D’étonnants ex-libris découverts au Fonds ancien (1/3)

Quelle n’a pas été la surprise des bibliothécaires découvrant deux ex-libris superposés, celui de Madame Sabatier et dessous, visible par transparence, celui d’Alfred Mosselman, son amant !

Ex-libris de Madame Sabatier et d’Alfred Mosselman au tome 23 des Voyages imaginaires, songes, visions, et romans cabalistiques / [éd. par Charles-Georges-Thomas Garnier].- Amsterdam [i.e. Paris], 1787-1789 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FD 1511-23)

 

 Ces ex-libris ont été trouvés sur la garde collée d’ouvrages parus entre 1787 et 1789 dans la collection Voyages imaginaires, songes, visions, et romans cabalistiques. Les trente-six volumes qui constituent cet ensemble portent tous ces deux ex-libris, à l’exception du quatorzième, où ils ont visiblement été ôtés.

Ces exemplaires sont parvenus entre les mains d’Auguste Dubois qui à sa mort, en 1935, les légua, ainsi que le reste de sa bibliothèque, à l’Université de Poitiers, où il enseignait. Ils sont à présent conservés au Fonds ancien.

Alfred‎ Mosselman‎ (1810-1867)

L’homme

François Alfred Mosselman naquit à Paris, où il s’adonna aux distractions propres à « la jeunesse dorée » de la capitale. Brièvement diplomate (de 1833 à 1836), il reprit les affaires familiales. Son père était en effet un riche banquier et industriel d’origine belge devenu français en 1797. Déjà marié, Alfred Mosselman installa, probablement en 1846, celle qui se faisait encore appeler Aglaé au 4 de la rue Frochot. Là, se pressaient autour de l’hôtesse, nommée Présidente des dîners organisés, nombre de peintres, d’écrivains, dont son amant, collectionneur d’art, appréciait la compagnie. Veuf en 1856, il n’épousa pas Apollonie et la quitta en 1860, lui préférant une maîtresse de vingt ans. Avant de mourir, il connut quelques revers de fortune.

Interrogations autour d’un ex-libris caché

Les Voyages imaginaires étaient-ils dès le départ un cadeau destiné à Madame Sabatier ou ont-ils un temps appartenu à Alfred Mosselman, qui lui en a plus tard fait présent ? N’est-il pas un peu curieux qu’Apollonie ait pris soin de dissimuler l’ex-libris de son amant, les invités de la rue Frochot, susceptibles de fréquenter sa bibliothèque, n’ignorant rien de leur relation ? N’étaient-ils plus ensemble au moment où le second ex-libris a été apposé ? Les ouvrages de l’homme d’affaires auraient-ils été « oubliés » dans la bibliothèque de sa maîtresse ?

Peut-être cette dernière n’appréciait-elle pas son ex-libris ? Reproduit (en noir et blanc) et décrit en 2006 dans le tome XIV du Répertoire général des ex-libris français par Germaine Meyer-Noirel et J. Laget sous l’identifiant M2075, il est en effet composé de deux écus : à gauche les armoiries d’Alfred Mosselman, dont le père a été anobli en 1821, et à droite celles de sa femme, Eugénie-Claire Gazzini (1814-1856), baronne Brentano di Cimaroli. Les armoiries de la famille de l’épouse sont par ailleurs présentées dans l’Armorial général de Johannes Baptista Rietstap (p. 180 de la première édition, datant de 1861 ; p. 295 du premier tome de la seconde édition, paru en 1884 et réimprimé en 1965 et 1972). Elles ont été figurées dans le complément illustré conçu par Victor et Henri Rolland, publié entre 1903 et 1926 et réédité en 1967 sous le titre V. and H. V. Rolland’s Illustrations to the Armorial général by J.-B. Rietstap (tome I, planche CCCXIII).

Un deuxième billet est consacré à Madame Sabatier.

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