Pratiquer le communisme aux États-Unis au milieu du XIXe siècle : les communautés icariennes

Compte-rendu par le président de la communauté sur l’état de la colonie icarienne / Étienne Cabet.- Paris : chez l’auteur, 1854 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 4420)

Le jeudi 17 janvier à 18h et le le mardi 22 janvier à 12h, Nathalie Brémand propose, dans le Service du Livre ancien, une Heure du Livre ancien intitulée Pratiquer le communisme aux États-Unis au milieu du XIXe siècle : les communautés icariennes. L’entrée est libre sur inscription préalable (05 49 45 32 91 ou FondsAncien@univ-poitiers.fr).

Nombreux sont, au XIXe siècle, les socialistes qui expérimentèrent leurs projets de société nouvelle dans des contrées éloignées. Le communiste Étienne Cabet (1788-1856) en fait partie.

Avocat et député républicain sous la Monarchie de Juillet, il mène une opposition active au régime au sein de la Charbonnerie, puis se détourne des sociétés secrètes. Il publie de très nombreux écrits qui le rendent populaire, en particulier auprès des milieux ouvriers. Condamné à l’exil à Londres pour délit de presse,  il y développe son système communiste égalitaire qu’il présente sous la forme d’un récit utopique : Voyage en Icarie. Durant les dix années qui suivent son retour en France, Cabet mène une propagande active grâce à son journal Le Populaire et le cabétisme devint le plus influent des courants communistes. En 1847, il lance l’appel  Allons en Icarie ! dans lequel il invite ses disciples à venir fonder avec lui une nouvelle société. Cet appel remporte un immense succès.

Après un essai raté au Texas en 1848, la première communauté est réalisée à Nauvoo dans l’Illinois avec 280 adeptes. 2500 personnes y séjournèrent entre 1851 et 1856. Partis de rien, les icariens construisent des bâtiments, créent des fermes, une scierie, un moulin, une distillerie, une porcherie, un atelier de tonnelier, une tannerie et un atelier de tissage, mais aussi une imprimerie et une école. Le travail y est obligatoire. Le réfectoire, immense bâtiment de trente mètres de long sur dix de large, où peuvent se réunir 400 personnes, symbolise le caractère communautaire de la vie quotidienne. C’est là qu’ont lieu les fêtes, les spectacles et les assemblées générales. Le pouvoir exécutif est assuré par la gérance, constituée d’un président et de cinq membres. Celle-ci fait appliquer les règlements de la colonie, dont le souci premier est la communauté totale des biens et la disparition complète de la propriété privée. Mais son rôle est aussi de faire régner en Icarie un certain ordre moral : tabac et alcool sont prohibés ; célibat interdit, mariage obligatoire, fidélité entre époux sont inscrits dans la constitution icarienne.

Cette dérive autoritariste provoque des tensions de plus en plus en plus importantes à l’intérieur du groupe. Mis en minorité, Cabet et 187 fidèles quittent la communauté. Mais, deux jours après leur arrivée à Saint-Louis dans le Missouri, Cabet meurt, le 8 novembre 1856. Les icariens par la suite continuent la réalisation du projet. Malgré les dissensions et les ruptures qui en marquèrent les nombreux épisodes, l’expérience icarienne se poursuivit jusqu’en 1898, dans le Missouri, en Iowa et en Californie, toujours en se référant au système communiste qu’avait conceptualisé Etienne Cabet. Aujourd’hui, dans ces différents états et dans l’Illinois, les descendants des icariens et des icariennes continuent de préserver la mémoire de cette épopée communautaire.

Nathalie Brémand

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