COSSI 2014. Information, communication, documentation : les nouvelles utopies !

La 6e édition du COSSI (Colloque spécialisé en sciences de l’information et la communication) se déroulera à Poitiers les 17 & 18 juin 2014, dans les locaux de l’IAE. Les actes des éditions précédentes sont disponibles à cette adresse-ci.

L’édition 2014 accueillera des chercheurs en sciences de l’information et la communication de toute la communauté francophone. L’appel à communications est lancé. Il est joint à cet article. En voici l’argument…

Information, communication, documentation : les nouvelles utopies

En 1992, Philippe Breton publiait un ouvrage de chercheur engagé au titre fortement évocateur : L’utopie de la communication. Breton s’y interrogeait sur une « utopie nourrie d’un lien social tout entier communiquant […]. L’apologie d’une universalité planétaire sans contenu, les enthousiasmes naïfs pour les « mondes virtuels » et le « village global » [ayant] paradoxalement rendu attrayant le repli identitaire ». Il s’interrogeait alors : « la question pertinente est donc plutôt de se demander pourquoi nos sociétés accordent, depuis le milieu du siècle, autant d’importance à la communication » (p. 7).

Depuis le constat critique de Breton, Internet et les outils de numérisation ont fait irruption massivement dans les pratiques d’information, de communication et de documentation des professionnels d’abord, puis du grand public avec le passage au « web 2.0 ». Il se diffuse un nouveau discours utopiste dans l’imaginaire collectif populaire, dans les représentations professionnelles et dans le champ du politique, d’autant plus aisément que l’évolution vers des outils plus accessibles et plus puissants semblait concrétiser cet avenir radieux communicationnel et informationnel annoncé par les auteurs de science fiction tout autant que par les prospectivistes.

Pour le grand public, l’utopie semble être celle de la conversation ininterrompue, de l’accès simple, gratuit ou presque, à toute l’information, à l’image et à la connaissance. Elle se nomme aujourd’hui Facebook, Twitter, Flicker, universités en lignes, réalité augmentée… Chez les professionnels, l’utopie managériale se nourrit de knowledge management, de record management, de management en réseau, de maitrise de l’information, de Consumer Relationship Management, de community management, de géolocalisation, de dématérialisation des documents… En somme, un « capitalisme sans friction » (Bill Gates, 1995). Les hommes politiques et les citoyens, quant à eux, rêvent de la démocratie numérique (Berthoud, 2000 ; Cardon, 2010) et de l’accès généralisé à l’information publique (big data). Dans le discours ambiant, l’interconnexion technique et l’interactivité humaine tiennent lieu de performance et promettent le bonheur.

Que signifient ces utopies nouvelles ? Rien d’autre que l’expression renouvelée, actualisée, du besoin naturel, ontologique, irrépressible de rêver d’un avenir meilleur ou une « technolâtrie, véritable culte initié par des prophètes pour faire entrer l’humanité dans un âge pacifique et prospère pour tous » (Berthoud, 2000) ?

Que nous enseignent les utopies du monde conversationnel ? S’agit-il d’une utopie globale ou d’une utopie « « limitée » (Proulx, Massit-Folléa, Conein, 2005) ? Sommes-nous en train de constituer de véritables collectifs intelligents ou n’est-ce qu’une illusion sémantique, une utopie « de l’instable et du multiple » (Lévy, 1994 ; Piromallo-Gambardella, 2005), la possession de l’information demeurant un enjeu stratégique ?

Les utopies d’internet peuvent-elle permettre d’envisager la résolution du paradoxe rappelé par Eric Dacheux (2008) : « nous communiquons pour mieux nous comprendre et, ce faisant, générons de l’incompréhension » ? Un paradoxe et une inquiétude martelés par un Dominique Wolton dont les titres d’ouvrages semblent constituer une trame argumentative : Internet. Et après ?(2000)… Informer n’est pas communiquer (2009).

Faut-il, avec Jean-Michel Besnier (2013) être profondément pessimiste et  considérer que « L’utopie de l’homo communicans est celle d’un être désubstantialisé, soumis au nomadisme et au « bougisme » que nous apparentons pathétiquement à de la liberté, celle d’éternels touristes qui ne séjournent jamais nulle part. [] Il y a de la naïveté dans ces spéculations, mais elles en disent long sur l’obstination que nous éprouvons à vouloir nous débarrasser de ce qui fait de nous des hommes et des femmes. A l’ère du numérique, l’humanité révèle combien elle voudrait en finir avec elle-même. »

Devons-nous avec Pierre Ansart (2002) rejeter le terme même d’utopie ? « Les promesses contemporaines d’une communication généralisée au niveau planétaire, les images d’une communauté indéfinie de dialogues pacifiés paraissent justifier l’emploi du terme d’utopie pour désigner l’ensemble de ces représentations, fortement chargées d’imaginaire et d’affectivité, qui accompagnent aujourd’hui les pratiques de communication. [… Mais] quel sens revêt ce terme incertain en ce qui concerne les communications ?  L’emploi du concept d’utopie serait-il abusif ? » Devons-nous plutôt admettre avec Olivesi (1996) l’utilité heuristique de l’utopie qui « permet de dépasser les oppositions usuelles entre fiction et réalité, imaginaire et réel, connaissance et action [] les récits utopiques ne divor[çant] du réel que pour mieux le ressaisir, en dégager l’essence » ?

Telles sont les questions auxquelles la communauté scientifique des sciences de l’information, de la communication et de la documentation est invitée à réfléchir pour l’édition 2014 du COSSI.

A vos plumes et claviers !

Christian Marcon

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  1. Ping : Sidonie Gallot : docteur en SIC

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