Réaumur, auteur d’une grande œuvre sur les petites bêtes

Pour qui s’intéresse aux insectes, le service du Fonds Ancien conserve les 6 tomes des « Mémoires pour servir à l’histoire des insectes » de Réaumur qui, avec Linné, constitue la plus grande figure de l’entomologie du XVIIIe siècle.

Réaumur, page de titre des « Mémoires… », tome 1 (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, M 5038)

En quoi cette œuvre « monumentale » est-elle digne d’intérêt ? Parce qu’avant Réaumur, la science des insectes (qui ne s’appelait pas encore « entomologie ») avait suivi trois grandes voies incomplètes ou défectueuses.

En effet, jusqu’à lui, les ouvrages consacrés aux insectes furent :

– soit des compilations d’auteurs antiques (Aristote surtout) traversées tant de vues justes que d’erreurs, préjugés et approximations (que l’on pense à la notion aristotélicienne de « génération spontanée » qui faisait par exemple naître les pucerons de la rosée ou les souris des chiffons !)

– soit des amateurs de bonne foi mais trop enthousiastes et non rigoureux, le goût du « merveilleux » de l’époque pouvant appeler à des idées fantaisistes (exemple : Louis de Puget, dans « Observations sur la structure des yeux de divers insectes, et sur la trompe des papillons » (1706), comparait la trompe des papillons avec celle des éléphants)

– soit des monographies de médecins (Swammerdam, Redi, Malphigi notamment) qui ont adopté une approche anatomique des insectes, en ayant cherché, grâce à l’utilisation du microscope, à découvrir et décrire leurs parties externes et internes

Sphinx tête de mort, détail d’une des planches des « Mémoires » de Réaumur (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, M 5038). Source : Gallica.bnf.fr

Comparé aux savants qui l’ont précédé, en quoi Réaumur fut-il moderne ? Par ceci : approcher les insectes par l’observation raisonnée et expérimentale de leur comportement. Il s’agissait pour lui à la fois de se dégager des Anciens, des préjugés, et de décrire le plus finement possible non plus seulement l’anatomie des insectes mais aussi ce que Réaumur appelle leur « génie » ou leur « industrie », c’est-à-dire leurs mœurs. Réaumur, passionné par les arts et métiers, mit ainsi les insectes à l’épreuve par diverses techniques : élevages, ruches, volières, ménageries, poudriers etc.

La « ménagerie » de Réaumur, « Mémoires… » tome 1 : vignette de la page de titre (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, M 5038). Source : http://www.lavieb-aile.com

Mettre les insectes à l’épreuve ? Deux grands intérêts poussèrent Réaumur – et ses disciples –  à s’y passionner :

– Étudier les insectes permettait de prouver l’existence de Dieu et de le glorifier par la variété de ses créations

–  Mieux tirer profit de l’exploitation humaine des insectes : la cire et le miel des abeilles, les colorants tirés de la cochenille, la soie par le ver à soie, le mûrissement des figues par certains insectes etc. sont autant de profits potentiels pour l’homme. Réaumur indique aussi que la connaissance des insectes permet de combattre ceux qui sont les plus nuisibles (d’où son histoire des teignes, papillons qu’il pense combattre par l’huile de térébenthine ou la fumée de tabac). Il évoque enfin l’usage médical qu’il est possible de tirer des insectes (cantharide par exemple).

Ses disciples et correspondants furent nombreux. Leurs œuvres les plus éminentes sont également présentes au Fonds Ancien. On retiendra :

Planche extraite du « Traité d’insectologie » de Charles Bonnet, un ouvrage entièrement consacré aux pucerons et à la preuve de l’existence de la parthénogenèse (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, 71841). Source : www.latude.net

  • Abraham Trembley, Memoires pour servir a l’histoire d’un genre de polypes d’eau douce, a bras en forme de cornes (1744) : s’intéresse à la régénération des polypes

Hydre d’eau douce, animal doué de régénération. Planche extraite des « Mémoires… » d’Abraham Trembley (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, FAP 3169) Source : fr.wikipedia.org

Planche extraite du « Traité anatomique de la chenille… » de Pierre Lyonet, graveur d’une sidérante précision, qui ira jusqu’à compter le nombre de muscles de la chenille du cossus, soit 4041 ! (Poitiers, Bibliothèques universitaires, Fonds ancien, M 7322). Source : http://bibliotheque-bsi.wixsite.com

 

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