Je deviens Dir’com ! Un outil pratique (gratuit) pour les nouveaux responsables de communication que leur prise de poste empêche de dormir.

C’est un grand jour que celui où l’on accède au poste de « directeur de la communication » après avoir été « chargé de communication » ou « chargé de mission communication » – autrement dit après avoir fait ses preuves dans le cadre de missions de moindre envergure mais déjà de haut niveau.

Devenir « dir’com », c’est l’ambition de bon nombre des étudiants qui suivent le master Stratégie et Management de la Communication que je dirige. Ce n’est généralement pas pour le lendemain de l’obtention du diplôme. Il n’empêche : ce projet est en lui-même porteur d’espoirs et d’appréhensions.  Comment prendre son poste ? Comment gérer des subordonnés ? Quoi faire face aux conflits ? Autant de questions complexes face auxquelles nous ne pouvons pas laisser seuls les étudiants.

Alors un beau jour, j’ai proposé à mes étudiants d’aborder le problème par une large série d’interviews de responsables de communication et de lectures. L’ébullition intellectuelle qui en a résulté s’est matérialisée par la rédaction conjointe d’un google.doc que j’ai repris à bras le corps jusqu’à ce qu’en sorte un petit livre, co-écrit avec la promotion  de master 2 Stratégie et Management de la Communication diplômée en septembre 2011.

Parce que je suis très fier du résultat de ce travail d’intelligence collective et parce qu’il me semble pouvoir être utile à tout aspirant Dir’com ou jeune responsable de communication, je vous le propose en libre accès ici.

Juste un mot pour dire que la mise en forme finale de cet ouvrage a été réalisée par Thomas Lavergne, étudiant lui aussi, responsable du Pôle Image du Service Communication de l’IAE de Poitiers.

Décidément, mes étudiants ont bien du talent !

Christian Marcon

L’art de développer ses réseaux

Un bref retour en arrière pour ce retour aux affaires…

Un article paru dans le Nouvel Economiste en juillet dernier sous ce titre (article auquel vous pourrez accéder par ce lien ci) propose un traitement intéressant du sujet des réseaux en prenant le cas du sport. J’ai été interviewé assez longuement pour ce papier d’Aymeric Marolleau. Il en reste quelques éléments dans l’article final. Nicolas Thébault, bien connu sur ce sujet, est aussi largement sollicité.

Si le sujet vous intéresse, l’émission Culture Monde du 12 juillet dernier, à partir de 11 heures traitait du cas du tennis dont le développement initial a été aussi le terrain de jeu de la franc-maçonnerie qui cherchait à s’implanter dans certains milieux. Cela demande un peu de disponibilité pour l’écoute, mais cela en vaut la peine.

Christian Marcon

De l’art du dialogue… ou pas sur l’intelligence économique.

Le billet que j’ai mis en ligne le 2 juillet dernier intitulé « C’est prouvé : les bloggeurs professionnels se f… de ce qu’écrivent les chercheurs en intelligence économique » a été lu. Il a suscité plusieurs réactions, certaines sous forme de commentaires à mon billet directement sur mon blog (qui permet les commentaires), d’autres dans le cadre d’autres blogs.

J’avais suivi le conseil d’un ami bloggeur « faits des titres accrocheurs ». Ca marche. Je ne vais pas suivre son deuxième conseil : « ne fais pas des billets trop longs ». Celui-ci sera long. Je préviens.

Mon billet se terminait par une question : « La balle est dans votre camp, bloggeurs passionnés d’intelligence économique. Pourquoi ne vous emparez vous pas de ce que les chercheurs en intelligence économique écrivent ? » Chacun conviendra que la question n’est ni accusatrice ni agressive. Une interrogation, issue de la déception mentionnée au dessus. Une curiosité de chercheur.

J’aimerais reprendre ici quatre commentaires, dans l’ordre de leur apparition, et essayer de discuter, précisément, avec leurs auteurs.

Le premier à réagir, Julien, l’un de mes anciens étudiants. Taquin dans sa première réaction (il a bien raison), analytique dans sa seconde. L’un des problèmes du manque d’intérêt des bloggeurs pour les résultats de recherche scientifique en intelligence économique pourrait être celui de la vraisemblance des résultats qui irait contre le ressenti. C’est une hypothèse intéressante, que j’avais négligée. Et je trouve dans la suite matière à réflexion aussi. L’hybridation se ferait « Mais d’une manière diffuse, quand elle va dans le sens du vent ou au contraire frappe les esprits. Quand elle est dans le flux d’actualité ou qu’elle fait sensation. L’information scientifique est traitée comme toute l’information disponible grâce à Internet et la multiplicité des agrégateurs – et je considére que le blog qui relaie un buzz en est un (au moins un temps). » OK. J’attendrais trop, trop vite, trop clairement un retour. Il faudrait plutôt espérer un phénomène d’infusion, comme pour une bonne tisane.  C’est possible. Je trouve que l’infusion est longue à faire, mais pourquoi pas.  Merci Julien.

La deuxième réaction est celle de Sébastien qui indique que « la thématique de recherche dans l’intelligence économique ne [lui] dit pas grand chose » alors qu’il a lu des thèses et qu’il a une formation à l’intelligence économique. Je pense que l’expression va au delà de la pensée. S’il a lu ou même parcouru des thèses d’intelligence économique et des publications, il a déjà rencontré des travaux de recherche. Ce qui m’interpelle c’est précisément que malgré ces lectures il ait le sentiment de ne pas appréhender une thématique de recherche en intelligence économique. Cela montre à quel point les chercheurs savent mal parler de leur travail, le rendre perceptible. Plusieurs ouvrages abordent la question. Nicolas Moinet l’a fait dans « L’intelligence économique, mythes et réalités », par exemple. Je reviendrai plus en détail, à la rentrée sur cette question.

La troisième réaction vient de Frédéric Martinet, dont je lis les billets avec toujours beaucoup d’intérêt. Je m’adresse donc directement à lui.

Nous sommes tout à fait d’accord sur le constat que les préoccupations des professionnels de l’intelligence économique ne sont pas, globalement, celles des chercheurs. Je diffère un peu avec vous sur le point du manque d’intérêt des chercheurs sur les logiciels ou les questions de productivité. Les actes des colloques VSST successifs montrent que l’on a souvent présenté des communications relatives à des logiciels ou des méthodologies ayant vocation à améliorer la performance en matière d’information. Par ailleurs, ce sont plutôt les chercheurs d’autres disciplines comme l’informatique qui peuvent apporter sur ce point. Mais globalement, d’accord.

Je vous suis aussi sur le manque de renouvellement des chercheurs et des sujets. A cela, il faut apporter une explication liée au système même universitaire. Aujourd’hui, faire de la recherche en intelligence économique n’est pas confortable du tout. A quelle section universitaire se rattacher ? Elles ne sont pas toutes très accueillantes sur le sujet. Dans quelles revues publier ? C’est un vrai problème. Or qui ne publie pas dans des revues académiques « classées par l’AERES » n’est pas reconnu et limite ses possibilités de nouvelles recherches ou de progression de carrière. De sorte que les laboratoires sont très peu nombreux à se risquer sur le sujet et que les doctorants sont peu nombreux à vouloir prendre le risque d’entrer dans le sujet auprès de chercheurs patentés qui, en outre, on labouré un chemin depuis des années. Lorsque l’on s’est spécialisé sur un sujet pendant vingt ans, il est difficile d’en aborder un nouveau. Cela ramène, aussi par manque d’imagination peut-être à des sujets déjà abordés, souvent. Ce sont nos contraintes à nous, chercheurs, différentes de celles des professionnels.  Je ne cherche pas à nous excuser, mais à faire comprendre. Un bémol : bon nombre de doctorats en intelligence économique se font en entreprises dans le cadre de contrats dits CIFRE. On peut difficilement penser que ces doctorats là sont déconnectés des réalités.

Le manque de commentaire de bloggeurs-chercheurs sur votre propre blog ? Evidemment dommage. Je plaide aussi coupable. Il me semble que la cause en est culturelle. Les universitaires n’ont pas encore la culture du blog, du commentaire sur un blog. Leur métier les tourne plutôt vers la réflexion sur le temps long. Ils ne sont pas suffisamment dans l’échange par ce canal. Nous avons à progresser sur ce point collectivement, il est vrai.

Revenons au fond de ce qui sépare les chercheurs et les professionnels.  Le problème vient dans une large mesure, me semble-t-il du fait que nos écosystèmes sont très différents. Aux professionnels, vous le dites très bien, le besoin d’efficacité immédiate à des fins de business ; aux chercheurs la mission de prendre de la distance par rapport à l’immédiat pour saisir ce qui se joue et générer des connaissances utiles à la société, que chacun peut s’approprier avec sa clé de lecture s’il le veut. Les universitaires sur ce point ne sont pas toujours performants – pas plus que les professionnels ne le sont toujours.  C’est précisément cette différence entre les professionnels et les universitaires qui est enrichissante intellectuellement. C’est la raison pour laquelle, dans nos formations de l’ICOMTEC, nous avons une large part d’intervenants professionnels et c’est aussi pourquoi, sans doute, nombre d’universitaires agissent aussi en position de conseil en entreprise : pour que le regard ne parte toujours du même point car si l’arbre cache la forêt, c’est précisément parce que nous avons le né collé à l’arbre et ne bougeons pas de notre position.

De vos commentaires (dont je vous remercie vivement, sur le fond et sur leur forme), je retire donc trois choses.

  1. Je dois moi-même faire un effort pour interagir sur les blogs des professionnels – lorsque je serai dans mon domaine de compétence seulement.
  2. Je veillerai à ce que les prochains doctorats que je dirigerai s’éloignent des sentiers battus – sans faire prendre de risques inutiles à mes doctorants.
  3. Je serai patient : nous mettrons du temps à hybrider nos connaissances.

Le quatrième commentaire, paru indirectement sur le blog Euresis sous le nom de P. Y. Debliquy est un chef d’œuvre d’argumentation. J’ai hésité à le passer sous silence, mais son auteur, déjà peu aimable, y aurait trouvé confirmation de ce qu’il estime être un enfermement dans ma tour d’ivoire.  J’aurais bien répondu sur son blog, mais contrairement au mien, le sien n’autorise pas les commentaires. Chacun son rapport aux autres. Que dire de ce commentaire ? Qu’il est :

Agressif dans le ton : « Alors, je le trouve gentil, Christian Marcon, lorsqu’il nous interpelle » ; « Je l’invite à descendre de sa tour d’ivoire. » Mon propre billet est très respectueux des bloggeurs-lecteurs. Je ne me suis autorisé aucune formule de ce type. J’ai trop de respect pour les bloggeurs que je lis avec intérêt. L’agressivité ne donne aucune légitimité supplémentaire à ces formules peu amènes qui ne font pas progresser le débat.

Faussement modeste : « je n’ai bien évidemment aucune leçon à faire à personne. » alors que l’intégralité du billet est un exercice consistant à donner une leçon. Leçon qui ne me fait ni chaud ni froid. J’interviens moi-même comme consultant en entreprise.

Spécieux : je n’ai jamais écrit « se foutent de » mais j’ai mis des points de suspensions laissant au lecteur le choix entre « se fichent de » ou la formule grossière que choisit P.Y Debliquy. Le choix des points de suspensions a un sens, me semble-t-il. Sauf à projeter sur l’auteur son propre registre de langage. Je n’ai jamais écrit nulle part non plus (mais encore aurait-il fallu lire ma communication) « Seuls les universitaires se nourriraient du travail des blogueurs pour faire avancer leurs réflexions et leurs travaux. Hou les vilains blogueurs ! » C’est malhonnête, cela, comme procédé. Dans une autre communication, que j’ai mise en ligne  le 26 mars, je reproche notamment aux universitaires de ne pas se soucier des blogs professionnels sur la thématique des réseaux sociaux.

Caricatural dans la présentation des choses et du rapport à la recherche.  Je veux bien croire l’auteur du billet lorsqu’il nous dit qu’il lit des travaux universitaires de tous horizons. Les thèses ne trouvent pas grâce à ses yeux écrit-il. Je ne voudrais pas focaliser sur les thèses, qui ne sont que l’une des formes d’expression de la pensée du chercheur. Ce ne sont pas les textes les plus abordables, évidemment. Encore faut-il savoir les lire en sélectionnant l’entrée dans la thèse. Mais les thèses en intelligence économique sont rarement des « théories statistiques ». Le procédé d’amalgame fait long feu.

M. Debligny exprime avec force son dédain des universitaires qui n’apporteraient rien aux PME qui « ont des modes de fonctionnement très pragmatiques et ne s’embarrassent pas de circonvolutions de langage, ni de théories complexes. Ce dont elles ont besoin, et donc ce que je recherche, c’est du pragmatisme dans les solutions qu’on apporte à leurs problèmes, basé sur des briques immédiatement accessibles. Du clé sur porte, quoi ! » Une chose est vraie dans ce propos : une part de nos recherches n’a pas vocation à produire du clé sur porte. C’est là le vieux débat entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Un seul exemple : Albert Fert faisait de la recherche fondamentale lorsqu’il travaillait sur la magnétorésistance géante. Cela lui a valu le prix Nobel. Mais ça permet surtout à M. Debliquy de disposer aujourd’hui d’un disque dur performant sur son ordinateur.

M. Debliquy rêve d’universitaires qui feraient le travail de la recherche en entreprise uniquement au service de l’entreprise. C’est son droit. Pour employer une métaphore, je dirai que là où M. Debliquy cherche une clé pour une porte existante, le chercheur se demande si la porte est à la bonne place, si le système de clé est le bon, voire s’il faut une porte à cet endroit là. A chacun son métier. Les deux ont leur rôle à jouer dans notre société et notre économie.

Je veux aussi rappeler que ce que l’auteur du commentaire appelle des « circonlocutions de langage » sont plutôt, en général, des précautions dans l’expression de la pensée – précaution absentes dans son texte.

Finalement, là où un Frédéric Martinet engage avec élégance et arguments un dialogue, M. Debliquy, sur le même sujet, claque une porte.

C’est dommage parce que c’est une attitude stérile. Inattendue de la part d’un « professionnel ».

Depuis la rédaction de ce texte, j’ai pris connaissance du billet de Thibault Renard sur Vedocci. Stimulant. Je vais essayer, sur la suggestion de ce billet intéressant et égratignant avec humour, de m’atteler à une veille sur les parutions scientifiques en ligne concernant l’intelligence économique et à une vulgarisation de certains contenus.

 

Christian Marcon

Une petite cartographie des communications du COSSI.

La plénière de clôture du COSSI 2012

La plénière de clôture du COSSI 2012

Pour les amateurs de cartographies de type Xmind, voici une cartographie de synthèse des sujets abordés lors du COSSI 2012. Ce n’est pas la somme des résumés des communications, mais l’ensemble les éléments que les animateurs des ateliers ont souhaité retenir.

Cartographie de synthèse du COSSI 2012

Dans l’attente des actes, à venir dans les prochaines semaines.

Patience,

 

Christian Marcon

L’environnement virtuel personnalisé : quelle appropriation par les étudiants ?

Thérèse Martin, COSSI 2012

Thérèse Martin, chercheuse associée au laboratoire GERIICO, a analysé la manière dont une quinzaine d’étudiants inscrits dans des formations qui mettent les TIC au cœur de leurs programmes, s’appropriaient les outils et espaces virtuels offerts par le web 2.0.


En attendant la publication des actes du COSSI dans quelques semaines, les pistes dégagées de cette recherche exploratoire sont les suivantes :


Dans leur environnement virtuel constitué de différents outils du Web 2.0, il n’existe pas de frontières entre le monde non formel et le monde formel. Des relations sont fréquemment établies entre les mondes privé, professionnel et institutionnel.


Cet environnement témoigne d’une acculturation des étudiants à ces outils du Web 2.0, avec lesquels ils sont déjà familiarisés ou qu’ils découvrent suite à leur inscription à la formation. Ils cherchent malgré tout à tirer parti de ces outils même s’ils semblent en quelque sorte « happés » par une temporalité liée à l’actualisation permanente des informations.

Globalement, ils bricolent avec des outils dont ils ne connaissent pas bien les multiples fonctionnalités et jouent de la complémentarité entre ces outils. Ils mettent en œuvre des stratégies personnelles, malgré les contraintes posées par les outils. Habilement, les étudiants détournent aussi des outils par rapport à leurs fonctions initiales, en visant une meilleure efficacité de leur pratique de veille.

Concernant l’évaluation des informations, les étudiants mettent en avant les critères de l’immédiateté considérée comme prioritaire, la popularité (définie par le nombre d’abonnés), la validité des sources qui sont citées, la qualité du langage. L’allusion à des éléments de méthodologie documentaire qui ont pu jalonner leur parcours scolaire et universitaire est rare.
Les étudiants inscrivent leur démarche documentaire dans la perspective de se préparer à leur insertion professionnelle.

L’expérience esthétique tient une place importante. Elle est visible à travers :
-leur appréciation des outils à savoir la convivialité, les potentialités techniques offertes, la possibilité d’exprimer librement des points de vue mais aussi leur sens critique face aux manques ou aux limites de certaines fonctionnalités
- leur sensibilité esthétique à la présentation de ces outils (mise en forme des pages internet, agréable à l’œil et d’une bonne lisibilité)
- le plaisir procuré par les échanges avec des professionnels et le partage avec d’autres collègues de la formation

(texte corrigé par l’auteur de l’intervention).

COSSI 2012. Le numérique, un espace de conversation créateur d’incertitude

Daniel J Caron, archiviste et documentaliste du Canada, au COSSI 2012

Le COSSI 2012 s’est ouvert aujourd’hui, 19 juin, à Poitiers.

Les allocutions d’ouverture ont permis de situer ce colloque dans la dynamique internationale d’ensemble de l’IAE de Poitiers (Evelyne Lande, directeur de l’IAE), de rappeler l’attachement du Conseil Général de la Vienne – partenaire du colloque – à la recherche et à l’ICOMTEC dont René Monory avait impulsé la création (Henri Colin, vice-président du Conseil Général), de dire l’importance de ce colloque pour l’ICOMTEC, Pöle information-communication de l’IAE, qui en porte le projet depuis le mois de septembre (Christina Marcon, directeur de l’ICOMTEC) et de resituer cette 4e édition dans la lignée des éditions canadiennes précédentes (Monica Mallowan, professeure canadienne, fondatrice du COSSI).

Au fil des billets, voici une sélection des analyses présentées.

De la galaxie Gutemberg à l’infospère Google

La conférence d’honneur du colloque a été donnée par Daniel J. Caron, administrateur général, bibliothécaire et archiviste du Canada. Que dit Daniel Caron, dans le sillage de son ouvrage Web HT.0 Pour une société informée ? Un résumé en 9 points.

  1. Numériser et numérique ne doivent pas être confondus. Numériser massivement n’est pas synonyme de passer à l’ère du numérique.
  2. L’ère numérique conduit à un délaissement du système d’autorité descendant au profit d’une culture en réseau.
  3. Le numérique, c’est une nouvelle forme d’oralité ; de conversation.
  4. L’ère numérique n’est pas un bouleversement comparable à l’apparition de l’imprimerie mais à l’invention et la généralisation de l’écriture. L’écrit a permis la naissance de l’administration. Un changement aussi fort dans le système de l’écrit ne peut pas rester sans conséquences majeures sur nos modes de fonctionnement, entre autre d’administration.
  5. Pour passer d’un paradigme de l’écrit à un paradigme du numérique, il faut passer par une phase « d’anarchie épistémologique » (Paul Feyerabend)
  6. Trois axes de changement dynamique sont à considérer : les changements technologiques perturbateurs, la croissance exponentielle de l’information, les transformations sociales – ce dernier point étant sans doute le plus important.
  7. Il va falloir être capable de développer des systèmes de triage pour discerner ce qui est pertinent dans l’ensemble de ce qui est produit et mérite d’être archivé.
  8. Selon une étude récente menée au Canada, une large part de la production intellectuelle, y compris la poésie, n’est jamais imprimée, jamais enregistrée à la bibliothèque nationale, n’a pas de numéro ISSBN. Or c’est souvent une production de qualité… Comment ne pas perdre cette production ?
  9. Il va falloir adapter le vocabulaire de description des documents en tenant compte du vocabulaire social.
Rendez-vous au prochain billet.
Christian Marcon

Dans un colloque scientifique, chercher une hybridation des connaissances en accueillant des professionnels.

Les 19 et 20 juin prochains se tiendra à Poitiers le 4e COSSI (Colloque Spécialisé en Sciences de l’Information). Le COSSI est un colloque scientifique dit « international » à la fois en raison de la structure de son comité scientifique et des origines des intervenants.  Ses actes sont publiés. Techniquement, administrativement, c’est donc un colloque valorisant pour ses communicants.

Au delà, c’est un colloque passionnant pour ses acteurs à tous les niveaux, notamment parce qu’il ne se déroule pas uniquement entre scientifiques, autrement dit dans un cénacle fermé au reste du monde « profane ».  Depuis la création du COSSI à Shippagan, campus de l’université de Moncton (Nouveau-Brunswick, Canada) par la professeure canadienne Monica Mallowan en 2009, le COSSI accueille également des interventions de professionnels.  Cette année encore seront reçus en tant que conférenciers D. Caron, bibliothécaire et archiviste du Canada et  Mme Chevalier, d’Europresse (www.europresse.com). Dans la salle seront présents, au côté des universitaires, des représentants de collectivités locales et sans doute quelques professionnels de la filière numérique en Poitou-Charentes.

Ce choix que ne font pas tous les colloques (qui est même mal considéré par certains universitaires) nous semble justifié à plusieurs égards. D’abord, c’est un quasi tradition dans le domaine de l’intelligence économique – thématique largement représentée dans les interventions. La plupart des colloques scientifiques en ce domaine accueillent des interventions de professionnels. Leurs communications manquent assez souvent de « scientificité » selon nos canons universitaires, mais elles nourrissent la pensée des chercheurs qui, en retour, diffusent vers des acteurs de terrain de l’intelligence économique les résultats de recherches plus solides selon ce même critère de scientificité.  Ajoutons que, généralement, les intervenants professionnels font de la recherche-action et ne prétendent pas à faire œuvre théorique. Une théorie à l’égard de laquelle leur tempérament avide d’opérationnalité les rend d’ailleurs critiques, voire rétifs. Si elle fait souvent l’impasse sur le cadre épistémologique, ou se contente d’une évocation de surface, cette recherche là n’est pas inutile ni aberrante. Elle est d’ailleurs mieux acceptée par le monde de la recherche anglo-saxonne que la recherche française.

Un autre point à considérer est que de telles rencontres participent peut-être à combler un espace laissé quelque peu vide, me semble-t-il, entre la recherche et la démarche de vulgarisation. La démarche de vulgarisation conduit le scientifique à adapter son discours pour le mettre à la portée d’un public réputé n’avoir par les références scientifiques suffisantes pour en comprendre davantage. Elle prend la forme d’articles dans des revues dûment cataloguées comme telles (Science et Vie Junior, par exemple), dans des revues professionnelles (Veille magazine pour l’intelligence économique pour ne citer que ce cas), dans des ouvrages (L’intelligence économique, C. Marcon & N. Moinet, collection Topos, chez Dunod, au hasard…) accessoirement dans telle émission comme La tête au carré sur France Inter (formidable émission).

Entre les deux, comment opérer le mélange ? Comment favoriser cette « fertilisation croisée des connaissances » chère à Guy Massé (Intelligence économique : pour une économie de l’intelligence, G. Massé & F. Thibault, éditions De Boeck) ? Comment générer une hybridation des connaissances ?

Que les professionnels s’approprient des résultats de recherche en se frottant directement, intellectuellement, humainement, avec les chercheurs en action, dans leur science en énonciation,  me semble beaucoup plus riche que de les renvoyer à la lecture d’actes scientifiques (qu’ils ne liront pas) ou de textes de vulgarisation qu’ils trouveront trop simples. Dans un mouvement inverse, que les chercheurs s’évertuent à se faire comprendre de non scientifiques et écoutent en retour ceux-ci avec un esprit ouvert et non dédaigneux me paraît hautement souhaitable. Voire salutaire…

C’est pourquoi le COSSI, colloque scientifique selon les critères disciplinaires, sera ouvert à un public de professionnels aussi.

En voici le programme.

Christian Marcon

Pour réussir, les relations plus que les diplômes ?

De l’intérêt de rouvrir des documents anciens… Le Nouvel Observateur, dans son édition du 21 avril 2011, donnait, page 66, une synthèse des résultats d’un sondage réalisé par l’ESSEC sur les moyens de réussir sa vie ou réussir dans la vie.

De nettes distinctions culturelles apparaissaient entre les pays. Les Français se distinguaient, par exemple, par leur moindre empressement à servir une grande cause ou l’intérêt général (important pour 63 % des Français, contre 89 % des Allemands, 71 % des Américains, 83 % des Chinois) et le plus fort taux se disant prêt à tricher avec la légalité pour réussir (33% des Français, 26 % des Allemands et des Américains).

La question traitée dans l’article qui m’intéresse est la suivante « Quels atouts de départ favorisent le plus la réussite dans la vie professionnelle ? » Huit pays citent en premier l’intelligence ; la France et la Chine mettent en priorité le poids du réseau de relations (55%), devant l’intelligence (35%) et le diplôme (34%).

Surprenant, dans notre société française ? Pas vraiment. Et cela m’incite à poursuivre la formation à la stratégie-réseau dans nos diplômes. Si tous les étudiants n’ont pas la même ressource relationnelle de départ, apprendre à manager son réseau peut aider à corriger, en partie, les écarts. Cela n’enlève rien à ceux que la naissance a doté d’un réseau familial avantageux ; cela donne quelques chances, différentes, aux autres.

Dans tous les cas, se rappeler la formule de Guy Massé : l’effet réseau = moi(nous). C’est une formule équitable en ce qu’elle démultiplie aussi bien la mauvaise réputation des incapables et des malhonnêtes que la bonne réputation des gens de qualité. Quelle que soit la donne à la naissance.

Puisque l’on ne peut pas imaginer que le réseau n’ait pas d’effet, apprenons à vivre avec lui. La plateforme Alumni qui s’ouvre pour les anciens de l’Icomtec entre précisément dans cette perspective.

Allez, avec ce billet je prends une bonne résolution : fournir à chaque fois une référence d’article de chercheur disponible gratuitement en ligne pour qui veut creuser le sujet avec de la connaissance scientifique. On ouvre avec une référence absolue : l’article de Mark Granovetter, « The strengh of weak ties », paru dans l’American Journal of Sociology, volume 78, n° 6, mai 1973. Granovetter y démontre l’utilité des liens dits faibles en ce sens qu’ils ne sont ni vraiment anciens, ni très intimes, ni renforcés par de multiples services rendus…

En anglais, certes, mais l’effort en vaut la peine

Christian Marcon