Un traité du juriste humaniste André Tiraqueau

Commentarii de nobilitate et jure primigeniorum / André Tiraqueau.- Paris : Jacques Kerver, 1549 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, XVIg 1797)

Pendant tout le mois de juin, l’édition originale parue à Paris en 1549 du traité sur la noblesse et le droit d’aînesse, De nobilitate et jure primigeniorum, d’André Tiraqueau, grand juriste poitevin, est exposé à la BU Michel Foucault. Une présentation est proposée le mardi 13 juin à 12h (entrée libre sur inscription : yvan.hochet@univ-poitiers.fr).

André Tiraqueau

Né à Fontenay-le-Comte, alors haut lieu culturel, dans les années 80 du XVe siècle et mort à Paris en 1558, André Tiraqueau étudie probablement le droit vers 1500 à l’Université de Poitiers, fondée quelques décennies plus tôt et alors très florissante ; il n’a en revanche jamais enseigné dans cette ville. Il joue un rôle important dans le Cénacle de Fontenay-le-Comte, un petit cercle érudit qui réunit avant tout des juristes, parmi lesquels se trouve le fils de Pierre Brissot, un célèbre médecin que Tiraqueau cite dans son De nobilitate. Un siège de conseiller au Parlement de Bordeaux lui est offert au début des années 1530, mais il le refuse. Il est ensuite nommé Conseiller au Parlement de Paris (la date de cette nomination n’est pas connue), probablement grâce au roi François Ier.

De nobilitate et jure primigeniorum

André Tiraqueau publie de nombreux ouvrages. Ses écrits portent sur le doit coutumier, le droit romain et le droit canonique.

L’ouvrage De nobilitate et jure primigeniorum est une de ses œuvres majeures. Il réunit deux traités, l’un consacré à la noblesse et l’autre au droit d’aînesse. Le premier, une œuvre de jurisprudence qui contient également une histoire (remontant à l’Antiquité) des professions et des personnes célèbres qui les ont pratiquées, est une sorte de préface au second, qui met en évidence deux traits caractéristiques de la succession des nobles, l’exclusion des femmes et la préférence de l’aîné.

L’édition originale contient un portrait de l’auteur sur la page de titre, comme on peut le constater sur la reproduction ci-dessus. À la dernière page, la devise et la marque sont celles de l’imprimeur Jean Gemet ; le libraire est Jacques Kerver.

L’exemplaire conservé par l’Université de Poitiers

La reliure de l’ouvrage, ornée de fleurons sur le dos, est très représentative de ce qui se fait pour les reliures courantes en France au XVIIe siècle. Diverses marques de possession indiquent que l’ouvrage se trouve déjà à Poitiers à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe siècle et qu’il y est ensuite resté :

  • l’ex-libris imprimé « De la Bibliotheque de P. Faulcon, Avocat » est probablement celui de Pierre-Alexandre Faulcon (1766-1838), membre du district de Poitiers en 1790, puis juge au tribunal ;
  • l’ex-libris « Monsieur Deschâteliers, curé de Notre-Dame, rue des Trois-Cheminées, 18. 45 Poitiers » montre que l’un des curés de Notre-Dame-la-Grande possède l’ouvrage au XIXe siècle ;
  • le cachet de la Bibliothèque du Séminaire de Poitiers, qui se trouve sur la page de titre, rappelle que cet ouvrage, après avoir été dans les collections de la bibliothèque du Grand Séminaire de Poitiers, a été saisi par l’Université en 1909, suite à la Séparation de l’Église et de l’État.

D’autres éditions

Le De nobilitate et jure primigeniorum est l’un des écrits les plus fameux d’André Tiraqueau. Preuve de son succès, ce traité est plusieurs fois réédité, dans différentes villes de France et à l’étranger. Le Fonds ancien, dont les collections en droit sont riches du fait de l’importance de la Faculté / l’École de droit et de la place des provenances ecclésiastiques dans la constitution des fonds, conserve également, outre l’édition originale :

  • deux belles éditions lyonnaises de 1559 et 1566, publiées chez Guillaume Rouillé (qui fait paraître également des éditions en 1560, 1571, 1573, 1574, 1579, 1581 et 1584 ; ses héritiers en publient une en 1602, puis en 1617). Dans les deux, la page de titre porte un encadrement orné dessiné par Pierre Eskrich (né vers 1520 et mort à Paris après 1590, parfois appelé Cruche, Vase ou du Vase, il est peintre, cartographe, dessinateur, brodeur et auteur de poèmes) et gravé sur bois par Claude Bezoard (graveur sur bois, il est actif de 1530 à 1559 environ, à Paris et Lyon). Les lettres ornées aux oiseaux ont été gravées sur bois. Un portrait de l’auteur se trouve au verso de la page de titre. L’exemplaire de 1559 vient de la Bibliothèque du Grand Séminaire de Poitiers, tout comme celui de 1566, qui a été acquis pour la Faculté de théologie.
  • deux éditions vénitiennes de Domenico Nicolini da Sabbio (imprimeur) et Andrea Bocchino (libraire), datant de 1574 ; dans un cas, le traité a été publié seul ; dans l’autre, il constitue le quatrième tome des œuvres complètes (une nouvelle édition a été diffusée en 1591).
  • une édition parue dans les œuvres complètes imprimées par Georg Corvin en sept  tomes aux frais de Sigmund Feyerabend (qui propose une nouvelle édition en sept tomes en 1597) à Francfort-sur-le-Main en 1574.

Une autre édition du texte seul a également été imprimée par Froben à Bâle en 1561. Elle est conforme à celle de 1559 (G. Rouillé).

Pour aller plus loin…

Pour en savoir plus sur André Tiraqueau, on peut lire :

  • la thèse de Jacques Brejon soutenue à la Faculté de Droit de l’Université de Poitiers en 1937 : André Tiraqueau (1488-1558), Paris : Librairie du Recueil Sirey, 1937
  • un ouvrage plus récent de Giovanni Rossi : Incunaboli della modernità : scienza giuridica e cultura umanistica in André Tiraqueau (1488 – 1558), Torino : Giappichelli, 2007

Pour identifier les familles du Poitou (et leurs différents membres), le livre de référence reste celui d’Henri Beauchet-Filleau : Dictionnaire historique, biographique et généalogique des familles de l’ancien Poitou, A. Dupré, 1840-1854 (2e éd.).

Pour identifier des livres du XVIe siècle, le cours de Magali Vène et Annie Charon mis en ligne sur le site de l’École nationale des Chartes (Theleme, Techniques pour l’historien en ligne), bien qu’il date de 2011, est encore à jour et est très utile. On signalera toutefois l’existence de l’USTC (né du projet FVB. The French Vernacular Book (Université de St. Andrews) signalé dans ce cours), une base de données qui n’existait pas en 2011 et qui cherche à recenser tous les imprimés publiés en Europe de la naissance de l’imprimerie à la fin du XVIe siècle.

Pour les livres publiés à Paris au XVIe siècle, outre les inventaire et catalogues, en ligne et papier, consacrés à la France, il reste profitable d’utiliser le Renouard : Brigitte Moreau, Inventaire chronologique des éditions parisiennes du XVIe siècle d’après les manuscrits de Philippe Renouard, Paris : Imprimerie Municipale, 1972-2004.

De même, pour les livres publiés à Lyon au XVIe siècle, on pourra utiliser avec profit :

  • les travaux de Baudrier : Henri Baudrier, Bibliographie lyonnaise. Recherches sur les imprimeurs, libraires, relieurs et fondeurs de lettres de Lyon au XVIe siècle, Lyon: L. Brun, 1895-1921 + Tables de G. Tricou (Réimpr. Paris : F. de Nobele, 1964-1965 et Genève : Slatkine, 1999)
  • complétés par l’ouvrage de Sybille von Gültlingen, Bibliographie des livres imprimés à Lyon au XVIe siècle,Baden-Baden ; Bouxwiller : Editions Valentin Koerner, 1992-2007

Pour les livres italiens du XVIe siècle, il faut utiliser EDIT 16, qui recense les éditions imprimées en Italie entre 1501 et 1600 (quelle que soit la langue du texte) et les éditions imprimées en italien hors d’Italie.

Pour les livres publiés dans l’aire germanique au XVIe siècle, le VD 16 (Verzeichnis der im deutschen Sprachbereich erschienenen Drucke des XVI. Jahrhunderts), qui recense toutes les parutions en langue allemande du XVIe siècle, est très utile.

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