Dans un colloque scientifique, chercher une hybridation des connaissances en accueillant des professionnels.

Les 19 et 20 juin prochains se tiendra à Poitiers le 4e COSSI (Colloque Spécialisé en Sciences de l’Information). Le COSSI est un colloque scientifique dit « international » à la fois en raison de la structure de son comité scientifique et des origines des intervenants.  Ses actes sont publiés. Techniquement, administrativement, c’est donc un colloque valorisant pour ses communicants.

Au delà, c’est un colloque passionnant pour ses acteurs à tous les niveaux, notamment parce qu’il ne se déroule pas uniquement entre scientifiques, autrement dit dans un cénacle fermé au reste du monde « profane ».  Depuis la création du COSSI à Shippagan, campus de l’université de Moncton (Nouveau-Brunswick, Canada) par la professeure canadienne Monica Mallowan en 2009, le COSSI accueille également des interventions de professionnels.  Cette année encore seront reçus en tant que conférenciers D. Caron, bibliothécaire et archiviste du Canada et  Mme Chevalier, d’Europresse (www.europresse.com). Dans la salle seront présents, au côté des universitaires, des représentants de collectivités locales et sans doute quelques professionnels de la filière numérique en Poitou-Charentes.

Ce choix que ne font pas tous les colloques (qui est même mal considéré par certains universitaires) nous semble justifié à plusieurs égards. D’abord, c’est un quasi tradition dans le domaine de l’intelligence économique – thématique largement représentée dans les interventions. La plupart des colloques scientifiques en ce domaine accueillent des interventions de professionnels. Leurs communications manquent assez souvent de « scientificité » selon nos canons universitaires, mais elles nourrissent la pensée des chercheurs qui, en retour, diffusent vers des acteurs de terrain de l’intelligence économique les résultats de recherches plus solides selon ce même critère de scientificité.  Ajoutons que, généralement, les intervenants professionnels font de la recherche-action et ne prétendent pas à faire œuvre théorique. Une théorie à l’égard de laquelle leur tempérament avide d’opérationnalité les rend d’ailleurs critiques, voire rétifs. Si elle fait souvent l’impasse sur le cadre épistémologique, ou se contente d’une évocation de surface, cette recherche là n’est pas inutile ni aberrante. Elle est d’ailleurs mieux acceptée par le monde de la recherche anglo-saxonne que la recherche française.

Un autre point à considérer est que de telles rencontres participent peut-être à combler un espace laissé quelque peu vide, me semble-t-il, entre la recherche et la démarche de vulgarisation. La démarche de vulgarisation conduit le scientifique à adapter son discours pour le mettre à la portée d’un public réputé n’avoir par les références scientifiques suffisantes pour en comprendre davantage. Elle prend la forme d’articles dans des revues dûment cataloguées comme telles (Science et Vie Junior, par exemple), dans des revues professionnelles (Veille magazine pour l’intelligence économique pour ne citer que ce cas), dans des ouvrages (L’intelligence économique, C. Marcon & N. Moinet, collection Topos, chez Dunod, au hasard…) accessoirement dans telle émission comme La tête au carré sur France Inter (formidable émission).

Entre les deux, comment opérer le mélange ? Comment favoriser cette « fertilisation croisée des connaissances » chère à Guy Massé (Intelligence économique : pour une économie de l’intelligence, G. Massé & F. Thibault, éditions De Boeck) ? Comment générer une hybridation des connaissances ?

Que les professionnels s’approprient des résultats de recherche en se frottant directement, intellectuellement, humainement, avec les chercheurs en action, dans leur science en énonciation,  me semble beaucoup plus riche que de les renvoyer à la lecture d’actes scientifiques (qu’ils ne liront pas) ou de textes de vulgarisation qu’ils trouveront trop simples. Dans un mouvement inverse, que les chercheurs s’évertuent à se faire comprendre de non scientifiques et écoutent en retour ceux-ci avec un esprit ouvert et non dédaigneux me paraît hautement souhaitable. Voire salutaire…

C’est pourquoi le COSSI, colloque scientifique selon les critères disciplinaires, sera ouvert à un public de professionnels aussi.

En voici le programme.

Christian Marcon

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