De l’efficience des technologies éducatives

Je rappelle souvent à mes étudiants qu’il ne faut pas confondre l’efficacité d’un dispositif de formation avec son efficience. L’efficacité est la capacité du dispositif à atteindre les objectifs qui lui ont été assignés. L’efficience, quant à elle, est l’expression d’un rendement qui rapporte l’efficacité aux moyens mobilisés (Efficience = Efficacité / Moyens). Concilier efficacité et efficience est une vraie question d’ingénierie de formation mais est-ce seulement une question d’ingénierie ? Qu’en est-il des usages des technologies numériques pour la formation, l’enseignement et les apprentissages ?

L'efficience est le quotient de l'efficacité rapportée aux moyens

Efficience

Dans les périodes d’opulence, réelle ou supposée, seule la question de l’efficacité est soulevée. Question déjà redoutable puisqu’elle suppose que l’on ait clairement identifié les objectifs à atteindre. Souvent, rien ne l’atteste vraiment …  Dans les périodes de vaches maigres, la question de l’efficience gagne en audience. La difficulté se complique encore pour évaluer des coûts induits qui ne peuvent pas être réduits à des équipements mais doivent notamment  inclure la valorisation des temps de travail additionnels.

Si l’on en croit la définition (Efficience = Efficacité / Moyens), il suffirait de diminuer les moyens pour augmenter l’efficience. Elle suggère arithmétiquement que c’est à moyens presque nuls que l’efficience est maximale. Si elle semble ridicule, cette hypothèse justifie pourtant bien des choix politiques. Inutile ici,  je pense, d’illustrer pour convaincre …  Ce raisonnement comporte pourtant un biais qui l’invalide radicalement : l’efficacité est aussi souvent une variable dépendante des moyens. En d’autres termes, l’efficacité est fonction de différents facteurs parmi lesquels les moyens alloués peuvent jouer un rôle significatif. La diminution des moyens peut donc entraîner une diminution de l’efficacité suffisamment importante pour entraîner une chute de l’efficience.

Le souci de la bonne gestion des dépenses, qu’elles soient publiques, privées ou personnelles me semble parfaitement légitime. Pour autant, il convient de ne pas ajouter de biais de jugement au biais de raisonnement concernant les investissements dans les technologies éducatives et tous les dispositifs de formation. La recherche de l’efficience ne peut/doit pas être réalisée au détriment de l’efficacité.

Les travaux de recherche sur l’efficience dans les dispositifs de formation médiatisés sont peu nombreux. La question est tellement sensible au contexte qu’il est sans doute difficile d’espérer identifier des lois simples et générales. Une approche pluridisciplinaire qui associerait l’ingénierie des médias pour l’éducation et les sciences de gestion permettrait pourtant au moins d’élaborer des indicateurs applicables à chaque situation. Si des collègues de sciences de gestion étaient partants …

En attendant, je propose d’appliquer sans concession à chaque projet de formation une démarche très pragmatique des plus élémentaires en deux questions. Les technologies numériques seront-elles utiles (à quoi, comment, lesquelles, pourquoi) ? En avons-nous les moyens ?

En attendant mieux, nous pourrions ainsi substituer la notion d’intérêt à celle d’efficience.

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