Les almanachs républicains et socialistes des années 1840-1850

Almanach social.- Paris : Librairie sociale, 1841 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 4536-1841)

Almanach social.- Paris : Librairie sociale, 1841 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 4536-1841)

Les 15 janvier à 18h et 21 janvier à 12h a lieu au Fonds ancien une Heure du Livre ancien consacrée aux almanachs républicains et socialistes des années 1840-1850.

L’almanach connait un grand succès sous l’Ancien Régime en tant que publication populaire. Diffusé par les colporteurs, il représente, avec la Bible, la principale lecture dans les campagnes. C’est un petit volume pas cher qui réunit textes et images, qui combine calendrier, récits historiques, prédictions, contes, conseils pratiques et moraux.

Loin d’incarner un objet du passé, il prend au contraire dans la première moitié du XIXe siècle un essor remarquable. On assiste alors à un moment majeur de l’histoire du livre et de la lecture qui marque le développement d’une culture de masse basée sur l’écrit. Avec la révolution industrielle, des innovations techniques, des nouveaux systèmes de communications et des mutations d’ordre économique entrainent une progression importante de la production de l’écrit. Celle-ci va de pair avec une expansion de la consommation du livre liée elle-même au progrès de l’alphabétisation et de la scolarisation.

Toutefois si l’almanach participe pleinement à l’essor de l’écrit à cette époque, son contenu évolue. Après la Révolution française, il va être utilisé de plus en plus comme support de propagande politique auprès des classes populaires. À partir de la monarchie de Juillet en particulier, il devient un outil majeur pour les républicains et les socialistes qui veulent instruire les masses populaires et les éduquer politiquement. Dans son introduction à l’Almanach icarien pour 1843, le chef communiste Étienne Cabet présente ainsi l’almanach comme ce qui existe « de plus utile, et de plus efficace pour éclairer le Peuple, pour répandre des idées, des opinions, des sentiments ». C’est un moyen idéal de toucher ceux « qui ne peuvent ou ne veulent lire ni livres, ni brochures, ni journaux ». Un almanach bien fait est « peut-être le livre le plus précieux pour propager les bonnes doctrines » (« Introduction », Almanach icarien : astronomique, scientifique, pratique, industriel, statistique, politique et social pour 1843, p. 6-7). De fait, pour mettre à la portée du peuple les contenus des journaux d’opinion, les rubriques de l’almanach changent et les longs calendriers lunaires laissent place aux articles théoriques et aux commentaires sur l’actualité, à des récits édifiants, à des chansons et des poésies politiques.

Ce phénomène était loin d’être marginal car certains de ces almanachs ont une diffusion considérable. Ainsi l’Almanach populaire de la France dans lequel écrivent George Sand, Lamennais, Louis Blanc, Tocqueville ou encore Victor Schoelcher est tiré à 38000 exemplaires. Au moment de l’institution du suffrage universel masculin, on estime que ces petits opuscules ont pu jouer un rôle lors des élections, en initiant dans une certaine mesure les lecteurs à la politique et en leur donnant les moyens d’exercer la démocratie.

Pour aller plus loin :

  • John Grand-Carteret, Les almanachs français : bibliographie-iconographie des almanachs, années, annuaires, calendriers, chansonniers, étrennes, états, heures, listes, livres d’adresses, tableaux, tablettes et autres publications annuelles éditées à Paris : 1600-1895 : ouvrage illustré de 5 planches coloriées et de 306 vignettes, affiches, reliures, titres, et figures d’almanachs, Paris, 1896.
  • Geneviève Bollème, Les Almanachs populaires aux XVIIe et XVIIIe siècles. Essai d’histoire sociale, Paris, La Haye, Mouton, Livre et sociétés, 1969.
  • Ronald Gosselin, Les almanachs républicains, traditions révolutionnaires et culture politique des masses populaires de Paris (1840-1851), Paris, Sainte-Foy ; L’Harmattan, Presses universitaires de Laval, 1993.
  • Arnaud Baubérot. « Prophéties et prédictions astrologiques dans les almanachs populaires du XIXe siècle ». Le XIXe siècle face au futur. Penser, représenter, rêver l’avenir au XIXe siècle, Actes du VIIe congrès de la Société des Études romantiques et dix-neuvièmistes, 2016.
  • Colette Barbé, « Les almanachs du XIXe siècle », Ethnologie française n°1, janvier-mars 1985, p. 79-90.

Article rédigé par Nathalie Brémand, Centre d’histoire du XIXe siècle (EA 3550) Université Paris 1 – Sorbonne Université

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