« Breezy » (1973), film méconnu de Clint Eastwwod à (re)découvrir

Clint Eastwood et William Holden sur le tournage du film. Source : Wikimedia

Comment ne pas considérer « Breezy » autrement qu’une banale histoire d’amour entre une gamine et un quinquagénaire ? Il semble pourtant qu’à travers ce film, Clint Eastwood imbrique deux niveaux de lecture, d’une justesse impeccable : celui, personnel, du sentiment de vivre ; et celui, historique et sociologique, de la société américaine au début des années 1970. Ici, l’amour fait confronter deux êtres que tout oppose a priori : une jeune hippie (Breezy) et un homme mûr, directeur d’une agence immobilière (Frank Harmon). Malgré la dureté des conventions sociales de l’époque, la jeune fille s’éprend d’un homme blasé, divorcé, routinier, lequel oscille entre son attirance pour la vagabonde et son rejet par « incompatibilité sociale ». Finalement, à la mort accidentelle de l’époux d’une amie, Frank réalise qu’il n’a pas intérêt à laisser filer son destin sans goûter à une possible vie avec Breezy… Le film échappe ainsi à la romance éculée en donnant sa véritable dimension à l’amour, un amour parvenant à fendre les pesanteurs du qu’en-dira-t-on et du puritanisme, infusant un portrait nuancé de la condition masculine dans la fleur de l’âge tandis que Breezy reflète bien l’idéalisme romantique des adolescentes…

Breezy (interprétée par Kay Lenz). Source : Wikimedia

Autre atout du film : l’incarnation des valeurs sociales américaines par la psychologie des deux personnages. Cette petite mythologie n’est pas sans paradoxes : Holden, américain « respectable », qualifiant de « marée basse » une troupe de hippies, ne se conduit-il pas lui-même en « libertin », collectionnant des aventures sans lendemain ? Breezy, perçue comme fourvoyée par son appartenance à une communauté de routards selon la morale bourgeoise, n’est-t-elle pas « vertueuse » lorsqu’elle remue ciel et terre pour sauver un chien accidenté, et « convenable » en rêvant de stabilité conjugale avec Frank Harmon ? « Breezy », film émaillé de dialogues incisifs, propose au spectateur une introspection sagace des jugements conventionnels de valeur et leurs contradictions, introspection d’autant plus lucide que le film fut réalisé à l’époque même des antagonismes sociaux qu’il dépeint.

Le film est à (re)découvrir à la Ruche (A2) en DVD : cote 791.6 EAST 3 BR

 

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2 réflexions au sujet de « « Breezy » (1973), film méconnu de Clint Eastwwod à (re)découvrir »

  1. Je vous remercie. Excellente analyse. J’ai récemment vu le film et je l’ai aimé. En fait, j’ai créé une page d’appréciation sur Facebook et viens de poster votre avis. Heureusement, il y a Google Translate. J’ai seulement pris le français au lycée. C’était 78-80. J’étais jeune en 1973, mais le film décrit certainement la période de l’Amérique, même si je viens de la côte est.

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