Naufrage et gigantisme croisiériste

Paquebot géant de plus de dix ponts

Le paquebot Costa Concordia de l’armement Costa Croisière s’est échoué dans la nuit du 13 au 14 janvier 2012 sur un écueil, pour ne pas dire sur la côte toscane elle-même tant le rocher en cause est près d’elle. Le samedi 14 janvier au matin, ce paquebot est apparu dans une position incroyable, totalement couché sur son flanc tribord, à moitié immergé et montrant sa coque éventrée sur 70 mètres. A midi, les autorités italiennes annonçaient qu’il y avait au moins quatre morts, plusieurs dizaines de blessés et 70 disparus parmi les passagers. Pour venir flirter de nuit et de si près avec une côte rocheuse, il y a forcément en l’occurrence une erreur humaine. A la passerelle, l’attention et la vigie de l’œil humain sont affaire de tout instant.

Personnellement, je n’ai jamais cessé d’être inquiet du gigantisme effarant qui s’est emparé des armements de croisière pour d’uniques raison de rentabilité « hôtelière » au détriment de la sécurité. On a construit des navires de 13 ponts voire de 16 ponts. Le Costa Concordia avait 1500 cabines et pouvait avoir plus de 4000 personnes à son bord. Et il ne fait pas partie des plus gros ! A mes étudiants ou à d’autres publics lors de conférences, j’ai eu l’occasion de dire ces dernières années, comme d’autres, que si un navire de ce type devait avoir un jour une avarie qui l’amènerait à prendre de la gîte, il se coucherait totalement et très rapidement, rendant une évacuation et un sauvetage quasi impossibles pour de très nombreux passagers et membres d’équipage. L’erreur humaine est patente dans le cas présent. Mais le vrai problème est celui de la taille de ce type de navires, de la faiblesse des effectifs de marins – je parle de vrais marins – parmi son équipage et de la présence d’une foule de passagers à bord.

On peut faire tous les exercices d’entraînement que l’on veut: facile quand le navire est bien posé sur l’eau, par une mer calme et de jour. Mais on n’est jamais dans les conditions extrêmes d’un navire qui se couche sur le flanc ou qui est en train de couler avec des milliers de personnes qui cherchent à l’évacuer avec des mouvements de panique. Ajoutons que très rarement, les chaloupes peuvent être mises à l’eau dans des conditions satisfaisantes: beaucoup ne servent pas car elles ne peuvent même pas descendre. L’opération devient illusoire si le navire prend la gîte. Disons-le, ce gigantisme naval du low cost est criminel. La mer sera toujours dangereuse.

Le gigantisme naval concerne également les porte-conteneurs dits post-panamax. Leur sauvetage sera tout aussi aléatoire outre qu’aucun remorqueur de haute mer n’est actuellement en mesure de les tracter.


Le 15 janvier 2012

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