De l’écriture cunéiforme à l’invention de l’imprimerie

Contrat archaïque sumérien concernant la vente d’un champ et d’une maison Shuruppak, inscription pré-cunéiforme, 2600 av. J.-C. Paris, Musée du Louvre

Marie Godard, en L1 à l’UFR de Lettres et Langues à l’Université de Poitiers, a fait un stage de deux semaines au Fonds ancien. Elle nous propose un parcours historique, de la naissance de l’écriture à la fin du XVe siècle…

La Mésopotamie, berceau de l’écriture

Au cours du septième millénaire avant notre ère, les mésopotamiens utilisent des jetons en argile (calculi) afin de comptabiliser leurs biens, récoltes, troupeaux, etc. Les premiers systèmes d’écritures, qui datent de 3300 av J.-C., sont appelés cunéiformes (cuneus signifie coin en latin). Cette qualification provient de la forme d’un objet, le calame. L’une de ses extrémités est coupée en coin et l’autre en équerre. Cela permet de représenter sur une tablette d’argile des signes en formes de ronds, coins, ou encore cônes. Puis, vers 2600 av J.-C., les tablettes commencent à être utilisées comme supports d’œuvres littéraires. L’épopée de Gilgamesh, rédigée vers 2650 av J.-C, est considérée comme la première d’entre elles diffusée sous forme écrite. Ce récit légendaire relate l’histoire d’un roi mésopotamien de la ville d’Uruk.

Papyrus et volumina

L’invention du papyrus en Égypte vers 2000 av. J.-C. provoque des changements importants dans le livre. On l’obtient en assemblant des fines lamelles découpées dans les tiges de roseaux. Puis elles sont humidifiées et disposées le plus perpendiculairement possible les unes par rapport aux autres. Si elles adhèrent entre elles, c’est grâce à leur sève. Les scribes écrivent les colonnes de textes sur une seule face du papyrus et perpendiculairement à sa longueur. Ce type de support facilite la fabrication de grands rouleaux (volumina). À titre d’exemple, le papyrus Harris mesure un peu plus de quarante mètres : il propose notamment un résumé du règne de Ramsès III.

Parchemin et codex

Le volumen ou (volumina au pluriel) se révèle peu pratique car il faut le dérouler d’un côté et l’enrouler de l’autre pour pouvoir le lire. C’est à la fin de l’Antiquité qu’il est remplacé par le codex. L’usage du parchemin (à partir du IIe siècle av J.-C.) provoque en effet un changement technique dans la fabrication du livre et son utilisation. Celui-ci est solide et facile à plier. On peut  écrire sur ses deux faces. La réunion des feuillets permet de former des cahiers.

Le codex présente plusieurs avantages par rapport au volumen. En effet, il peut contenir plus de texte. Il permet une nouvelle relation livre / lecteur, qui peut désormais annoter et commenter le texte. De plus, le codex contribue à donner une architecture aux textes : peu à peu, les pages sont numérotées, les chapitres et paragraphes classés.

Ces progrès n’ont  pas empêché un net recul de la pratique de l’écriture, notamment dans les premiers siècles du Moyen Age. Toutefois, les moines recopient textes religieux et œuvres de l’Antiquité, permettant ainsi la transmission de l’écrit.

En 1454, l’invention de l’imprimerie typographique

La copie des manuscrits est parfois longue. C’est pourquoi des recherches sont menées dans toute l’Europe pour reproduire plus facilement le livre. On a notamment recours au pressoir à raisin, utilisé avec une manivelle reliée à deux plaques de bois ou de pierre. La technique du métal est peu à peu mieux maîtrisée. Ces progrès permettent l’invention de l’imprimerie par l’allemand Johannes Gutenberg. Le caractère nouveau de l’impression typographique réside dans la petite taille des caractères, leur uniformité et leur amovibilité. Ceux-ci sont enduits d’une encre encore plus grasse que celle des copistes.

C’est en 1454 que paraît le premier livre imprimé, une Bible, dite « à 42 lignes », avec 1282 pages, qui sont regroupées en deux volumes. Cette invention permet un gain de temps considérable et contribue ainsi à l’expansion du savoir en Europe.

Quelques suggestions

  • sur l’histoire de l’écriture

« La naissance du livre », par Annie Berthier, dans l’exposition en ligne de la BnF L’aventure du livre

« Gilgamesh, le premier super-héros de l’Histoire », sur le site du National Geographic

« Écriture cunéiforme », dans l’exposition en ligne de la BnF L’aventure du livre

« L’écriture cunéiforme, première écriture dans l’histoire de l’humanité », de Carine Constans, dans les Carnets de la MAE

  • sur l’imprimerie

« Naissance de l’imprimerie en Occident », par Danièle Memet, dans l’exposition en ligne de la BnF L’aventure du livre

  • sur l’histoire du livre en général

Orientations de recherche pour l’histoire du livre / [Publ. par le Ministère des Universités, Comité des travaux historiques et scientifiques], Paris : Bibliothèque nationale, 1978

Le triomphe du livre : une histoire sociologique de la lecture dans la France du XIXe siècle / Martyn Lyons [Paris] : Promodis, Éd. du Cercle de la librairie, 1987

Histoire et pouvoirs de l’écrit / Henri-Jean Martin ; avec la collaboration de Bruno Delmas, Paris : Éd. Albin Michel, 1996

Le livre / Stéphane Darricau, Paris : Pyramyd et Centre national de documentation pédagogique,  2004

Histoire de l’écriture : de l’idéogramme au multimédia / sous la direction de Anne-Marie Christin,  [Nouvelle édition], Paris : Éd. Flammarion, impr. 2011, cop. 2012

50 ans d’histoire du livre : 1958-2008 / [Colloque organisé en décembre 2008 par l’ENSSIB] ; sous la direction de Dominique Varry, Villeurbanne : Presses de l’enssib, 2014

Du parchemin à l’ère électronique : une histoire du livre et de la lecture / Jean-François Gilmont, 5e édition revue par Dominique Varry, Liège : Éd. Céfal, 2014

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