Que se passe-t-il à la Ruche ?

Vous l’avez remarqué, la Ruche a quelque peu changé en cette rentrée universitaire…

En effet, la BU Lettres entrant dans une phase de travaux prévus pour durer au moins 2 ans, la Ruche reste le seul espace de travail / lecture accessible dans le bâtiment A2.

Pour vous permettre de travailler dans de bonnes conditions, les bibliothécaires se sont démenés cet été pour transformer la Ruche afin d’y installer des collections de Lettres et langues tout en gardant le maximum de places assises.

  • Ce qui vient de la BU Lettres :
BU Lettres - Ruche. A. Hilt, 2018

BU Lettres – Ruche. A. Hilt, 2018

Désormais, dans le fond de la salle, vous trouverez les Lire la suite

La Perse vue de France au Siècle des Lumières

Voyages en Perse, et autres lieux de l'Orient / Jean Chardin.- Paris : André Cailleau, 1723 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, Up 40)

Voyages en Perse, et autres lieux de l’Orient / Jean Chardin.- Paris : André Cailleau, 1723 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, Up 40)

Jusqu’au 30 septembre, à la BU Michel Foucault, dans le cadre d’une manifestation organisée par Les Clés de Notre-Dame et intitulée « La Perse à Poitiers », sont exposés quelques ouvrages montrant l’intérêt, voire la fascination, de la France pour la Perse à la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle.

Les premiers contacts entre la France et la Perse, devenue « Iran » en 1934, sont établis au Moyen Âge. Mais c’est sous Louis XIV, grâce à Colbert, que de vrais liens politiques et commerciaux sont établis. La création de la Compagnie des Indes orientales (pour les régions à l’est du Cap de Bonne-Espérance) permet d’envoyer en 1665 une mission auprès du shah de Perse, qui veut bien signer un traité de commerce. Mais aucune suite n’est d’abord donnée à son offre, malgré les efforts de Colbert, puis de Pontchartrain. Une nouvelle ambassade est envoyée par la France en 1705. En 1708, un traité de commerce, portant sur les douanes, est négocié. En 1714, à la fin de la Guerre de succession d’Espagne, la Perse envoie un ambassadeur pour essayer de réveiller les relations avec la France. Ce personnage inspire Montesquieu pour ses Lettres persanes et Voltaire pour Zadig. Après d’habiles négociations de part et d’autre, un nouveau traité est signé en 1715. Mais la France ne souhaite pas s’investir militairement et, au retour de l’ambassadeur après une longue absence, des changements ont eu lieu en Perse. En 1794, Agha Mohammad Khan Kadjar, fondateur d’une nouvelle dynastie qui règne jusqu’en 1925, monte sur le trône. La Perse subit une agression russe, mais la France, après avoir hésité, ne vient pas en aide à la Perse.

Histoire de Timur-Bec / Saraf al-Din 'Ali Yazdi ; traduction par François Pétis de La Croix - Delft : Reinier Boitet, 1723 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, 71080)

Histoire de Timur-Bec / Saraf al-Din ‘Ali Yazdi ; traduction par François Pétis de La Croix – Delft : Reinier Boitet, 1723 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, 71080)

Une riche production de livres sur la Perse

Dès le XVIIe siècle, des livres sur la Perse sont diffusés en Europe. Le Père Raphaël (1613-1696), capucin, est une figure marquante d’Ispahan. Presque tous les voyageurs le connaissent. Il fait une description de la Perse, qui n’est pas destinée à être publiée mais devient une source pour plusieurs écrits, comme ceux de Tavernier et de Chardin. En 1631 est publiée une Relation du voyage de Perse par le Père Pacifique de Provins, qui montre le même intérêt que celui du Père Raphaël pour les ressources, coutumes et institutions du pays. Adam Olearius (1599-1671) vient à Ispahan en 1637 ; son livre, Relation du voyage en Moscovie, Tartarie et Perse, est traduit de l’allemand au français en 1665.

Les livres du Fonds ancien exposés sont représentatifs de la production de la fin du XVIIe et du XVIIIe siècle. Ils soulignent le goût des Européens pour la Perse, qui a plusieurs causes et se traduit de différentes manières. Certains livres historiques et/ou archéologiques montrent l’intérêt des Occidentaux pour les découvertes archéologiques, qui s’accompagnent d’une amorce de réflexion sur les sources historiques et l’utilisation qui peut en être faite. Les grandes entreprises d’érudition commencent alors.

Six voyages en Turquie, en Perse, et aux Indes / Jean-Baptiste Tavernier.- Nouvelle édition.- Rouen, Paris : Pierre Ribou, 1713 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, 81168)

Six voyages en Turquie, en Perse, et aux Indes / Jean-Baptiste Tavernier.- Nouvelle édition.- Rouen, Paris : Pierre Ribou, 1713 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, 81168)

La description de peuples différents contribue au relativisme culturel, qui se répand largement dans la France des Lumières. Elle permet aussi de critiquer, de manière plus ou moins explicite, la monarchie française et l’organisation de la société. Les contes, œuvres de fiction, tout comme les utopies, sont des formes littéraires par lesquelles il est aisé, par comparaison implicite, de montrer les faiblesses et les contradictions de la société française.

Il y a par ailleurs une vraie mode de l’exotisme, avec une fascination particulière pour ce qui vient d’Extrême-Orient, qui se traduit, entre autres, dans les arts décoratifs. Cette mode est nourrie par les lettres des missionnaires et les traités de géographie et d’histoire.

Quelques lectures

  • Iradj Amini, Napoléon et la Perse : les relations franco-persanes sous le Premier Empire dans le contexte des rivalités entre la France, l’Angleterre et la Russie.- Paris : Fondation Napoléon, 1995
  • Frédéric Jacquin, Le voyage en Perse au XVIIe siècle.- Paris : Belin, 2010
  • Raphaël du Mans : missionnaire en Perse au XVIIe siècle / [éd.] Francis Richard.- Paris : L’Harmattan, 1995

De riches gravures polysémiques

Emblemata / André Alciat - Paris : Jérôme de Marnef et Veuve Guillaume Cavellat, 1583 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, XVI 688)

Emblemata / André Alciat – Paris : Jérôme de Marnef et Veuve Guillaume Cavellat, 1583 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, XVI 688)

Lundi 24 septembre à 18h et jeudi 27 septembre à 12h, au Fonds ancien, Pierre Martin (Maître de conférences à l’UFR Lettres et langues de l’Université de Poitiers) anime une Heure du Livre ancien consacrée aux livres d’emblèmes. L’entrée est libre et gratuite, mais il est nécessaire s’inscrire (05 49 45 32 91 ou FondsAncien@univ-poitiers.fr). 

Selon la sixième édition du Dictionnaire dit de Trévoux (Paris, 1771), l’emblème, toujours composé d’une image et d’un texte, est « un symbole fait pour instruire et qui regarde en général tout le monde ». Il a deux valeurs principales : comme un miroir qui reflète les qualités, mais aussi les faiblesses de celui qui le regarde, il a une fonction morale et, comme une médaille qui réunit, de manière organisée et souvent frappante, sur un petit espace plusieurs symboles ou informations, il a un rôle mnémotechnique.

Le premier livre d’emblèmes,  paru en 1531, est celui d’Alciat (1492-1550), mais ce type d’ouvrages répond à un goût plus ancien. Ces livres connaissent un succès important aux XVIe et XVIIe siècles, en se spécialisant peu à peu.

Hieroglyphica / Giovan Pietro Pierio Valeriano. - Lyon : Paul Frellon, 1610 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, RAg 9)

Hieroglyphica / Giovan Pietro Pierio Valeriano. – Lyon : Paul Frellon, 1610 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, RAg 9)

La structure de l’emblème est toujours la même. Il est composé de trois éléments :

  • une sentence ou un titre, parfois appelé motto : presque toujours en latin, il est souvent difficile à comprendre précisément car il est très polysémique ;
  • une image, qui est une gravure sur bois ou sur métal ; son rôle est esthétique et mnémotechnique ; comme toute image codée, elle s’appuie sur des attributs, des symboles et des allégories ; le décodage de l’image devient plus difficile au cours des décennies car, de plus en plus souvent, son auteur superpose les niveaux d’interprétation, en recourant à des éléments aux multiples sens ;
  • une explication ou un commentaire : selon les cas, cette partie est en latin ou en langue vernaculaire ; elle est faite de vers, souvent accompagnés de prose ; elle commence par une description de l’emblème, puis précise le sens de celui-ci.

Il faut chercher les sources des emblèmes à la fois dans la mythologie classique, la Bible, les pères de l’Église, les bestiaires, les auteurs de l’Antiquité, les auteurs contemporains et la sagesse populaire.

Le Fonds ancien conserve un seul livre d’emblèmes, une édition pirate de l’ouvrage d’Alciat, les Emblemata (Paris : Jérôme de Marnef et Veuve Guillaume Cavellat, 1583).

Les images ou Tableaux de platte peinture / Philostrate ; traduction de Blaise de Vigenère.- Paris : veuve de Mathieu Guillemot et Mathieu Guillemot, 1629 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, Folio 574)

Les images ou Tableaux de platte peinture / Philostrate ; traduction de Blaise de Vigenère.- Paris : veuve de Mathieu Guillemot et Mathieu Guillemot, 1629 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, Folio 574)

Mais il abrite plusieurs ouvrages illustrés appartenant à la famille des livres d’emblèmes :

  • un répertoire d’emblèmes pour les pasteurs, ceux qui ont charge d’âme, que ce soient des évêques ou des prédicateurs : Dell’imprese pastorali / Carlo Labia.- Venise : Nicolò Pezzana, 1685
  • un recueil de symboles pour les artistes, très utilisé à l’époque moderne : Iconologie / Cesare Ripa.- Paris : Mathieu Guillemot, 1629
  • un texte de l’Antiquité commenté au XVIe siècle et illustré de gravures sur cuivre, pour certaines composées par les plus grands artistes du temps : Les images ou Tableaux de platte peinture / Philostrate ; traduction de Blaise de Vigenère.- Paris : veuve de Mathieu Guillemot et Mathieu Guillemot, 1629
  • un commentaire du XVIe siècle d’un texte hellénique redécouvert au siècle précédent : Hieroglyphica / Giovan Pietro Pierio Valeriano.- Lyon : Paul Frellon, 1610
  • un recueil allemand : Sämtliche geistreiche Bücher vom Wahren Christenthum / Johann Arndt.- Tübingen : J. H. Ph. Schramm, 1768
  • une œuvre rédigée dans un contexte universitaire et publiée en Slovaquie : Idea sapientis theo-politici / Antonio Vanossi.- Trnava : Jezsuita Akadémiai Nyomda, 1749
Iconologie / Cesare Ripa.- Paris : Mathieu Guillemot, 1629 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FAM 1411)

Iconologie / Cesare Ripa.- Paris : Mathieu Guillemot, 1629 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FAM 1411)

Suggestions bibliographiques