semaines à Port-Saïd et à Suez et de la grève des services affectés au canal. Il y avait urgence car c’est une chute de 16% des transits de navires qui a été constatée en janvier 2013 par rapport à janvier 2012 (réf. chiffres : Le Marin, 19/02/2013).
En fait, le canal n’a jamais cessé d’être une zone militaire spéciale, mais face aux troubles que connaît le pays actuellement et au risque que soient portées des atteintes au canal, l’armée intervient directement dans son fonctionnement. Il faut dire que l’Egypte tire une partie substantielle de son budget des droits de passages acquittés par les navires, soit 5,13 milliards de dollars en 2012 en dépit d’une baisse relative du trafic ; d’autre part qu’elle a déjà été confrontée à deux reprises depuis la Seconde Guerre mondiale à la fermeture de la voie d’eau : en 1956 (conflit de la « nationalisation », réouverture en mars 1957), puis durant une période de huit ans entre 1967 et 1975 (à partir la Guerre des Six Jours avec Israël en juin 1967).
Sans refaire toute l’histoire du canal et de sa gestion, disons qu’il fut initialement placé sous un régime de droit interne égyptien, le canal de Suez devint un canal international par l’effet de la convention de Constantinople signée le 29 octobre 1888 par 9 Etats (Turquie, France, Royaume uni, Russie, Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie, Espagne, Pays-Bas). Cette internationalisation ne le faisait pas échapper à la souveraineté égyptienne car un canal maritime international, tout comme un fleuve international fait partir intégrante du territoire de l’Etat qu’il traverse. Elle signifiait que la liberté de navigation internationale y était garantie, et c’est toujours le cas, par le statut juridique du canal, intégré dans les dispositions d’un traité international. Le principe d’un canal international est de garantir la liberté du transit pour la navigation internationale ainsi que l’égalité de traitement entre tous les pavillons.
Pour la construction puis l’exploitation du canal international, avait été créé la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, société anonyme par actions franco-égyptienne, régie par le droit français. Elle verra une entrée en force du Royaume-Uni au capital social en 1878 lorsque le khédive Ismaïl Pacha vendit les parts de l’Egypte, plaçant alors la compagnie sous contrôle économique franco-britannique. Elle avait reçu la concession de l’exploitation du canal pour une durée de 99 ans par la voie d’un firman (acte unilatéral de l’empereur ottoman, sultan d’Istanbul) en date du 30 novembre 1854. Cet acte prévoyait quela Compagnie percevrait 75 % des droits de péage (établis pour chaque navire en transit en fonction de son tonnage et du nombre de passagers), les fondateurs 10 % et l’Egypte les 15 % restants.
A son échéance, en 1956, cet ordonnancement fut remis en cause par l’Egypte qui souhaitait reprendre à son compte, seule, la totalité de l’exploitation de la voie d’eau, qu’elle considérait comme une ressource naturelle ; et donc le bénéfice de la totalité des droits de passage. L’Egypte du Colonel Nasser allait ainsi nationaliser, le 26 juillet 1956, la concession accordée jadis à la Compagnie de Suez.
Mais contrairement à ce qu’on lit trop souvent, L’Egypte n’a pas nationalisé le canal : il a toujours été dans la souveraineté égyptienne ! Pas plus qu’elle n’est revenue sur son statut de canal international. Ce qui a été nationalisé par l’Egypte sur la base de l’accord de Rome d’avril 1958, ce sont les actions de la Compagnie de Suez, et par le fait même les droits de péage. Le Conseil de sécurité de l’Onu avait pris soin d’affirmer au même moment le principe du maintien du régime de droit international du canal, parallèlement à la souveraineté de l’Egypte sur la gestion de celui-ci. En avril 1957, l’Egypte précisa par une déclaration unilatérale, qu’elle confirmait son respect de la convention de Constantinople de 1888.
Depuis la nationalisation des droits de passage, l’exploitation du canal est réalisée par une institution égyptienne, l’Autorité du Canal de Suez (Suez Canal Authority).
Jean-Paul Pancracio